Compte rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino.

Avant Carmen, Bizet trouve la juste couleur dans Les Pêcheurs de Perles (1862)Compte rendu, opéra. Toulouse. Capitole, le 13 avril 2018. Bizet : Carmen. Grinda / Molino. oulouse. Théâtre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet : Carmen. Jean-Louis Grinda, mise en scène. Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino, direction musicale. Carmen, l’opéra le plus aimé du public, donné à Toulouse dans une nouvelle production,  l’a été à guichet fermé. Tant attendu, ce spectacle a rendu le public heureux, car le chef d’œuvre de Bizet n’a pas été dénaturé par la mise en scène. Bien au contraire le travail en profondeur de Jean-Louis Grinda est très respectueux des didascalies. Nous sommes dans une Espagne ancienne et traditionnelle et les costumes sont beaux et permettent aux acteurs de bouger facilement. Le décor de Rudy Sabounghi joue habilement avec deux demi amphithéâtres qui peuvent bouger et se fermer. Cela crée des espaces variés, espace interne et externe, ouvert ou fermé, tout peut être suggéré en fonction de l’action. Des projections bien réalisées et agréables donnent sens aux décors et à l’action.

Donner à voir durant la fin de l’ouverture, la fin de l’opéra permet d’accentuer le côté mythique de l’œuvre. Ce n’est pas pour connaître la fin que nous venons mais pour savoir comment y arriver, comment le destin va lier inexorablement les personnages.

La Carmen de Clémentine Margaine est sans surprise, sans génie, mais bien chantante. Dotée d’une voix plutôt opulente de mezzo sombre, elle en abuse un peu. Le timbre n’a rien d’attachant, les couleurs peu variées. Le jeu se veut passionné mais il est surtout désordonné, en un mot : convenu, dans une certaine tradition généreuse en effets. Le personnage semble suspendu et n’attire aucune sympathie.

Son Don José, le ténor américain Charles Catronovo, campe un personnage bien plus original et dramatiquement saisissant. Celui de l’intemporel homme faible qui cache une vulnérabilité désolante sous une violence et une jalousie de bête fauve. Quand aucun animal d’ailleurs n’agirait aussi mal avec sa femelle… La mise en scène lui fait commettre les gestes du violeur, comme du cogneur a bras raccourci. Carmen ne pouvait échapper à un tel jaloux pathologique, aussi ses provocations sont vaines et comme condamnées d’avance. Une Carmen jouant davantage sa vulnérabilité dans la scène des cartes par exemple aurait bien mieux convenu à Castronovo, si subtil acteur. Le chanteur a une voix sonore, bien conduite mais un timbre générique. Comme ce jeu si puissant a peu d’impact sur sa partenaire, c’est à se demander si il y eu un véritable travail de mise en scène des solistes. Car l’Escamillo de Dimitry Ivashchenko n’est qu’un fat qui chante fort et joue peu. En somme, rien de remarquable. Par contre le Morales d’Anas Seguin est doté scéniquement d’une belle présence et d’un jeu efficace. La voix est belle et bien projetée. Voilà un jeune chanteur à suivre. Les autres petits rôles sont correctement tenus mais ne méritent pas de louanges particulières. Car tous doivent céder la place à la Micaëla d’Anaïs Constans. Le grain de la voix est fin, le timbre est fruité et la ligne de chant superbement conduite. La voix très saine sachant nuancer jusque dans de très beaux forte promet un bel avenir à la jeune chanteuse. Elle reviendra la saison prochaine à Toulouse et va certainement après cette prise de rôle parfaitement réussie, développer une carrière internationale. D’autant qu’elle a su dépasser son physique placide en conférant à son jeu une sorte de transe avec des regards très intenses. La scène de la montagne est un moment dramatique parfaitement crédible. Vocalement c’est dans le grand duo avec Don José qu’elle développe un chant plein et parfaitement phrasé. La maîtrise du Capitole et le chœur du Capitole sont excellents. L’orchestre est beau, efficace, brillant. Mais n’oublions pas combien la direction de Michel Plasson au disque ou à la scène apportait une autre dimension dramatique à l’ouvrage tout entier.

Carmen reste bien le chef d’œuvre des opéras. Le Capitole en a donné une version respectueuse de laquelle émergent le Don José trouble  de Charles Castronovo et surtout la prise de rôle absolument réussie d’Anaïs Constants dans une Micaëla attachante.

 

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Toulouse. Théâtre du Capitole le 13 avril 2018. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, Opéra en quatre actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halevy. Nouvelle Production. Jean-Louis Grinda, mise en scène ; Rudy Sabounghi, décors ; Rudy Sabounghi, Françoise Raybaud Pace, costumes ; Laurent Castaingt, lumières ; Gabriel Grinda, vidéo ; Avec : Clémentine Margaine, Carmen ; Charles Castronovo, Don José ; Dimitry Ivashchenko, Escamillo ; Anaïs Constans, Micaëla ; Charlotte Despaux, Frasquita ; Marion Lebègue, Mercédès ; Christian Tréguier, Zuniga ; Anas Seguin, Moralès ; Olivier Grand, Le Dancaïre ; Luca Lombardo, Le Remendado ; Frank T’Hézan, Lilas Pastia ; Chœur et Maîtrise du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Andrea Molino direction musicale.

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