Il y a des titres lyriques injustement relégués aux oubliettes, que seule la ferveur d’un festival comme celui de Parme peut ramener à la lumière. En ouvrant la XXVIème édition du Festival Verdi avec Alzira, le Teatro Regio de Parme a certes exhumé une rareté, mais également offert à son public une soirée de théâtre musical de haute volée.
James Conlon, qui dirigeait l’ouvrage pour la première fois, a insufflé à cette partition de jeunesse une énergie et une tension dramatiques saisissantes. Loin de traiter Alzira comme une curiosité d’archive, il en a révélé la veine mélodique généreuse, les élans pré-verdien déjà si personnels, et cette capacité à faire vibrer le drame intime sur fond de conflit colonial. À la tête de la Filarmonica Arturo Toscanini, il a su doser les masses orchestrales avec un art consommé de la fosse, laissant toujours les voix respirer, tout en donnant aux passages purement symphoniques une couleur sombre et fiévreuse qui rappelle les plus belles pages du Nabucco ou des Lombardi. Le Coro del Teatro Regio di Parma, préparé par Martino Faggiani, s’est montré tour à tour puissant et nuancé, notamment dans les scènes de foule qui ponctuent le drame.
La nouvelle production signée Manuel Renga frappe par son intelligence et sa sobriété. Renga a choisi de ne pas noyer l’action sous un luxe de reconstitution historique, mais de concentrer le regard sur les tensions humaines qui traversent l’œuvre : l’amour contrarié d’Alzira et de Zamoro, la violence de la conquête, la difficile coexistence des cultures. Les décors et costumes d’Aurelio Colombo, d’une beauté austère et géométrique, créent un espace mental autant que géographique, où le Pérou du XVIe siècle devient un miroir des déchirures contemporaines. Les lumières d’Emanuele Agliati sculptent les silhouettes et les visages avec une précision remarquable, tandis que les chorégraphies de Paola Lattanzi apportent une dimension physique et rituelle qui donne à certaines scènes une force quasi tellurique. On a rarement vu une mise en scène servir aussi efficacement la musique sans jamais la dominer.
Le public parmesan, réputé pour son exigence, a réservé un accueil triomphal à une distribution dont chaque membre faisait ses débuts dans son rôle. Marta Torbidoni, en Alzira, a conquis dès ses premières interventions par la pureté de son timbre et la noblesse de sa ligne de chant. Sa maîtrise des nuances, sa capacité à passer de la douceur élégiaque à l’élan dramatique le plus fougueux, font d’elle une interprète bouleversante. Face à elle, Antonio Poli campe un Zamoro d’une vaillance et d’une sincérité désarmantes ; son ténor, à la fois clair et incisif, donne au guerrier inca une humanité immédiate. Daniel Luis de Vicente, en Gusmano, incarne avec une autorité impressionnante le gouverneur espagnol déchiré entre le devoir et la passion, sa basse noble et profonde apportant une assise dramatique essentielle à l’ensemble. Les rôles secondaires, tenus par Agostino Subacchi, Erica Cortese, Carlo Raffaelli et Federico Bonghi, complètent cette galerie de personnages avec un engagement et une qualité vocale qui ne laissent place à aucun maillon faible.
Alzira n’est peut-être pas l’opéra le plus célèbre de Verdi, mais cette production démontre avec éclat qu’il mérite amplement sa place dans le répertoire. Grâce à l’édition critique de Stefano Castelvecchi et Jonathan Cheskin, qui restitue la partition dans toute sa richesse, et grâce à une équipe artistique de grande qualité, le Festival Verdi signe là l’une de ses plus belles réussites.
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CRITIQUE, festival. PARME, Teatro Verdi, le 8 octobre 2026. VERDI : Alzira. M. Torbidoni, A. Poli, D. Luis De Vicente… Manuel RENGA / James CONLON. Crédit photo (c) Roberto Ricci







