CD coffret, compte rendu critique. THE MONO ERA (51 cd édition limitée Deutsche Grammophon)

deutsche grammophon mono era coffret box announce compte rendu critique review classiquenews the mono era 1948 - 1957CD coffret, compte rendu critique. THE MONO ERA (51 cd édition limitée Deutsche Grammophon). Débuts monographiques. C’est un peu Deutsche Grammophon avant Deutsche Grammophon… A l’époque où la prestigieuse marque jaune lance ses premiers microsillons (33 tours vinyles), au début des années 1950, la période est à l’édification de son catalogue : développer une offre riche et diversifiée, en prenant en compte les différents profils artistiques approchés et fidélisés. Le marketing comme actuellement n’est pas aussi développé mais l’intuition des responsables du label impose une exigence dès les origines. C’est l’enjeu de ce coffret en 51 cd en édition limitée qui publié sous le titre de “L’ERE MONO” (The mono era) regroupe quelques uns des enregistrements d’alors, les plus significatifs de cette ère originelle, soit juste après la guerre, entre 1948 et 1957. Surfant sur la nouvelle avancée technologique de l’enregistrement (microsillons), le label impose peu à peu ses tulipes stylisées (à partir de 1949), comme sa couleur solaire (mais sous la forme d’une large rayure verticale jaune centrée sur la couverture, avant qu’elle ne soit ensuite placée en haut et horizontalement). Le coffret édité par Deutsche Grammophon donne une indication des choix artistiques à la fin des années 1940.

DG après guerre : premiers monos (1948-1957)

Avant la guerre, Polydor avait affirmé avec austérité ses bandes publiées en 78 tours (à partir de 1949). Après la guerre DGG, Deutsche Grammphon Gesellschaft, impose son ambition de qualité, en jaune, dédiée surtout au piano, aux programmes symphoniques, (révélant déjà l’excellence des orchestres internationaux), mais aussi à la musique de chambre et à l’opéra, sans omettre l’écriture chorale. Parallèlement à la musique ancienne (surtout préromantique), édité par le label Archiv Produktion (tout en argent dès 1947), le “grand répertoire” (dont les contes parlés) est confié à DGG et sa parure jaune, dès 1946. Pionnier, le Quatuor Amadeus fait paraître dès 1949, le Quatuor en sol majeur de Schubert en trois 78 tours… mais les premiers albums microsillons sortent véritablement en 1951 avec leur couverture arborant une large bande vertical jaune d’où se détache la marque couronnée de son bouquet de tulipes stylisées – 23 tulipes banches au total- ; ainsi les Amadeus pour le nouveau support enfin commercialisé, réenregistrent l’Å“uvre D887 en 1951 (cd1), auparavant les membres du Quatuor Koeckert enregistrent le Quatuor américain de Dvorak opus 96 dès novembre 1950 à Hanovre (cd 28)… Et l’un des premiers enregistrements fondateurs de DGG reste Tsar et charpentier d’Albert Lortzing de septembre et octobre 1952 (Orchestre de Stuttgart dirigé par Ferdinand Leitner), ici édité en première mondiale (cd 22 et 23, solide distribution, direction fluide et vivante de Leitner). En 1953 sort le premier 45 tours, idéal pour les récitals lyriques ou les Å“uvres plus courtes. Tout cela dynamise un marché naissant et florissant où après la guerre, tout est à reconstruire.

deutsche grammophon coffret box the mono era 51 cd review announce compte rendu critique classiquenewsUn réseau d’artistes et d’interprètes participent alors à l’édification du premier catalogue DGG : les orchestres germaniques évidemment ; Bamberg juste composé en 1946, Berlin, Stuttgart, surtout le nouvel orchestre de la Radio Bavaroise d’Eugen Jochum, créé en 1949 et dont témoignent les cd 20 et 21 (Symphonies de Mozart et Beethoven, de 1951-1955 : frappantes par leur énergie, mais la grâce fluide subtile d’un Krips en moins – Te Deum de Bruckner en 1950 ; DGG enregistre aussi la Philharmonie Tchèque et ici Karel Ancerl, passés à l’Ouest (entre autres, dans un Chostakovitch âpre, brûlé – Symphonie n°10 opus 93 de 1956)… En 1952, la productrice Elsa Schiller règne sans partage imposant une direction clairement structurée où pèsent les figures des pianistes (elle-même jouait du clavier), tels que Kempff (ayant pactisé avec les nazis, et artistes déjà ancien), Elly Ney, Conrad Hansen, les polonais Stefan Askenaze, Halina Czerny-Stefanska, le volubile Shura Cherkassky (Concertos de Tchaikovski, cd5, 1952-1957), Monique Haas, Clara Haskil, Adrian Aeschbacher, et surtout Sviastoslav Richter, électrique / cinglant, percussif (débuts discographiques avec son récital Schumann : Waldszenen opus 82 et extraits de Fantasiestücke opus 12, de 1957).

