mardi 13 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. OSKAR C. POSA (1873 – 1951) : Lieder, violin sonata, string quartet, premières mondiales (livre 2 cd – Voilà! records)

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Réhabilitation réussie pour Oskar C. Posa (1873-1951). Le compositeur juif autrichien, interdit par les nazis et aussi attaqué par les critiques contemporains (pour une bonne majorité plutôt jaloux), sort enfin de l’ombre, en véritable génie viennois, entre autres du lied. Une maestria enfin révélée, et une réestimation argumentée, légitime.

 

 

Par le disque, Oskar C. Posa (1873-1951) ressuscite véritablement grâce à la ténacité d’Olivier Lalane, directeur artistique du label Voilà!, nouveau label, inauguré avec l’enregistrement des œuvres de Posa, en première mondiale.  Le corpus exhumé est somptueux, révélateur d’une maîtrise rare que la prépondérance du piano, acteur plutôt qu’accompagnateur, réactive constamment, dans sa musique de chambre comme dans l’écriture de ses lieder, parmi les plus élaborés qui soient, dignes rivaux des plus connus, ceux de Wolf, Mahler, Strauss… eux-mêmes dignes continuateur de l’illustre et modèle pour tous, … Franz Schubert.

Dans les faits, Posa renouvelle l’art d’un Schubert auquel il insuffle une puissance émotionnelle, d’une exceptionnelle subtilité, pudique et tragique, parfois violente, pour le moins très contrastée ; chaque lied confirme sa pleine expressivité, dans une langue ciselée et affûtée dont l’intensité égale l’opéra, un genre que n’aborda pas Posa. Mais qu’il utilise sans limites et avec à propos dans la plupart de ses lieder.

Au départ de cette aventure musicale et musicologique de 4 années, qui se concrétise, aboutissement idéal, par le présent disque, …une affiche de concert de janvier 1905 au Musikverein, où Oskar C. Posa  figure aux côtés de deux compositeurs célèbres : Zemlinsky (Die Seejungfrau) et Schoenberg (Pelleas und Melisande) ; et entre les deux, cinq Lieder pour baryton et orchestre … d’Oskar Posa. C’est d’ailleurs avec les 2 compositeurs que le même Posa, fonda en 1904 la Vereinigung Schaffender Tonkünstler in Wien, société de musique à la pointe de la création musicale, qui assura entre autres la création des Rückertlieder et les Kindertotenlieder de Mahler.

Directeur musical de l’Opéra de Graz, enseignant au conservatoire de Vienne, jusqu’à l’Anschluss, Posa transmet, dirige les œuvres, compose. Même parfois décrié, il est donc au centre de la création musicale de son temps. C’est même un acteur incontournable et un auteur dont le tempérament reste indiscutable. Olivier Lalane a révélé son catalogue : 15 opus publiés entre 1899 et les années 1920, dont une majorité de lieder, certains orchestrés.

 

 

FAISEUR DE LIEDER

CD2
Sur les 80 lieder composés par Posa, en voici 24, minutieusement sélectionnés, et présentés dans l’ordre chronologique, classement utile pour dégager une évolution de l’écriture : l’écoute des pièces dévoile une intelligence musicale et dramatique, aussi passionnée que Brahms, aussi voluptueuse que Richard Strauss, avec une violence et des contrastes souvent exacerbés qui questionnent chaque texte. Inspiré par entre autres, Richard Dehmel, surtout Detlev von Liliencron, Posa affirme une inspiration brute, qui dévoile sans fard, une connaissance des sentiments humains, un goût spécifique pour affres et vertiges de l’amour déçu, amer, radical, sans omettre des épisodes d’un dramatisme noir, âpre … la souffrance est sa terre familière, tissu d’affects remarquablement éclairés par la musique. Ainsi, entre autres, perles significatives :

Des 4 pièces d’après Ricarda Huch (op.1 / 1897), l’enivrement du premier « Heimweh », ou le souterrain, tempétueux, halluciné, « Ende » (très schubertien dans sa coupe dramatique). Des 5 Lieder d’après Detlev von Liliencron, opus 3, le caressant et printanier (et naturaliste) « Tiefe Sehnsucht », puis « Goldammer » dont l’oiseau célébré (un bruant jaune) est complice d’une désillusion totale, d’un sentiment de perte irréversible  ; citons aussi d’après Richard Dehmel (1898) à l’impressionnant « Beschwichtigung » op.4 n°3, ample et profond Liebestod de chambre (l’un des plus longs lieder), produit d’un échec amoureux, aux accents proche d’une nature souveraine, la fin qui au piano semble se refermer dans les vagues d’un océan indomptable, ses « flots qui grondent »…

Le théâtre le plus noir et dans un chant plus parlé que chanté, au début, s’affirme dans « Die gelbe Blume Eifersucht » op.6, d’après D von Liliencron / Le jaune fleur (de la) jalousie, 1900 : où l’amoureux trahi surprend celle qu’il aime dans les bras d’un autre, dévoré désormais par une violence haineuse qui se réalise en cris et hululements, dans l’idée d’un crime au poignard… Cette ampleur du tragique et du désespoir aussi se prolonge dans la premier lied du cycle opus 8 de 1902 « Soldatenlieder d’après le même D von Liliencron : « Tod in Ähren », prière entre déploration et effroi célébrant la mort d’un soldat « dans les blés ».

