jeudi 15 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. « La Guitare de Louis XIV ». Léa Masson, guitare, théorbe et direction (1 cd CVS Château de Versailles, 2024)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Le disque La Guitare de Louis XIV, publié sous le label Château de Versailles Spectacles, explore une facette méconnue du règne du Roi-Soleil : sa passion pour la guitare. Dirigé et interprété par Léa Masson (à la guitare baroque et au théorbe), l’album révèle comment Louis XIV, influencé par sa mère Anne d’Autriche, a transformé cet instrument d’origine populaire en un symbole de raffinement royal, servant tant à séduire la cour qu’à harmoniser les cultures française, italienne et espagnole. Enregistré à la Chapelle du Petit Trianon à Versailles, ce projet allie rigueur historique et interprétation sensible.

 

 

Le disque propose un parcours chronologique et géographique, mettant en lumière les trois influences majeures de l’époque : espagnole, italienne et française. L’Espagne avec des titres comme Cancion a la Reyna de Francia (Louis de Briceño), Airs de cour en espagnol/gascon (Etienne Moulinié), Espagnol je t’en supplie (Lully, avec castagnettes) ; l’Italie avec Pavaniglia con parti varie (Giovanni Paolo Foscarini) et Se voi luci amate (Gabriel de Rochechouart, avec théorbe et ténor) ; et enfin la France avec des titres comme le Tombeau de Francisque Corbet (Robert de Visée), Seguir più non voglio (Etienne Moulinié) et Quelles beautés, Ô mortels (Antoine Boësset) – qui se posent en synthèse de toutes les influences européennes. 

Le voyage commence par l’influence espagnole, marquée par l’arrivée de l’infante Marie-Thérèse. Des pièces comme la Cancion a la Reyna de Francia de Louis de Briceño, dont Léa Masson a recomposé des parties à partir de manuscrits, ou les airs d’Étienne Moulinié, baignent dans une couleur populaire et dansante, rehaussée par l’usage discret des castagnettes. Cette section rappelle comment la guitare a d’abord été un vecteur de diplomatie culturelle. L’élégance italienne est incarnée par des œuvres au contrepoint raffiné, telle la Pavaniglia con parti varie de Giovanni Paolo Foscarini. Ici, le théorbe, autre instrument de maîtrise de Masson, prend le relais, déployant des sonorités profondes et chaleureuses qui contrastent avec le timbre plus vif de la guitare baroque. Cette influence transalpine illustre le raffinement technique et expressif recherché à la cour.

L’apogée du disque réside dans la synthèse française. Des compositeurs comme Robert de Visée, guitariste attitré de Louis XIV, y figurent en bonne place. Son Tombeau de Francisque Corbet est un moment de gravité et d’émotion pure, où la ligne musicale, portée par une interprétation délicate et intériorisée, devient véritablement éloquente. Cette section montre comment la France a su assimiler et transcender les apports étrangers pour forger un style unique, sobre et profond.

La grande réussite de ce projet tient à la direction musicale et à l’interprétation de Léa Masson. Dans son premier disque en tant que cheffe de projet, elle fait bien plus que jouer : elle guide l’auditeur avec une vision claire et documentée. Son approche de la guitare baroque et du théorbe est remarquable de polyvalence technique et expressive. Elle passe avec aisance du style « battu » (jeu en accords) au style « luthé » (jeu polyphonique), toujours au service de la narration musicale. Son jeu se distingue par une grande clarté, une belle rondeur de son et un sens naturel du phrasé qui évite tout effet clinquant.

En tant que directrice, sa grande intelligence est d’avoir su s’entourer (avec le violiste Julien Gonin, la flûtiste Arnaud Condé, le ténor Marco Angioloni, entre autres) pour créer un dialogue authentique et équilibré entre les instruments et les voix. L’ensemble respire la complicité et la cohérence, chaque intervenant apportant sa couleur sans jamais dominer les autres. L’enregistrement, réalisé dans l’acoustique intime de la Chapelle du Petit Trianon, capture parfaitement cette atmosphère de musique de chambre raffinée.

La Guitare de Louis XIV est un disque vivant, poétique et profondément cohérent, qui réussit le pari de nous faire entendre non seulement la musique, mais aussi l’histoire et les passions qui l’ont façonnée. Il s’impose comme une référence essentielle pour quiconque souhaite découvrir la dimension intime et cosmopolite du Grand Siècle français.

 

 

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CRITIQUE CD événement. « La Guitare de Louis XIV ». Léa Massson (guitare, théorbe et direction). 1 CD CVS enregistré à la Chapelle du Petit Trianon du Château de Versailles en août 2024. Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de la boutique de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/boutique

 

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