La Halle aux Grains de Toulouse vibrait encore sous les derniers arpèges des Pins de Rome d’Ottorino Respighi lorsque le public, debout, a offert une ovation méritée à l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et au jeune (et brillant !) chef espagnol Roberto González-Monjas. Un concert qui a été une véritable fresque en quatre tableaux – où l’eau, le rêve, les sentiments et la lumière éternelle de Rome se sont succédé avec une grande intensité.
Dans les fameuse Fontaines de Rome du même Respighi, données en début de soirée, Roberto González-Monjas a installé une transparence lumineuse. La fontaine Valle Giulia à l’aube (allegro moderato) naissait dans un bruissement délicat des cordes, presque impressionniste. Puis, la fontaine du Triton, avec ses cuivres éclatants et ses appels de cors, a déployé une joie dansante. Moment de pur ravissement : la fontaine de Trevi à midi, où l’orchestre, sous la baguette précise du chef espagnol, a fait rugir les trompettes et les trombones en une marée solennelle. Enfin, la fontaine de la Villa Médicis au crépuscule, murmurante et nostalgique, s’est éteinte comme une promesse.
Puis vint le Poème de l’amour et de la mer d’Ernest Chausson. Stéphane Degout, déjà acclamé en entrant en scène, s’est révélé comme un poisson dans l’eau dans cette mélodie française sublime. Sa voix de baryton, chaude, profonde et d’une clarté parfaite, a porté les vers de Maurice Bouchor avec une tendresse déchirante. Dans La Fleur des eaux, on entendait la houle ; dans La Mort de l’amour, la résignation tragique. L’Orchestre national du Capitole de Toulouse, d’une pâte sonore veloutée, accompagnait sans jamais couvrir. À la fin du dernier poème, un long silence très révélateur s’est installé parmi l’auditoire, gage d’une émotion forte et partagée !
En deuxième partie de soirée, place d’abord à Guy Ropartz, beaucoup moins connu, et qui a été une révélation. Ses Quatre poèmes d’après l’intermezzo d’Heinrich Heine ont vu Degout se muer en tragédien lyrique. La mer y est tour à tour miroir du désir (« Le ciel, la mer et la bien-aimée ») et tombeau. Dans le troisième poème, « Et ta vie et ta mort seront chantées », le baryton Français a touché au sublime, soutenu par des cordes graves presque chuchotées. González-Monjas a dessiné des clairs-obscurs d’une intelligence rare, et le baryton a reçu des acclamations renouvelées.
Enfin, l’apothéose : Les Pins de Rome de Respighi. Comme un retour au plein soleil après la mélancolie. Les pins de la Villa Borghèse : un tourbillon d’enfants imaginaires, les cordes piquées et légères. Pins près d’une catacombe : un mystère sourd, puis un chant religieux du hautbois. Pins du Janicule : le rossignol (avec une musique enregistrée, mais comme une astuce technologique intégrée avec naturel) a fasciné par sa poésie crépusculaire. Et enfin, l’inévitable, l’impressionnante Voie Appienne : une montée lente, irrésistible, des tambours lointains aux cuivres éclatants, l’orchestre entier déchaîné, l’aigle romaine planant au-dessus de la Halle aux Grains. Le chef González-Monjas, ce jeune maître espagnol à la gestuelle élégante et incandescente à la fois, a tenu la tension jusqu’à la dernière note, laissant l’orchestre rugir dans une lumière de fin du monde.
Hier soir, l’eau de Rome, la mer d’amour et de mort, et les pins millénaires ont coulé dans nos cœurs comme une seule et immense vague. Un magnifique concert !
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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle aux grains, le 23 mai 2026. RESPIGHI / CHAUSSON / ROPARTZ. Stéphane Degout (baryton), Orchestre national du Capitole de Toulouse, Roberto Gonzalez-Monjas (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu





