CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018)

LOCAL BRASS quintette critique cd classiquenews KLA065couv_lowCD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018). Lauréats du prestigieux Osaka International Chamber Music Competition (Japon), les 5 cuivres du quintette Local Brass (formation parisienne née en 2015) fixe envies, inspirations, répertoires, rencontres … vécues pendant leurs trois premières années de partage et de travail en musique de chambre. Les capacités des jeunes instrumentistes semblent infinies au diapason d’une hyperactivité qui en dit long sur leur engagement et promet de futures belles réalisations : ne prenez que le cas de l’un d’entre eux, Tancrède Cymermann, professeur de tuba et d’euphonium au conservatoire de Cambrai… dont le goût de la transmission s’électrise d’une rare disposition pour le jeu collectif (et l’écoute qui va avec…).
L’éventail des oeuvres de ce premier récital discographique témoigne d’un élargissement du répertoire pour le quintette marqué par la jeunesse et l’audace, le goût de l’exploration de nouveaux mondes sonores, comme en témoignent les deux créations à l’affiche de cette première : « Souffle du ciel sur l’acier » de Jean-Claude Gengembre (timbalier solo du Philhar de Radio France), et « A game for six » de Thomas Enhco où le piano dialogue avec les 5 cuivres en une épopée instrumentale qui manie habilement impro jazzy et générosité de timbres.
Pour se chauffer les 5 jouent les transcriptions des Valses Poétiques de Granados (arrangement Gabriel Philippot). Du piano au 5 cuivres, mélodies et rythmes gagnent un galbe nouveau, chaud et rond, où la fusion des couleurs et des demi teintes cuivrées, en tuilage savamment calibrés, composent une mosaïque sonore qui ressuscite le panache et la truculence ibériques. Granados permet de jouer sur la brillance caractérisée et souvent opulente (pleine de saine ardeur méditerranénenne) des timbres : beaux contrastes de caractères entre la valse lente et l’allegro humoristique, sans omettre l’abandon scherzando de « l’Allegretto » (au phrasé élégantissime). Outre le détail des lignes mélodiques, frappe aussi l’équilibre des plans sonores, une spatialisation naturelle instaurée par le volume propre à chaque type d’instrument.

Saluons la Sonate de Derek Bourgeois (1980) en 3 mouvements: l’obligation de la précision et de la synchronicité, le geste virtuose et libre y ont nécessairement scellé ici une sonorité en partage que Local Brass déploie remarquablement.
Comme un riche vitrail musical, coloré, plein d’accents, la Sonate – triptyque joue sur l’ampleur et la rondeur de la sonorité globale et les profils individualisés que peuvent creuser chacun des instruments, surtout les 2 trompettes et le trombone. « L’Andante Piangevole » berce par sa calme mélopée, d’une sensualité inquiétante et grave… tandis que fascine l’éloquence des seconds plans que sait ciseler chaque instrumentiste. Le finale brillant a le panache triomphant, clair et démonstratif.

CLIC D'OR macaron 200Et comme un feu d’artifice qui souligne encore l’éloquence de ce collectif à la fois racé et percutant, le même Gabriel Philippot transcrit pour l’effectif enjoué, la Danzón n°2 d’Arturo Márquez : jubilation libre mais fine et précise où derechef le piano et les percus se joignent au Quintette inspiré. Les 5 rendent hommage au fondateur du Sistema du Venezuela, José Antonio Abreu, disparu en mars 2018, en une danse à la fois mélancolique mais aux rythmes endiablés, irrésistibles auxquels les prodigieux cuivres, surtout trombone et tuba apportent un surcroît de ronde bonhommie, de généreuse ivresse, délicieusement chaloupée. Le résultat transporte et surprend dans un morceau qui fut le plus joué de l’orchestre des Jeunes créé par Abreu. Réjouissante première, et dans un effectif original.

