Après Fauré, Gabriel Durliat s’intéresse au mystère Ravel... fasciné par ses sortilèges, le pianiste explorateur qui est aussi compositeur, questionne tout ce qu’a de spécifique la musique française dont Ravel est un ambassadeur majeur : « une certaine relation incantatoire au rythme » , des « couleurs harmoniques riches », la recherche sonore « dans la vivacité et la résonance »… En jouant avec le genre du Tombeau, hommage et célébration d’un confrère admiré, Gabriel Durliat retisse des filiations affectives, de Ravel à Couperin (et à Fauré), de Debussy à Rameau, de Messiaen à Dukas… Des correspondances et des filiations artistiques se précisent, où s’inscrivent aussi les propres compositions de l’interprète …
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Photo : Gabriel Durliat, pianiste, compositeur, chef d’orchestre © Thomas O’Brien
CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez vous sélectionné les 10 pièces de ce programme ? Dans quel but ?
Gabriel Durliat : Après un premier disque consacré à la musique de Gabriel Fauré mise en regard de celle de Bach, il était naturel de poursuivre mon exploration du répertoire français, qui m’est très cher, par Maurice Ravel, l’élève de Fauré. A l’image des Jeux d’eau, dédiés « au maître Gabriel Fauré » qui ouvrent ce disque, j’ai pensé ce programme comme une succession d’hommages musicaux dont Ravel serait la figure centrale. C’est ainsi que j’ai voulu mettre à l’honneur le genre du « tombeau », très en vogue au début du XXe siècle en France, et qui consiste pour un compositeur à rendre hommage en musique à l’un de ses pairs disparus.
CLASSIQUENEWS : Présentez-nous le caractère de votre composition « danse rituelle » pour le Tombeau de Ravel ? Quel en est le cheminement du début à la fin et le sens ? Qu’admirez-vous chez Ravel ? Quel élément du compositeur, avez-vous mis en lumière dans votre pièce ?
Gabriel Durliat : J’aime lier étroitement mes activités d’interprète et de compositeur. Ma fréquentation quotidienne du répertoire devient alors l’élément déclencheur d’un acte créatif que je pourrais même appeler interprétation au sens très large du terme.
En l’occurrence, mon intention était double dans la Danse rituelle. D’une part, prolonger le tombeau de Couperin en écrivant une sorte de danse additionnelle à cette suite qui reprenne des éléments thématiques de l’œuvre de Ravel. D’autre part, j’ai voulu penser une pièce qui rassemble des caractéristiques du style français : une certaine relation incantatoire au rythme, des couleurs harmoniques riches et lumineuses, une certaine manière de faire sonner le piano dans la vivacité et la résonance.
CLASSIQUENEWS : Le genre du « Tombeau » comme le principe de l’hommage ou de la célébration, suggèrent une sorte de révérence au compositeur célébré, avec référence à son style. En quoi « l’exercice » permet-il aussi un certaine créativité originale de la part de celui qui rend hommage ? Par exemple dans les cas de Debussy pour Rameau ; de Messiaen pour Dukas…
Gabriel Durliat : C’est tout l’intérêt de ce genre. On pourrait avancer que Rameau ou Debussy n’ont guère besoin d’un tombeau dans la mesure où, par leur génie propre, ils l’ont érigé eux-mêmes !
Ce qui me semble intéressant dans l’exercice est la grande part de subjectivité, assumée, qu’il comporte.
Dans « Hommage à Rameau », Debussy fait du Debussy avec une vision personnelle et fantasmée de la sarabande et d’une certaine nostalgie qu’il perçoit dans les œuvres de Jean-Philippe Rameau.
Dans « La plainte, au loin, du Faune… », Dukas cite avec une grande subtilité le thème du « Prélude à l’après-midi d’un Faune », qui vidé de son caractère initial de rêverie sensuelle devient une déchirante déploration funèbre de celui-ci qui vient de perdre un ami cher. Le tombeau n’est ni un pastiche ni une musique de deuil. Il est l’expression poétique d’un souvenir fixé pour l’éternité.
Gabriel Durliat © Thomas O’Brien
CLASSIQUENEWS : Quel est le sens de la Bourrée que vous avez reconstituée ?
