dimanche 4 octobre 2026

CRITIQUE, comédie musicale. PARIS, Théâtre du Lido, le 7 octobre 2025. LEGRAND : Les Demoiselles de Rochefort, M. Arbaoui-Westphal, S. Stern, D. Marino, P. Amrani, V. Gabail, A. Leonard… G. Rico / Patrice Peyriéras

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Qui n’a jamais eu une chanson des Demoiselles de Rochefort dans la tête pendant plus d’une journée ne sait pas ce que c’est la joie de vivre. Le film de Jacques Demy est un rayon de soleil dans une filmographie quelque peu mélodramatique. N’ayant ni la géniale dramaturgie de La Baie des anges, la mélancolie surannée des Parapluies de Cherbourg ou la nostalgie sublime de Lola, Les Demoiselles de Rochefort, sorti en 1967 a vu danser Rochefort dans un kaléidoscope multicolore délicieux. Comptant des stars confirmées ou en devenir tels Gene Kelly, Danielle Darrieux, Michel Piccoli, George Chakiris ou les fantastiques soeurs Deneuve et Dorleac, ce film fixe à tout jamais l’arc-en-ciel infini des fantaisies du réalisateur nantais. Une sorte de bonbon acidulé pour les âges dont la saveur ne se gâte jamais. 

 

Après avoir monté les Parapluies de Cherbourg au Châtelet et Peau d’âne à Marigny, le génial Jean-Luc Choplin nous propose un voyage à Rochefort sur la scène de l’iconique Lido. Alors voilà qu’au cœur des Champs-Elysées s’installe le vieux Pont transbordeur de Rochefort et ses milliers de rivets, la place Colbert et sa fontaine et tous les décors du film dans une reconstitution qui passe très bien due à Bruno de Lavenère. La mise en scène de Gilles Rico, agrémentée de la spectaculaire chorégraphie de Joanna Goodwin, nous transporte dans l’univers du film sans en faire une glose roborative mais une citation adaptée au lieu sans perdre une seule nuance. Au contraire, on redécouvre avec plaisir des scènes du film et des aspects qui enrichissent l’intrigue brillamment. 

Mené par les jumelles, la distribution vocale est équilibrée et idéale. Les sœurs Garnier sont incarnées par deux solistes au talent incomparable. Delphine est Maïlys Arbaoui-Westphal, pimpante et à la voix à l’abattage impressionnant notamment dans les duos et les ensembles, elle est une digne héritière de Catherine Deneuve dans la fraîcheur et l’énergie. La sensible et plus sage Solange est Sophia Stern aux moyens histrioniques et vocaux s’étendant dans toute la tessiture, on apprécie particulièrement son attention à la restitution du texte à la perfection sans perdre à aucun moment le sens du swing. David Marino est un Maxence idéal et très touchant avec une voix qui est un alliage parfait de charme et de précision. Paul Amrani succède à Gene Kelly dans le rôle d’Andy et il réussit à s’approprier ce rôle tant par ses talents incontestables de danseur et la beauté de son timbre. Nous sommes heureux de retrouver la soprano Valérie Gabail en Yvonne Garnier qui sait réinventer ce personnage avec une tessiture explorée dans toute son étendue et touchante au possible. 

Par ailleurs, nous avons été abasourdis par les fabuleux Valentin Eyme, Aaron Colston-Bill en voyageurs nomades de cœurs, danseurs et performeurs tous deux d’un immense talent. De la même manière l’intégralité du corps de ballet, dont le Boubou acrobatique de Daniel Smith, nous a ravi au plus haut point,  Les chorégraphies de ces Demoiselles de Rochefort ont toute la grandeur et la pétulance des plus grands spectacles de Broadway. 

L’Orchestre du Théâtre du Lido, sous la baguette de Patrice Peyriéras, restitue avec délice la partition de Michel Legrand. Outre une balance pas très bien équilibrée avec les voix, que l’orchestre couvre dans les forte, nous demeurons admiratifs face au défi de revisiter cette musique avec un tel degré d’exigence et d’émotion. 

Soirée aux contours idéaux, encore une fois le Théâtre du Lido s’est surpassé pour nous proposer ce voyage dans un univers aussi éperdument bigarré que nous ne cesserons pas d’aimer de sitôt. 

 

 

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CRITIQUE, comédie musicale. PARIS, Théâtre du Lido, le 7 octobre 2025. LEGRAND : Les Demoiselles de Rochefort, M. Arbaoui-Westphal, S. Stern, D. Marino, P. Amrani, V. Gabail, A. Leonard… G. Rico / Patrice Peyriéras. Crédit photo (c) Photo Maria-Helena Buckley

 

 

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