dimanche 11 octobre 2026

CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 6 janvier 2026. VIVALDI / BROSCHI / GIACOMELLI / HASSE : Il Tamerlano. C. Vistoli, A. Pichanick, R. Dolcini, J. Lezneva, E. Zaïcik… Les Accents, Thibault Noally (direction)

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Dans le climat hivernal feutré du Théâtre des Champs-Élysées, la version concert d’Il Tamerlano s’est présentée comme une curiosité baroque digne d’intérêt mais pas sans ses zones d’ombre. Il faut saluer l’audace de programmer un pasticcio vivaldien — cet assemblage d’airs et de récitatifs puisés dans les propres œuvres d’Antonio Vivaldi et celles de ses confrères napolitains — qui offre une plongée différente dans le répertoire baroque, loin des standards trop souvent ressassés. Cette démarche, si stimulante sur le papier, laisse toutefois parfois une impression d’éclectisme hétérogène plus que d’unité dramatique clairement assumée, rendant l’ensemble aussi fascinant que fragmenté et avec des longueurs évidentes notamment dans les interminables récitatifs.

 

Outre cette proposition dramaturgique audacieuse, la distribution vocale comporte des éclats admirables. Anthea Pichanick, en Asteria, a su faire entendre une ligne de chant sensible et raffinée, donnant à son personnage une réelle présence expressive même dans les lignes les plus ornées. Sa musicalité et sa maîtrise stylistique sont indéniables, et l’on souhaite la retrouver souvent dans ce répertoire exigeant. le contre-ténor italien Carlo Vistoli s’impose, comme souvent, avec une force tranquille et une intelligence de rôle rares. Son Tamerlano n’est pas simplement chanté : il est incarné, avec une autorité vocale et une profondeur expressive qui donnent une cohérence morale au personnage. Sa capacité à modeler chaque aria avec une conscience dramatique aiguë fait véritablement ressortir l’intérêt de ce protagoniste complexe dans un contexte de pasticcio où les lignes peuvent parfois sembler disjointes.

La contribution de Julia Lezhneva fut contrastée : l’élégance de sa voix et son goût du style baroque sont indéniables, mais la fatigue perceptible dans certains des passages les plus exigeants diminuait légèrement l’impact global de son incarnation d’Irene. On sent toujours chez elle un art vocal délicat, mais l’énergie semblait un peu en retrait pendant cette soirée où on l’attendait plus étincelante.  À l’inverse, Eva Zaïcik n’a pas toujours réussi à captiver totalement : son Andronico manquait parfois de l’évidence dramatique ou de l’élan expressif que l’on espère d’un tel rôle. Il y avait des moments d’intensité, certes, mais sans toujours une assise vocale ou une présence scénique qui retiennent pleinement l’attention. En revanche, Suzanne Jérôme et Renato Dolcini ont été des révélations permanentes dans leurs interventions. Suzanne Jérôme, avec une présence vive et un sens du style baroque affûté, a illuminé chaque phrase qu’elle a abordée, tandis que Renato Dolcini, en Bajazet, a apporté une profondeur expressive ainsi qu’une ligne vocale riche et bien projetée, faisant du personnage une pierre angulaire sensible de l’ouvrage.

Thibault Noally, à la tête de son ensemble Les Accents, a livré une direction attentive, oscillant entre vivacité et précision stylistique, bien que l’articulation de la reconstitution musicale ne soit pas toujours totalement convaincante sur toute la durée. Son travail sur le violon et la mise en place stylistique est à saluer, mais parfois l’ensemble semblait un peu trop attaché à la minutie historique au détriment d’une propulsion dramatique plus évidente. Globalement, l’orchestre mérite, quant à lui, d’être chaleureusement félicité : la finesse des phrasés, la clarté des lignes instrumentales et la cohésion d’ensemble ont offert une assise solide à cette lecture concertante, soutenant les solistes avec une élégance qui a souvent transcendé les limites intrinsèques de ce pasticcio.

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 6 janvier 2026. VIVALDI – BROSCHI – GIACOMELLI – HASSE : Il Tamerlano. C. Vistoli, A. Pichanick, R. Dolcini, J. Lezneva, E. Zaïcik… Les Accents, Thibault Noally (direction). Crédit photographique (c) Droits réservés

 

 

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