vendredi 16 octobre 2026

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 7 avril 2026. BACH : Messe en si. Choeur Accentus & Monteverdi Choir, Insula Orchestra, Laurence Equilbey (direction)

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Juste après les fêtes pascales, la Messe en si de J. S. Bach est un choix particulièrement judicieux. Ce chef-d’œuvre absolu ne cesse de séduire, d’impressionner et laisse sans voix. Immense fresque dans laquelle le contrepoint est roi, sa beauté formelle égale sa portée spirituelle. Ce soir le public de la Halle aux Grains de Toulouse a vécu un moment exceptionnel tant l’interprétation a semblé idéale sur tous les plans.

 

Le premier choc dès le Kyrie est cette absolue beauté du chœur. Le choc sera de plus en plus intense. C’est comme si les deux chœurs avaient fusionné offrant leurs excellences comme exponentielles. Sur le papier, en effet associer le Chœur Accentus et le Monteverdi Choir, c’est comme marier deux perfections. Le Chœur Accentus, créé par Laurence Equilbey, a des qualités de nuances, de ductilité, d’équilibre des pupitres et de beauté vocale extrêmement  rares. Le Monteverdi Choir de John Eliot Gardiner a tout simplement été nommé meilleur chœur par les Oper award 2024. Ses qualités théâtrales, son sens du texte et son équilibre des pupitres sont légendaires ; ils connaissent Bach par cœur pour l’avoir tant chanté sous la direction inspirée de Gardiner (leur périple des Cantates en 2000, resté dans toutes les mémoires et dans nos discothèques, est une référence inimitable). Dès le Kyrie, nous avons donc été saisis par un idéal de perfection atteint. La beauté du son, le parfait équilibre, la fusion vocale au sein des pupitres, l’articulation limpide nous ravissent. L’Insula Orchestra n’est pas en reste et avec des instruments anciens aux sonorités riches, il sera un partenaire splendide tout du long. Et Bach réserve des moments sublimes à presque tous les instruments. Ce sera chaque fois une véritable fête. Les solistes également seront sur le même plan. 

La direction de Laurence Equilbey est un modèle d’élégance, de souplesse et de précision. Les gestes gracieux et dansants font des arabesques et rien n’est jamais raide, tout est souplesse. Il se dégage de cette direction une mise en valeur constante du caractère dansant de cette partition. La direction de Laurence Equilbey n’abandonne jamais la mise en valeur de la richesse de la construction avec une parfaite lisibilité de tous les plans. La soprano Nuria Rial est souvent en mouvement, comme dansant durant ses airs. L’alto Anna Lucia Richter au timbre prenant possède une ligne de chant particulièrement émouvante. Elle va atteindre au sublime dans son Agnus Dei. Le tempo particulièrement lent est complètement habité et ne semble pas la mettre en difficulté. Werner Güra, ténor lumineux, possède une souplesse admirable. Il est d’une élégance constante. Gerrit Illenberger, en basse, semble être en très léger retrait par rapport à ses collègues mais n’a rien de déméritant tant son chant est splendide. Le latin chanté est très germanique et permet des effets très solides. Les phrasés privilégient souvent la précision rythmique sans pourtant rien lâcher sur le caractère dansant tout en souplesse. Cela met en lumière les éléments très modernes de la partition, comme des contretemps et des effets swingants.

Une courte pose est nécessaire pour réajuster l’accord (la sècheresse de la vaste Halle-aux-Grains est redoutable pour les instruments baroques). Donnée sans entracte, la messe avance avec une énorme conviction. Cette interprétation se rapproche d’un idéal d’émotion. Le sens de la rhétorique contenu dans la partition est particulièrement manifeste. Le Crucifixus ferait pleurer des pierres et le Et resurrexit est une véritable explosion de joie incompressible. Le Credo est comme gravé dans le marbre. Dans le Sanctus, les vagues, reposant sur des basses splendides, sont d’une présence admirable évoquant un océan de foi que rien ne peut limiter. Le final Donna nobis, avec les solistes qui rejoignent le chœur, semble particulièrement important en ces jours si assombris par des conflits guerriers actuels si nombreux. L’ampleur de ce final laisse le public abasourdi. 

La concentration du public et son quasi-silence absolu témoignent de la grâce qui ce soir est descendue. Les artistes eux même ont semblé ravis par leur interprétation qui a obtenu un succès retentissant. La gratitude a été particulièrement vive car la spiritualité et la beauté se sont mariées comme rarement. Laurence Equilbey en associant son chœur et son orchestre avec le Monteverdi Choir a réussi un pari audacieux. Cette interprétation semble concentrer les qualités des versions de référence comme celle de Herreweghe, de Gardiner, Savall ou Jacobs. On espère un enregistrement de cette interprétation tout à fait exceptionnelle. La profondeur de cette interprétation est inoubliable car elle rencontre la profondeur de l’œuvre.

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 7 avril 2026. BACH : Messe en si. Choeur Accentus & Monteverdi Choir, Insula Orchestra, Laurence Equilbey (direction). Crédit photographique (c) Hubert Stoecklin

 

 

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