Les 28 et 29 octobre 2025, La Cité Bleue – nouveau joyau culturel genevois inauguré l’an passé -, a vibré aux rythmes envoûtants de « Sufi’s Saraband ». Sous la direction artistique de Keyvan Chemirani, cette création audacieuse a offert au public une expérience sensorielle unique, tissant des liens inédits entre les traditions musicales persanes et le patrimoine baroque occidental.
Dirigée par le chef d’orchestre, claveciniste et compositeur argentin de renom, Leonardo García Alarcón, La Cité Bleue s’est rapidement imposée comme un lieu phare de la vie artistique genevoise. Ce théâtre de 300 places, dont l’acoustique modulable a été spécialement pensée pour la musique, est devenu le laboratoire de projets audacieux où la création musicale est placée au cœur de la démarche artistique . Élu « Artiste de l’année » 2025 par l’International Classical Music Award, Leonardo García Alarcón y cultive un esprit de famille artistique et d’ouverture, faisant de ce lieu un espace de rayonnement pour les ensembles locaux et un pont entre les cultures.
« Sufi’s Saraband » se présente comme un voyage mystique où la musique, la poésie et la danse soufie s’entremêlent pour évoquer l’extase spirituelle et la quête de l’absolu. Le pari était osé : explorer les connexions profondes entre les traditions orientales et l’héritage baroque occidental. Pourtant, sur scène, la magie a opéré. Le spectacle a réuni des artistes d’exception, chacun maître dans son domaine : Keyvan Chemirani et son frère Bijan Chemirani aux percussions (Zarb, Lafta, Santour…), Aida Nosrat au chant, Thomas Dunford au Luth, Violaine Cochard au clavecin, Sokratis Sinopoulos à la lyre grecque, Rana Gorgani à la danse soufi et Bahman Panahi à la calligraphie persane.
Porté par l’ensemble The Modal Experience (réunissant tous les artistes pré-cités), le dialogue s’est noué entre la lyre de Sokratis Sinopoulos, les percussions des frères Chemirani, héritiers d’un savoir traditionnel persan, et la délicatesse de l’archiluth de Thomas Dunford et du clavecin de Violaine Cochard. La modalité persane et l’ornementation baroque se sont répondues avec une grâce et une finesse remarquables, créant un paysage sonore d’une richesse incroyable.
Au cœur de cette sarabande, la poésie a servi de guide. Les vers enflammés de Jalāl al-Dīn Rūmī, poète soufi du XIIIe siècle, ont rencontré les écrits engagés et sensuels de Forough Farrokhzad, figure majeure de la poésie iranienne contemporaine, clamés ou chantés par Aida Nosrat : deux sensibilités, deux époques réunies dans une même célébration du désir, de l’amour et de la transcendance.
Le spectacle a été également magnifié par l’art du Samâ et la danse des derviches tourneurs, interprétés avec une grâce hypnotique par la danseuse iranienne Rana Gorgani. Sa danse, véritable méditation en mouvement, et le chant profond d’Aida Nosrat ont transporté le public dans un état d’ivresse et d’extase, faisant de cette performance une expérience spirituelle autant qu’artistique.
Huitième artisan de choix pour cette soirée, le « musicalligraphe » Bahman Panahi, dont la contribution en live a ajouté une dimension visuelle et spirituelle profonde au spectacle. A la fois maître calligraphe, musicien et docteur en musique et musicologie à la Sorbonne, il a développé un concept unique qui unit ses deux passions : la « Musicalligraphie ». Alors que la danseuse Rana Gorgani exprimait la spiritualité soufie par le mouvement de son corps, Bahman Panahi le faisait à travers le geste calligraphique dans l’espace. Le tracé de ses lignes, projeté sur un écran géant, offrait une chorégraphie parallèle, une danse de l’encre qui épousait les rythmes des percussions et les mélodies du luth et du clavecin. Son art a contribué à porter le public vers cette ivresse et cette extase spirituelle qui étaient au cœur des ambitions du spectacle.
À l’issue des représentations, l’ovation du public était unanime. « Sufi’s Saraband » a tenu sa promesse : celle d’une célébration de la beauté mystique, une sarabande envoûtante où les âmes du public ont dansé à l’unisson avec celles des artistes. Cette production est la preuve éclatante que La Cité Bleue, sous l’impulsion visionnaire de Leonardo García Alarcón, est désormais un lieu indispensable où les frontières s’estompent pour donner naissance à un art véritablement universel et bouleversant !







