lundi 28 septembre 2026

CRITIQUE, zarzuela. MADRID, Teatro de la Zarzuela, les 23 & 26 septembre 2026. BRETON : La Verbena de la paloma. B. Quiza / C. San Martin, C. Romeu / M. Rey-Joly… Nuria CASTEJON / Carlos ARAGON

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Daniel Lara
Daniel Lara
Daniel Lara est journaliste culturel et critique d’opéra. Spécialisé dans la musique vocale, la musique classique et l’art lyrique, il publie régulièrement critiques, articles et entretiens dans plusieurs médias spécialisés internationaux. Il est actuellement correspondant de Pro Ópera (Mexique), OperaWorld.es (Espagne) et ClassiqueNews.com (France), et collabore comme animateur culturel à l’émission culturelle LatinTime diffusée sur CKUT 90.3 FM à Montréal (Canada).
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Le Teatro de la Zarzuela de Madrid a ouvert sa saison 2026-2027 avec l’une des partitions les plus connues, populaires et représentatives du répertoire lyrique espagnol : « La Verbena de la Paloma », une œuvre brève, emblématique du género chico, et l’un des grands joyaux du répertoire de la zarzuela, composée par le prolifique compositeur espagnol Tomás Bretón (1850-1923), l’un des grands créateurs de la fin du XIXe siècle, dont la musique restitue magistralement l’atmosphère populaire du Madrid de ces années-là. L’intrigue, simple et sans prétention, se présente moins comme une grande histoire que comme un instantané théâtral de la ville. Sur un livret du dramaturge Ricardo de la Vega, elle met en scène les amours et la jalousie d’un jeune couple au cours d’une nuit de fête, dans le cadre des célébrations madrilènes de la Vierge de la Paloma.

 

En hommage au légendaire Teatro Apolo de Madrid, où « La verbena de la Paloma » vit le jour en 1894, le spectacle était précédé d’un prologue comique et lyrique intitulé « Adiós, Apolo », sur des textes d’Álvaro Tato, destiné à rendre hommage aux nombreux artistes qui firent de ce théâtre la cathédrale du género chico à Madrid. Dans un séduisant jeu de théâtre dans le théâtre, la proposition recrée la répétition de la dernière représentation qui devait y être donnée en 1929, avant sa fermeture définitive, précisément avec cette œuvre de Bretón. D’une durée d’un peu plus d’une demi-heure, le prologue réunissait une intéressante sélection de pièces de compositeurs tels que Guerrero, Chueca, Valverde, Serrano et Torregrosa, offrant une vision précise du panorama musical espagnol de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, en pleine effervescence de ce que l’on a appelé la Belle Époque espagnole. Se succédaient ainsi quelques-uns des numéros les plus représentatifs du répertoire créé à l’Apolo : le chotis de la « Garçon » de « El sobre verde », la valse de Neptuno de « El año pasado por agua » et celle du Caballero de Gracia de « La Gran Vía », le tango du cinématographe de « La gente seria », la polka japonaise de « El pobre Valbuena » et la polka du photographe de « El bateo ». Le tout culminait avec un émouvant sonnet dédié à l’historique théâtre, avant de laisser place à la représentation proprement dite de « La verbena de la Paloma ».

 

 

Sur le plan vocal, toutes les parties furent défendues avec de solides moyens et beaucoup de soin par une distribution composée exclusivement de chanteurs espagnols. Dans le rôle de Julián, jeune homme tourmenté et extrêmement jaloux, le baryton Borja Quiza tira le meilleur parti d’un personnage qu’il connaît dans les moindres détails et dont la vocalité semble parfaitement correspondre à ses moyens. Sa présence physique et son aisance scénique contribuèrent de manière décisive à la réussite de sa caractérisation. En alternance dans le rôle (3 jours plus tard…), César San Martín ne fut pas en reste, faisant valoir des moyens vocaux solides qu’il sut déployer avec goût et une grande élégance. Objet de la jalousie de Julián, Susana fut incarnée avec beaucoup de conviction par les sopranos Carmen Romeu, puis María Rey-Joly, toutes deux très charismatiques sur scène, qui surent mettre la partie en valeur grâce à leurs beaux timbres et à une parfaite aisance dans la tessiture. Comme on pouvait s’y attendre, les deux distributions furent chaleureusement applaudies dans le numéro le plus célèbre de l’œuvre, le duo « ¿Dónde vas con mantón de Manila? » (« Où vas-tu avec ton châle de Manille ? »). 

