mercredi 14 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. MONACO, Salle Garnier, le 25 janvier 2026. WAGNER : La Walkyrie. D. Scofield, N. Weissbach, J. Bäckström, L. Sokolowski… David Livermore / Gianluca Capuano

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André Peyrègne
André Peyrègne
André PEYREGNE est Président d’honneur de la Fédération Française d’Enseignement Artistique, Chroniqueur en Histoire et Musique de Nice-Matin, Collaborateur de Radio France et France Télévision et Ecrivain (son dernier livre paru : "Petites histoires féminines de la grande musique" - Editions Desclée de Brouwer)
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Lorsque le rideau s’ouvre, ce n’est pas un dieu qui apparaît mais un enfant sur un écran. Il plie un avion de papier et le lance vers la salle. Aussitôt , toujours sur l’écran, l’avion devient vrai, pris dans une tempête. Foudroyé, il s’écrase. L’écran disparaît alors, et que découvre-t-on sur la scène ? La carcasse béante de l’appareil. Spectacle de désolation. Un homme, pourtant, a échappé au désastre en sautant en parachute. On vous le donne en mille : c’est Siegmund. Ainsi commence La Walkyrie de Richard Wagner à l’Opéra de Monte-Carlo, deuxième épisode d’une Tétralogie engagée l’an dernier et qui durera encore deux saisons.

 

Pour ceux qui avaient assisté au spectacle de l’an dernier, cette carcasse d’avion est une vieille connaissance. Ils l’avaient déjà vue dans l’Or du Rhin. Elle est toujours là, née de l’imagination prolifique du metteur en scène Davide Livermore. Autour d’elle gravitent dieux et héros wagnériens, vêtus en habits des années trente. Wotan porte élégamment un costume trois-pièces. D’où vient cet avion ? Où allait-il ? On l’ignore toujours. Le mystère sera certainement élucidé – du moins on l’espère ! – dans deux ans à la fin du Crépuscule des dieux. La mise en scène multiplie les effets spéciaux – lumineux notamment : éclairs en tous genres, incendies. Lors de la Chevauchée des Walkyries, point de cavalcade, crinières au vent, mais le tournoiement d’une hélice d’avion en feu sur un écran géant. Avant chaque acte, l’enfant revient. « Qui a peur du loup ? » demande-t-il avant le premier. Puis, avant le deuxième : « Si on jouait à la guerre ? » Dans son esprit, La Walkyrie est un jeu — semblable à ces jeux vidéo où l’on meurt sans conséquence et où l’on recommence aussitôt. Le metteur en scène doit être lui-même un grand enfant !

La distribution vocale est très bonne, dominée par Joachim Bäckström, étincelant Siegmund étincelant : voix d’acier, aigu franc, incarnant avec ardeur son héros à la vaillance blessée. À ses côtés, la Sieglinde de Libby Sokolowski touche par l’intensité de son chant et de sa personne. Il lui faudra toutefois éviter de forcer dans l’aigu dans les moments de fièvre. Nancy Weissbach offre une Brünnhilde flamboyante, voix claire et tranchante au cœur de la tempête. Ekaterina Semenchuk est une admirable Fricka, au phrasé implacable. Très bon Hunding de Wilhelm Schwinghammer à la voix massive, presque minérale. Daniel Scofield, remplaçant Matthias Goerne dans le rôle de Wotan, possède une belle ligne de chant, passant élégamment de la majesté à l’abattement. Il lui manque toutefois, dans le grave, cette profondeur qui donnerait au dieu des dieux son poids fatal. Le chœur des Walkyries est excellent.

À la tête de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, le chef italien Gianluca Capuano. Ce chef a une vraie culture wagnérienne, même si on le connaît davantage pour ses fréquentations vivaldiennes ou monteverdiennes. Mais son orchestre des Musiciens du Prince-Monaco, jouant sur instruments d’époque, manque d’ampleur pour porter Wagner jusqu’à son plein épanouissement. On a besoin de la volupté des cordes pour soutenir le printemps amoureux de Siegfried au premier acte. Certes, pendant la Chevauchée des Walkyries, les musiciens surent mettre le turbo. Et ce fut apprécié !

À la fin, l’enfant réapparaît, interrogeant : « Et maintenant, à quoi jouons-nous ? » A préparer le Siegfried de l’an prochain, bien sûr !…

 

 

 

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CRITIQUE, Opéra. MONACO, Salle Garnier, le 25 janvier 2026. WAGNER : La Walkyrie. D. Scofield, N. Weissbach, J. Bäckström, L. Sokolowski… David Livermore / Gianluca Capuano. Crédit photographique (c) Opéra de Monte-Carlo

 

 

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