La saison 2025-2026 de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse a connu, ce vendredi 16 janvier, un moment d’exception. Pour son premier concert de l’année, la prestigieuse phalange occitane recevait le chef allemand Markus Poschner et le violoniste américain Chad Hoopes pour un programme audacieux allant de la création contemporaine aux sommets du romantisme, sous les poutres de la Halle aux Grains de Toulouse à la fabuleuse acoustique. Une soirée qui s’est achevée en triomphe !
Le concert s’est ouvert par un moment d’une rare poésie avec « Midsummer Song » (2009) de Raminta Šerkšnytė, donné en création française. Dès les premières notes, Markus Poschner a installé un climat de sérénité contemplative, parfaitement en phase avec l’inspiration de l’œuvre. La pièce, commandée par la Kronberg Academy et primée par la Fondation Prince Pierre de Monaco (sur nomination d’Arvo Pärt), est un long chant panthéiste pour orchestre à cordes et percussion. Sous la baguette attentive de Poschner, les cordes de l’Orchestre national du Capitole ont déployé des nappes sonores d’une grande quiétude, évoquant la lumière infinie du solstice d’été et un « voyage vers la lumière éternelle et notre paix intérieure », selon les mots de la compositrice lituanienne. L’utilisation discrète et raffinée des percussions (triangle, carillon, vibraphone) a ajouté des scintillements et des bruissements à cette toile impressionniste, créant une atmosphère à la fois intime et vaste. L’interprétation, d’une clarté et d’une délicatesse remarquables, a prouvé la parfaite affinité entre le chef et cette partition, lui qui a déjà dirigé cette œuvre avec l’Orchestre Symphonique de la Radio de Vienne. L’émotion était palpable lorsque Raminta Šerkšnytė elle-même est montée sur scène pour saluer, recevant une ovation chaleureuse du public toulousain, conquis par cette introduction envoûtante.
L’énergie de la salle a changé de nature avec l’entrée en scène du jeune prodige américain Chad Hoopes pour le Concerto pour violon n°2 en mi mineur, Op. 64 de Felix Mendelssohn. Dès l’attaque du célèbre Allegro molto appassionato, le soliste a fait preuve d’une maîtrise technique éblouissante alliée à une sensibilité profonde. Son jeu a combiné une pureté de son absolue dans le registre aigu à une vélocité sans faille dans les passages les plus virtuoses. Mais c’est dans le mouvement lent, Andante, que la magie a véritablement opéré : Hoopes y a déployé un cantabile d’une tendresse et d’une intimité bouleversantes, dialoguant avec une grande finesse avec les bois de l’orchestre. Le Finale, alerte et plein d’esprit, a démontré une parfaite complicité avec Markus Poschner, qui a su contenir l’orchestre pour laisser chanter le violon tout en maintenant un rythme d’une irrésistible vitalité. La performance a confirmé le statut de Chad Hoopes comme l’un des violonistes les plus complets et inspirants de sa génération, justifiant pleinement les éloges reçus lors de sa précédente venue à Toulouse, dont il a gratifié le public mélomane par une exécution de la rare 10e Fantaisie de Georg Philip Teleman.
Après l’entracte, place au monument : la Symphonie n°4 en mi mineur, Op. 98 de Johannes Brahms. Ici, l’expertise de Markus Poschner s’est pleinement exprimée. Récompensé par un International Classical Music Award (ICMA) en 2018 pour son intégrale des symphonies de Brahms, le chef allemand a proposé une lecture à la fois puissante, architecturée et profondément intériorisée. Dès le premier mouvement, il a installé une tension tragique et une cohérence de discours implacable. L’Andante moderato a déployé une gravité sereine, mettant en valeur la sonorité chaleureuse et le legato exceptionnel des cordes de l’ONCT. Le Scherzo, d’une énergie presque bestiale, a fait ressortir toute la vitalité rythmique de l’orchestre. Mais le sommet fut sans conteste le finale magistral, passacaille inspirée de Bach. Markus Poschner en a construit l’arc dramatique avec une intelligence remarquable, accumulant les variations vers une coda d’une puissance cathartique et d’une noirceur résignée qui a laissé le public suspendu dans un silence ému avant que n’éclate un tonnerre d’applaudissements. Ce Brahms a montré un orchestre au sommet de sa forme, réactif, précis et doté d’une palette de couleurs riche, répondant avec une flexibilité totale aux demandes expressives du chef.
La standing ovation qui a suivi a été longue et unanime, saluant à la fois les artistes invités et l’Orchestre National du Capitole. Ce concert marquait en effet les débuts très attendus de Markus Poschner à la tête de la phalange toulousaine, une collaboration dont on espère qu’elle sera renouvelée !
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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle aux Grains, le 16 janvier 2026. MENDELSSOHN / BRAHMS. Chad HOOPES (violon), ONCT, Markus POSCHNER (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu





