Après les remarquables pièces de Thierry Malandain et de Martin Harriague – présentées lors des deux premiers jours de la 35e édition du festival “Le Temps d’aimer la Danse”, la soirée du 7 septembre au Théâtre Quintaou d’Anglet (Scène nationale du Sud-Aquitain) s’annonçait comme un moment-phare. Et le spectacle n’a pas déçu : porté par le CCN-Ballet de Lorraine, il a offert un diptyque explosif, mêlant l’intellectualité poétique de Maud Le Pladec et l’énergie tribale de Marco da Silva Ferreira.
Maud Le Pladec, directrice du CCN-Ballet de Lorraine et chorégraphe star de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024, présentait Static Shot, une pièce qui porte la marque de son expérience olympique. On y retrouve cette ambition de grande envergure, cette capacité à orchestrer le mouvement comme une force collective tout en y insufflant une sensibilité minutieuse. Le Pladec joue avec les dynamiques de groupe, où les corps s’assemblent et se disloquent dans des formations tantôt géométriques, tantôt organiques. La gestuelle, précise et électrique, évoque à la fois la rigueur classique et les ruptures contemporaines. On devine l’influence de son travail avec des artistes comme Okwui Okpokwasili ou son exploration des musiques minimalistes, bien que dans Static Shot, c’est le silence et la respiration des danseurs qui rythment l’espace avant que n’intervienne une bande-son pulsée.
Comme lors de la cérémonie sur la Seine, Le Pladec célèbre l’inclusion et la diversité des esthétiques. Ici, pas de pompons ou de décors surchargés, mais une pureté chorégraphique qui souligne la puissance du corps en mouvement. On perçoit aussi la trace des épreuves traversées : sa blessure à la hanche pendant les préparatifs des JO semble avoir influencé certaines séquences où la fragilité et la résistance physique deviennent métaphores de la création artistique. Les jeux de lumière sculptent les corps des danseurs du Ballet de Lorraine, créant des tableaux vivants où chaque instant est à la fois suspendu et dynamique. La pièce se clôt sur une image forte : un solo hypnotique, comme un écho aux défis surmontés et aux rêves réalisés.
Si Static Shot avait captivé par son intelligence chorégraphique, A Folia emporte carrément le public dans un tourbillon d’énergie pure. Marco da Silva Ferreira, chorégraphe portugais au parcours aussi atypique que fascinant (ancien nageur devenu danseur autodidacte ), signe ici une œuvre magistrale, littéralement renversante. L’œuvre s’inspire de la Folia, tradition portugaise du XVe siècle associée aux rituels de fertilité, où danse et musique célèbrent la subversion et la communion collective. Da Silva Ferreira y puise pour créer une rencontre entre les danses historiques et les cultures urbaines actuelles. Sur une musique hypnotique de Luis Pestana, qui remixe La Folia de Corelli en y injectant des beats électroniques profonds, les danseurs du Ballet de Lorraine se transforment en une communauté en transe.
La pièce est portée par une rythmique implacable : les pieds frappent le sol, les torsions des corps évoquent autant les danses traditionnelles que le krump ou le voguing. Da Silva Ferreira, qui ne craint pas le conflit et aime à chorégraphier la friction, crée ici une tension palpable entre l’individu et le groupe, entre la tradition et la rébellion. Les danseurs, en état de grâce, semblent possédés par la musique, et le public est embarqué dans cette folie collective. Les costumes d’Aleksandar Protic, à la fois anciens et modernes, et les lumières de Teresa Antunes plongent le spectateur dans une atmosphère quasi ritualiste. C’est jouissif, envoûtant, et viscéral – à tel point que la frontière entre scène et salle semble disparaître lors de l’apothéose finale.
La soirée du 7 septembre restera ainsi comme l’une des grandes réussites de cette 35e édition du festival « Le Temps d’Aimer la Danse ». Le triomphe debout qui a salué les artistes était amplement mérité. Preuve que la danse, dans toutes ses formes, reste un langage universel capable de nous rassembler et de nous élever. Vivement la suite du festival !
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CRITIQUE, festival. ANGLET, 35e festival « Le Temps d’aimer la Danse » (Théâtre Quintaou), le 7 septembre 2025. Maud LE PLADEC : « Static Shot » / Marco FERREIRA DA SILVA : « A Folia » (par le CCN-Ballet de Lorraine). crédit photographique © Laurent Philippe






