DVD. Purcell : Didon et Enée (Dido and Eneas, Vincent Dumestre, mai 2014 1 dvd Alpha)

purcell dido and Aeneas le poeme harmonique vincent dumestre deception pour classiquenews 1 dvd alpha vivca genauxDVD. Purcell : Didon et EnĂ©e (Dido and Eneas, Vincent Dumestre, mai 2014 1 dvd Alpha) Belle dĂ©sillusion. L’esprit troupe anime chaque production du Poème Harmonique. Après Le Bourgeois gentilhomme, Cadmus et Hermione de Lully, puis Egisto de Cavalli, Vincent Dumestre retrouve une complice (Le Carnaval baroque), la chorĂ©graphe, CĂ©cile Roussat pour cette illustration du mythe de Didon inspirĂ© de Virgile. Triple hĂ©las, la laideur indigne des costumes (et des coiffes !!), qui semble recycler une vieille production d’Europe de l’Est matinĂ©e de rĂ©fĂ©rences mais en plus misĂ©reux, du Cinquième Ă©lĂ©ment de Besson, affecte une vision que l’on souhaitait poĂ©tique. DĂ©jĂ  envisagĂ©e par le dĂ©but de l’action et sa plage marine (les rives de Carthage), aux naĂŻades flottantes Ă©vanescentes : l’onirisme disparaĂ®t très vite. La palme de l’horreur absolue revient Ă  l’apparition de la magicienne au II, – sorte de pieuvre humaine Ă©crasĂ©e sur un rocher miteux, expectorant des membranes filandreuses au rendu organique douteux, et les sirènes volantes agitant mollement leur queue ne relèvent en rien le niveau. OĂą est la magie, la suggestion, la noble sensualitĂ© d’un spectacle baroque parmi les plus emblĂ©matiques de Purcell ? La narration anecdotique et tout aussi pauvre en suggestivitĂ© est atteinte dans l’idĂ©e d’exprimer l’amour d’EnĂ©e (fils de VĂ©nus) et de la belle reine carthaginoise, flanquĂ©s dans une conque gĂ©ante qui flotte tant bien que mal sur un ocĂ©an de papier bleu.

Même la tempête où Jupiter rappelle au héros troyen son devoir, même la foule des marins prêts à embarquer pour leur nouveau destin (fonder Rome) s’essoufflent ici. Agitation n’est pas souffle ni fascination théâtrale.

Or ni les instrumentistes du Poème ni les chĹ“urs d’Accentus n’apportent la tension et la magie attendue : c’est malheureusement terne et lisse, appliquĂ© parfois, mais toujours linĂ©aire. La dĂ©ception la plus notable vient de la mezzo de Fairbanks, si agile Ă  exprimer le chant virtuose et acrobatique alla Farinelli : Vivica Genaux n’est pas Didon ; aucun phrasĂ© subtil, ni de souffle murmurĂ© digne des grandes diseuses tragĂ©diennes, et son lamento funèbre final est parasitĂ© par un vibrato envahissant et incontrĂ´lable qui nuit Ă  l’expression de la profondeur solitaire. Quelle erreur de casting. Le style ne convient pas. Et ce n’est pas l’EnĂ©e, droit, carrĂ©, sans nuances de Henk Neven qui compense les manques de sa partenaire. A leurs cĂ´tĂ©s, la Belinda d’Ana Quintans se distingue Ă  peine par son chant plus proche des enjeux dramatiques. Finalement, seule la sorcière habitĂ©e, tourmentĂ©e – vraie autoritĂ© haineuse et malsaine -,  du baryton Marc Mauillon, ailleurs familier des rĂ©alisations de William Christie, tire son Ă©pingle : le geste est sans chichi, et juste comme le chant naturellement projetĂ© et puissamment expressif. Un chanteur sauve ici la production du naufrage. De toute Ă©vidence, la production purcellienne n’est pas la meilleure rĂ©alisation signĂ©e par Le Poème Harmonique / Vincent Dumestre. Nous attendions peut-ĂŞtre trop de cette production qui cependant ne souffre aucune faute de goĂ»t. Un dvd … Ă  oublier.

Henry Purcell : Dido and Aeneas
1 dvd Alpha. Enregistré en mai 2014 à Rouen.

