Le Chef d’orchestre Mathieu Herzog et son Orchestre Appassionato poursuivent l’Intégrale symphonique Rachmaninov initiée en 2025, et qui a donné vie à un premier enregistrement de deux oeuvres du compositeur : la 1ère Symphonie et le 3ème Concerto pour piano et orchestre, enregistrement paru en mars 2026 avec le label « Appassionato« .
Au programme de cet Acte II : la 3ème Symphonie et le 2ème Concerto pour piano. Une fois n’est pas coutume: Mathieu Herzog a décidé de débuter le concert par la partie symphonique, à l’inverse de ce qui se pratique en général. Avant d’aborder la Symphonie et, en quelque sorte, en forme de préambule, l’Orchestre Appassionato a interprété la Vocalise, pièce très connue. Cette Vocalise opus 34 n°14 est une brève mélodie composée par Sergueï Rachmaninov en 1915 en tant que dernière pièce des Romances Opus 34. A l’origine, elle a été écrite pour une voix de soprano ou de ténor, avec accompagnement au piano. Sans paroles, chantée sur une voyelle, d’où le terme de « vocalise ». Dans cette version orchestrale – celle de Rachmaninov lui-même, choisie par Mathieu Herzog – le thème bien connu est exposé aux cordes, puis repris tour à tour par le cor anglais, la clarinette et la flûte; elle emporte l’auditeur malgré sa brièveté.
La 3ème Symphonie est en tonalité de la mineur… étant observé que les Symphonies composées par Rachmaninov sont toutes en tonalité mineure. Cette pièce est la dernière Symphonie du compositeur russe. Composée en 1936, elle a été créée en novembre de la même année et comporte trois mouvements. Elle est d’une redoutable complexité, et nous plonge dans un climat musical contrasté, à l’image des premières mesures du 1er mouvement indiqué « Lento- Allegro moderato » : brusque, emporté, mais aussi grave, sombre et intérieur. Cette pièce présente des allures de poème symphonique avec sa succession de séquences, comme autant de récits. On pense parfois à quelques pièces de ce genre de Richard Strauss. On peut percevoir aussi des réminiscences mélodiques de la Symphonie Classique de Sergueï Prokofiev, notamment dans le 3ème et dernier mouvement de la Symphonie… Sollicitant un orchestre très fourni, avec un recours puissant, voire tellurique, aux nombreuses percussions et aux non moins nombreux cuivres, le voyage musical qui nous est offert est riche en rebondissements heurtés, en accidents sonores, en tapis de cordes murmurées. Une sorte de narration chaotique. Il fallait la tranquille et solide maîtrise de Mathieu Herzog pour venir à bout de la plus belle des manières de cet ouvrage étrange, mais néanmoins poignant.
La soirée se poursuivait et se concluait avec le célébrissime 2ème Concerto pour piano et orchestre en trois mouvements, sans conteste la pièce la plus connue du compositeur. Souvent, mais à tort, il a été décrié comme témoignant d’une sensiblerie surannée… Mais qui peut raisonnablement rester insensible à cette surabondance de thèmes, à cette richesse mélodique, à ce maelström de cordes vibrantes qui laisse pantois ?… Celui qui a permis cette belle interprétation, c’est le pianiste Nikita Mndoyants, admirable virtuose. Tout dans son jeu est simplicité, au seul profit de la musique, et on lui en sait gré. Nikita Mndoyants est d’ailleurs associé à ce « Cycle Rachmaninov » et il enregistrera toute la partie piano qu’il contient, à savoir les qautre Concertos pour piano de Rachmaninov et la fameuse Rhapsodie sur un thème de Paganini pour piano et orchestre, opus 43. Sa technique pianistique russe est ici la bienvenue dans cette partition d’une exceptionnelle difficulté. Parfois, son jeu a pu sembler un peu sec. Mais peut-être a-t-il eu le souci de contredire justement les reproches émis à l’endroit de Rachmaninov sur sa musique et son romantisme que certains jugent « excessif » ? La virtuosité de Mndoyants fait merveille et rend justice à cette géniale partition qui a tant enchanté ! Bien sûr, il ne pouvait échapper aux bis qui lui étaient réclamés par un public enthousiaste, lequel fut amplement récompensé de ses applaudissements: l’Etude-Tableau n°4 en si mineur de l’Opus 39 de Rachmaninov et une Sonate de Scarlatti, le tout écouté dans un silence religieux.
Le Chef Mathieu Herzog a réuni autour de lui une pléiade de jeunes musiciens qui lui vouent visiblement admiration et fidélité. Cela se ressent dans la restitution sonore des œuvres interprétées ce soir qu’il a dirigées en puissance et en sérénité. Son mérite est d’avoir banni de son interprétation toute l’emphase inutile qui entache nombre d’interprétations d’œuvres de Rachmaninov. Enfin, on rappellera que ce « Cycle Rachmaninov » est, suivant le désir de Mathieu Herzog, entièrement enregistré en public, avec le Label Appassionato. Particularité de ce soir, comme pour tous les concerts de ce Cycle: la captation du concert était déjà disponible à la sortie du concert sous forme digitale. Le public intéressé pouvait ainsi recevoir le cd « physique » avant la date de sortie officielle…
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CRITIQUE, concert. LA SEINE MUSICALE, le 5 mai 2026. Oeuvres de Sergueï RACHMANINOV. Nikita Mndoyants (piano), Orchestre Appasionato, Mathieu Herzog (direction). Crédit photo (c) Droits réservés





