mercredi 14 octobre 2026

CRITIQUE, danse. ANVERS, Stadsschouwburg, le 17 janvier 2026. « Rites » : Boléro X (de Shahar Ninyamini), La Valse (de Nacera Belaza), Le Sacre du Printemps (de Pina Bausch) par le Ballet de l’Opéra des Flandres

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Ce samedi 17 janvier, la Stadsschouwburg d’Anvers a vibré au rythme d’une programmation audacieuse et magistrale (sous la férule de Jan Vandenhouwe), intitulée « Rites », dans le cadre de la saison anniversaire du Ballet de l’Opéra des Flandres. Une soirée placée sous le signe de la transcendance, du rituel et de l’émotion pure, qui restera sans nul doute dans les annales de la danse contemporaine en Belgique.

 

La soirée s’ouvre sur une expérience sensorielle et visuelle d’une puissance inouïe, avec Bolero X du prodige israélo-géorgien Shahar Binyamini, ancien danseur de la légendaire Batsheva Dance Company. Dès les premiers battements du fameux « Boléro » de Ravel, réorchestré et amplifié, le public est saisi. Binyamini, en véritable auteur total (chorégraphie, scénographie, costumes, lumières), déploie une armée de 50 interprètes – unissant les forces du Ballet de l’Opéra d’Anvers, de la Royal Ballet School Antwerp et du Junior Ballet Antwerp. Le résultat est hypnotique. Une mécanique humaine implacable, précise et organique, où les corps, d’abord isolés, se fondent en un organisme unique, pulsatile. La scénographie épurée et les jeux de lumière sculptent les mouvements, créant des vagues, des spirales et des explosions successives. C’est une œuvre-monstre, d’une intelligence rare, qui exploite la force du collectif jusqu’à l’ivresse. Une ovation debout, immédiate et méritée, a salué cette performance titanesque.

 

 

Après ce tourbillon, place à l’introspection avec « La Valse» (du même Ravel) par la chorégraphe algérienne Nacera Belaza, pour un danseur solo. Sur la musique envoûtante et inquiète de Ravel, l’interprète évolue dans un espace intime, dessinant des gestes fluides, répétitifs, presque méditatifs. L’œuvre est d’une grande pureté et d’une poésie certaine, explorant la mémoire du corps et la transe. Toutefois, placée immédiatement après le cataclysme qu’est « Bolero X », elle a pu sembler se déployer dans un registre trop contrasté, voire étouffée par l’énergie précédente. Une question s’est imposée : n’aurait-il pas été plus judicieux d’inverser l’ordre, permettant à la délicatesse et à l’intériorité de « La Valse » de préparer le terrain, avant la déflagration collective ? Néanmoins, la prestation reste d’une grande justesse et d’une beauté subtile.

Après l’entracte, l’événement tant attendu : la représentation exceptionnelle du mythique « Sacre du Printemps » de Pina Bausch. C’était là un privilège rare, sachant que les œuvres de la grande chorégraphe allemande sont habituellement l’apanage exclusif de sa compagnie, le Tanztheater Wuppertal. Que le Ballet d’Anvers ait obtenu ce droit est en soi un événement autant qu’un grand honneur ! Et l’événement s’est transformé en triomphe ! Sur la terre battue qui recouvre la scène, sous l’œil implacable de la communauté, la danseuse élue et le groupe ont livré une performance d’une intensité brute, animale et bouleversante. La pulsion primale, le sacrifice, la peur et l’extase ont été communiqués avec une force rare. Chaque geste, chaque course, chaque chute portait l’empreinte du génie de Bausch, interprétée avec une conviction absolue par la troupe anversoise. Sublime, fidèle et profondément émouvant, ce « Sacre » a clôturé la soirée en apothéose.

Le Ballet de l’Opéra des Flandres, par sa programmation audacieuse et la qualité exceptionnelle de ses interprètes, a prouvé une fois de plus son rang parmi les grandes institutions chorégraphiques européennes. Une authentique nuit de grâce à Anvers !

 

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CRITIQUE, danse. ANVERS, Stadsschouwburg, le 17 janvier 2026. « Rites » : Boléro X, La Valse, Le sacre du Printemps. Ballet de l’Opéra des Flandres. Shahar Binyamini / Nacera Belaza / Pina Bausch (chorégraphes). Crédit photos (c) Droits réservés

 

 

 

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