Opéra en trois actes. Livret de Nahum Tate d’après
sa tragédie Brutus of Alba, tirée de l’Énéide de Virgile, livre IV
Création en décembre 1689 au Pensionnat de jeunes filles de Chelsea

Cécile Roussat, mise en scène, costumes, chorégraphie, décors…
Chœur Accentus
Le Poème Harmonique
Vincent Dumestre, direction

Didon : Vivica Genaux
Énée : Henk Neven
Belinda : Ana Quintans
Magicienne, un Marin : Marc Mauillon
Première sorcière : Caroline Meng
Deuxième sorcière : Lucile Richardot
Esprit : Nicholas Tamagna
Dame d’honneur : Jenny Daviet

CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIè, les deux divas vedette de l’Ă©curie Sony classical s’offrent comme Ă  l’Ă©poque du Haendel Londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchĂ©rissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulĂ©es au XVIIIè Ă  Londres entre autres ce 6 juin 1727 dans l’opĂ©ra de Bononcini : Astianatte. Francesca  Cuzzoni et Faustina  Bordoni la VĂ©nitienne, de la mĂŞme gĂ©nĂ©ration (nĂ©es en 1696 et 1697) s’y rĂ©vèlent redoutables, dĂ©terminĂ©es et mĂŞme agressives, n’hĂ©sitant pas Ă  s’injurier et s’empoigner.
Sur le plan strictement musical et artistique, l’enjeu de la joute demeure expressif et technique : l’agilitĂ©, mais aussi l’Ă©tendue de la tessiture (aigus très haut perchĂ©s), l’habilitĂ© Ă  colorer et nuancer sa propre expressivitĂ© sont de rigueur. Pourtant outre la suprĂŞme virtuositĂ©, il faut surtout une justesse de ton, une expressivitĂ© et une style qui privilĂ©gie la finesse intĂ©rieure sur la seule carrure tapageuse et dĂ©monstrative. L’idĂ©al aurait assurĂ©ment Ă©tĂ© de les Ă©couter dans les mĂŞmes airs, ce qui aurait supposĂ© deux tessitures Ă©gales : en rĂ©alitĂ© la chose aurait pu ĂŞtre rĂ©alisĂ©e car les deux chanteuses citĂ©es (Francesca et Faustina) ont incarnĂ© Ă  deux temps diffĂ©rents, le mĂŞme air dans l’Artaserse de Hasse Ă  Venise en 1730 (l’air :  “Va tra le selve ircane “, crĂ©Ă© d’abord par la Cuzzoni, est ensuite repris dans une version diffĂ©rente par la Bordoni Ă  Dresde en 1740). Mais respectant la couleur et le grain du timbre de chacune, le choix des airs prend en compte l’agilitĂ© claire de Vivica, le flou dramatique de Simone : osons dire d’emblĂ©e que cette joute tourne Ă  l’avantage de Vivica Genaux dont la prĂ©cision des vocalises, le brillant claire du timbre, la musicalitĂ© souple, surtout son souci du verbe et de l’intelligibilitĂ© Ă©crasent les capacitĂ©s (rĂ©elles) de sa rivale : comparĂ©e souvent Ă  Bartoli, Simone Kermes paraĂ®t souvent terne, manquant de fluiditĂ© sobre, toujours tournĂ©e vers un intensitĂ© et une nervositĂ© violente et spectaculaire, qui certes veut en dĂ©coudre mais manque singulièrement de profondeur comme de poĂ©sie, de finesse comme nuances. Naples, Londres, Rome et surtout Venise, les opĂ©ras ici ressuscitĂ©s dont la majoritĂ© en “premières mondiales” illustrent l’essor du genre seria acrobatique et rien que virtuose, propre aux annĂ©es 1720 et 1730 : traitant l’autre de garce et de catin, poussĂ©es chacune par leurs partisans particulièrement remontĂ©s en ce soir du 6 juin 1727 au Haymarket de Londres, deux divas cĂ©lèbres, la parmesane Faustina Bordoni (nĂ©e en 1696) et la VĂ©nitienne Francesca Cuzzoni (nĂ©e en 1697) que la dignitĂ© et l’Ă©lĂ©gance habituelle tenaient dans la biensĂ©ance la plus respectable, se crĂŞpent le chignon sur scène devant un parterre mĂ©dusĂ© … dont la princesse de Galles.La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni
2 divas sur le ring …
L’Astianatte de Bononcini n’espĂ©rait pas une telle publicitĂ© : un pugilat mĂ©morable dans l’histoire de l’opĂ©ra baroque. Leur collaboration pour un mĂŞme opĂ©ra remonte Ă  1718 Ă  Venise : elles se retrouvent ensuite sur la mĂŞme affiche en 1719 Ă  Venise et Milan puis 1721 Ă  Venise, Ă©galement; de 1726 Ă  1728, la Royal Academy of music de Londres engage les deux divas au risque d’enflammer leur rivalitĂ© de plus en plus explicite… de fait, l’Ă©vĂ©nement inconcevable se produit donc en 1727, chacune Ă  peine trentenaire revendiquant le statut de “prima donna”. Si les tĂ©moignages (surtout celui de Tosi) fixent dans l’imaginaire, le beau chant d’expression de la Cuzzoni – OrphĂ©e (son cantabile amoureux en particulier) et celui de bravoura de la Bordoni – Sirène (agilitĂ© coloratoura), ils nous restent pour imaginer concrètement leurs formidables capacitĂ©s, des airs taillĂ©s pour ces machines Ă  vocalises acrobatiques. En rĂ©alitĂ© les commentaires sur les deux divas sont assez proches, rĂ©vĂ©lant des tempĂ©raments en miroir : les deux Ă©tant aussi douĂ©es l’une que l’autre pour l’introspection de caractère ou la performance acrobatique : profondeur et virtuositĂ©. De quoi faire rĂŞver les divas modernes.

