TOURS. Premier concert symphonique de Benjamin Pionnier dans son théùtre

Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l'OpĂ©ra de ToursTours. Les 5 et 6 novembre 2016 : Elgar, Tanguy, Rachmaninov. Nouveau directeur de l’OpĂ©ra de Tours, Benjamin Pionnier dirige l’Orchestre « maison », dans un programme apparemment Ă©clectique, mais en rĂ©alitĂ© riche en filiations tĂ©nues, en Ă©chos et correspondances d’une piĂšce Ă  l’autre. A la diversitĂ© affichĂ©e, le programme sait aussi proposer Ă  l’écoute des oeuvres aussi rares que somptueuses, tels les Variations Enigma de Elgar, – dont rĂ©cemment Daniel Barenboim a enregistrĂ© les superbes Symphonies 1 et 2 chez Decca avec la Staatskapelle de Berlin. Lectures enthousiasmantes qui expriment au plus juste la caractĂšre intĂ©rieure, le raffinement instrumental et la grande finesse mĂ©lodique d’Elgar. Les Variations Enigma opus 36 sont crĂ©Ă©es Ă  Londres Ă  la fin du siĂšcle industriel, soit 1899. Le triomphe immĂ©diat de la partition affirme le gĂ©nie de l’auteur, alors quadragĂ©naire (42 ans). Il y a bien 2 Ă©nigmes musicales dont la clĂ© et le secret se trouvent prĂ©servĂ©s dans la musique elle-mĂȘme: la premiĂšre (6 mesures en sol mineur pour cordes seules) serait ĂȘtre le contrepoint d’un hymne cĂ©lĂšbre (God save the King?) ; la seconde englobe les 14 variations qui suivent et qui, selon Elgar, dresse le portrait intime de ses proches. Chacun devait alors se reconnaĂźtre
 La facĂ©tie, l’humour et l’allusion n’écarte pas un sentiment de grandiose et de solennel qui inscrit naturellement Elgar tel le compositeur de l’Empire Britannique, chantre de la grandeur du rĂšgne de la Reine Victoria

Autre temps forts de ce programme riche et diversifiĂ©, la Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini opus 43, qui permet Ă  l’Orchestre de s’associer le feu trĂ©pidant de la jeune pianiste Lise de la Salle : Ă©crit en Suisse, crĂ©Ă© Ă  Baltimore en 1934, la Rhapsodie tĂ©moigne du dernier Rachma pianiste compositeur, car la partition est bien son ultime et 5Ăšme Concerto pour piano 
 L’intensitĂ© du morceau, sa forme libre, proche de l’improvisation inspira Ă  Fokine un ballet qui fut rĂ©alisĂ© avec l’accord de l’auteur en 1939. La Rhapsodie cumule 24 variations sur le thĂšme du 24Ăš Caprice de Paganini : un dĂ©fi pour le compositeur et une transe progressive pour l’interprĂšte. C’est aussi l’affirmation d’un principe crĂ©ateur qui joue de la Variation comme d’un cadre Ă  la fois inspirant et pourtant conforme au canevas de dĂ©part. En somme Rachmaninov suit la mĂȘme rĂšgle que Brahms dans ses Variations sur un thĂšme de Haydn. De sorte que cohĂ©rent et divers pourtant, le programme porte bien son titre : « Variations ». Premier concert de la saison symphonique 2016 – 2017 de l’OpĂ©ra de Tours.

OpĂ©ra de Tours, saison symphonique 2016 – 2017
Concert inaugural : « Variations »
Samedi 5 novembre 2016 – 20h
Dimanche 6 novembre 2016 – 17h

Conférences : présentation des oeuvres au programme :
Samedi 5 novembre – 19h
Dimanche 6 novembre – 16h
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Johannes BRAHMS
Variations sur un thĂšme de Haydn – Op.56

Edward ELGAR
Variations Enigma – Op.36

Eric TANGUY
Adagio pour cordes (2009)

SergueĂŻ RACHMANINOV
Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini – Op.43 pour piano et orchestre
Lise de la Salle, piano

Direction musicale : Benjamin Pionnier
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours
02.47.60.20.00

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 Ă  12h00 / 13h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

