Emblématique des valeurs du Festival depuis ses débuts, entre transmission et émergence, la 2ème soirée de notre séjour au Menuhin Festival Gstaad 2026, met l’accent sur une jeune artiste qui, dans le Concerto choisi, bénéficie de la très solide expérience de l’orchestre invité, le somptueux Budapest Festival Orchestra, et son chef IVAN FISCHER… lequel au début du programme, se voit décerné pour ses qualités humaines autant qu’artistiques, le « Beethoven Friendship Award », des mains de Daniel Hope, intendant du Festival (et aussi pour cette occurrence, président de la Beethoven-Haus Bonn). Reconnaissance ô combien méritée. Dans les faits, la soirée va crescendo, elle devient même mémorable, en particulier pour sa 2ème partie, où chef et orchestre réalisent un Mahler littéralement… passionnant.
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Photos © Raphaël Faux 2026
Sommet redoutable du répertoire pianistique, le Concerto pour piano n°3 de Rachmaninov (créé à New York en 1909) coule sous les doigts de la pianiste Isata Kanneh-Mason. Pendant les 50 mn requises, l’interprète portée par l’Orchestre du Festival de Budapest (Budapest Festival Orchestra) et son chef Ivan Fischer, d’une souplesse expressive continue, affronte toutes les séquences – dont l’immense et démoniaque cadence qui conclut comme une ultime récapitulation, le monumental premier mouvement.
Orchestre et chef éclairent en nuances, vertiges, éclairs, l’une des partitions les plus spectaculaires et flamboyantes de l’auteur (en particulier les climats des deux premiers mouvements) qui simultanément compose son poème fantastique « l’île des morts ».
De son côté, la jeune pianiste affronte sans sourcilier, une partition fleuve, aux milles voluptés virtuoses que l’orchestre fait basculer comme dans un rêve éveillé (cf le second mouvement Intermezzo – Adagio) … le chef y étire davantage chaque longue phrase dans des respirations suspendues. Tandis que le finale, « alla breve » affirme des carrures rythmiques plus nerveuses et conquérantes, dans une chevauchée constellée d’accents brillants et tout aussi rêveurs.
Le Mahler fulgurant
d’Iván Fischer
Les malhériens avertis, connaisseurs, comme les néophytes adeptes des accomplissements symphoniques auront vécu une expérience décisive ce soir. La « Titan » (première symphonie de Gustav Mahler) revêt une sonorité particulière sous la direction de l’excellent Iván Fischer. La maîtrise des nuances, le relief individualisé de chaque bois et vents (en particulier les clarinettes dès le prélude misterioso), la tenue des cordes d’une volupté insolente ; celle des cuivres dont l’appel en coulisse)… annoncent la couleur de ce qui va se produire : le jaillissement d’une symphonie cosmique, comme s’il s’agissait de sa création. L’auditeur en suit chaque séquence comme l’élément d’un drame ineffable et imprévisible (aux forts ancrages autobiographiques).
Le geste du chef est magistral : précis et souple, économe et ample ; il ralentit volontiers les tempi (certains diront trop, surtout dans le second mouvement), cisèle chaque nuance instrumental ; obtient tout de l’orchestre, exprimant la fureur contenue, inquiète, intranquille, comme l’exultation grandissante, accomplissant ce qui est en jeu précisément, et ce qu’explique le maestro hongrois lui-même en introduction au concert : un cheminement irrépressible, d’une tension impérieuse, de l’ombre à la lumière, de l’enfer au… Paradis. Vers son point final , culminant qui est une exultation.
Cette symphonie-source, créée dans sa version définitive en 4 parties en 1896 à Berlin, montre avant la culmination finale, un chemin tortueux, immense, vertigineux, retors, où le compositeur, proche de Jean-Paul, exprime lui-même quantité d’épisodes contrastés, autant d’épreuves d’une vie terrestre où les morsures du destin et les revers de fortune alternent avec des rêves amoureux trop vite évaporés. Pas de salut sans souffrance. Et la victoire finale est ici, comme dans toutes les symphonies de Mahler, remportée de (très) haute lutte.
Impérial et poète, véritable sorcier des illusions sonores, Iván Fischer ensorcèle l’audience (tout en électrisant ses musiciens). Sans omettre, le délire et la verve parodique, d’une saveur amère et ironique dans la valse-laendler du 2è mouvement, où jaillissent la vulgarité et le ton débridé des trompettes ; sans omettre aussi l’élan fantomatique voire spectrale de la marche funèbre développée dans l’ambivalence géniale du 3è mouvement, alternant Frères Jacques et le thème bohémien, essentiellement parodique.
Dans ce labyrinthe trouble qui mêle tendresse et démonisme, visions et sentiments, horreur et tendresse, le chef réalise un voyage intérieur d’une rare puissance, exprimant enfin dans le Final, la jubilation attendue dans la lumière et la vérité (du ré majeur).
