PEOPLE, OPERA. Vittorio GRIGOLO, persona non grata Ă  Londres et New York

grigolo vittorio tenor critique classiquenews opera concert people actualite de lopera operanewsPEOPLE, OPERA. Vittorio GRIGOLO, tempĂ©rament « exubĂ©rant », aujourd’hui Ă©cartĂ© des scènes lyrique de Covent Garden et du Metropolitan Opera. Londres et New York ne veulent plus engager le tĂ©nor Vittorio Grigolo pour comportement inappropriĂ© et « agressif ». En sept 2019, lors des saluts sur la scène de l’OpĂ©ra de Tokyo, dans le cadre de la tournĂ©e de la Royal Opera House (ROH), V Grigolo touche l’une de ses partenaires sur son faux ventre (Marguerite dans la production prĂ©sentĂ©e alors : Faust de Gounod), celle-ci se dĂ©robe alors et le tĂ©nor l’insulte. “Je ne voulais offenser personne. La situation s’est dĂ©tĂ©riorĂ©e Ă  la suite d’une bagarre entre collègues » a dĂ©clarĂ© le chanteur.
La ROH a conclu au terme d’une enquête bouclée le 5 déc dernier au comportement « inapproprié et agressif » de Mr Grigolo. En conséquence, il n’est pas engagé pour Lucia Di Lammermoor en 2020. Idem pour le Metropolitan de New York qui a annulé sa participation dans La Traviata pour le rôle clé d’Alfredo à l’hiver 2019 / 2020.
Depuis, le tĂ©nor a dĂ©clarĂ© sa surprise et son incomprĂ©hension… « Dans la vie, vous ne pouvez pas ĂŞtre condamnĂ© pour le fait de dire Ă  quelqu’un d’aller se faire voir. Mais quand les choses se calment, on devrait vous donner la possibilitĂ© de vous expliquer. LĂ , j’ai Ă©tĂ© mis dans un avion. On m’a renvoyĂ© chez moi comme un tueur. (…), cet Ă©pisode m’a enseignĂ© une prĂ©cieuse leçon de vie » a t-il dĂ©clarĂ©.
Le milieu du lyrique réclame à présent l’excellence et le respect total, en particulier de la part des hommes. Après Placido Domingo qui paie aujourd’hui des écarts de conduite (harcèlements) dénoncés par plusieurs artistes femmes, le cas de Vittorio Grigolo confirme un profond malaise dans le monde très fermé de l’opéra.

L’Elixir d’amour Ă  l’AĂ©roport de Milan

arte_logo_2013DONIZETTI_Gaetano_Donizetti_1Arte. Jeudi 17 septembre 2015, 20h50. Donizetti : L’Elixir d’amour Ă  l’aĂ©roport de Milan. Pour l’Expo Milano 2015, La Scala s’invite Ă  l’aĂ©roport Malpensa de Milan et y reprĂ©sente devant les camĂ©ras d’Arte (et de la RAI), l’Elisir d’amore de Donizetti crĂ©Ă© en 1832 Ă  Milan mais au Teatro della Canobbiana. L’intrigue est mince mais remaniĂ©e pour les planches lyriques, par l’excellent Romani (le librettiste de Bellini, d’après Scribe). Dans un village basque, un jeune paysan timide Nemorino en pince pour l’ardente arrogante Adina. Histoire d’amour teintĂ©e de romantisme dĂ©suet, le garçon n’ose dĂ©clarer sa flamme alors que la jeune fille n’attend que cela. Elle feint d’en aimer un autre, le sergent Belcore qu’elle compte mĂŞme Ă©pouser sans dĂ©lai… pour mieux Ă©prouver le cĹ“ur de Nemorino. Avant le Tristan de Wagner (1865), dĂ©jĂ  ici Nemorino se fait rouler par le charlatan Dulcamara qui lui vend une bouteille de Bordeaux pour un philtre d’amour (l’Elixir) : s’il boit, il deviendra irrĂ©sistible et Adina ne pourra lui rĂ©sister. Mais au II, on prĂ©pare dĂ©jĂ  la noce d’Adina et de Belcore : pour acheter Ă  Dulcamara une autre bouteille d’Elixir (et faire boire Adina), Nemorino s’engage dans la troupe militaire de Belcore… Adina apprend cela, rachète le brevet de son fiancĂ© et l’Ă©pouse, d’autant qu’entre temps, Nemorino a hĂ©ritĂ© de son oncle richissime. Ils seront jeunes, fortunĂ©s et dĂ©jĂ  cĂ©lèbres…

