Directeur musical du City of Birmingham Symphony Orchestra
(CBSO) depuis 2024, le chef Kazuki Yamada qui accompagne actuellement sa dernière saison à la tête du Philharmonique de Monte-Carlo, signe sa propre lecture des deux symphonies de Walton, compositeur encore peu joué et trop peu connu en France. Le contemporain de Britten qui entre autres, a livré la musique des film de Laurence Oliver : Henry V, Hamlet et Richard III, n’a pas gagné une semblable réputation. Le chef qui cultive une relation étroite avec l’Orchestre depuis presque 15 ans, enregistre son premier cd avec les instrumentistes britanniques.
Un programme Walton très convaincant
Dans ces prises sur le vif de 2024 et 2025, dans la salle habituelle de l’Orchestre (le Birmingham Symphony Hall), Kazuki Yamada semble comprendre l’âme de la musique de Walton, un mixte très complexe entre diverses influences où jaillissent autant le jazz que le romantisme ou les thèmes populaires.
La Symphonie n°1 composée en 1932-1935 manifeste dans sa riche texture, le compositeur-voyageur qui aimant prendre le bateau ressent toutes les atmosphères aux quatre coins de la planète : une houle et l’air marin inspire une écriture particulièrement dramatique, dans un format ambitieux, qu’animent et assouplissent un grand lyrisme comme un sens très affûté des couleurs instrumentales. La créativité de Walton fusionne dans l’esprit d’une continuité foncièrement romantique, et l’expressionnisme ardent, parfois sauvage de Sibelius et la vivacité rythmique d’un Roussel (l’esprit de transe facétieuse du 1er mouvement »Presto con malizia »)… Dans cette forge orchestrale des plus contrastées, c’est le mouvement le plus riche, voire le plus ambivalent : porté par une énergie souterraine impérieuse qui souffle un climat à la fois passionnel et même tragique, déployant aussi en une somptueuse fluidité inquiétante, la belle onctuosité des cordes du Birmingham, qui associées aux appels des cuivres généreuses et nobles déroulent une arche mouvante digne de Sibelius, celui des finaux de plus en plus majestueux (de fait ici, cultivé sur presque 15 mn de souffle ininterrompu). Alchimiste des effectifs rutilants et spectaculaires, sollicitant toute la rythmique des cuivres, Walton sait aussi tisser des nappes sonores plus mystérieuses comme l’atteste le début du 3è mouvement (soit l’ample « Andante » noté « con malinconia ») : y règne le chant des bois serpentins, enivrés et d’une volupté ensorcelante, d’une finesse d’intonation qui rompt avec ce qui précède. Comme si ce dernier mouvement, plus ample et méditatif, compensait l’énergie éruptive des 2 premiers, par sa brume introspective, dense, active, et de plus en enténébrée, de fait aspirée dans une houle complexe et tragique, jusqu’aux dernières mesures qui murmurent (flûte solo).
Autodidacte, ayant reçu les conseils du chef Ernest Ansermet (avec Busoni), William Walton (1902 – 1983) qui avait fait scandale avec « Façade », œuvre iconoclaste à la Satie, affirme un tempérament abouti, en particulier dans la construction et la progression du Finale, noté dans sa séquence ultime « maestoso »… ce Finale dans des dimensions majestueuses déploie plusieurs séquences enivrées dont le chef sait capter le fluide nerveux et jaillissant dans cet esprit dansant qui convient, conclu par les 3 coups ultimes, très théâtraux (un rien dérisoires aussi dans cette amplification spectaculaire).
Sublime Symphonie n°2 de Walton
La Symphonie n°2 écrite 25 ans après la n°1, affirme une conscience spirituelle et philosophique spécifique ; sa coloration est plus contemplative : elle semble méditer le choc de la guerre et défendre coûte que coûte la nécessité de la Paix. Walton et son épouse Susana (épousée à Buenos Aires), se sont fixés alors sur l’île d’Ischia en Italie, où ils façonnent et entretiennent un jardin devenu légendaire. Avec la distance, le compositeur interroge sa propre identité comme compositeur britannique.
D’une première écoute moins exaltante et spectaculaire que la 1, la Symphonie n°2 est un ouvrage particulièrement travaillé et d’une redoutable volubilité ; le premier Allegro molto s’ouvre sur une atmosphère inquiète, intranquille (avec piano), dans l’esprit d’une course échevelée, agitée, nerveuse, dont la motricité syncopée emporte tous les pupitres dans une tension toujours rehaussée sans issue, haletante, suspendue ; beau contraste avec la rondeur amoureuse du « Lento assai » central, aux éclats évanescents, fugaces… qui fait briller les vents et les bois et des cordes remarquablement extatiques, dans le rappel des motifs développés dans le premier mouvement, et dans la nappe évanescente de la harpe finale… ; l’ample Passacaille (Finale)souligne l’admiration de Walton pour les formes héritées du Baroque (Purcell ?) : ses 10 séquences (10 « Variations ») scrupuleusement annotées aux indications toutes éloquentes qui renseignent de facto le perfectionnisme de Walton (cf « Var 1 Con Slancio,… Var 3 : l’istesso movimento »).
« Orbs and Sceptre » fut composé pour le couronnement d’Elisabeth II en 1953, manifeste classique d’une solennité assumée et dans un climat de légèreté heureuse que sait alors parfaitement cultiver le compositeur anobli en 1951.
Kazuki Yamada montre à quel point Walton est un perfectionniste, avare et scrupuleux
dans ses choix ; la rareté de ses œuvres révèle un soin rare qui entend fixer un modèle dans chaque genre traité, comme l’atteste entre autres son unique Concerto pour alto, pilier du répertoire (1928). Le souci du chef, sa sensibilité tissée pour le détail et la finesse intérieure font mouche ; outre la virtuosité de la pâte sonore, le maestro saisit l’élan chorégraphique qui unit les séquences, fusionnant en une trépidation organiquement cohérente, la tentation de l’éclatement, la nécessité des déflagrations martiales, que compensent une profondeur souterraine et la présence du mystère. Passionnant et convaincant.
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CD WALTON : Symphonies n°1 et n°2. City of Birmingham Symphony Orchestra. Kazuki
Yamada, direction (1 cd DG Deutsche Grammophon) – enregistré en déc 2024 et nov 2025 (Symphonie n°1)
CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026
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