Avec beaucoup de métier scénique, les sopranos Milagros Martín et Gurutze Beitia donnèrent vie respectivement à la très tempéramentale Séña Rita, marraine et protectrice de Julián, et à Antonia, la tante de Casta et Susana, au caractère bravache et volontiers gouailleur. Les sopranos Ana San Martín et Lara Sagastizábal s’acquittèrent elles aussi de leur tâche avec beaucoup d’à-propos, apportant, par leur sens comique et leur aisance scénique, une dimension particulièrement savoureuse au personnage de Casta. Autre grande triomphatrice de la soirée, la cantaora Sara Salado, dans le rôle de Soleá, contribua à recréer avec justesse l’atmosphère musicale et populaire de la fête, depuis le tablao du Café de Melilla. Son intervention flamenca, « En Chiclana me crié… » (« C’est à Chiclana que j’ai grandi… »), apporta une touche de couleur et d’enthousiasme qui lui valut une ovation particulièrement chaleureuse du public.

Dans le rôle de Don Hilarión, pharmacien vieillissant et séducteur invétéré, caricature d’une certaine masculinité de son époque, le ténor comique Antonio Comas étala avec beaucoup d’aplomb ses conquêtes amoureuses. Sans jamais en faire trop, il fit preuve d’une grande verve et d’une remarquable variété de moyens comiques, qui lui valurent les chaleureux applaudissements du public. Dans le rôle de son ami Don Sebastián, Gerardo López et Jorge Rodríguez-Norton offrirent un excellent contrepoint, avec beaucoup de métier et une riche palette de nuances interprétatives. Excellente également, la prestation de Rafa Castejón dans ses deux fonctions de metteur en scène et de tavernier. Les autres interprètes complétèrent avec bonheur une représentation d’un niveau vocal remarquable.

 

 

Le chœur de la maison, placé sous la direction d’Antonio Fauró, solide et bien préparé, se distingua particulièrement dans les célèbres seguidillas « ¡Por ser la Virgen de la Paloma! » (« Pour être la Vierge de la Paloma ! »), apportant tout le caractère festif et la saveur populaire qu’exige la partition. Pour sa part, l’Orchestre de la Communauté de Madrid livra une excellente prestation sous la direction de Carlos Aragón, qui sut mettre en lumière, avec une conduite sûre et une grande maîtrise, toute la richesse d’une partition qui, derrière son langage populaire et son apparente simplicité, révèle une écriture musicale d’une grande richesse et d’une réelle sophistication.

Éloignée de toute volonté de réinterprétation, la production scénique traditionnelle de Nuria Castejón, profondément ancrée dans l’esthétique populaire espagnole, offrit un cadre idéal au déroulement fluide de l’action, grâce à un minutieux travail de direction d’acteurs et de mouvements, tant pour les solistes que pour les ensembles choraux. L’attreyante proposition visuelle repose sur la scénographie réaliste et détaillée de Nicolás Boni, qui recréa fidèlement sur scène une place du Madrid des Habsbourg, sur les magnifiques costumes de la créatrice Gabriela Salaverri et sur les lumières chaleureuses et précises d’Albert Faura. Les chorégraphies de Nuria Castejón, parfaitement intégrées à l’action, furent également l’un des points forts d’un spectacle qui sut immédiatement séduire le public.

L’enthousiasme de la salle, qui se prolongea par de nombreuses sorties des artistes et une ovation qui semblait ne jamais devoir prendre fin, confirma le succès de cette reprise – et couronna de belle manière les débuts prometteurs de la nouvelle saison du magnifique Théâtre de la Zarzuela de Madrid !

 

 

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CRITIQUE, zarzuela. MADRID, Teatro de la Zarzuela, les 23 & 26 septembre 2026. BRETON : La Verbena de la paloma. B. Quiza / C. San Martin, C. Romeu / M. Rey-Joly… Nuria CASTEJON / Carlos ARAGON. Crédit photo (c) Elena Real

 

 

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