Après avoir interprété la veille le rôle-titre de Dardanus, le chanteur belge Reinoud van Mechelen dirige la Passion selon Saint-Jean de J.S. Bach, tout en incarnant le rôle de l’Évangéliste. Une performance impressionnante qui prouve que le répertoire baroque, et plus encore ceux qui le défendent, échappent à toute catégorisation réductrice.
Malgré l’acoustique peu favorable de la Basilique où le son a parfois tendance à se disperser, on a pu assister ce 20 juillet à un concert de toute beauté, d’une grande homogénéité aussi bien des chœurs, en tous points admirables, que des différents solistes, qui rapprochent cette sublime partition d’un véritable drame en musique. Le jeune chef belge obtient de son ensemble A Nocte Temporis une grande lisibilité discursive qui rappelle à quel point cette musique, comme la plupart des musiques religieuses de l’époque, des passions en particulier, est marquée par le paradigme rhétorique. Dès le splendide et envoûtant chœur initial (« Herr, unser Herrscher »), une ferveur contenue s’installe, sans ostentation, favorisée par un effectif orchestral loin des phalanges pléthoriques de l’époque romantique ou du premier XXe siècle, et certainement plus conforme à ce qui se jouait à Leipzig, au moment de la création, trois cent un ans plus tôt.
On est émerveillé par la diction cristalline de Reinoud Van Mechelen, à la fois puissante et dense de pathétisme (ce qui l’oblige par moments à diriger dos à l’orchestre et d’une main droite alerte et précise). Les autres solistes sont tous remarquables, à commencer par le Jésus de Tomáš Král au timbre solidement charpenté et à la diction sans faille. Le ténor américain Robert Guetschell, trop rare et pas toujours distribué à sa juste valeur, enchante dans ses différentes interventions (superbe « Ach, mein Sinn »). Une mention spéciale à l’alto vibrant, délicat et solide à la fois d’Alex Potter, un peu malmené dans la première partie, lorsque sa voix est en partie couverte par les hautbois, mais révèle toute son autorité souveraine en particulier dans le bouleversant « Es ist vollbracht », accompagné par la seule viole de gambe. Moins sollicité, le baryton Tobias Berndt, ne démérite pas, faisant preuve, comme ses acolytes, d’une parfaite élocution. Un léger bémol pour la soprano Lore Binon : la technique est là, solide et sans défaut, mais le timbre se révèle un peu vert, légèrement acide lorsqu’il est sollicité dans les aigus. Son premier air célèbre (« Ich folge dir »), accompagné par les deux traversi et le continuo, déploie ses vocalises avec une facilité déconcertante et dont le tempo moins allant choisi par le chef permet de mieux révéler l’affliction qui s’en dégage.
Le chœur de l’ensemble mérite tous les éloges, aussi bien dans les parties qui ponctuent le récit du drame (les véhéments « Nicht diesen sondern Barrabas ! » ou « Kreuzige, Kreuzige ! ») que dans la précision des fugues et bien sûr dans les nombreuses parties dramatiques qui culminent dans le dernier grand chœur « Ruht wohl », l’une des musiques les plus bouleversantes composée par le Cantor de Leipzig. Une réalisation exemplaire de la Saint-Jean que le festival de Beaune n’avait pas programmé depuis 2013.
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CRITIQUE, festival. BEAUNE, Basilique Notre-Dame, le 20 juillet 2025. BACH : La Passion selon Saint-Jean. R. Van Mechelen, T. Král, L. Binon, A. Potter… A Nocte Temporis, Reinoud Van Mechelen (direction). Crédit photographique (c) Ars Essentia





