mardi 13 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. GENEVE, Grand-Théâtre de Genève, le 26 octobre 2025. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. B. Burger, M. Eriksmoen, L. Melrose… Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet, Marina Abramovic /Juraj Valcuha

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André Peyrègne
André Peyrègne
André PEYREGNE est Président d’honneur de la Fédération Française d’Enseignement Artistique, Chroniqueur en Histoire et Musique de Nice-Matin, Collaborateur de Radio France et France Télévision et Ecrivain (son dernier livre paru : "Petites histoires féminines de la grande musique" - Editions Desclée de Brouwer)
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On connaissait, jusqu’à présent, le fil d’Ariane. Voici maintenant, au Grand-Théâtre de Genève, le fil de Mélisande. Ou plutôt, les fils au pluriel, car ils sont nombreux les fils dans ce Pelléas et Mélisande genevois – des fils qui se tendent, se croisent, se tissent, s’enlacent et se dénouent, autour des principaux personnages de l’opéra. Et qui est-ce qui tire tous ces fils ?

 

Huit danseurs que les metteurs en scène et chorégraphes Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet ont eu l’idée d’introduire dans ce spectacle. Omniprésents, ces hommes aux corps admirablement sculptés et aux attitudes de statuaire antique commentent avec leurs corps le déroulement de l’action, les sentiments des personnages ou les humeurs de la musique. On comprend la symbolique : les fils sont ceux de la vie, du destin, de la captivité, mais ils symbolisent aussi les cheveux de Mélisande, les cordes de son mystère, les fibres d’une âme qui s’échappe et s’enferme à la fois.

Il y a une autre symbolique dans ce spectacle : ce sont les cercles. Que de cercles ! L’anneau de Mélisande, la margelle de la fontaine, le ballon d’Yniold, et cet œil immense, projeté sur un écran en fond de scène qui d’abord nous regarde, puis se change en ciel constellé d’étoiles, en visions de cosmos et en explosion d’univers. Le cercle, forme parfaite sans commencement ni fin, rappelle l’infini, l’harmonie, le cycle de la vie, la rondeur du monde et de la chair. Mais il peut aussi être prison. Tout cela se passe dans un décor unique, sombre et abstrait, où, au milieu des fils et des cercles, se dressent des monolithes évoquant des brisures de diamant ou des fragments de météorites.

Tout cela est très esthétiquement beau, ésotériquement pensé, intelligemment maîtrisé, artistiquement réussi mais… trop abondant. Il y a trop de choses et de monde sur scène ! La mise en scène des deux chorégraphes – et de la scénographe Marina Abramovic – déborde tellement de corps et de symboles qu’elle arrive à saturer l’œil et l’esprit. La musique de Debussy – cette eau pure, ce tulle léger, avec ses frémissements de violon, ses soupirs de flûte, ses larmes de harpe, ses grondements de cuivres – n’a pas besoin de tout cela, elle peut se suffire à elle-même !

La distribution vocale est dominée par la magnifique Mélisande de la soprano norvégienne Mari Eriksmoen. Elle a cette « voix qu’on dirait passée sur la mer au printemps », comme cela est chanté dans l’opéra. À ses côtés, Nicolas Testé impose un Arkel de grand seigneur, Sophie Koch est une excellente Geneviève, tendre et grave à la fois ; et Charlotte Bozzi prête à Yniold son accent d’ange espiègle. Nous serons moins enthousiaste sur les voix de Pelléas et de Golaud, rôles respectivement tenus par Bjorn Burger et Leigh Melrose. Le timbre du premier est d’un métal trop tranchant pour le clair-obscur de Debussy, et celui du second a un caractère plus wagnérien que debussyste. Tous deux, néanmoins, habitent la scène avec vérité.  

Tout cela se passe sous la direction sérieuse du chef slovaque Juraj Valcuha, à la tête d’un Orchestre de la Suisse Romande en grande forme. En ce dimanche de changement d’heure, où l’hiver commençait à mordre en terre lémanique, les Genevois se sont pressés en foule pour assister à la Première, et ils l’ont beaucoup applaudie !…

 

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CRITIQUE, opéra. GENEVE, Grand-Théâtre de Genève, le 26 octobre 2025. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. B. Burger, M. Eriksmoen, L. Melrose… Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet, Marina Abramovic /Juraj Valcuha. Crédit photographique (c) Magali Dougados

 

 

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