COMPTE-RENDU, danse. LYON, le 25 janvier 2019. Hommage à Trisha Brown (Opéra de Lyon).

Set-and-Reset-Reset©MichelCavalca3_0COMPTE-RENDU, danse. LYON, le 25 janvier 2019. Hommage Ă  Trisha Brown. Ballet de l’OpĂ©ra de Lyon. Elle nous a quittĂ© il y presque 2 ans, Trisha Brown rĂšgne encore sur le corps de ballet de l’OpĂ©ra de Lyon : la troupe lyonnaise avait eu le privilĂšge de crĂ©er (Ă  la place de sa propre compagnie) sa premiĂšre chorĂ©graphie nouvelle en France, c’était Newark en 2000
 depuis une sorte d’évidence s’est installĂ©e entre les danseurs lyonnais et la chorĂ©graphe, ambassadrice de la post modern dance made in USA, avec Merce Cunningham (dont est cĂ©lĂ©brĂ© cette annĂ©e le centenaire) : libertĂ© apparente des gestes qui se rĂ©pondent nĂ©anmoins, en un jeu de gestes individuels maĂźtrisĂ©s relevant d’une intelligence collective trĂšs affinĂ©e. La soirĂ©e d’hommage Ă  Brown affiche l’entrĂ©e au rĂ©pertoire de Foray ForĂȘt et en fin de cycle Set and reset/Reset.
Au dĂ©but Newark cumule les petits groupes, duos et trios courts qui se succĂšdent devant les toiles mobiles de Judd ; les corps s’élancent mais manquent de peps et de nerveuses tonicitĂ©. L’esprit de la danse manque Ă  cette mĂ©canique pourtant synchrone. Puis Foray ForĂȘt repose sur une mĂȘme prĂ©cision du groupe, lequel construit son propre langage et son propre chant, Ă  mesure que la musique d’une fanfare toujours invisible, se rapproche des coulisses. Les gestes sont plus dĂ©calĂ©s, presque hĂąchĂ©s, ils se rĂ©pondent les uns aux autres dans un enchaĂźnement continu qui finit par faire corps avec les cuivres. La rencontre et l’entente des deux groupes est saisissante car cette jonction de deux formations relĂšve d’un work in progress qui semble se poser puis se rĂ©soudre devant nous.

L’épure et le rythme des corps qui s’accordent progressivement gagnent un cran plus intense dans l’exceptionnel Set and reset / Reset pour 6 danseurs et 6 danseuses, prĂ©cĂ©dĂ©s par la chute entortillĂ©e d’immenses mobiles qui descendent des cintres au prĂ©alable. Un prĂ©alable qui construit dĂ©construit l’arĂšne du thĂ©Ăątre chorĂ©graphique et impose avant tout, un rythme Ă  part ; sans compter le choc visuel de cette prĂ©paration. Tout s’enchaine ensuite en moins de 30 mn, avec un allant dramatique sans faille et sans pause : un manifeste Ă©loquent du style Brown qui frappe par sa fluiditĂ© dans la dĂ©construction / reconstruction permanente des Ă©quilibres. La fusion du temps et du mouvement est total, et le spectateur sort grisĂ© par cette sensation de plĂ©nitude et d’accomplissement. Certainement l’une des piĂšces maĂźtresses de Trisha, et la raison incarnĂ©e qui explique la rĂ©ussite de son incursion Ă  l’opĂ©ra, dans L’Orfeo de Monteverdi Ă  Aix en 1999 : la langue si pure et quasi abstraite de la chorĂ©graphe semblant s’y reconstruite Ă  mesure que l’écriture madrigalesque des chƓurs Ă©tait dĂ©roulĂ©e. TrĂšs belle expĂ©rience Ă  nouveau Ă  Lyon en 2019.

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COMPTE-RENDU, danse. LYON, Maison de la danse, le 25 janvier 2019. Hommage Trisha Brown. Ballet de l’OpĂ©ra de Lyon. Newark, Foray ForĂȘt, Set and Reset / Reset (illustration © M Cavalca).

