Le nouveau concert symphonique de l’Orchestre national Avignon-Provence – intitulé « Rapprochement des peuples » – qui s’est tenu ce vendredi 28 novembre à l’Opéra Grand Avignon, a été une expérience musicale et humaine aussi ambitieuse que magnifique, transformant le concert en un puissant symbole de réconciliation.
La programmation ouvrait un dialogue poignant entre la Turquie et l’Arménie, un geste d’autant plus symbolique en cette année de commémoration des 110 ans du Génocide arménien. Dans l’ouvrage préliminaire, l‘Adagio de Fazıl Say, la phalange provençale – placée sous la battue de son excellente directrice musicale, Débora Waldmann -, a drapé avec une grande sensibilité cette oeuvre contemporaine de couleurs à la fois solennelles et sereines. Ce moment a parfaitement installé l’esprit du concert : une invitation au recueillement et au voyage. Le Concerto pour violoncelle d’Aram Khatchatourian qui a suivi, a été interprété par la prodigieuse violoncelliste française (d’origine arménienne) Astrig Siranossian. La performance de la violoncelliste, et sa maîtrise technique phénoménale, a captivé l’auditoire. La fameuse cadence du premier mouvement, véritable cœur de l’œuvre, fut un moment d’une intensité rare, où chaque note semblait porter la mémoire et l’espoir. La complicité entre Siranossian et l’orchestre, dirigé d’une main de maître par Waldman, a pleinement rendu justice à cette partition imprégnée des mélodies populaires du Caucase. Et c’est par une autre mélodie arménienne (déchirante), chantée par l’artiste en même temps qu’elle s’accompagnait de son instrument, qui a ému la salle aux larmes… avant d’éclater en bravi !
En seconde partie de soirée, place a été faite à La Symphonie n°1 en ut mineur de Johannes Brahms, qui a permis à l’Orchestre National Avignon-Provence (renforcé ce soir par des étudiants de l’IESM d’Aix-en-Provence) de démontrer toute sa métamorphose et les immenses progrès accomplis depuis l’arrivée de Débora Waldman à sa tête. La phalange avignonnaise a fait preuve d’une puissance et d’une cohésion remarquables sous sa battue, alliant ici une intelligence musicale aiguë à une rare flexibilité, insufflant une vie nouvelle à cette partition monumentale. On a pu entendu ce soir un orchestre transformé, maîtrisant parfaitement les tensions et les relâchements, les nuances les plus subtiles comme les tutti les plus éclatants.
Cette soirée fut véritablement une célébration de la capacité de la musique à transcender les frontières et les histoires douloureuses, ici en mettant en regard des œuvres de Say et Khatchatourian : un geste artistique fort et réussi.
Bravo Avignon !
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CRITIQUE, concert. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 28 novembre 2025. SAY / KHATCHATOURIAN / BRAHMS. Astrig SIRANOSSIAN (violoncelle), Orchestre national Avignon-Provence, Débora WALDMAN (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu




