samedi 3 octobre 2026

CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Donizetti, le 14 novembre 2025. DONIZETTI : Caterina Cornaro. C. Remigio, E. Scala, V. Priante… Francesco MICHELI / Riccardo FRIZZA

A lire aussi
Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
image_pdfTélécharger (.pdf)

L’ouverture du Festival Donizetti Opera 2025 à Bergame a été marquée par la représentation de Caterina Cornaro, dans sa version originale restaurée par Eleonora Di Cintio et interprétée pour la première fois sous sa forme authentique. Cette édition critique restitue la partition telle que Donizetti l’avait imaginée (pour Vienne), avant les coupes de la censure napolitaine (où aura finalement lieu la première) et les adaptations forcées pour les interprètes de la création… La conclusion, notamment, abandonne le ton patriotique pour une fin plus concise et tragique, digne de la dernière œuvre achevée par le compositeur avant son internement psychiatrique, derniers effets d’une syphilis qui lui sera fatale. Si la restitution musicale s’est avérée plutôt enthousiasmante, la mise en scène de Francesco Micheli – une coproduction avec le Teatro Real de Madrid – a, en revanche, suscité l’incompréhension d’une partie du public, allant jusqu’aux huées lors du baisser de rideau.

 

Grande habituée du festival, la soprano italienne Carmela Remigio a fait preuve d’un engagement scénique et dramatique total dans le rôle-titre. Si le timbre n’a rien de particulièrement extraordinaire, ses immenses talents de comédienne – qui ont rendu crédible la dualité du personnage, partagé entre tourments et résignation – ont en revanche suscité l’admiration. Sa musicalité et son traitement des récitatifs doivent aussi être mis à son crédit. Face à elle, l’excellent baryténor siscilien Enea Scala continue de s’imposer comme l’un des meilleurs chanteurs belcantistes de sa génération. Outre une palette vocale très diversifiée, un phrasé élégant et un timbre gorgé du soleil de sa Sicile natale, il possède à l’envi le sens des couleurs, de la dynamique et des nuances propres au belcanto. Il a fait délirer le public, après son air « Su, corriamo » (une page d’une verve presque verdienne…), grâce à l’insolence péremptoire d’aigus aussi sûrs que longuement tenus. De son côté, le baryton italien Vito Priante campe un Lusignano noble et pathétique, avec une voix parfaitement timbrée et un phrasé sensible qui font mouche dans l’air où il se meurt :  « Orsu… Della vittoria ». La basse Riccardo Fassi (Mocenigo) a campé un ambassadeur vénitien autoritaire et glaçant, dont la basse au grain noir a parfaitement servi la fourberie du personnage. Enfin, Francesco Lucii (Strozzi) impressionne par sa vaillance, tandis que Fulvio Valenti s’avère touchant dans le rôle du père de Caterina.

 

 

Quant à la proposition scénique de Francesco Micheli, elle a polarisé le public,  constituant le point de discorde majeur de la soirée. Sa mise en scène superpose deux époques : à l’histoire du XVᵉ siècle se superpose un récit contemporain où Caterina, après les joies de son mariage, voit son époux tomber malade et être emmené à l’hôpital. Cette transposition, majoritairement située dans le couloir aseptisé d’une clinique, ne nous a vraiment pas convaincu, en créant une confusion entre flash-back historique et identification de l’héroïne modernes; De même que certains partis ont été à l’encontre du drame, comme la bataille finale entre Chypriotes et Vénitiens qui était représentée ici… par une opération chirurgicale, Gerardo troquant son épée contre un scalpel pour tenter de sauver Lusignano ! Enfin, de nombreuses projections de textes (comme « Mio marito è molto malato » ou « Anch’io sono incinta ») nous ont semblé par trop redondantes, alourdissant le propos au lieu de l’éclairer. Et pour enfoncer le clou, le dénouement voit la reine éponyme trouver du réconfort auprès de Mocenigo, le « méchant » de l’histoire, un choix qui s’avère en totale contradiction flagrante avec la dynamique du livret. Finalement, la proposition scénique de Micheli s’avère si intrusive et si éloignée de l’esprit du livret qu’elle finit par obérer la puissance émotionnelle de l’œuvre…

Par bonheur, la direction musicale de Riccardo Frizza, directeur artistique du festival, a été un pilier de cette production. À la tête de l’Orchestra Donizetti Opera, Frizza a mis en lumière la riche écriture orchestrale de Donizetti, en soulignant les contrastes et en maintenant un équilibre constant entre la fosse et les chanteurs. Si certains tempi étaient parfois un peu trop contrôlés en première partie, les contrastes et l’ampleur se sont affirmés par la suite, servant la partition sans jamais écraser les solistes – et où le formidable Coro dell’Accademia Teatro alla Scala était également parfaitement en place !…

 

 

 

___________________________________
CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Donizetti, le 14 novembre 2025. DONIZETTI : Caterina Cornaro. C. Remigio, E. Scala, V. Priante… Francesco MICHELI / Riccardo FRIZZA. Crédit photographique (c) Gianfranco Rota

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

ORCHESTRE NATIONAL AUVERGNE-RHÔNES-ALPES (ONAURA). Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand, les 16 et 17 oct 2026. Magdalene Ho (piano), Vincent Lucas (flûte), Valeria Kafelnikov (harpe), ONAURA, Christian...

L’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes (ONAURA) ouvre sa saison clermontoise avec un programme placé sous le double signe de la jeunesse...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img