De fait, le programme de ce disque laisse envisager des qualitĂ©s spĂ©cifiques qui pourraient bien aujourd’hui, selon l’Ă©criture des airs, singulariser l’une par rapport Ă  l’autre. A Ă©couter les airs de Pollarolo, Lucio Papirio (air de Papiria, 1720), de Lucio Vero d’Ariosti (1727), Numa (1741) et Didone abbandonnata (1742)  de Hasse : La Bordoni (ici Vivica Genaux) devait Ă©tonner par son souffle illimitĂ©. Face Ă  elle : les airs virtuosissimes de Cuzzoni Ă©clatent dans Da tempesta il legno infranto du Cesare de Haendel (en 1724), ou l’air, ici chantĂ© par Kermes, ” BenchĂ© l’augel s’asconda ” (Mandane du Ciro riconosciuto de Leonoardo Leo (Turin, 1739) qui renvoie Ă  une esthĂ©tique plus intĂ©rieure.

L’intĂ©rĂŞt du disque est Ă©videmment de distinguer des particularitĂ©s distinctives voires discriminatoires qui dĂ©partagent inĂ©vitablement les talents. C’est aussi un rĂ©pertoire passionnant qui rĂ©vèlent toutes les nuances de la virtuositĂ© : de 1720 Ă  1739, entre les vĂ©nĂ©to Ă©miliens tels Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo) et les compositeurs passĂ©s et très fortement marquĂ©s par le moule napolitain : Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…

Eclat et intériorité de La Genaux / Bordoni

Cuzzoni eut-elle rĂ©ellement ce cantabile amoureux, douĂ©e d’une expressivitĂ© poĂ©tique Ă  tomber telle que l’incarne ici Ă  sa façon La Kermes ? Malheureusement, l’expressivitĂ© courte et sans guère de nuances de son Andromaque dans l’opĂ©ra fameux de Bononcini (Astianatte, cadre des affrontements historiques), air ” Svenalto, traditor ” oĂą l’hĂ©roĂŻne est prĂŞte Ă  mourir, comme hallucinĂ©e et au bord de l’Ă©vanouissement… laisse un goĂ»t d’inachevĂ©. L’air d’agilitĂ© du Ciro riconosciuto de Leo (” BenchĂ© l’augel s’asconda ” de Mandane, Turin, 1739) manque de pĂŞche, de brio, de clartĂ©, d’incisivitĂ© et la voix fait valoir des usures problĂ©matiques… le souffle est court et le style manque singulièrement de finesse comme de rĂ©elle et souple implication (mĂŞme constat pour sa rĂ©cente Comtesse des Noces de Figaro de Mozart emportĂ© par ailleurs Ă  l’orchestre par Teodor Currentzis : Kermes y paraissait comme le maillon faible).

