Reportage vidĂ©o : L’Inde Galante par les collĂ©giens de Trappes et les Pages du CMBV (fĂ©vrier 2015)

visuel-_-inde-galante-cmbv-trappes-et-Versailles-Rameau-classiquenews-le-quatuor-de-solistes-les-pages-de-la-Maitrise-du-cmbv-10-fevrier-2015-compte-rendu-critique-inde-galante-de-RameauL’Inde Galante d’aprĂšs Rameau (fĂ©vrier 2015). Rencontre pĂ©dagogique. A l’initiative du Cmbv, Centre de musique Baroque de Versailles, les collĂ©giens de Trappes et les Pages du Centre de musique baroque de Versailles travaillent ensemble pour un spectacle inspirĂ© des Indes Galantes de Rameau : L’Inde Galante. RĂ©pĂ©titions et sĂ©ances de travail Ă  Trappes (cours de danse, de dĂ©clamation et de chant) puis reprĂ©sentation Ă  Trappes (La Merise) et Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (les 10 puis 12 fĂ©vrier 2015), la performance Ă©tonne et convainc en rĂ©ussissant la rencontre entre jeunes de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration mais  d’univers diffĂ©rents. La transmission, l’apprentissage du collectif autour d’une Ɠuvre baroque majeure Ă  laquelle sont associĂ©s des textes des LumiĂšres (maximes de l’AbbĂ© Raynal) percutants par leur engagement humaniste font tout l’intĂ©rĂȘt de cette production atypique, aux vertus pĂ©dagogiques et culturelles multiples.  Edifiant. Reportage vidĂ©o de 22 mn © studio CLASSIQUENEWS.com 2015

Compte rendu, opĂ©ra. Trappes, La Merise, le 10 fĂ©vrier 2015. L’Inde Galante d’aprĂšs les Indes Galantes de Rameau. CollĂ©giens de Trappes, Pages et instrumentistes du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Michel Verschaeve, mise en scĂšne. Françoise Deniau, chorĂ©graphie.

visuel-_-inde-galante-cmbv-trappes-et-Versailles-Rameau-classiquenews-le-quatuor-de-solistes-les-pages-de-la-Maitrise-du-cmbv-10-fevrier-2015-compte-rendu-critique-inde-galante-de-RameauSpectacle pĂ©dagogique et humaniste. L’Ă©ducation et la musique forment-t-elle la jeunesse ? A quoi prĂ©cisĂ©ment, et de quelle maniĂšre ? A cette question, aux enjeux si brĂ»lants depuis la terrible actualitĂ© française de janvier 2015, rĂ©pond le CMBV dont l’engagement pour la rĂ©surrection des grandes machines lyriques et chorĂ©graphiques de la monarchie triomphante s’intĂ©resse aussi comme en un pendant imprĂ©vu Ă  des actions d’un autre type : toute l’Ă©quipe artistique et les jeunes chanteurs du CMBV savent ici impliquer plusieurs classes de collĂ©giens Ă  Trappes (CollĂšges Youri Gagarine, Gustave Courbet, Le Village) et les initier Ă  l’esthĂ©tique baroque, Ă  la dĂ©licate machinerie d’un spectacle qui mĂȘle selon les codes du XVIIIĂš : chant, dĂ©clamation, danse : certains dansent, chantent dans les choeurs, dĂ©clament surtout de savoureux textes intĂ©grĂ©s entre les scĂšnes de l’opĂ©ra ballet de Rameau choisi pour l’occasion. SupplĂ©ment d’Ăąme Ă  une scĂšne lyrique et chorĂ©graphique des plus raffinĂ©es (1736), les producteurs ajoutent aussi la dĂ©lectation de pensĂ©es choisies signĂ©es de l’AbbĂ© Raynal, auteur en 1781 de L’Histoire philosophique et politique des Ă©tablissements et du commerce des europĂ©ens dans les deux Indes… vaste recension qui malgrĂ© le dĂ©roulĂ© de son titre, concentre une vision Ă©tonnamment fraternel et humaniste vis Ă  vis de l’IndigĂšne. Un manifeste pour la paix entre les peuples qui a aussi sensibilisĂ© les jeunes interprĂštes aux enjeux du vivre ensemble.

C’est un travail spĂ©cifique qui fait travailler les jeunes Pages de la MaĂźtrise avec les collĂ©giens des trois Ă©tablissements de Trappes (78). Choc culturel, expĂ©rience pĂ©dagogique, rencontre surtout entre des milieux et des univers si diffĂ©rents qui cependant apprennent Ă  se connaĂźtre, Ă  partager, puis s’accomplir dans la rĂ©alisation d’un formidable spectacle dont la finesse et l’intelligence transforment aussi la partition retenue : la derniĂšre entrĂ©e des Indes Galantes de Rameau : les Sauvages, ajoutĂ© lors de la reprise de l’opĂ©ra-ballet en 1736,  un an seulement aprĂšs sa crĂ©ation.

