lundi 12 octobre 2026

CRITIQUE, festival. TOULOUSE, Théâtre Garonne, le 19 février 2024. « Bless this Mess » par Katerina ANDREOU

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Au Théâtre Garonne de Toulouse, Katerina Andreou et ses trois complices nous ont offert une heure de transe collective, un moment de théâtre dansé d’une intensité rare : « Bless This Mess » (« Bénissez ce bordel »), un titre en forme de manifeste. La chorégraphe grecque, pour sa première pièce de groupe, transforme la confusion et le vacarme du monde en une énergie brute, contagieuse et profondément salvatrice.

 

Plus qu’un décor, la scénographie offerte à notre regard est un terrain de jeu : des praticables excentrés, des micros suspendus qui captent le moindre souffle, un ventilateur qui ajoute sa touche de bruit visuel. La musique, conçue par Andreou elle-même, est un personnage à part entière. Partant d’un air baroque qu’elle détourne à l’extrême, elle bascule dans une nappe sonore saturée, un beat électro puissant qui évoque l’atmosphère d’une rave-party.

C’est sur ce terrain mouvant que les quatre interprètes – Lily Brieu Nguyen, Baptiste Cazaux, Mélissa Guex et la chorégraphe elle-même – déploient une chorégraphie frénétique. On y voit du headbang, des mouvements saccadés, des gestes du quotidien poussés dans leur retranchement. La performance est physique, presque sportive, comme une réponse instinctive et nécessaire à une société aseptisée. Loin d’être un simple défoulement, cette danse est d’une précision chirurgicale. Le quatuor joue avec les répétitions et les variations, créant un rythme syncopé où l’harmonie naît de la dissonance.

La force de ce spectacle réside dans sa capacité à nous faire ressentir la joie au cœur de l’absurde. C’est un manifeste pour une esthétique du « low-fi », où le bruit de fond, les imperfections et la pollution sonore deviennent des espaces à habiter plutôt que des parasites à éliminer. L’inspiration punk est revendiquée, non comme un hommage nostalgique, mais comme une méthode : un geste franc, direct et nécessaire pour contrer l’impuissance et la peur.

Au fil des 55 minutes que dure le spectacle, l’énergie monte en puissance. Les corps sont « trop près du feu », comme le dit Andreou, et cette urgence de vivre se communique au public. Pourtant, tout n’est que frénésie. Il y a des moments de répit, des bulles de poésie et même une forme de grâce juvénile qui émerge de ce joyeux naufrage. Le spectacle se clôt sur une note d’espoir, une respiration, comme un groupe de survivants émerveillés après une fête apocalyptique.

« Bless This Mess » est un véritable acte de résistance, une célébration de l’instinct, et un rappel vibrant que dans un monde qui va trop vite, la seule manière de ne pas sombrer est encore de danser ensemble dans le chaos. Un moment époustouflant qui a fait vibrer le Théâtre Garonne !

 

 

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CRITIQUE, festival. TOULOUSE, Théâtre Garonne, le 19 février 2024. « Bless this Mess » par Katerina ANDREOU. Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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