L’éditeur Delos, l’Opera Lafayette Orchestra et l’OperaCréole Ensemble réalise ce premier enregistrement mondial du plus ancien opéra complet composé par un Afro-Américain. Plus d’un siècle après avoir été achevé, l’opéra Morgiane d’Edmond Dédé ressuscite ainsi ; la recréation est rendue possible grâce entre autres, à l’engagement de Giovanna Joseph (fondatrice d’OperaCréole), du chef d’orchestre Patrick Dupre Quigley…
Né en Nouvelle-Orléans en 1827, le compositeur Dédé s’échappa d’une situation semblable à l’apartheid, qui était le lot des hommes libres de couleurs dans le sud des États-Unis ; il réussit à quitter le continent américain pour bâtir sa carrière en France qu’il rejoint en 1855. L’artiste créateur en retire un nouveau métier, un enrichissement de son art et de sa créativité : l’opéra Morgiane en témoigne ; la partition dévoile la synthèse d’influences croisées, fusionnant les styles américain et français, « noir et blanc, puissant et marginalisé ».
Après avoir été recréé sur le territoire américain (dont New York ou Washington…) en 2024, l’opéra de Dédé, achevé en 1887, est enfin accessible en Europe grâce à cet enregistrement. L’Opera Lafayette, à l’instinct défricheur exemplaire, s’associe ici avec OperaCréole, basé à la Nouvelle-Orléans ; ainsi se concrétise la réalisation qui rend honneur à l’invention du compositeur afro-américain oublié : Dédé. Son ouvrage créé en France en 1887, est bien le plus ancien opéra connu composé par un noir américain. Il était temps ! Considérée comme perdue, la partition a été redécouverte en 2011 (à la bibliothèque Houghton de l’université de Harvard). Patrick Dupre Quigley, directeur musical de l’Opéra Lafayette en a déduit le matériel musical pour la série de représentations puis l’enregistrement.
Le librettiste Louis Brunet, (inspiré du conte arabe Ali Baba et les quarante voleurs), situe l’action en Perse. Amine, va se marier avec Ali, mais Beher, le serviteur de Kourouschah, le sultan d’Ispahan, l’enlève… pour l’épouser. Les parents d’Amine, Morgiane et Hagi Hassan, la suivent à Ispahan avec Ali. Le Sultan cesse toute démarche quand il comprend que Morgiane est son… ex-femme et Amine, sa propre fille.
Dédé respecte le genre opéra-comique (et ses rebondissements abracadabrantesques) ; il ménage des séquences séduisantes voire charmantes. La vivacité porte toute la partition qui sait exprimer un orientalisme habile sans poncifs, malgré une intrigue déjà vue et écoutée. Dédé voit l’orchestre en grand (vrai argument de l’ouvrage)… avec en particulier un renfort des cuivres (2 trompettes, 4 cors, 3 trombones sans omettre un ophicléïde) et des percussions en nombre, en particulier quand il s’agit d’enrichir la caractérisation des scènes pittoresques et « couleur locale » (comme la scène du marché de l’acte II).
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CD événement, annonce. Edmond DÉDÉ : Morgiane (1887), avec OperaCréole Ensemble, Opera
Lafayette Orchestra, Patrick Dupre Quigley, Givonna Joseph, Nicole Cabell, Chauncey Packer, Joshua Conyers, Mary Elizabeth Williams, Jonathan Woody, Kenneth Kellogg – 2 cd – Delos – Prochaine critique complète sur classiquenews.com
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