Après avoir réussi sa rentrée symphonique en septembre, l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie a inauguré sa saison lyrique 25-26 sous les mêmes meilleures auspices avec le fameux diptyque réunissant Cavalleria Rusticana de Pietro Mascagni et I Pagliacci de Ruggero Leoncavallo. Les 3 et 5 octobre, à l’Opéra Berlioz, le public a été saisi par l’intensité dramatique et la modernité de cette coproduction signée par la trublione italienne Silvia Paoli, déjà acclamée à l’Opéra de Toulon et promise à une itinérance vers celui de Dijon (le mois prochain).
La production de Silvia Paoli se distingue par son approche résolument contemporaine et sa lecture cohérente des deux œuvres. Paoli dépasse le simple réalisme pour insuffler une profondeur psychologique moderne à ces drames passionnels. Son travail s’avère aussi intelligent que riche, lisible que cohérent, et repose sur une direction d’acteurs millimétrée que l’on ne peut que saluer. Comme dans sa Tosca montpelliéraine il y a quelques saisons, la metteuse en scène assume des partis pris radicaux qui servent le drame sans le trahir. Le défi de lier ces deux opéras en une seule soirée est relevé avec brio. Silvia Paoli transporte les spectateurs dans le sud de l’Italie, à notre époque, et sa vision construit un arc narratif poignant où la fatalité et la violence des codes sociaux lient les destins de Santuzza et de Nedda.
La direction musicale du chef israélo-américain Yoel Gamzou est un des autres piliers de cette réussite, qui a insufflé une vitalité remarquable aux deux partitions. Sous sa baguette, l’Orchestre National Montpellier Occitanie a alterné entre des transparences sonores qui mettaient en lumière la tragédie et des effusions musicales d’une intensité à couper le souffle, touchant directement le public. La partition verdoyante de Mascagni et les accents plus acerbes de Leoncavallo ont trouvé un équilibre parfait. Le Chœur maison personnage à part entière : Le chœur maison a une fois encore prouvé sa qualité. Véritable conscience collective de ces drames, il a été physiquement et vocalement impliqué, ajoutant une épaisseur narrative et une puissance chorale essentielle à l’ambiance si particulière de ces œuvres.
La distribution réunie par Valérie Chevalier (différente de celles de Toulon et Dijon…) était d’une belle tenue, alliant engagement scénique et qualité vocale. Les héroïnes sont ici le cœur battant du drame, et une palme particulière doit immédiatement revenir aux deux rôles féminins. La jeune mezzo Française Marie-Andrée Bouchard-Lesieur a délivré une performance vocale bouleversante en Santuzza, son chant incarnant toute la détresse et la fureur d’une femme trahie. De même, la Nedda de la soprano russe Galina Cheplakova a été éblouissante, alliant une voix au timbre clair et agile à une présence scénique qui captivait l’auditoire, notamment dans son air où elle imitait le chant des oiseaux avec une grâce touchante.
Face à elles, le ténor azerbaïjanais Azer Zada offre un timbre séduisant, une belle prestance scénique, mais une puissance vocale en demi-teinte : dans les rôles aussi exigeants que ceux de Turiddu et de Canio, surtout dans la vaste acoustique de l’Opéra Berlioz, on a pu regretter un certain manque d’ampleur vocale dans les moments les plus dramatiques, où la puissance de l’orchestre submergeait le volume du chanteur. De son côté, Tomasz Kumiega offre une double performance remarquable. En Alfio (Cavalleria), puis en Tonio (Pagliacci), le baryton a démontré l’étendue de son art. Son Alfio était d’une autorité sourde et menaçante, tandis que son Tonio, au sarcasme cynique et à la noirceur communicative, a été un pivot dramatique essentiel. Le Prologue de Pagliacci, interprété avec une intelligence théâtrale rare, a immédiatement installé l’ambiance tragique. Tous les autres rôles, sans exception, ont apporté une contribution positive à l’ensemble. La Mamma Lucia solide de Julie Pasturaud, le Beppe espiègle de Maciej Kwasnikowski et le Silvio amoureux de Leon Kim ont ainsi été campés avec conviction et une réelle qualité chantante, complétant un tableau lyrique des plus satisfaisants.
Un vrai doublé gagnant !
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CRITIQUE, opéra. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, les 3 et 5 oct 2025. MASCAGNI / LEONCAVALLO : Cav-Pag. M. A. Bouchard-Lesieur, A. Zada, G. Chelakova, T. Kumiega… Silvia Paoli / Yoel Gamzou. Crédit photo © Marc Ginot – OONM