L’amant chez Posa même s’il s’abandonne à l’aimée (« Schliesse mir dir Augen beide » / ferme mes deux yeux, d’après Theodor Storm, opus 11, 1908), ne peut dissimuler sa profonde blessure, un mal être, une souffrance tenace qui le ronge.

Enfin, intelligence de la sélection et dans cet ordre, le dernier lied offre un apaisement espéré, attendu ; l’évocation atmosphérique atteint sous une plume aussi inspirée, un sommet dans « Mondlicht » / Clair de lune (le lied le plus tardif de 1910, d’après Theodor Storm), évocation dont l’enivrement wagnérien, l’idéalisme assumé, et aussi les audaces harmoniques, expriment une séquence vibratile, entre expressionnisme et symbolisme, enfin apaisée, marquée par son ambiance fantastique, son extrême raffinement poétique, jusqu’au miroitement mouvant de la lune (évoqué perceptiblement au piano) qui exprime l’amour idéal.

D’une sensibilité délicate et tout autant capable de puissance expressive, la pianiste Juliette Journaux, éclaire les accents et nuances d’une écriture exceptionnelle pour le piano, d’une étonnante versatilité émotionnelle. Sur les traces du baryton Konrad von Zawilowski, (Hofopernsänger qui assura en 1905 la première des Soldatenlieder), le baryton Edwin Fardini prête son timbre large et fin au verbe impétueux, passionné de Posa qui n’aurait pas à rougir de son confrère et mieux connu, Hugo Wolf, autre génie du lied. Le flexibilité du timbre, le soin des accents et l’articulation rendent un grand service au théâtre passionnel de Posa.

 

 

 

MUSIQUE DE CHAMBRE
Sans le concours de la voix dont l’absence en atténue d’une certaine façon l’expressivité, la musique de chambre de Posa également dévoilée indique le même feu intérieur et dans l’écriture, une urgence impérieuse, idéalement caractérisée.

 

Le CD1 inaugure cette redécouverte majeure avec une pièce d’une date inconnue : « Albumblatt » pour piano seule, d’une extase mélancolique presque nonchalante et d’une grâce suspendue. Aussi intérieur et comme envoûté, l’Andante pour violoncelle de 1902, aux longues phrases éperdues qui passent du piano au violoncelle en un duo fusionnel plutôt grave et profond.

La Sonate pour violon et piano op.7 de 1901 dont la création fut ratée, mérite toutes les attentions. Son âpreté et même sa noirceur inquiète indiquent d’emblée dès le début de premier allegro (moderato, ma molto appassionato), une intensité émotionnelle, doublée d’une exaspération subtilement canalisée, désormais très emblématique de Posa. Comme les lieder, le flux instrumental se renouvelle constamment, multipliant les obstacles et les défis pour les interprètes. Le duo réunit pour Voilà! ne manque ni d’à propos ni de maîtrise : la violoniste Eva Zavaro et la pianiste Juliette Journaux expriment toutes les nuances et les caractères d’une partition très exigeante, qui repousse toujours chaque instrument dans ses ultimes retranchements. S’y révèlent une connaissance de Brahms et de César Franck dans un jeu d’objections et de contre objections alanguies et d’une ardeur envoûtée, entre violon et piano.
Le premier mouvement (allegro moderato) offre une arène redoutable ; elle engage les deux instrumentistes dans une lutte jusqu’auboutiste, dont les accents éprouvent autant les musiciens que les auditeurs… Dans ce rythme effréné, l’andante maestoso, pas vraiment apaisé, et d’une activité constante, passe trop fugitivement ; cédant la place à un nouvel épisode trépidant voire haletant (l’allegro molto final) dont le piano très exposé et moteur, mène la danse. Une chorégraphie semée d’éclairs angoissés, de syncopes nerveuses, éléments d’une transe hallucinée qui semble rembobiner le film dans une course en marche arrière.

