CD, événement, critique. SALONEN : CONCERTO POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018).

salonen esa pekka cello concerto yo yoma os angeles philharmonic cd critique concert review  fev 2018 cd critique classiquenewsCD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Somptuosité instrumentale, parure scintillante comme peut l’être suspendue, la texture du Ravel de Daphnis, l’orchestre de Salonen saisit par sa constante quête de transparence, sa volupté supérieure, comme l’élucidation allusive d’un chant murmuré, qui se déroule dans le repli et l’intime (violoncelle dans le II, confinant au silence et à la perte de tout cadre établi).

Hédoniste et adepte du mystère, le compositeur finlandais est comme sa consœur Kaija Saariaho, porté pour le rêve, le songe, l’irréalité, la surréalité même, mais énoncée ici comme une prière énigmatique, la manifestation d’un équilibre entre l’infiniment grand et le petit, entre cosmos et microrésonance. Ici, le timbre conduit le cheminement.
En ce sens, le II est le plus envoûtant, véritable explosion de couleurs et de teintes qui fait imploser toute forme et tour cadre construit, pour que se déploie une effloressence sonore suprême qui peut s’entendre comme une révélation comme un persistant mystère (ligne des cordes étirées jusqu’à l’ultime souffle).

Sous la direction de l’auteur et de l’ancien chef qui en fut le directeur musical de longue date, le Philharmonique de Los Angeles dĂ©montre une finesse expressive constante. Dans ce vortex scintillant, qui dĂ©veloppe l’ombre et la pudeur, le violoncelle solo affirme un chant furtif, syncopĂ©, agitĂ© et près d’une transe filigranĂ© (III), scandĂ© par la percu du tam tam : le dernier Ă©pisode est le plus dansant, ivre, convulsionnĂ© et souple, plutĂ´t que convulsif. Toujours finement dansant. TrĂ©pidant, et dans ses pointes orchestrales, magnifiquement Ă©ruptif, comme des bourrasques fugaces et Ă©lĂ©gantes. Par sa concision, son sens de la synthèse et d’un dĂ©veloppement contenu mais rĂ©gulièrement fulgurant, l’écriture de Salonen rejoint le perfectionnisme formel d’un … Sibelius. Le III, presque de la mĂŞme durĂ©e que le I, apporte un Ă©lĂ©ment d’équilibre en miroir, mais aussi d’un caractère diffĂ©rent, presque opposĂ© aux deux prĂ©cĂ©dents, diffuse une agitation qui lui est propre, des irruptions dĂ©lirantes (clarinette), qui portent aussi jusqu’au solo du violoncelle, Ă©lĂ©ment moins concertant que diffus, jamais opposĂ© au contexte orchestral, mais plutĂ´t soulignant les accents de la masse organique, et semblant comme en exprimer l’essence. La percu plus prĂ©sente inscrit par ses Ă©clairs concrets et sa rythmique instable, un Ă©lĂ©ment de rĂ©alitĂ© plus mordant. Mais fidèle Ă  sa pensĂ©e pudique, Salonen achève ce formidable triptyque dans le murmure. Comme un serpent sinueux rejoignant l’éternelle nuit du silence et du secret.
Plastique, toujours hyperélégante, et d’un esthétisme instrumental ciselé, l’écriture de Salonen se magnifie avec le temps. Son Concerto est le moins bavard qui soit, critique sur la forme, soucieux de sa propre énergie, exigeant quant à chaque développement. Sublime musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Enregistrement réalisé à Los Angeles au WAlt Disney Concert Hall, Los Angeles, février 2018.

CD. The Silk Road Ensemble, Yo Yo Ma : a playlist without borders

CD. The Silk Road Ensemble, Yo Yo Ma : a playlist without borders (1 cd Masterwoks)… A l’heure des mĂ©tissages musiciens oĂą beaucoup de chefs interprètes conçoivent leurs nouveaux programmes en invitant comme un boeuf, leurs partenaires familiers, le violoncellistes vedette des annĂ©es 80/90, Yo Yo Ma s’offre ici (Tanglewood, juin 2012) des traversĂ©es interlopes avec ses complices de l’Ensemble Silk Road (La Route de la soie), c’est une fraternitĂ© musicienne entre Orient et Occident, avec mĂŞme un bonus vidĂ©o (Live Ă  Tanglewood, immersion dans le festival lĂ©gendaire amĂ©ricain lors de son Ă©dition rĂ©cente de 2012).

 

 

Routes métissées

 

SILK_ROAD_ENSEMBLE_YOYOMA_PLAYLIST_CD_SOnymusic_masterworks_the+silk+road+ensemble+with+yo+yo+ma+a+playlist+without+bordersEn rĂ©alitĂ© voilĂ  15 annĂ©es que ces musiciens s’entendent Ă  nourrir leurs chants multiples, variĂ©s et mĂ©tissĂ©s : le programme regroupe plusieurs Ĺ“uvres majeures que l’Ensemble a prĂ©sentĂ© en concert durant ses tournĂ©es prĂ©cĂ©dentes et qui forment le cĹ“ur de cette cĂ©lĂ©bration Ă  Tanglewood : programme tous horizons, sans limites … ni standards classiques, ni vĂ©ritables compositions savantes mais une mosaĂŻque de pièces qui regardent vers la fusion inventive et libĂ©rĂ©e (without borders) des styles, manières, rĂ©miniscences jazz, mĂ©lopĂ©es indiennes (rythmes endiablĂ©s de Saidi Swing signĂ© Shane Shanahan) et chinoises (Night Thoughts de Wu Man, la virtuose de pipa du groupe, pièce pour percussions, flĂ»te et pipa, – sorte de cithare chinoise) … un Ă©clectisme qui entend faire voyager, susciter les rencontres et les Ă©changes entre personnalitĂ©s trempĂ©es, chacune ambassadrice de ses propres univers.

Dans cet arène riche en Ă©vocations, le violoncelle de Yo Yo Ma, figure fĂ©dĂ©ratrice et centrale du projet, n’est pas Ă©cartĂ© : il est mĂŞme superbement mis Ă  l’honneur dans la pièce pour l’instrument solo : Allegretto from Partita de Ahmed Adnan Saygun. Les styles amis, fraternellement exposĂ©s se retrouvent et dialoguent dans les deux morceaux finaux, percussifs et Ă©nergiques, aux accents ultimes sombres et subtilement dansants : quatre sections de Cut the Rug, Ă©crit par David Bruce, puis Briel de Johan Zorn. Les 14 musiciens se retrouvent dans les meilleurs morceaux du concert d’une transe presque irrĂ©sistibles, aux Ă©pices timbrĂ©s idĂ©alement associĂ©s (tabla, ney, pipa, gaita, shakuhachi…). Combinaison hautement rĂ©ussie voire stimulante. Doublement documentĂ©e convaincante par l’image et le son. Le mariage est complet, et le plaisir de l’auditeur spectateur immĂ©diat.

1 cd + 1 dvd, enregistré au festival de Tanglewood 2012. 1 cd Sony classical