Au Théâtre de la Ville, le Ballet de l’Opéra national du Rhin a offert un diptyque d’une incroyable puissance, réunissant deux chorégraphes que tout oppose et tout rassemble : Sharon Eyal et Léo Lérus. Ce n’est pas une simple juxtaposition, mais un véritable dialogue, un « en regard » qui a enthousiasmé le public.
Avec « The Look« , on est plongé dans l’univers fascinant et hypnotique de Sharon Eyal. La pièce, créée en 2019, prend ici une résonance toute particulière. Inspirée du mantra de Gandhi, « Nobody can hurt me without my permission », elle est une ode vibrante à la résilience. Sur le plateau, les dix-huit danseurs, vêtus de justaucorps noirs et luisants, ne forment plus qu’un seul corps, un organisme vivant qui respire, ondule et se déploie dans une transe collective. La performance est d’une rigueur technique absolue, portée par une bande-son aux influences tribales et post-industrielles, créant un rythme organique et envoûtant. Ce qui frappe, c’est l’incroyable densité de ce « look », ce regard fixe et puissant que la troupe pose sur le public, créant un lien magnétique et presque charnel. C’est une expérience immersive, une célébration de la force collective où chaque mouvement, à la fois angulaire et fluide, semble habité par une urgence vitale.
Puis, comme un souffle venu d’ailleurs, « Ici »de Léo Lérus fait basculer la soirée dans une tout autre lumière. La nouvelle création du chorégraphe guadeloupéen, en écho à la transe futuriste d’Eyal, nous ancre dans une humanité solaire et chaleureuse. En s’inspirant des traditions chorégraphiques et musicales de son île d’origine, il célèbre la singularité des individus, leurs rencontres et leur joie de vivre . Là où « The Look » était une célébration du groupe, « Ici » met en avant des ensembles plus intimistes, des solos éclatants où la personnalité de chaque danseur s’exprime avec une énergie contemporaine et communicative. On ressent toute la complicité artistique qui unit les deux chorégraphes, née de leur rencontre au sein de la Batsheva Dance Company.
Ce diptyque est une réussite totale. Il démontre avec éclat comment deux univers chorégraphiques, l’un futuriste et tribal, l’autre ancré dans les traditions créoles, peuvent entrer en résonance pour créer un spectacle d’une beauté et d’une intensité bouleversantes. Le Ballet de l’Opéra national du Rhin, dirigé avec une maestria incontestable, porte ces deux pièces avec une générosité et une virtuosité qui ont subjugué le public parisien. Un grand moment de danse, puissant, et intelligent !
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