Il y a du Rossini dans Rousseau ! Pierre-Emmanuel Rousseau est le metteur en scène qui a monté le Barbier de Séville sur la scène de l’Opéra de Marseille pour les fêtes de fin d’année. L’esprit de Rossini traverse son spectacle d’un bout à l’autre. C’est totalement réjouissant. Rousseau déborde de (bonnes) idées. La première consiste… à ne rien faire pendant l’ouverture orchestrale ! Le rideau reste fermé. Cela permet d’apprécier au plus haut niveau l’excellente performance de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille et du chef italien Alessandro Cadario.
Ensuite, Rousseau se rattrape. Il est partout, de cour à jardin. Il ne lâche rien, s’occupe de tout. Il se passe quelque chose dans tous les coins et recoins. Le décor : trois murs aux couleurs franches, une statue de la Vierge au centre (on n’est pas pour rien à Séville !), un balcon sur les côtés — car il n’est pas d’histoire d’amour sans balcon. Et puis des volets aux fenêtres. Des volets qui s’ouvrent, se ferment, épient, conspirent, participent à l’action, et claquent lors de l’orage final. Ces persiennes sont de vrais personnages ! Les scènes de groupe sont d’une éclatante réussite. En revanche, dans les moments solistes, le metteur en scène en fait trop. Ainsi, dans le célèbre air « Una voce poco fa », Rosine chante d’abord couchée, puis se relève, participe aux va-et-vient de tas de personnages, se… trempe les pieds dans une piscine en relevant sa jupe… et quoi encore ? Il est difficile de soigner sa ligne de chant quand on gesticule autant !
Et pourtant, elle a de bien belles qualités, cette Eleonore Pancrazi, interprète de Rosine ! Elle possède des graves solides, des aigus francs, un legato admirable, une belle agilité, un beau timbre. Bref, elle a tout ce qu’il faut. La distribution est cependant dominée par le Figaro de Vito Priante. La voix porte, l’allure est franche, l’humour naturel, la présence évidente. Il a l’abattage, la drôlerie, la vitalité – tout ce qu’on attend de Figaro, ce barbier qui rit en rasant. Le ténor argentin – au prénom chilien et au nom dansant -, Santiago Ballerini, est l’exemple même du tenore di grazia. Son timbre séduit. À un moment, Figaro le traite de « Pavarotti ». C’est quand même excessif… mais la salle rit ! Très bon Basile d’Alessio Cacciamani. Prétendre le contraire relèverait de la calomnie ! Marc Barrard nous offre le Bartolo qu’on espérait de lui : c’est-à-dire le meilleur. Le Chœur de l’Opéra de Marseille participe à l’action avec une belle vigueur, une cohésion virile, jouant avec leurs capes colorées à la façon de toréadors. Oui, à aucun moment on n’oublie qu’on est en Espagne !
Tout cela bouge, vit, vibre, pétille. Avec un tel Barbier , on est – pour reprendre le titre d’une célèbre série télé marseillaise – dans Plus belle la vie !…
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CRITIQUE, opéra. MARSEILLE, opéra municipal, le 4 janvier 2026. ROSSINI : Le Barbier de Séville. Eléonore Pancrazi, Vito Priante, Santiago Ballerini… Pierre-Emmanuel ROUSSEAU / Alessandro CADARIO. Crédit photo (c) Christian Dresse





