ONE MAN SHOW DÉLIRANT… Cocasse, bouffe, parodique, fantasque. Toutes les nuances du comique le plus savoureux se déploient ce soir sur la scène du Théâtre Impérial de Compiègne et de quelle manière, avec élégance et finesse, aisance délurée, liberté fantaisiste grâce à l’énergie continue du ténor Enguerrand de Hys. Le soliste nous livre toutes les facettes d’une revue musicale hallucinante, éclairant par la seule maîtrise de son chant polymorphe, le déroulement d’une action contrastée, électrique. Offenbach gagne ce soir un surcroît de finesse créative, dévoilant la richesse d’une écriture taillée pour la scène comique voire bouffone mais pas seulement…
Le choix des extraits lyriques est d’autant plus légitime qu’il renoue avec une période devenue légendaire où la scène compiègnoise était dédiée au répertoire romantique français et à son interprétation.
Ce que réalise le jeune chanteur s’inscrit dans la même veine ; dans l’exigence du geste et de l’intention, dans le souci constant du texte (et de son intelligibilité) et, nuance personnelle, avec un sens (et un goût) manifestes du théâtre ; la performance relève même du marathon et dans le choix des extraits choisis, révèle une bête de scène, mobile et volubile dans une succession de situations hautement dramatiques ; aussi à l’aise qu’habité et inspiré ; d’une imagination facétieuse irrésistible, surtout d’une justesse amusée, délectable… confirmant l’excellent acteur, applaudi à juste titre sur les scènes lyriques européennes [prochainement entre autres sur le plateau de l’Opéra royal de Versailles dans la reprise de l’Enlèvement au sérail de Mozart, en version française : il y chante le rôle de Pedrillo, 4 représentations événements, du 18 au 23 juin 2026).
Justesse et délire théâtral
les 1001 Offenbach du Trio Ayonis
A Compiègne, tous les héros du grand Jacques Offenbach [« l’oiseau moqueur du Second Empire »] paraissent dans une continuité fluide [bel agencement qui soigne les enchaînements dans la mise en scène d’Éric Rouchaud, directeur des lieux].
Les spectateurs reconnaissent les airs fameux qui ont fait le succès populaire d’Offenbach : des extraits d’Orphée aux enfers, de La Belle-Hélène, La Périchole, Les Brigands, Geneviève de Brabant, sans omettre Les Contes d’Hoffmann mais aussi quelques mélodies ou raretés dont les très dramatiques fables de La Fontaine [le corbeau et le renard, suivie de La Cigale et la fourmi]… où toute la drôlerie du compositeur fusionne avec son génie de la mélodie, ses effets de théâtre dans un souci de clarification des fables.
La réalisation laisse la part belle aux deux instrumentistes tout aussi engagés aux côtés du chanteur ; elle met en scène jusqu’au pianiste lui-même [Paul Beynet], acteur d’un très beau solo, dialoguant aussi avec la clarinettiste [Élodie Roudet] qui défend sa partie comme une chanteuse d’opéra. Au mérite du Trio Ayònis, fruit de la connivence artistique qui circule entre les trois interprètes, revient la réussite des transcriptions pour leur effectif spécifique : la clarinette doublant ou conversant avec le chanteur, intensifiant alors la ciselure poétique ou la verve drolatique des séquences (c’est particulièrement le cas des textes de La Fontaine].
Voilà qui jalonne et même couronne une résidence de déjà … 9 années d’un compagnonnage continu, aussi créatif que formateur pour les 3 solistes du Trio Ayònis, ainsi associés au Théâtre Impérial de Compiègne. Le principe même de « théâtre laboratoire », de foyer de réflexion, d’élaboration et de réalisation artistique prend tour son sens ici, dans un dialogue et une concertation continue entre artistes et direction artistique (ici entre les 3 musiciens du Trio Ayònis et Érich Rouchaud). Le jeu libre s’accomplit dans un climat de complicité et de confiance ; une partie de ce programme ayant été d’abord présentée dans une église puis la trame réécrite avec jeu de scène sous la forme du spectacle de ce soir, présenté en création.
Fluide dans ses enchaînements millimétrés, plaçant au cœur du spectacle le geste vocal, la complicité scénique entre le chanteur et les deux instrumentistes, le spectacle explore avec délice la verve irrévérencieuse d’un Offenbach inclassable ; outre le pur délire fantasque, la drôlerie cocasse [air du jambon, ou l’épisode de la poule et du coq], la fanfaronnade déjantée, les airs choisis nous parlent aussi de tendresse et d’amour,… une profondeur et un onirisme se précisent qui nuancent avec raison l’image d’Offenbach. L’amuseur impertinent était aussi fin psychologue : rossinien mais aussi mozartien.
En liaison avec ses actions d’accessibilité et d’inclusion participative, le Théâtre Impérial fait participer de jeunes chanteurs issus des chorales du Conservatoire de Compiègne ; ils assurent ainsi la partie du chœur accompagnant le ténor dans l’air de la Légende de Kleinsach [Les Contes d’Hoffmann] ; un récit enflammé dans lequel Enguerrand de Hys exprime dans l’âme du poète Hoffmann, les délires et les frustrations de son âme amoureuse, aussi passionnée qu’insatisfaite. Audace, justesse du soliste entraînant ses jeunes partenaires dans un engagement partagé,… un pur bonheur.
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CRITIQUE, concert [création]. COMPIÈGNE, Théâtre Impérial, le 21 mai 2026. « OFFENBACH ! », TRIO AYONIS. Enguerrand de Hys, ténor / Élodie Roudet, clarinettes / Paul Beynet, piano.
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