rivals-queens-genaux-kermes-sony-classical-cd-PrĂ©fère-t-on pour autant l’agilitĂ© de bravoure de La Genaux, Ă©patante mitraillette mais aussi (et mieux que sa consĹ“ur, tant pis pour elle), troublante, enivrante grâce aux couleurs intĂ©rieures d’un chant pas que dĂ©monstratif ou strictement virtuose ?.. Mais rĂ©ellement enivrĂ© et mĂŞme enchantĂ© capable de couleurs intĂ©rieures convaincantes : la chaleur du timbre outre son agilitĂ©, sa claire vibration font la rĂ©ussite de l’air de Papiria ” Padre amoroso ” (Venise, 1720) : prière sincère d’une fille Ă  son père indĂ©cis… MĂŞme Ă©panchement pudique et d’une dignitĂ© blessĂ©e dans Lucio vero d’Ariosti (crĂ©Ă© Ă  Londres en 1727 comme l’opĂ©ra fameux de Bononcini) : La Genaux / Bordoni exprime au plus juste la douleur mesurĂ©e d’un cĹ“ur qui s’interdit tout Ă©panchement…  Dans un air nettement plus virtuose enchaĂ®nant les cascades de notes et de vocalises comme justement l’opĂ©ra de la confrontation malheureuse (Astianatte de Bononcini, Londres 1727 dont elle chante l’air d’Ermione), la musicalitĂ© coloratoure de la mezzo canadienne fait… mouche : une assurance dĂ©terminĂ©e qui exprime la volontĂ© d’un cĹ“ur capable de volontĂ© cruelle.

L’affrontement a rĂ©vĂ©lĂ© ses apports et ses enseignements. Insouciante ou bonne joueuse, pariant sur la seule Ă©nergie du dĂ©fi, Simone Kermes savait-elle que son Ă©toile aurait Ă  en pâtir ? Heureuse Vivica Genaux (dĂ©jĂ  habituĂ©e Ă  l’agilitĂ© napolitaine dans un recueil ancien dĂ©diĂ© Ă  Farinelli et aux castrats) : la diva de Fairbanks captive de bout en bout par son agilitĂ© et son intelligence, sa finesse expressive comme sa prĂ©cision technique. Reconnaissons que sa rivales Kermes ne partage pas Ă  la mĂŞme hauteur, la chaleur et la richesse harmonique du timbre, la vitalitĂ© prĂ©cise et construite de la coloratoure… Outre le tonus et l’Ă©clat de La Genaux / Bordoni, saluons l’intĂ©rĂŞt du rĂ©pertoire ici abordĂ©. Les instrumentistes de La Cappella Gabetta manquent parfois cependant de vraie subtilitĂ©, faisant basculer l’ensemble vers une stricte nervositĂ© dĂ©monstrative… Pas facile dĂ©cidĂ©ment d’Ă©viter les effets au dĂ©triment de la profondeur. En l’occurrence, la joute ici dĂ©partage clairement les talents en prĂ©sence…

 
CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 DIVAS SUR LE RING : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 divas sur le ring : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIè, les deux divas vedette de l’Ă©curie Sony classical s’offrent comme Ă  l’Ă©poque du Haendel londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchĂ©rissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulĂ©es au XVIIIè Ă  Londres (Haymarket royal opĂ©ra) entre autres ce 6 juin 1727 dans un opĂ©ra : Astianatte de Bononcini … Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni s’y sont affrontĂ©es jusqu’au pugilat et crĂŞpage de chignons, ce malgrĂ© la prĂ©sence de l’assistance de la princesse de Galles : l’agilitĂ©, mais aussi l’Ă©tendue de la tessiture (aigus très haut perchĂ©s), l’habilitĂ© Ă  colorer et nuancer sa propre expressivitĂ© sont de rigueur. Pourtant outre la suprĂŞme virtuositĂ©, il faut surtout une justesse de ton, une expressivitĂ© et une style qui privilĂ©gient en particulier la finesse intĂ©rieure sur la seule carrure tapageuse et dĂ©monstrative. D’autant que pour se distinguer, le programme du cd Sony classical regroupe plusieurs airs d’opĂ©ras mĂ©connus voire inĂ©dits signĂ©s des Ă©milo-vĂ©nitiens : Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo, ou des compositeurs – plus connus, qui se sont formĂ©s Ă  Naples, tels Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…  Alors laquelle des deux s’impose en primadonna assoluta ? La Genaux-Bordoni, ou La Kermes Cuzzoni ? Vous saurez tout dans notre prochaine critique complète Ă  paraĂ®tre dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 DIVAS SUR LE RING : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