Gabriel Durliat : J’ai eu la grande chance d’avoir accès au manuscrit du Tombeau de Couperin de Ravel, dont l’original se trouve à la Morgan Library de New York. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir au milieu d’esquisses des six mouvements qui composent la pièce, une page entière consacrée à un projet de Bourrée d’une vingtaine de mesures.
J’ai souhaité relever le défi de reconstituer ces esquisses incomplètes en veillant à rester au plus près des éléments laissés par Ravel. Je propose donc ici une version possible de ce qu’aurait pu devenir cette pièce si elle avait été intégrée au cycle.
CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit ce nouveau programme à ce moment de votre travail artistique, comme pianiste et comme compositeur ?
Gabriel Durliat : J’ai le souci constant de penser mes programmes comme des enchaînements d’œuvres qui puissent s’éclairer et former un tout cohérent. Du reste, ce travail d’agencement constitue la seule part véritablement créative du travail de l’interprète. Dans mon cas, la composition vient parfois prolonger cette recherche, lorsqu’elle peut le faire de manière pertinente.
Plus généralement, je m’épanouis dans l’idée de décloisonner les pratiques artistiques.
La direction d’orchestre qui occupe une place de plus en plus grande dans ma vie de musicien s’inscrit également dans cette démarche.
Plus spécifiquement, l’enregistrement d’un disque est un exercice qui fait beaucoup grandir musicalement en ce qu’il oblige à se confronter très directement à soi : à son jeu, à ses choix d’interprétation, à des certitudes qui n’en sont généralement pas, à ses doutes…
Il faut choisir des prises, donc renoncer à d’autres, prendre des décisions que l’on regrettera certainement dans dix ans et à un certain égard, tant mieux !
C’est un niveau d’intimité avec soi-même et avec les œuvres qui marque un avant et un après et qui nourrit beaucoup la relation que l’on a au compositeur que l’on enregistre.
Propos recueillis en septembre 2026
cd
LIRE aussi notre présentation annonce du cd de Gabriel Durliat Le Tombeau de Ravel (1 cd Scala Music) : https://www.classiquenews.com/annonce-cd-evenement-le-tombeau-de-ravel-couperin-rameau-faure-ravel-debussy-messiaen-durliat-gabriel-durliat-piano-et-composition-1-cd-scala-music/
En hommage au génie de Maurice Ravel, un compositeur qui « apporte tant de
joie dans ma vie de musicien », le jeune pianiste Gabriel Durliat qui est aussi chef d’orchestre et compositeur, conçoit pour son 2è album chez Scala Music, ce « Tombeau de Ravel », un cycle minutieusement choisi qui vaut hommage respectueux à celui dont « l’ingéniosité fascine et la pudeur des sentiments bouleverse ».
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ANNONCE CD événement. « Le Tombeau de Ravel « , Gabriel DURLIAT, piano et composition (1 cd Scala Music) — Enregistré du 9 au 11 septembre 2025 à La Scala Provence (Avignon), sur un piano Yamaha CFX — Prochaine critique complète à venir sur classiquenews.com / CD CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 — Parution : 2 octobre 2026 / Label Scala Music – Photo : Gabriel Durliat © Thomas O’Brien
programme
Ravel : Jeux d’eau, M. 30
Rameau : Suite en ré majeur : Les Tendres Plaintes
Debussy : Images, 1re série — Hommage à Rameau
Dukas : « La Plainte, au loin, du Faune… » (Tombeau de Debussy)
Messiaen : Pièce pour le Tombeau de Paul Dukas
Couperin : Forlane (Concerts Royaux) — transcr. Ravel
Ravel : Le Tombeau de Couperin, M. 68 (6 mouvements)
Ravel / Durliat : Bourrée pour le Tombeau de Couperin (reconstitution)
Durliat : Danse rituelle, pour le Tombeau de Maurice Ravel
Ravel : Pavane pour une infante défunte, M. 19
PROCHAINS CONCERTS
3 octobre / CONCERT SORTIE du CD Le Tombeau de Ravel (Scala Music), Scala Paris
16 octobre / Récital — Festival Ouverture, Semur-en-Auxois
2 novembre 2026 / Récital — Bibliothèque de la Grange-Fleuret, Paris
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur SCALA MUSIC / Gabriel Durliat : Le Tombeau de Ravel – 1 cd Scala Music : https://scalamusic.fr/products/le-tombeau-de-ravel
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