En 1948, isolé, à l’écart du milieu musical, Posa âgé de 75 ans, compose un remarquable Quatuor à cordes (en fa opus 18) ; l’œuvre nostalgique et néo classique, au post romantisme qui paraîtrait suranné au regard du style et de l’écriture à cette époque… retrouvé à l’état de manuscrit (jamais joué), a été reconstitué pour l’enregistrement.
C’est la confession d’un compositeur oublié, jeté dans l’ombre d’autant plus déprécié qu’il avait mauvais caractère et restait peu affable. Son Quatuor ultime éclair marque la fin de sa carrière, dont son mouvement final (fuga cappriciosa) indique la permanence d’une quête inflexible et originale. Le premier mouvement le plus développé (allegro moderato) cultive des teintes sombres, d’une gravité dépressive mais si nobles, que ponctuent des séquences d’abandon tendre. L’intelligence des contrastes, la variété des atmosphères appellent au repli puis brutalement à une conscience décuplée, comme l’affirmation malgré tout, coûte que coûte, d’une vitalité jamais atteinte.Ce premier mouvement dans ses intervalles harmoniques, ses coupes parfois sèches, entre tendresse et acidité, s’avère le plus caractérisé, probablement le plus proche des sentiments de l’auteur au moment où il compose.
Quel contraste aussi avec l’insouciance affichée du 3è mouvement – sorte de scherzo apaisé, joyeux (de plus en plus oublieux, enivré), « Intermezzo giocoso », où Posa glisse même l’air de la valse fameuse de Johann Strauss II (originellement chantée : « Voix du printemps » / Frühlingsstimmen), citation aussi charmante que nostalgique, très habilement intégrée dans le flux sonore.
Le trait de génie est assurément l’architecture du Finale – qui regarde directement dans la matière détachée, profonde du dernier Beethoven ; la mise à distance, le recul qui s’opère dans l’écriture, exprime contre toute attente, une distanciation qui écarte toute la lourdeur (déclarative, ampoulée) d’une conclusion massive, préférant à juste titre, l’envol de la fugue notée « capricciosa », d’une insouciance recouvrée, lumineuse, allégée dont l’aspiration et le chant à nouveau nostalgique, offrent une conclusion particulièrement convaincante.

 

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CRITIQUE CD événement. Oskar C. Posa (1873-1951) : Livre – 2 CD Voilà! records – CD1 : Albumblatt pour piano, Sonate pour violon et piano op.7, Andante pour violoncelle et piano en ré mineur, Quatuor à cordes en fa op.18, Juliette Journaux, piano ; Eva Zavaro, violon ; Simon Dechambre, violoncelle ; Quatuor Métamorphoses.
CD2 : 24 lieder op.1 à op.12. Edwin Fardini, baryton ; Juliette Journaux, piano. Enregistrés à la Historischer Reistadel de Neumarkt (Allemagne) du 9 au 15 juin 2023 et dans l’hôtel de la Fondation Singer-Polignac à Paris les 3 et 4 novembre 2023. Notice de présentation de 259 pages en français et anglais, textes des poèmes en allemand, anglais et français. Durée totale : 2h:26

 

 

LIRE aussi notre présentation annonce du CD événement : OSKAR C. POSA (1873 – 1951) – Lieder, Sonate pour violon et piano, Quatuor à cordes… premier enregistrement mondial. Juliette Journaux, piano ; Edwin Fardini, baryton ; Eva Zavaro, violon ; Quatuor Métamorphoses ; Simon Dechambre, violoncelle (2 cd Voilà! records V001)

CD événement, annonce. OSKAR C. POSA (1873 – 1951) – Lieder, Sonate pour violon et piano, Quatuor à cordes… premier enregistrement mondial. Juliette Journaux, piano ; Edwin Fardini, baryton ; Eva Zavaro, violon ; Quatuor Métamorphoses ; Simon Dechambre, violoncelle (2 cd Voilà records V001)

A l’automne 2025, le nouveau label Voilà! records édite un cd exemplaire qui en plus d’être un témoignage artistique de première valeur, permet la résurrection d’un compositeur viennois majeur. Le post romantique jusque là inconnu, Oskar C. Posa (1873 – 1951) fonde en 1904 avec Schoenberg et Zemlinsky, l’Association des compositeurs viennois, et crée avec eux ses Soldatenlieder au Musikverein en 1905. POSA très estimé de son vivant, affirme un authentique génie dans ses lieder entre autres (80 pièces chantées en Europe et aux États-Unis), offrande puissante et originale entre Brahms et Wagner, dont la « sensualité harmonique et la densité pianistique » exercent un charme spécifique

 

 

 

 

entretien

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Olivier Lalane, directeur du label Voilà! records, à propos de son premier album dédié à OSKAR C. POSA :

ENTRETIEN avec Olivier LALANE, directeur artistique du label Voilà! records… à propos du livre cd dédié à la redécouverte d’Oskar Posa (automne 2025)

La redécouverte d’Oskar Posa est née d’un hasard ; son nom figurait sur l’affiche d’un concert de 1905 au Musikverein, entre Schoenberg et Zemlinsky. De cette curiosité initiale, « qui est ce type au milieu des deux géants du postromantisme ? », est née une enquête de quatre ans, qui a peu à peu ressuscité un compositeur totalement oublié. Avec Juliette Journaux, nous avons lu et déchiffré l’intégralité des partitions accessibles, et retenu celles qui nous ont littéralement séduits : les plus marquantes par leur mélodie, leur harmonie, ou leur audace d’écriture. Certaines frappent par leur beauté immédiate, d’autres par leur modernité presque troublante, comme « Die gelbe Blume Eifersucht », un lied sur la jalousie où les ruminations d’un amant se terminent par un véritable coup de poignard…

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