Journée Vivica Genaux, mezzo-soprano

genaux_vivica_mezzo_sopranoRadio. France Musique. Le 11 avril 2014. JournĂ©e Vivica Genaux, mezzo.  En tournĂ©e dans le monde entier (Ferrare, Prague, Madrid, San Francisco…), la sublime mezzo-soprano amĂ©ricaine Vivica Genaux (nĂ© Ă  Fairbanks, Alaska) fait une halte Ă  Radio France toute la journĂ©e du 11 avril 2014, avant d’entamer une rĂ©sidence Ă  l’OpĂ©ra de Rouen pour sa prise de rĂ´le dans Didon et EnĂ©e sous la direction de Vincent Dumestre (14 avril / 13 mai 2014), production reprise ensuite Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en juin.

Diva Vivica

Au micro de France Musique, la diva Vivica se raconte tout au long de cette journĂ©e, nous faisant partager ses passions et dĂ©voilant quelques jardins secrets : l’Alaska dont elle est originaire et sa deuxième patrie, l’Italie grâce Ă  laquelle « elle a dĂ©couvert la fĂ©minitĂ© », la comĂ©die musicale My Fair Lady qui l’a rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  13 ans, sa rencontre dĂ©cisive avec le chef RenĂ© Jacobs, son apprĂ©hension des rĂ´les de mezzo qu’elle prĂ©fère Ă  ceux des « sopranos femmes Ă©plorĂ©es »… Timbre veloutĂ©, agilitĂ© exceptionnelle, Vivica Genaux incarne un modèle d’élĂ©gance vocale, d’expressivitĂ© taillĂ©e pour les rĂ´les travestis chez Haendel en particulier ; douĂ©e d’un tempĂ©rament dramatique fabuleux, l’interprète sait chanter et surtout jouer. Elle fut la première Ă  dĂ©dier un enregistrement lĂ©gendaire consacrĂ© au rĂ©pertoire du castrat Farinelli (Arias for Farinelli, 2002 sous la direction de RenĂ© Jacobs). Vivica Genaux a surtout enregistrĂ© avec Fabio Biondi (Ercole sul Termondonte, Antiope ; Bajazet, Irene…).
Pour clore en beautĂ© la journĂ©e, Vivica Genaux  offre aux auditeurs de France Musique sa voix vibrante et chaleureuse lors d’une Ă©mission publique (enregistrĂ©e le 5 mars dernier) autour de deux thèmes qui lui sont chers : Pauline Viardot et Venise, sa terre d’accueil.

Programme de la journée Vivica Genaux sur France Musique

8h / 9h LA MATINALE par Jean-Michel Dhuez
Autour de son actualité : Didon et Enée à Rouen avec Le Poème Harmonique dirigé par Vincent Dumestre et la parution de Rivalries (Faustina Bordoni / Francesca Cuzzoni) avec Simone Kermes (Sony)
9h / 11h VENEZ QUAND VOUS VOULEZ par Denisa Kerschova
La Discothèque idéale de Vivica Genaux
11h / 12h LE MATIN DES MUSICIENS par Jean-Pierre Derrien – en direct
Autour de la voix de mezzo (colorature)
13h40 / 14h LES JOUEURS DE QUARTES par François-Xavier Szymczak 14h / 16h LE CONCERT DE L’APRES-MIDI par Anne-Charlotte RĂ©mond 16h / 17h HORIZONS CHIMERIQUES par Marc Dumont
17h / 18h30 CHANGEZ DE DISQUE par Emilie Munera
Vivica Genaux commente sa discographie
18h30 / 20h UNE SOIREE AVEC VIVICA GENAUX par Arièle Butaux.
Une programmation musicale autour de Pauline Viardot et de quelques airs de Hasse
Avec les interventions de Dominique Meyer, Jean-Yves Patte, Thierry Hilleriteau du Figaro, Agathe de Courcy (ancienne élève de Vivica Genaux)
Et les musiciens: Vivica Genaux, Carlos de Aragon, pianiste, JĂ©rĂ´me Correas et son ensemble baroque Les Paladins.

logo_francemusiqueJournée Vivica genaux, mezzo soprano. A la rencontre et portrait de la diva américaine. France Musique, le 11 avril 2014. Toute la journée.

