mardi 29 septembre 2026

CRITIQUE CD événement. Karol SZYMANOWSKI (1882-1937) : Symphonie concertante pour piano et orchestre n°4 opus 60. 10 Mazurkas de l’opus 50 (sélection). Szymon Nehring, piano. Polish National Radio Symphony Orchestra, Marin Alsop, direction. (1 cd Rubicon 2022, 2025)

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Pour l’éditeur RUBICON, le pianiste polonais Szymon Nehring joue son compatriote Szymanowski, soulignant le caractère hautement lyrique et concertant de la Symphonie n°4 (malgré son titre, un véritable concerto pour piano et orchestre), puis la volubilité poétique, d’une sensualité suspendue des Mazurkas dont il a déduit une sélection au geste superlatif.

 

Contemporain de Ravel, Szymanowski est bien le compositeur polonais le plus audacieux et aussi le plus enchanteur de ce début du XXè (il est mort en mars 1937… comme Ravel, décédé en décembre). Sa musique est aussi riche et complexe que séduisante et voluptueuse, en témoigne sa Symphonie Concertante pour piano et orchestre – Symphonie n° 4 op. 60
Szymon Nehring et la cheffe Marin Alsop s’entendent à merveille dans une lecture vive et détaillée qui met aussi en avant les qualités expressive du Polish National Radio Symphony Orchestra, formation dont la maestra est directrice artistique, dont voici le premier enregistrement sous sa direction (mars 2025).
Les interprètes savent irriguer le tissu orchestral d’une tension fluide propre à la dernière période du compositeur qui après ses périodes symboliste, impressionniste, redécouvre les joyaux du folklore national, après avoir longuement revisité Scriabine, Debussy (après Wagner)… En 1932, achevant cette symphonie concertante avec piano, Szymanowski est professeur du Conservatoire de Varsovie (depuis 1927). Son écriture est d’une richesse flamboyante, jonglant avec une texture harmoniquement passionnante qui marque le retour au diatonisme le plus raffiné (dont témoigne aussi la partition de son ballet, Harnasie (Les Brigands, à redécouvrir absolument, contemporain de cette 4ème Symphonie).

Sur les pas du pianiste créateur (et dédicataire), Arthur Rubinstein, Szymon Nehring dès le premier mouvement, éclaire l’activité et les couleurs bartokiennes de cette symphonie pianistique où le clavier défend sa partie à l’égal des autres pupitres, dans une polyphonie vive, affûtée, crépitante (belle cadence, à la fois mordante et lumineuse). Agile et loquace, le piano parle et chante. Orchestre (bois et cuivres) fusionnent idéalement avec le piano dans le crépusculaire et très évanescent Andante molto sostenuto : ses harmonies et dissonances imprévisibles et suggestives…
La complicité entre le pianiste et les instrumentistes polonais fusionnent : le pianiste semble défendre un cheminement propre, comme un funambule, de plus en plus concerné par l’activité des musiciens qui l’environnent, avec lesquels il dialogue dans une intensité croissante, … laquelle explose littéralement dans l’Allegro non troppo où brille dès le début, l’accroche conquérante des percussions (timbales). Comme Ravel, Szymanowski cultive la suractivité redondante jusqu’à la transe, d’où ce finale volcanique voire « orgiaque » (selon les mots de l’auteur), exaltant l’intensité des danses populaires, leur caractère rustique et contrasté, presque sauvage et aussi d’un caractère anxieux. Éloquente, habitée, la direction de Marin Alsop concilie fluidité et relief, éclairant en saillies maîtrisées, un bel équilibre sonore et coloré avec le soliste au clavier.

Puis, fin et racé, le jeu du pianiste s’exprime a voce sola dans un choix passionnant de 10 Mazurkas (sur les 20 que regroupe le recueil opus 50), enregistrées en mai 2022 à Varsovie. Achevées en 1925, les Mazurkas de Szymanowski s’inscrivent dans l’héritage de Chopin évidemment : complexité des modes combinés, haute diversité des tonalités,… la richesse du langage évoque l’hypersensibilité d’un auteur passionné par les folklores polonais : arbitre et acrobate, Szymon Nehring jongle avec les accents et les nuances, la vivacité rythmique (à 3 temps), l’ivresse des mélodies, la volubilité des accents qui se déplacent d’un temps faible à l’autre… la structure rigoureuse et la flamboyante créativité de chaque danse originaire de Mazovie (plaines autour de Varsovie). Le génie de Szymanowski favorise les échappées poétiques à travers le cadre rythmique assez strict du genre mazurka. On y relève et se délecte dès la première mazurka, de ses émotions mêlées, inextricables, sa cantilène à la fois mélancolique et rêveuse, ineffable en réalité… ; de l’Allegramente de la n°4, d’une douceur tendre qui génère une texture harmonique d’une géniale densité trouble, si emblématique de Szymanowski… ; de l’esprit montagnard du rythme de la n°16 ; de la fièvre mêlée à la rêverie justement de la n°17 ; L’imaginaire du Polonais s’y déploie sans limites sinon celles de son indiscutable génie formel.

 

 

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CRITIQUE CD événement. Karol SZYMANOWSKI (1882-1937) : Symphonie concertante pour piano et orchestre n°4 opus 60. 20 Mazurkas de l’opus 50 (sélection). Szymon Nehring, piano. Orchestre symphonique de la Radio nationale polonaise, Marin Alsop, direction. 1 CD Rubicon. Enregistré en mars 2025, NOSPR Concert Hall de Katowice (Symphonie) ; en mai 2022, Philharmonie de Varsovie (Mazurkas). Durée totale: 52 mn – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026
LIRE aussi notre présentation annonce du cd Karol SZYMANOWSKI (1882-1937) : Symphonie concertante pour piano et orchestre n°4 opus 60. 20 Mazurkas de l’opus 50 (sélection). Szymon Nehring, piano. Orchestre symphonique de la Radio nationale polonaise, Marin Alsop, direction. 1 CD Rubicon :
Clair, ciselé, à l’écoute des climats harmoniques volubiles et dans une matière orchestrale éruptive, le clavier du pianiste Szymon Nehring (31 ans) dévoile la puissance imaginative de Szymanowski, en particulier ici dans sa Symphonie (concertante) n°4 – et ses climats aussi variés que fantastiques, sous la baguette de la new-yorkaise Marin Aslop…

 

 

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