CLIC_macaron_2014L’IDEAL en MONO. La prise mono de DGG est assurée par un micro situé 3m au dessus de la tête du chef, plus un 2ème micro pour capter l’espace de la salle. Cette esthétique peaufinée, fixée dans le courant des années 1950 et autoproclamée “parfaite”, entre “art et technologie” défendue par la DGG est parfaitement incarnée par le geste efficace du chef Ferdinand Leitner, artisan d’une solide vitalité dans l’opéra de Lortzing déjà cité et les Symphonies Rhénane de Schumann et Ecossaise de Mendelssohn (cd 31, de 1954 et 1955). Un standard typique de l’époque. Même équilibre convaincant dans les Symphonies La Grande D 944 de Schubert et n°88 de Haydn enregistrées par Wilhelm Furtwangler à Berlin en décembre 1951 (et le Berliner Philharmoniker) : d’un souffle tout olympien, à la fois puissant et profond, d’une urgence grandiose unique.

Surprises et découvertes pour beaucoup, les lectures symphoniques suivantes, autres arguments du présent coffret inestimable : 2ème de Brahms et Variations et Fugue d’après Mozart de Reger par le chef Karl Boehm (Berliner Philharmoniker, cd4) ; Les (autres) Variations de Reger d’après Hiller par le chef Paul Van Kempen (cd25) ; les débuts du jeune Lorin Maazel, de mars à juin 1957, dans un programme intense et dramatique, d’une furieuse vitalité quasi féline et enivrée (Berlioz), entièrement dédié au mythe des amants tragiques Roméo et Juliette : Berlioz, Tchaikovsky, Prokofiev (Berliner Philharmoniker, cd 34) ; Paul Hindemith par lui-même, le chef jouant le compositeur dans le cd17 : Symphonie Mathis le peintre, Les Quatre tempéraments, Symphonie Métamorphoses d’après Weber (Berliner Philharmoniker, ).


fricsay ferenc deutsche grammophon classiquenews review critique cd ferenc_fricsay2-max_jacoby_dgFleurons du coffret
: les présence du baryton Dietrich Fisher Dieskau, timbre de miel (lieder de Wolf, Brahms, Schumann, débuts discographiques de, respectivement 1951, 1954 et 1957), et du chef Ferenc Fricsay, tous deux signés en 1949 par la DGG. La verve et l’éloquence ciselée, finement habitée de Fricsay captivent dans les cd 10 (facétieux, pétillant Rossini de La boutique fantasque puis la sensuelle Scheherazade de Rimsky, deux enregistrements à Berlin de 1955 et 1957) et cd 11 (fameux Songe d’une nuit d’été avec Rita Streich de 1951 avec le Berliner Philharmoniker)…

markevitch deutsche grammophon creation hadyn oratorio deutsche grammophon review cd critique classiquenews Igor-Markevitch.Majeure aussi à notre avis, – et éditée en première mondiale ici : La Création de Haydn dirigée par Igor Markevitch avec le Berliner Philharmoniker et Irmgard Seefried (Eve; Gabriel, et ses deux partenaires ne sont pas si mal : la basse Kim Borg en Adam / Raphael ; le ténor Richard Holm en Uriel – CD 37 et 38), enregistrée à Berlin, église Jésus Christ en mai 1955 : travail en finesse et très imaginatif du chef, exploitant toutes les ressources de l’orchestre, dans un son presque spatialisé et pour du mono, réellement impressionnant : soit une prise à la mesure du sujet… épique / cosmique. Tout le trait vif, acéré du pénétrant Markevitch s’écoute ici avec un sens du drame franc, direct mais subtil.

Autres arguments du coffrets : la 2ème de Rachmaninov par l’assistant du mythique Mravinsky, Kurt Sanderling (cd45, Philharmonique de Leningrad, 1956)

streich-rita-soprano-deutsche-grammophon-soprano-review-critique-cd-classiquenews-the-mono-era-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsLa musique française et les interprètes français sont présents en ces années de guerre froide : écoutez le pétulant Markevitch avec l’Orchestre Lamoureux dans la Symphonie Haffner de Mozart (cd36); surtout le Quatuor Lowenguth (Alfred Lowenguth, premier violon), dans un récital exclusivement romantique français, ici publié en première mondiale (Quatuors exceptionnellement ciselés de Debussy, Ravel de 1953, et surtout Albert Roussel, enregistré dès 1950).

