samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. LONDRES, Royal Opera House, le 30 septembre 2025. VERDI : Les Vêpres Siciliennes. J. El- Khoury, V.Dytiuk, Q. Kelsey, I. d’Arcangelo… Stefan Herheim / Speranza Scappucci

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Brigitte Maroillat
Brigitte Maroillat
De formation juridique, et passionnée de musique et d’opéra depuis l’adolescence, Brigitte Maroillat a collaboré à Opera Online en 2017/2018 puis à Forumopera.com de 2018 à 2024 avant de rejoindre ClassiqueNews. Elle est aussi administratrice de la page Facebook du baryton-basse José van Dam.
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On ne peut que saluer l’initiative de la Royal Opera House de Londres de programmer une œuvre aussi rare que Les Vêpres siciliennes, grand opéra en cinq actes en français d’une rare fascination musicale, dans laquelle Giuseppe Verdi soumet son art à de nouvelles formes d’écriture musicale. Berlioz lui-même n’a jamais caché son admiration pour cette œuvre dont l’intensité pénétrante de l’expression mélodique l’a d’emblée saisi : « La variété somptueuse, la sobriété savante de l’instrumentation, l’ampleur, la poétique sonorité des morceaux d’ensemble, le chaud coloré qu’on voit partout briller, cette force passionnée mais lente à se déployer qui forme l’un des traits caractéristiques de Verdi, donnent à l’œuvre entière une empreinte de grandeur, une sorte de majesté souveraine« . On ne peut guère trouver de descriptif plus juste pour caractériser Les Vêpres Siciliennes, qui n’a toutefois (suprême injustice !), jamais occupé une place comparable à celle des autres compositions de Verdi.

 

Il est donc particulièrement heureux de la retrouver en tête de programmation de la saison de la Royal Opera House dans une proposition scénique originale. La production de Stefan Herheim – créée in loco en 2013 – est aujourd’hui reprise par Dan Dooner, fait montre d’une certaine audace théâtrale en situant l’œuvre non pas dans la Sicile du XIIIe siècle, mais dans la Salle Le Pelletier (c’est à dire – à l’époque – l’Opéra de Paris…), au moment même de sa création. Les boulevardiers et voyous balzaciens, représentant le Paris populaire et pittoresque, se mêlent aux répétitions du spectacle et à celles du corps des ballerines dont les postures rappellent les peintures de Degas. La danse est d’ailleurs omniprésente comme si l’on cherchait ici à compenser la coupe du ballet de trente minutes de l’œuvre de Verdi. Ainsi, deux mondes, celui de l’intrigue originelle et celui du backstage artistique, s’entremêlent et rendent parfois difficile la compréhension des ressorts dramatiques de l’intrigue. A l’intérêt succède parfois ici la perplexité dans l’esprit du spectateur.

Avec une nouvelle distribution de rôles principaux, Joyce El-Khoury, en Hélène, excelle vocalement dans les duos intimistes avec son amant Henri, notamment au quatrième acte où elle donne le plein potentiel de son talent. Mais elle ne se montre que par intermittence à l’aise dans les passages les plus exigeants du rôle. Rappelons toutefois, à sa décharge, qu’elle a dû remplacer Marina Rebeka peu de temps avant la première initialement titulaire du rôle. L’excellent ténor ukrainien Valentyn Dytiuk, à la diction impeccable, apporte fougue et brillant à tous les moments forts d’Henri. Le baryton-basse britannique Quinn Kelsey fait montre d’une noblesse rare dans le rôle de Montfort. En proie à des conflits intérieurs, il explore avec brio la relation père-fils dans une intériorité sombre presque douloureuse, le tout dans un chant tout en nuances et magnifiquement expressif. Quant à la basse italienne Ildebrando D’Arcangelo, fidèle à lui- même, en mode Etna en éruption, il délivre un « Et toi, Palerme » fortississimo. Or, cet air, le plus célèbre de l’œuvre requiert tout un jeu de nuances en clair-obscur qu’il ne nous a pas été donné d’entendre ici. Le chanteur passe à côté de son sujet vocalement mais également scéniquement. Rappelons que dans la conception de Herheim, Procida est à la fois patriote sicilien implacable et maître de ballet parisien dandy requérant tant énergie que (et surtout), subtilité et élégance.

Dans la fosse, Speranza Scappucci, cheffe d’orchestre invitée de la Royal Opera House, nous offre un récit rythmé, laissant s’épanouir les explorations rythmiques et tonales de Verdi, saisissant à merveille les infinies couleurs de la partition. On peut toutefois regretter que cette lecture très fine manque un tantinet d’amplitude requise dans ce répertoire caractérisant cette « majesté souveraine » décrite par Berlioz et qui emporte l’auditeur. Cette retenue dans l’emphase a parfois rendu inaudible la musique face à la vague vocale du plateau (solistes et chœur), notamment à la fin de l’acte III. C’est toutefois dans un bel écrin orchestral que l’œuvre nous a été donnée d’entendre à Londres, même si celle-ci aurait pu briller d’autres feux, à l’aune par exemple d’un Levine au disque.

 

 

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CRITIQUE, opéra. LONDRES, Royal Opera House, le 30 septembre 2025. VERDI : Les Vêpres Siciliennes. J. El- Khoury, V.Dytiuk, Q. Kelsey, I. d’Arcangelo… Stefan Herheim / Speranza Scappucci. Crédit Photo (c) ROH

 

 

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