Deux années de métamorphose ont suffi pour que naisse, au bord du Lac Léman à EVIAN, un écrin dédié à l’essence même de la musique. Attachée à la vénérable Grange au Lac, cette nouvelle salle de concert (mais pas que… les autres formes d' »Arts » y auront toute leur place…), nommée « La Source Vive », a vu ainsi le jour le 24 juin, coïncidant avec l’ouverture des Rencontres Musicales d’Évian (qui fêtent leur 50ème anniversaire en 2026 !). Cette nouvelle salle constitue le prolongement naturel d’une datcha imaginaire, conçue il y a trois décennies pour Mstislav Rostropovitch, et s’impose désormais comme son complice intime.
En s’approchant du site, le regard est d’abord attiré par une volumétrie inattendue, une forme organique et cuivrée qui émerge du feuillage, comme un fruit mûr aux reflets changeants. Cette architecture singulière, pensée par deux visionnaires aux talents complémentaires – Patrick Bouchain (l’architecte de La Grange au Lac) et Philippe Chiambaretta – dialogue avec la robustesse de la Grange en bois, créant un ensemble harmonieux baptisé « Les Mélèzes ». La continuité entre les deux édifices est assurée par un foyer de verre et de lumière, clin d’œil moderne aux constructions iconiques du siècle dernier. Ce projet, porté et financé par une mécène passionnée – l’incontournable autant qu’indispensable Mme Aline Foriel-Destezet -, se veut une maison ouverte à toutes les générations, un lieu de vie et de partage. L’ambition acoustique y a guidé chaque choix, chaque matière, afin d’offrir un « son à la fois chaleureux et soyeux« , selon le vœu du directeur artistique, Renaud Capuçon. L’intimité est ici reine : la scène est à hauteur des premiers rangs, et l’auditoire, enveloppé dans un ovale aux courbes douces, est invité à une immersion totale. Pénétrez dans ce cocon, laissez-vous guider par une lumière tamisée filtrant par un oculus, et préparez-vous à une expérience sensorielle complète, où le bois et le cuir exhalent leurs parfums, annonçant la fête de l’ouïe.
Peu après la conférence de presse et la visite guidée des lieux par les deux architectes (à 14h), un concert (à 18h) est venu confirmé par l’épreuve du feu la réussite acoustique de cette nouvelle salle de concert. Et pour baptiser les cimaises de La Source vive : deux joyaux de Johannes Brahms – qui sera à l’honneur tout au long du festival avec une Intégrale de sa musique de Chambre (en 11 concerts !), courant jusqu’au 4 juillet, date de clôture de la manifestation lémanique. Et la première de ces onze soirée brahmsiennes promettait déjà l’excellence, avec la venue de musiciens de la trempe de Maria Dueñas et Denis Kozhukhin (en première partie), puis de Renaud Capuçon, Timothy Ridout, Yo-Yo Ma et Emanuel Ax dans un second temps.
La soirée s’est ouverte sur la Sonate pour violon et piano n°3 en ré mineur. Dès les premières mesures, l’acoustique prodigieuse de la salle a dévoilé son potentiel : un son d’une clarté cristalline mais d’une rondeur enveloppante, sans aucune âpreté. La jeune violoniste andalouse Maria Dueñas, véritable étoile montante du violon, a déployé un jeu d’une audace et d’une maîtrise confondantes, son violon chantant avec une ardeur presque sauvage, porté par le jeu puissant et lumineux du russe Denis Kozhukhin au piano. Leurs dialogues, tantôt passionnés, tantôt d’une tendresse intime, ont magnifié l’esprit brahmsien, vibrant de lyrisme et de fougue.
Mais le sommet de la soirée a été atteint avec l’interprétation du Quatuor pour piano et cordes n°3 en ut mineur, une œuvre d’une densité et d’une noirceur presque symphoniques. Réunir sur la même scène Renaud Capuçon, le maître des lieux, le jeune prodige Timothy Ridout à l’alto, et deux Géants absolus de la musique, Yo-Yo Ma au violoncelle et Emanuel Ax au piano, relevait de l’utopie. C’était pourtant une réalité, d’une beauté à couper le souffle. Le quatuor a évolué en parfaite symbiose, comme un seul être musical respirant à l’unisson. L’alto de Ridout, d’une profondeur et d’une chaleur remarquables, s’est fondu avec une grâce infinie dans le jeu passionné de Capuçon. Yo-Yo Ma, son violoncelle faisant corps avec la salle, a délivré une palette de timbres d’une infinie richesse, tandis qu’Emanuel Ax, d’une clarté et d’une puissance d’évocation poignante, insufflait à chaque accord une force tragique. L’acoustique de La Source vive a fait des miracles, permettant une clarté polyphonique rare tout en offrant un écrin de résonances à l’émotion la plus brûlante. En bis, les quatre amis ont offert le magnifique mouvement lent du Quatuor avec piano en mi bémol majeur, op. 47 de Robert Schumann. Cet Andante cantabile, d’une beauté poignante, s’est déployé – sous leurs archets ou doigts – avec une émotion à fleur de peau. Et l’ovation qui a suivi, interminable et hautement méritée, fut à l’image de cette magnifique soirée. L’alchimie entre ces artistes hors norme et cette salle, qui semble n’attendre que la musique pour révéler toute son âme, promet un avenir radieux aux Rencontres Musicales d’Evian. Cette première fut en tout cas un pur enchantement !
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CRITIQUE, festival. EVIAN : Inauguration de « LA SOURCE VIVE » + Concert d’ouverture des RENCONTRES MUSICALES D’EVIAN, le 24 juin 2026. BRAHMS : Sonate pour violon et piano n°3 et Quatuor pour piano et cordes n°3. Maria Dueñas et Denis Kozhukhin ; Renaud Capuçon, Timothy Ridout, Yo-Yo Ma et Emanuel Ax. Crédit photographique © Salem Mostefaoui pour PCA-Stream & Matthieu Joffres pour Les Rencontres Musicales d’Evian