stader maria deutsche grammophon the mono era review critique cd classiquenewsLes chanteurs et l’opéra ne sont pas omis dans cette évocation historique : prises désormais légendaires, celles de la soprano Maria Stader (CD46) dans Mozart (Exsultate jubilate, voix angélique, finement nasalisée comme le fut aussi une Schwarzkopf, avec suffisamment de fragilité pour vibrer avec justesse, – un angélisme que sa Konstanz de l’Enlèvement au sérail colore d’accents plus fièvreux et dramatiques, âme juste et pure, sous la direction de Ferenc Fricsay et son orchestre RIAS Orchester Berlin, en janvier et mai 1954) ; le récital lyrique et symphonique de la lumineuse et stratosphérique Rita Streich (cd47) (Mozart, Rossini, Donizetti, Weber, Verdi… compilation de prises diverses réalisées entre 1953 et 1958 ; ce sont aussi, les (immenses et légendaires) chanteurs wagnériens en 1954 et 1955 : Astrid Varnay (Brünnhilde) et le ténor incandescent Wolfgang Windgassen (Siegmund, Siegfried), orchestre de la Radio Bavaroise (cd48) ; on retrouve le fabuleux ténor, timbre intense et fin, musicalement idéal, d’un héroïsme acéré dans un album Wagner (cd49), résumant son éclatante carrière ici windgassen tenor wagner Wolfgang Windgassen 1914-1974 deutsche grammophon the mono era critique cd review classiquenewsentre 1953 et 1956 (Rienzi, Tristan, Siegfried, Parsifal, Lohengrin, Tannhaüser, Walther des Maîtres Chanteurs : une leçon d’ardente finesse où le chant wagnérien était théâtre et phrasés avant d’être (comme trop souvent aujourd’hui), projection hurlante. La direction affûtée et sans lourdeur de Ferdinand Leitner (avec les Symphoniques de Bamberg et de Münich) ajoute aussi à ce somptueux accomplissement que tous les wagnéristes autoproclamés devraient écouter et réécouter : Wunderlich par son style racé, cet héroisme acéré, vif argent est un helden ténor wagnérien de premier intérêt. Inoubliable présence de l’acteur (son Tristan de 1953 est à ce titre stupéfiant)… qui fait regretter la durée trop chiche de chaque séquence : le travail sur la gradation dramatique et psychologique de chaque personnage aurait mérité des pistes plus longues, plus respectueuses d’une incarnation millimétrée.

Bémol : mâte et tendue, la sonorité âpre ne rend pas réellement service aux prises de Hans Rosbaud dirigeant le Berliner Philharmoniker (Concertos pour violon de Mozart avec en soliste Wolfgang Schneiderhan, en 1956) ; ses Haydn (Symphonies Oxford et Londres, cd44 en 1957 sont plus intéressantes : autour du Viennois, l’orchestre travaille un son, une transparence plus ambivalente (l’humour et l’élégance). Fischer-Dieskau, Fricsay, Markevitch, le jeune Maazel, Stader, Streich et Wunderlich, le son des orchestres allemands d’après guerre… tout cela constitue un premier héritage unique voire exceptionnel, et même en prise mono, parfaitement audibles, voire détaillés et d’une indiscutable présence à l’écoute. Coffret événement, CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2016.

CD coffret, compte rendu critique. THE MONO ERA (51 cd édition limitée Deutsche Grammophon). CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de février et mars 2016. Illustrations : Ferenc Fricsay, Igor Markevitch, Rita Streich, Maria Stader et Wolfgang Windgassen ‘DR)

 

Centenaire du ténor Wolfgang Windgassen (1914-1974)

Windgassen-Wachter-1963-275Né en 1914 à Annemasse (Haute-Savoie), Wolfgang Windgassen incarne le ténor wagnérien par excellence, loin des caricatures actuelles qui s’entêtent à imposer l’image d’un hurleur surpuissant, poitriné, sans éclat ni nuances. La preuve apportée par Windgassen marque l’histoire des grands interprètes à Bayreuth dont le sens du verbe, la clarté plutôt que la vocifération laissent un standard d’excellence encore aujourd’hui difficile à renouveler. Formé au chant par ses parents, -tous deux chanteurs lyriques, Wolfgang est recruté par Wieland Wagner à Bayreuth en 1951 (pour y chanter Froh et déjà Parsifal) : il y chante tous les rôles importants, assurant parfois en quelques semaines, plusieurs parties dans des opéras différents, attestant d’une santé sidérante : Lohengrin, Tristan, Siegmund (Walkyrie), Siegfried (Ring), Walther (Les Maîtres Chanteurs), et bien sûr, Parsifal.

Centenaire du ténor allemand légendaire Wolfgang Windgassen, héros bayreuthien

A Bayreuth, il s’affirme sous la baguette de grands chefs dont Clemens Krauss (Bayreuth 1953), Joesph Keilberth et Eugen Jochum (pour Lohengrin), et dans les années 1960 : Sawallisch, Solti (qui l’engage pour sa première intégrale discographique stéréo du Ring : 1958-1966 où le ténor allemand chante un siegfried anthologique), enfin Karl Böhm.

Au début des années 1970, il s’illustre dans la mise en scène, puis, de 1970 à sa mort en 1974 (8 septembre), dirige l’opéra de Stuttgart, une ville qui avait accueilli ses années de perfectionnement. Chez Windgassen, l’intelligence du chanteur, comblé par une technique de diseur exceptionnel, se mariait à un jeu d’acteur souvent irrésistible. Wolfgang Windgassen a été aussi un excellent Radamès (Aida de Verdi).

 

Illustration : Wolfgang Windgassen (debout) à Bayreuth