vendredi 23 octobre 2026

CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, Domaine d’Ô, le 9 mai 2026. « Ce que le jour doit à la nuit » par Hervé Koubi (et sa Compagnie)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Ce samedi 9 mai 2026, au Domaine d’Ô de Montpellier – et dans le cadre foisonnant du festival « Saperlipopette » -, la Compagnie Hervé Koubi a offert au public montpelliérain une heure de temps suspendu, un rituel dansé d’une puissance incroyable, où la virtuosité n’a eu d’égale que la grâce.

 

Inspirée du roman de Yasmina Khadra, la pièce chorégraphique imaginée par Hervé Koubi n’en est pourtant pas une illustration littérale. Elle est davantage une trajectoire intime, celle d’un chorégraphe franco-algérien qui, en retrouvant tardivement ses racines, a choisi la danse comme langue pour dire ce que les mots, parfois, ne peuvent porter. Sur scène, douze danseurs — Algériens et Burkinabés — incarnent cette quête avec une générosité qui confine à l’évidence. D’emblée, la pénombre se fissure, une masse humaine se déploie, et l’on comprend que l’on va assister à une sorte de cérémonie.

On assiste ici à c’est la fusion des corps et des styles. Hip-hop, danse contemporaine, arts martiaux, capoeira : les frontières s’effacent au profit d’un langage unique, d’une fluidité qui semble jaillir d’une source ancienne. Les danseurs tournoient sur la tête avec une sérénité déconcertante, s’élancent, se rattrapent, se portent, se suspendent. La prouesse est constante, mais jamais gratuite : elle est mise au service d’une émotion brute, d’une vulnérabilité assumée qui rend chaque geste bouleversant.

 

 

Les costumes — de longues jupes blanches fendues — amplifient le mouvement, dessinent des volutes, transforment les corps en architectures vivantes. Les tableaux se succèdent comme autant de motifs géométriques empruntés à l’art islamique, tandis que la musique tisse un dialogue inattendu entre Bach, des textures soufies et des résonances plus contemporaines. Cette trame sonore enveloppe la scène, donne au geste une profondeur spirituelle, presque hypnotique.

Mais ce que l’on retient surtout, c’est ce moment où la force bascule dans la fragilité. Un danseur s’élève au sommet d’une sculpture humaine, s’incline dans le vide, et le temps semble se suspendre avant que les autres ne le recueillent. Ce bref vertige résume l’âme du spectacle : une célébration de la rencontre, de la transmission, de ce que nous devons à ceux qui nous ont précédés. La pièce se veut une ode à la Méditerranée, à ses blessures et à sa beauté, à tout ce qui relie les rives et les mémoires.

Au Domaine d’Ô, le public de Saperlipopette, petits et grands mêlés, a réservé à la compagnie une ovation à la hauteur de l’émotion partagée, car « Ce que le jour doit à la nuit » est l’un de ces spectacles qui réconcilient avec la puissance du vivant.

 

 

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CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, Domaine d’Ô, le 9 mai 2026. « Ce que le jour doit à la nuit » par Hervé Koubi (et sa Compagnie). Crédit photo (c) droits réservés

 

 

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