samedi 17 octobre 2026

CRITIQUE, danse. LYON, 79èmes « Nuits de Fourvière » (Grand Amphithéâtre Romain), le 2 juin 2025. « Political Mother: The Choreographer’s Cut » par Hofesh SHECHTER et la Hofesh Shechter Company

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Disons-le d’emblée, la pièce « Political Mother : The Choreographer’s Cut » de Hofesh Shechter est une véritable expérience sensorielle, vécue comme un ouragan de sons et de mouvements qui a littéralement électrisé le public du Grand Amphithéâtre Romain de Lyon, en ouverture des 79èmes Nuits de Fourvière. Quinze ans après sa création, l’œuvre phare du chorégraphe et compositeur israélien n’a rien perdu de sa puissance, bien au contraire. Cette version XXL, pensée pour le plein air et pour le festival lyonnais, s’est imposée comme un événement inoubliable, renforcé par une pluie battante qui a ajouté une couche d’émotion et de métaphore à la soirée.

 

La scénographie, vertigineuse, dresse un véritable mur de son et de lumière. Pas moins de 23 musiciens sont juchés sur une structure métallique à trois étages, créant un tableau vivant et industriel : les cordes en contrebas, le groupe de rock et les percussions au sommet. Les jeux de lumière, signés Lee Curran, révèlent et plongent dans l’ombre ces musiciens par à-coups, donnant le tempo d’un spectacle qui tient autant du concert rock que de la danse. C’est brut, puissant, et cette mise en scène larger than life installe d’emblée une tension palpable, comme un prélude à la furie chorégraphique qui va suivre.

Et quelle furie ! Les 16 danseurs de la Hofesh Shechter Company, menés avec une énergie saisissante par Marion Barbeau, dont la présence magnétique rappelle son rôle inoubliable dans le film En Corps, transforment la scène en un champ de bataille émotionnel. La danse de Shechter y puise son pouvoir de fascination : elle est à la fois un hommage aux danses folkloriques et leur négation la plus radicale. Les mouvements, souvent répétitifs et en unisson, créent un effet d’envoûtement, une transe collective. Les bras levés au ciel peuvent implorer, se rendre ou célébrer. Les pas, entre sauts chaloupés et gestes saccadés, évoquent à la fois une communauté unie et une meute en proie à des pulsions incontrôlables. Cette ambiguïté est la marque de fabrique de Shechter, qui explore avec une acuité troublante les thèmes du pouvoir, de la soumission et de la résistance, laissant planer le spectre des dérives totalitaires.

Le génie de Shechter est de ne jamais laisser le spectateur s’installer dans une zone de confort. L’alternance entre solos déchirants, duos à l’intensité presque charnelle et tableaux d’ensemble d’une discipline militaire est saisissante. La musique, composée par le chorégraphe lui-même, oscille entre l’electro assourdissante, les mélodies folk apaisantes et les accents classiques, créant des ruptures brutales qui maintiennent un rythme effréné. Une citation lumineuse s’impose au public en fin de spectacle : « When there is pressure, there is folk dance ». Cette phrase, de l’artiste FOS, agit comme la clé de voûte de l’œuvre : une affirmation de la danse comme refuge, comme acte de résistance et comme ultime sursaut d’humanité face à la pression du monde.

Malgré les éléments déchaînés – le vent, la pluie qui a trempé les spectateurs et menacé un temps la représentation –, la compagnie a offert une performance d’une intensité confondante, transformant cette adversité en allégorie du propos. « Political Mother: The Choreographer’s Cut » s’avère comme un spectacle qui vous prend aux tripes, vous secoue, vous épuise et vous laisse, à la fin, avec une impression de plénitude et une envie irrépressible de danser, de braver l’orage et de célébrer la vie. Une expérience cathartique et absolument magistrale qui restera dans la mémoire de ceux « qui y étaient » !…

 

 

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CRITIQUE, danse. LYON, 79èmes « Nuits de Fourvière » (Grand Amphithéâtre Romain), le 2 juin 2025. « Political Mother: The Choreographer’s Cut » par Hofesh Shechter et la Hofesh Shechter Company. Crédit photographique (c) Paul Bourdrel

 

 

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