donizetti-687La partition de Donizetti revisite et l’opĂ©ra bouffa napolitain (personnage de Dulcamara pour un baryton dĂ©lirant et burlesque), mais aussi le seria et l’opĂ©ra comique français par la profondeur Ă©motionnelle des protagonistes dont le lunaire et tragique Nemorino (son air Una furtiva lagrima au II exprime avec une exceptionnelle intensitĂ© lunaire, le dĂ©sespoir d’un cĹ“ur abandonnĂ© qui se sent trahi…) ; les duos Ă©blouissent par leur parure expressive, d’un lyrisme Ă©chevelĂ©, Ă©perdu : la musique, raffinĂ©e, mĂ©lodiquement prenante dĂ©passent un simple exercice comique. Et le personnage d’Adina, comme celui de Norina dans Don Pasquale (1843), semble ressusciter les piquantes astucieuses finalement au grand cĹ“ur, une Ă©volution des figures fĂ©minines si mordantes et palpitantes du buffa napolitain depuis Pergolesi (La Serva padrona) et Jommelli (Don Trastullo).

 

Notre avis. Alors qu’a Ă  faire une comĂ©die de Donizetti dans l’aĂ©roport de Milan ? A l’heure du tout sĂ©curitaire, depuis l’attentat dĂ©jouĂ© du Thalys, et quand le renforcement des mesures de sĂ©curitĂ© des avions est le sujet essentiel, ce dispositif filmĂ© par les camĂ©ras de tĂ©lĂ© (Arte et la Rai) frĂ´le l’ineptie surrĂ©aliste : on veut nous mettre de la lĂ©gèretĂ© dans un monde qui tourne sur la tĂŞte ; un nouvel effet du dĂ©ni collectif dans lequel nous vivons… D’autant que l’opĂ©ra va très bien et n’a guère besoin de renouveler ses publics… non, un aĂ©roport est un lieu idĂ©al pour placer camĂ©ras et micros, faire jouer tout un orchestre et des acteurs chanteurs. Et dire que la rĂ©alisatrice de l’opĂ©ration (Grischa Asagaroff) craint des interfĂ©rences provoquant des dĂ©règlements dans la tour de contrĂ´le !  Qu’a Ă  gagner l’opĂ©ra dans cette opĂ©ration technicomĂ©diatique ? L’aĂ©roport Malpensa se refait une image (Ă  l’italienne), mais tous ceux qui auraient pu dĂ©couvrir l’opĂ©ra par un autre biais que la salle du théâtre si Ă©litiste ou impressionnante… attendront leur tour.

Songeons Ă  l’argent investi pour cette opĂ©ration : il aurait Ă©tĂ© mieux dĂ©pensĂ© dans les multiples actions pĂ©dagogiques auprès des scolaires ou d’autres publics. Artistiquement, la production affiche le tĂ©nor italien en vogue : Vittorio Grigolo en Nemrino qui donnera la rĂ©plique Ă  l’Adina de Eleonora Buratto. Cette production tient l’affiche de La Scala du 21 septembre au 17 octobre 2015 ; l’opĂ©ration Malpensa est donc une sorte de gĂ©nĂ©rale avant les soirĂ©es classiques sur la scène scaligène. On se souvient d’une prĂ©cĂ©dente opĂ©ration (La Bohème de Puccini en septembre 2009) dans la banlieue de Berne…  action autrement plus bĂ©nĂ©fique pour la dĂ©mocratisation de l’opĂ©ra et pour toucher des spectateurs certainement dĂ©concertĂ©s convaincus par cette confrontation bĂ©nĂ©fique. Les théâtres d’opĂ©ra Ă©tant pour une bonne part subventionnĂ©s par l’Etat et les collectivitĂ©s, il serait urgent que chaque action profitent surtout Ă  ses principaux financeurs : les contribuables et les population (d’autant que le dispositif avait Ă©tĂ© une rĂ©ussite largement relayĂ©e par classiquenews). Tout cela avait fait sens. L’Elixir Ă  l’aĂ©roport ne serait-il pas qu’une question d’opportunitĂ© marketing et de dĂ©fi technique ? Les artistes, directeurs et scĂ©nographes feraient tout pour qu’on parle d’eux.

Les amateurs de Donizetti et de cette perle lyrique de 1832 seront eux ravis par un dispositif qui renouvellera peut-ĂŞtre la lecture de l’oeuvre…. A voir sur Arte, le 17 septembre 2015, Ă  partir de 20h50.

 

 

 

 

 

Arte. Jeudi 17 septembre 2015, 20h50. Donizetti : L’Elixir d’amour Ă  l’aĂ©roport de Milan.

Voir la page de La Scala L’Elixir d’amour / L’Elisir d’amore de Donizetti