L’Ă©quipe artistique rĂ©unit des pointures du genre et des disciplines rĂ©unies : Françoise Deniau pour la chorĂ©graphie, Michel Verschaeve pour la mise en scĂšne et Olivier Schneebeli, chef permanent dont les qualitĂ©s de pĂ©dagogue font merveille dans ce type de travail. La valeur du projet tient Ă  la confrontation directe et franche des univers en prĂ©sence : les jeunes pages du CMBV, vĂ©ritables professionnels de la musique, nourris d’Ă©loquence et de gestuelle baroques, de souci du texte comme de musicalitĂ© du chant ; et les collĂ©giens trappistes, dont l’ordinaire demeure bien Ă©loignĂ© de l’esthĂ©tisme monarchique comme de la dĂ©clamation des idĂ©es philosophiques du XVIIIĂš. Pourtant les jeunes rĂ©alisent ici une production convaincante oĂč Michel Verschaeve a opportunĂ©ment intĂ©grĂ© plusieurs  textes de Raynal, au regard gĂ©nĂ©reux et plein d’humanitĂ© pour les Indiens d’AmĂ©riques. L’action des Indes Galantes souvent mĂ©sestimĂ©e rĂ©vĂšle a contrario des prĂ©jugĂ©s sur la soit disant faiblesse poĂ©tique et littĂ©raire des opĂ©ras ramistes, la modernitĂ© et la pertinence de Rameau et de son librettiste : ici s’affirme dĂ©jĂ  avant le thĂšme du bon sauvage de Rousseau,  un humanisme fraternel et admiratif, respectueux et tendre mĂȘme vis Ă  vis des “Sauvages” : autour de la belle indigĂšne Zima s’affairent les colons europĂ©ens, Alvar et Damon. ConvoitĂ©e, courtisĂ©e, Zima choisit finalement pour Ă©lu de son coeur son semblable Adario : Rameau rĂ©alise en une vĂ©ritable apothĂ©ose (la fameuse danse du calumet de la paix), la cĂ©lĂ©bration de l’amour sincĂšre : les Indiens d’AmĂ©rique affirmant ainsi une leçon de vertu amoureuse aux plus tendres Ă©lans. La vision est d’une incroyable intelligence : les Indiens n’y sont pas vus comme une race infĂ©rieure mais au contraire comme un peuple admirable en tout point, vision positive et fraternelle partagĂ©e par Raynal dans ses textes.

 

INDE-GALANTE-Zima-chimene-CMBV-classiquenews

 

 

Pages et collĂ©giens dĂ©fendent la libertĂ© et l’esprit fraternel

L’Inde Galante ou Rameau revisitĂ©

 

 

Parmi le quatuor vocal assurĂ© par les Pages du CMBV, distinguons le charme et l’aisance scĂ©nique de la jeune soprano ChimĂšne Smith dans le rĂŽle virtuose et redoutable de Zima (RĂ©gnez, Plaisirs et jeux, combinĂ© aux trompettes brillantes, fait retentir le triomphe simple des amants magnifiques) : elle a le port gracieux sans prĂ©ciositĂ©, et le naturel d’un chant qui sait s’attendrir. Ses partenaires masculins affirment des tempĂ©raments vocaux naturellement caractĂ©risĂ©s : le Damon, vrai soprano flĂ»tĂ© de ClĂ©ment Peaucelle, et l’Alvar, Ă  la diction la plus parfaite de Karl-LoĂŻs de Lastic Saint-Jal, au chant puissant, sĂ»r, affĂ»tĂ©.
A leurs cĂŽtĂ©s, les collĂ©giens en tee-shirts colorĂ©s (jaune, bleu, rouge) apprennent l’Ă©lĂ©gance des pas chorĂ©graphiĂ©s, les dĂ©fis de la synchronicitĂ©, la finesse et la grĂące d’une partition flamboyante et Ă©tourdissante par son raffinement et sa complexitĂ©. C’est aussi jusqu’aux deux reprĂ©sentations publiques programmĂ©es Ă  La Merise de Trappes puis Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 10 et 12 fĂ©vrier 2015, un apprentissage de la discipline et du jeu collectif sans lesquels la magie du spectacle ne se rĂ©alise pas. Actualisation inĂ©vitable, les trappistes rĂ©alisent une version hip hop de la Chaconne finale dont les accents soulignent lĂ  encore combien la rythmique de Rameau nous paraĂźt toujours aussi proche et familiĂšre.
Rien de plus vivant que ce Baroque lĂ , de plus stimulant que ce Rameau revisitĂ© par un collectif d’enfants, associĂ©s imprĂ©vus d’une entreprise aux enjeux salutaires. Que garderons les trappistes comme les Pages plus habituĂ©s Ă  l’exercice de la scĂšne ? Des sons, des rencontres, la magie de la scĂšne et surtout grĂące aux textes combinĂ©s (qui ont Ă©tĂ© on l’imagine, sources de dĂ©bats Ă  l’Ă©cole entre enfants et professeurs), l’expĂ©rience du respect et de l’Ă©coute de l’autre, l’estime des autres, le goĂ»t de la paix partagĂ©e : des valeurs clĂ©s Ă  prĂ©server coĂ»te que coĂ»te.  En prolongement de son anniversaire 2014, Rameau ne pouvait trouver transposition pĂ©dagogique aussi rĂ©ussie.

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. L’Inde Galante d’aprĂšs Les Indes Galantes de Rameau, 1736. ElĂšves des collĂšges de Trappes (Gagarine, Courbet). Pages et instrumentistes du CMBV. Olivier Schneebeli, direction. Michel Vershaeve, mis en scĂšne. François Deniau / Marc Barret, chorĂ©graphie.

 

inde-galante-collegiens-de-trappes-rameau-choregraphie-groupe-compte-rendu-critique-inde-galante-de-Rameau-classiquenews

 

 

Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015