La Saison 2025-2026 de l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie (OONMO) s’annonce des plus ambitieuses et éclectiques. Sous l’impulsion de sa directrice générale et artistique, Valérie Chevalier, et de son directeur musical, Roderick Cox, cette nouvelle édition se veut résolument inclusive, diversifiée et innovante, mêlant chefs-d’œuvre classiques, créations contemporaines et découvertes transculturelles. La programmation, décrite comme une « mosaïque de voix et d’univers musicaux« , vise à jeter des ponts entre les arts, les continents et les générations, tout en s’exportant hors des murs traditionnels pour toucher un public toujours plus large en Occitanie et au-delà. C’est dans cet esprit d’ouverture et d’émerveillement que s’inscrit le concert d’ouverture, ces vendredi 12 et samedi 13 septembre, qui a réuni des artistes de renommée internationale – dont l’incontournable violoniste Serbe Nemanja Radulovic ! – autour d’un programme audacieux et émotionnellement riche.
La soirée a débuté avec une œuvre captivante de la compositrice finlandaise Johanna Ruotsalainen : « Magic Simon », une pièce écrite pour orchestre de chambre qui a immédiatement su captiver l’auditoire. Ruotsalainen, dont le travail explore souvent les frontières entre les disciplines artistiques et les sonorités expérimentales, a offert une composition à la fois minimaliste et évocatrice, jouant sur les textures, les silences et les contrastes dynamiques pour créer une atmosphère presque hypnotique. Sous la direction précise et inspirée de la jeune cheffe Russe Anna Rakitina, l’Orchestre National Montpellier Occitanie a restitué toute la profondeur de cette œuvre, mettant en valeur les jeux de timbres et les nuances subtiles qui caractérisent le style de Ruotsalainen. Une entrée en matière audacieuse qui a parfaitement illustré l’engagement de l’institution en faveur de la création contemporaine.
Le programme s’est poursuivi avec un chef-d’œuvre intemporel de la musique anglaise : les Variations sur un thème original (dites Enigma), op. 36, d’Edward Elgar. Cette suite de quatorze variations, chacune dédiée à un proche du compositeur, est un véritable tour de force orchestral, alliant introspection, humour et grandeur symphonique. Anna Rakitina a fait preuve d’une maîtrise impressionnante de cette architecture complexe, guidant l’orchestre avec une énergie contagieuse et une sensibilité remarquable. Des moments clés (comme la variation Nimrod) ont été portés par une intensité émotionnelle rare, tandis que les passages plus légers (comme la variation Troyte) ont été joués avec une verve et une précision rythmique exemplaires. L’orchestre a brillé par sa cohésion et sa capacité à restituer toute la richesse des couleurs et des ambiances propres à chaque variation.
Après l’entracte, place à l’œuvre phare de la soirée : le Concerto pour violon en ré mineur d’Aram Khatchatourian. Dédié à David Oistrakh, ce concerto est célèbre pour ses mélodies envoûtantes, ses rythmes dansants et son orchestration colorée, inspirée des folklores arménien et caucasien. Dès les premières notes, le violoniste star Nemanja Radulovic a embrasé la salle de son jeu passionné et virtuose. Son interprétation alliait une technique impeccable à une expressivité bouleversante, des passages lyriques du mouvement lent aux finales endiablés où sa dextérité a laissé le public sans voix. Radulovic, grand habitué de la maison montpelliéraine, a une fois de plus prouvé son affinité avec cette œuvre exigeante, porté par un orchestre vibrant et une direction attentive d’Anna Rakitina, qui a su équilibrer parfaitement soli et tutti.
Le succès rencontré par la soirée tient aussi à la complémentarité évidente entre les deux artistes invités. Nemanja Radulovic, dont la carrière internationale n’est plus à faire, a montré une fois de plus pourquoi il est considéré comme l’un des plus grands violonistes de sa génération : son engagement physique, son son puissant et charnu, et sa capacité à connecter avec le public en font un interprète hors pair. De son côté, la jeune cheffe Anna Rakitina a impressionné par sa maturité et sa précision, dirigeant avec une autorité naturelle et une clarté de geste qui ont permis à l’orchestre de s’épanouir pleinement dans des répertoires pourtant très différents. Leur collaboration a été particulièrement palpable dans le concerto de Khatchatourian, où la complicité entre le soliste et l’orchestre a porté l’œuvre à des sommets d’intensité. Et comble de bonheur – pour un public déjà conquis ! -, Nemanja Radulovic a offert en bis un moment de pure grâce avec la Méditation de Thaïs, extrait de l’opéra éponyme de Jules Massenet. Pièce courte mais intensément lyrique, elle a été jouée avec une délicatesse et une sensibilité rares : chaque phrase était modelée avec soin, le son du violon semblant flotter dans l’air comme une voix céleste. Un instant de silence méditatif a suivi la dernière note, avant que la salle n’explose en applaudissements nourris et prolongés.
Vivement la suite de cette saison 25/26 – où la diversité des répertoires et la qualité des interprètes continueront, à n’en pas douter, de surprendre et d’émouvoir !…
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CRITIQUE, concert. MONTPELLIER, Opéra Comédie, les 12 et 13 septembre 2025. RUOTSALAINEN / ELGAR / KHATCHATOURIAN. Orchestre National Montpellier Occitanie, Nemanja Radulovic (violon), Anna Rakintina (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu et OOONM