Généreux, tendre, mais aussi fiévreux et finalement impérial, Iván Fischer démontre à nouveau sa très fine compréhension des massifs malhériens. Soirée mémorable, orchestralement captivante.
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CRITIQUE, Festivals. 70è MENUHIN FESTIVAL GSTAAD, le 16 août 2026. Rachmaninov (Concerto pour piano n°3 / Isata Kanneh-Mason, piano), Mahler : Symphonie n°1 « Titan ». Budapest Festival Orchestra, Iván Fischer, direction
Nouvelles randonnées
au Menuhin Festival Gstaad 2026
Randonnées musicales
Plus qu’un prolongement des valeurs incarnées par Yehudi Menuhin, le violoniste Daniel Hope en dirigeant désormais la ligne artistique du Menuhin Festival Gstaad, retrouve l’esprit même de l’Événement à ses débuts. Ce retour aux fondamentaux originels s’exprime surtout sous deux aspects : le soutien aux jeunes interprètes émergeants ; et aussi le lien avec la Nature désormais sanctuarisée, source essentielle pour les musiciens et les compositeurs, comme écrin générique qui confère au festival dans son ensemble, sa singularité marquante. C’est à l’adresse de tous les publics, les festivaliers comme les artistes invités, des randonnées qui associent le temps du Festival, l’expérience musicale et l’épreuve si régénératrice de la marche en plein air…
AU MENUHN FESTIVAL GSTAAD
Nature et Musique, l’équation stimulante
Pas de Festival sans les chalets, les paysages, les cimes, … la présence du vivant et de ce cadre végétal qui transmet l’idée d’une communauté pastorale font du Menuhin Festival Gstaad un événement artistique indissociable de son environnement naturel. Les diverses identités visuels et affiches le montrent à chaque édition : pas de Festival sans le profil des montagnes environnantes.
L’édition 2026, celle des 70 ans, voit ainsi l’apparition des randonnées à flanc de montagnes ; intitulées « President’s Hikes » (et de fait pilotées et guidées par le Président du Festival, Richard Müller, lui-même guide expérimenté), les « marches » en pleine nature invitent les festivaliers à rétablir dans leur expérience du Festival, la place centrale de la Nature et du Vivant.
Celle à laquelle nous avons participé, commençait à 10h30, se terminait à 14h30, soit 4h d’un contact avec la nature, entier et régénérant, que les propos de Yehudi Menuhin lui-même, inscrivent dans une optique générale, visionnaire et particulièrement engagée : le violoniste fondateur du Festival en 1956, déclarait à la tribune de l’UNESCO en oct 1969 : « Le droit au silence, à un air pur, à une eau limpide, aux prairies, aux forêts et à une alimentation authentique, devrait être inscrit dans la constitution de tous les États. »
Comme s’il prenait aux pieds de la lettre cette déclaration saisissante, le Menuhin Festival applique très concrètement l’adage devenu légendaire… et pour renforcer davantage Nature et Musique, un concert en plein air ponctue la randonnée, comme une offrande récompensant l’effort fourni. Au programme de ce 16 août : Poulenc, Bernstein, Glazounov, entre autres par les cuivres de l’Orchestre du Festival, le GFO / Gstaad Festival Orchestra. Cette année, 3 randonnées sont programmées : la prochaine a lieu jeudi 27 août 2026 (à partir de 10h30).
L’expérience du plein air complète l’offre déjà existante sur les cimes : les concerts sur l’Eggly (cycle intitulé « Mountain spirit ») font désormais partie de la programmation, avec une vue spectaculaire sur le Saanenland, sur Gstaad entre autres ; de quoi respirer, prendre de la hauteur et rétablir ce lien central entre Nature et Musique. Les musiciens jouent quand le soleil se couche derrière les montagnes permettant aux festivaliers de vivre une expérience unique à partir de la tombée de la nuit… Incontournable.
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prochains concerts symphoniques
Prochains grands concerts symphoniques sous la tente de GSTAAD, entre autres :
Royal Danish Orchestra / Nikolaj S-Znaider, violon / direction : Marie Jacquot (concerto pour violon de Brahms / Romeo et Juliette de Prokofiev, extraits, sam 22 août 2026, 19h30),
Royal Philharmonic Orchestra / Vasily Petrenko et Thomas Hampson, baryton (Lieder d’Alma Mahler, Rockert-lieder et Symphonie n°5 de Gustav Mahler, ven 28 août 2026, 19h30),
Roya Philharmonic Orchestra, Vasily Petrenko et Behzod Abduraimov, piano (Concerto pou piano n°1 et Symphonie n°5 de Tchaikovski, sam 29 août 2026, 19h30)… Plus d’infos sur le site du MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026, jusqu’au 5 septembre 2026 : https://www.menuhin.ch/fr
présentation
LIRE aussi notre présentation du 70è MENUHIN FESTVAL GSTAAD (16.7 – 5.9.2026) :
et aussi notre dépêche 4 :
https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-2026-16-juil-5-sept-2026-temps-fort-4-lancement-de-la-70eme-edition-family-matters/
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