Trisha Brown Ă  Paris

BROWN-TRISHA-company-chaillot-paris-octobre-2015-582-390Paris, Chaillot. Danse.Trisha Brown : 4<13 novembre 2015. La Companie de Trisha Brown prĂ©sente Ă  Paris, une Ă©tape de la tournĂ©e des adieux de la chorĂ©graphe qui a tant comptĂ© aux Etats-Unis Ă  New York et Ă  Paris. Les plus jeunes danseurs de la troupe retrouvent le temps de ce jalon parisien, une intensitĂ© et une implication qu’il ne faut pas manquer. Le salon d’Automne qui a reçu la chorĂ©graphe plusieurs fois ne pouvait pas manquer de lui rendre hommage en accueillant ce programme Ă  la fois emblĂ©matique et historique. NĂ© en 1936, l’impĂ©ratrice du contemporain amĂ©ricain, tendance post moderne, tient le haut de l’affiche du festival d’Automne 2015, mais malade et fatiguĂ©e, l’octogĂ©naire n’a pas pu faire le dĂ©placement jusqu’Ă  Paris, qui prĂ©sente ainsi au ThĂ©Ăątre national de Chaillot (4>13 novembre), plusieurs de ses piĂšces majeures : Solo Olos, Son of gone fishin’, Rogues, Present Tense (2003, sur les Sonates prĂ©parĂ©es de John Cage)… Soit quatre ballets divers qui traverse le spectre de son Ă©criture conjuguant relecture des pas classiques Ă  l’aulne du jazz (sa grande passion) et de l’improvisation. Un programme copieux et variĂ© qui est aussi le pilier du rĂ©pertoire de la Compagnie qui porte son nom. Brown a rĂ©inventĂ© la langue chorĂ©graphique amĂ©ricaine Ă  partir d’une maĂźtrise incomparable du corps libre, fluide, naturel.

brown dance company trisha brownDe Brown, – assimilatrice de Graham et de Cunningham, on se souvient ĂȘtre marquĂ© par sa ligne fluide et liquide qui Ă©pousait parfaitement l’arabesque dansante des corps dans une certaine production d’Orfeo de Monteverdi prĂ©sentĂ©e alors Ă  Aix sous la direction de RenĂ© Jacobs : l’Ă©lan madrigalesque des scĂšnes pastorales imaginĂ©es par le gĂ©nie baroque italien semblait retrouver un feu premier et printanier grĂące Ă  l’inventivitĂ© de la chorĂ©graphe. L’Ă©clectisme de l’inspiration de Trisha brown est sa force, au carrefour des disciplines dont la danse est pour elle un creuset d’interactions dynamiques : peinture, musiques… l’Ă©pure et le sens de la ligne Ă  son germe inspire Solos Olos pour 5 danseurs vĂȘtus de blanc (1976) ; Son of Gone Fishin’ (1981, musique de Robert Ashley, extraits de son opĂ©ra Atalanta, Acts of God) retrouve la grĂące de 6 corps concertants autour de la thĂ©matique estivale qui suivent un fin rĂ©seau de croisements comme une mĂ©canique expressive oĂč le concept fusionne avec l’Ă©motion. Aux cĂŽtĂ©s de Present tense de 2003 (rĂ©Ă©crit en 2014), le plus rĂ©cent Rogues (2011) rĂ©unit un duo de danseurs inspirĂ©s dont le sens de l’Ă©pure touchant l’essentiel, redĂ©finit l’idĂ©e mĂȘme de naturel et de vie miraculeuse, sans calcul ni intention : un jaillissement, la naissance de la vie. Du mouvement pur naĂźt l’intention, l’idĂ©e de narration et non l’inverse. Entre complexitĂ© et simplicitĂ©, Trisha remodĂšle et rĂ©assemble les parties de la phrases chorĂ©graphique ; elle a dĂ©cortiquĂ© chaque mouvement, chaque pas et chaque geste (poids, Ă©quilibre, Ă©lan…), repensant l’idĂ©e  mĂȘme de leur enchaĂźnement et la succession des passages, les inversant, proposant une nouvelle logique du mouvement : exactement comme les sculpteurs grecs antiques (Phidias…) ont Ă©tĂ© amenĂ© Ă  rĂ©flĂ©chit sur la chronologie du corps en marche quand ils ont dĂ» reproduite l’idĂ©e d’une attitude. Quand l’art se dissimule pour produire du naturel… C’est peut-ĂȘtre cela la magie de la danse version Trisha Brown.

boutonreservationTrisha Brown : Solo Olos / Son of Gone Fishin’ / Rogues / Present Tense
Théùtre national de Chaillot
Dans le cadre du Salon d’Automne Ă  Paris
Compagnie Trisha Brown
Du 4 au 13 novembre 2015

http://theatre-chaillot.fr/danse/trisha-brown

RĂ©servation au
01 53 65 30 00

7 novembre 2015 : 10h30>17h
Une journée avec la Company Trisha Brown

4 ballets de Trisha Brown Ă  Chaillot

Solos Olos (1976)
Chorégraphie Trisha Brown
Avec 5 danseurs

Son of Gone Fishin’ (1981 – 25 min)
Chorégraphie Trisha Brown
Musique originale Robert Ashley
LumiĂšres John Torres / Costumes Judith Shea
Avec 6 danseurs

Rogues (2011 – 8 min)
Chorégraphie Trisha Brown
Musique originale Alvin Curran
LumiĂšres John Torres / Costumes Kaye Voyce
Avec 2 danseurs

PRESENT TENSE (2003 – 20 min)
Chorégraphie Trisha Brown
Conception visuelle et scénographie
Elizabeth Murray
Musique originale John Cage
LumiĂšres Jennifer Tipton
Réinterprétation des costumes Elizabeth Cannon
d’aprùs le concept original d’Elizabeth Murray
Avec 7 danseurs
Durée 1h30 avec entracte