CD. Hasse : Marc Antonio e Cleopatra (Genaux, Osele, 2011)

CD. Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra, serenata 1725 (Genaux, Osele, 2011). 2 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi (Sony Music).  Oeuvre de jeunesse mais somptueuse expression des passions humaines.  Comme Haendel, Hasse traite ici des amours antiques : si le Saxon abordait Giulio, le jeune Hasse (26 ans  prĂ©fère Marc Antoine et Cleopâtre : la partition ici restituĂ©e en novembre et dĂ©cembre 2011, il y a dĂ©jĂ  2 ans, rĂ©unit un excellent casting qui imprime au duo une saveur et un mordant irrĂ©sistible. Abattage incandescent, souci de la langue, prĂ©cision des vocalises, surtout engagement dramatique d’une constante finesse, Vivica Genaux, mezzo si agile, la vraie rivale de Bartoli Ă  l’heure actuelle, et Francesca L. Mazzulli, dans les rĂ´les titres de Marc Antoine et de la Reine d’Egypte s’imposent par leur intelligence autant vocale que dramatique. Voici deux rĂ©elles actrices chanteuses dont le tempĂ©rament dĂ©borde naturellement du cadre d’un enregistrement sans appui visuel.

 

 

DĂ©buts napolitains de Hasse

 

Hasse_cleopatra_genaux_DHMSur instruments anciens (diapason 415), les musiciens de Musiche Nove dirigĂ© par Claudio Osele savent palpiter et murmurer, parfois aigres (diapason oblige) mais toujours ardents et tendus. Les rĂ©citatifs y gagnent un relief passionnant (Genaux est superbe : elle a du chien et le velours frĂ©missant de son timbre va idĂ©alement au rĂ´le masculin, chantĂ© Ă  l’Ă©poque de Hasse par … Farinelli. La facilitĂ© avec laquelle Genaux s’empare du personnage en dit assez sur la virtuositĂ© expressive et grave, vĂ©loce autant qu’intĂ©rieure de la diva de Fairbanks (Alaska)… Elle sait hĂ©roĂŻser Ă  souhaits puis se soumettre Ă  l’empire de l’amour suscitĂ© par la beautĂ© nilotique.
ClĂ©opâtre a d’ailleurs l’air le plus dĂ©veloppĂ©, dans la seconde partie (Quel candido armellino…) : les vocalises sont impressionnantes (comme son premier air, conquĂ©rant, acrobatique qui ouvre la partie II : A Dio trono…), parfois tirĂ©es par la soprano mais la flamme et l’Ă©locution dĂ©fendues de part en part font  toute la valeur de sa composition Ă©motionnelle autant que lascive … d’autant plus qu’ici, l’esprit de conquĂŞte cède aux langueurs amoureuses

Trois annĂ©es après son arrivĂ©e Ă  Naples (1722), Hasse livre cette sĂ©rĂ©nade Ă  deux voix (et forts tempĂ©raments) en 1725 pour une performance dans la villa du conseiller royal Carlo Carmignano. Le style est d’un baroque autant virtuose qu’aimable et gracieux ; grâce aux solistes, l’oeuvre exulte et rayonne en ses accents expressifs souvent irrĂ©sistibles, toujours contrastĂ©s dont l’effusion progressive culmine dans le duetto final, chant plus hĂ©roĂŻque des deux coeurs accordĂ©s. L’aimable et le souriant de Hasse a fait Ă©voluer l’exercice bipartite depuis le final du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi (1643) : les vocalises dĂ©monstratives Ă©cartent toute ambivalence d’autant que le continuo du chef s’obstine alors dans le guerrier parfois carrĂ©. L’amour est certes une guerre amère et longue mais on aurait souhaitĂ© dans ce finale moins de dĂ©monstration.  Il n’empĂŞche ce petit opĂ©ra de chambre, parfaitement abordĂ©, ajoute Ă  notre connaissance du jeune Hasse alors rĂ©cemment napolitain.

Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra (1725). V.Genaux. F. Lombardi Mazzulli.  Le Musiche Nove.  Claudio Osele. 2 cd DHM Deutsch Harmonia Mundi RĂ©f. 88883721872.