 

 

 

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CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / enregistrement réalisé en juil 2018)

Granados : Valses Politicos
Gengembre : Souffle du ciel sur l’acier
Enhco : A game for six*
Bourgeois : Sonata
Marquez : Danzon n°2**

Local Brass Quintet
François PETITPREZ / Trompette – 
Javier ROSSETTO / Trompette – 
Benoit COLLET / Cor
 – Romain DURAND / Trombone – 
Tancrède CYMERMAN / Tuba.
Invités :
 Thomas ENHCO / Piano
* – Mathilde NGUYEN / Piano
** – Cyrille GABET / Percussions**.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/musique-de-chambre/stay-tuned-detail

Label : Klarthe Records
Référence : 8314288120825
EAN : 5051083142885

CD. Thomas Leleu, tuba. In the mood for tuba (1 cd Fondamenta, 2011)

leleu thomas tuba in the modd for tuba cd fondamenta compte rendu critique classiquenewsCD. Thomas Leleu, tuba. In the mood for Tuba (1 cd Fondamenta). Les vrais jeunes tempéraments sont suffisamment rares pour être soutenus… et encouragés. Incroyable souffle et sensibilité du jeune tubiste Thomas Leleu (né Lillois en 1987) qui dans ce récital atypique (et courageux car risqué) convainc totalement. L’approche mono instrument aurait pu lasser mais la versatilité agogique de l’instrumentiste laisse entrevoir nuances et climats insoupçonnés : le programme éclaire un tempérament délirant, fantaisiste qui sait varier les plaisirs ; le Concerto de départ signé Jean-Philippe Vanbeselaere (première) cultive une saine vitalité, ciselée, non tapageuse, sertie malgré une étonnante diversité de climats, dans l’énoncé raffiné. L’instinct musical du musicien est ainsi confirmé après sa Victoire de la musique classique 2012 (à 24 ans). Eclectique, agile, le Concerto met en avant toutes les composantes de la fougue généreuse de Thomas Leleu.

In the mood for Thomas

CLIC_macaron_2014Heureusement les amateurs d’intériorité et de pudeur seront exaucés dans le numéro qui suit : une transposition de l’air de Dalila, “mon cÅ“ur s’ouvre à ta voix” (Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns), où le velouté sombre et tendre à la fois du tuba soliste sait être enivrant et séducteur (quelle ligne tenue et quelle délicatesse dans l’expression amoureuse ainsi préservée). Thomas Leleu fixe ici un souvenir vécu depuis la fosse de l’opéra de Marseille où il est alors tuba solo de l’orchestre : l’enivrement chanté in situ par Olga Borodina.

L’interprète est idéalement suggestif encore dans l’intermède (irrésistible) extrait de Cavalleria Rusticana de Mascagni, le tubiste enchante en dévoilant un paysage d’une infinie gravité, d’une ample respiration, d’une profonde blessure.

La vitalité précise du musicien dans Les Fables of Tuba impose une frénésie intense, pourtant d’une classe chambriste irrésistible. Le pachyderme des cuivres semble léviter dans la Romance de Mendez, et Tristorosa de Villa-Lobos, à l’allant chostakovitchien, balance entre insouciance et nostalgie. La séduction hypersensible du tubiste rayonne avec ses complices de l’Orquesta Sinfónica de Lara (Venezuela) dans le dernier épisode, Les Valseuses de Grapelli, claire référence à Piazzola. Le swing racé, l’agilité et cette nonchalance suggestive font ici la signature d’un talent sûr, trempé, marquant. Magistral premier cd. Et vrai rencontre car il s’agit bien d’un jardin personnel où chaque partition investie résonne d’un souvenir personnel (dont les enjeux sont explicités dans le livret).
Le très efficace Concerto de Vaughan Williams en trois mouvements de moins de 15 mn libère les qualités du collectif réuni en complicité : la précision nuancée du soliste, la frénésie swinguée des musiciens vénézuéliens du Sinfónica de Lara (fondé en 1976, dirigé par Tarcisio Barreto). Belle et sémillante entente.

CD. Thomas Leleu, tuba. In the mood for Tuba (1 cd Fondamenta). Enregistrement réalisé en octobre 2011 au Vénézuela puis à Compiègne en septembre 2014 (Thomas Leleu sextet).