TOURS, rĂ©cital lyrique : Annick Massis chante Bellini, Gounod, Verdi…

massis-annick-soprano-coloratoure-recital-opera-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. RĂ©cital Annick Massis, vendredi 16 septembre 2016, 20h. Coloratoure exceptionnelle, la soprano Annick Massis est l’une des rares cantatrices française Ă  maĂźtriser autant le bel canto italien (Rossini impeccables et de grand style ; Bellini murmurĂ©, prĂ©cis, enivrĂ©) que les grands rĂŽles du romantisme française (Gounod, Massenet). Avec VĂ©ronique Gens, nous tenons les chanteuses soucieuses d’articulation comme de justesse expressive. A Tours, avec la complicitĂ© de l’orchestre maison, la diva française ouvre la nouvelle saison de façon magistrale par ce rĂ©cital lyrique incontournable : elle rend hommage aux maĂźtres de l’opĂ©ra romantique français et italien, en un chant raffinĂ©, aux phrasĂ©s spĂ©cifiques d’une grande diseuse, Ă  la ligne vocale au souffle maĂźtrisé 
De Norma (Bellini), Annick Massis exprime l’ineffable air de la prĂȘtresse gauloise (comme VellĂ©da) amoureuse d’un romain mais trahie par lui
 air Ă  la lune qui recueille ses espoirs perdus mais reste portĂ© par sa force morale intacte (casta diva) ; puis, la soprano est Juliette (Gounod) : ardente et passionnĂ©e, d’une juvĂ©nilitĂ© conquĂ©rante malgrĂ© la tragĂ©die qui l’emporte. De Verdi, voici Violetta ValĂ©ry, dĂ©faite, dĂ©chirante au II (Addio del passato), oĂč la courtisane qui a trouvĂ© le pur amour, doit renoncer Ă  tout bonheur
 Enfin, Annick Massis choisit l’air le plus pyrotechnique qui soit de l’opĂ©ra français fin de siĂšcle (air du Cours la Reine de Manon de Massenet, air de triomphe marquĂ© par l’insouciance de la jeunesse) enfin la diva française ressuscite la dignitĂ© tragique de Maria Stuarda (Donizetti). RĂ©cital ambitieux mais passionnant par l’une de nos plus grandes chanteuses actuelles.

Oeuvres de Donizetti, Bellini, Rossini, Massenet, Gounod, Debussy. L’orchestre de l’OpĂ©ra (Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours) est dirigĂ© par le nouveau directeur du ThĂ©Ăątre de Tours, Benjamin Pionnier.

tours-opera-orchestre-grand-theatre-benjamin-pionnier-saison-2016-2017-clic-de-clasiquenewsOpéra de Tours
RĂ©cital de la soprano Annick Massis
Vendredi 16 septembre 2016, 20h
RESERVEZ

Programme

‱ Vincenzo Bellini :
- Norma :
- Ouverture
- Casta Diva
- Capuleti e Montecchi. Eccomi… o quante volte
- Adelson e Salvini – Sinfonia

‱ Charles Gounod : RomĂ©o et Juliette
- Entr’acte de l’acte II
- Air du poison : Dieu quel frisson
- Le Sommeil de Juliette
- Valse de Juliette : Je veux vivre.

‱ Giuseppe Verdi :
- I Vespri Siciliani – Sinfonia
- La Traviata : Addio del passato

Giacomo Puccini : Manon Lescaut : Intermezzo

Jules Massenet : Manon : Le Cours la Reine

Gioachino Rossini : Ouverture de Semiramide

‱ Gaetano Donizetti :  Maria Stuarda : Oh, nube, che lieve

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’enlĂšvement au sĂ©rail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scĂšne.

Nouvel EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l'OpĂ©ra de ToursCOMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra. Mozart: L’enlĂšvement au sĂ©rail, les 26, 28 fĂ©vrier puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue Ă  l’orientaliste, il n’est jamais Ă©tranger aux LumiĂšres de la fraternitĂ© et de l’amour… La nouvelle production de l’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours (crĂ©e en Allemagne et bientĂŽt reprise Ă  Toulouse) convainc par sa cohĂ©rence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi rĂ©alise la mise en scĂšne. En restituant l’humanitĂ© profonde du musulman, sa blessure secrĂšte, intime dĂšs la premiĂšre scĂšne d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et rĂ©elle facĂ©tie, rend justice Ă  un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cƓur Ă©pris d’une saisissante humanitĂ©.

Tout d’un coup, la figure de maĂźtre oriental en son sĂ©rail, s’adoucit et sa relation avec sa belle captive Konstanz, vraie figure de la fidĂ©litĂ© amoureuse, gagne en intensitĂ©. A mesure que la jeune femme confirme son amour pour le seul Ă©lu de son cƓur : Belmonte, le Pacha ne cesse de redoubler son dĂ©sir de possĂ©der Konstanz en laquelle il voit l’incarnation de cette femme idĂ©ale qu’il a perdu ; d’oĂč en ouverture, et sur la musique du lever de rideau, les ombres du Pacha et des jeunes femmes qui dĂ©filent entre ses mains (Ă  la maniĂšre du prince en quĂȘte de Cendrillon) : toujours trouver celle qui l’obsĂšde.  L’importance rĂ©servĂ©e au personnage de Selim rĂ©Ă©quilibre la partition et Ă©vite bien des traitements caricaturaux, vus et revus ailleurs, entre Occidentaux et Musulmans.

Le plateau vocal trĂšs solide oĂč rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmĂ©e : Cornelia Götz en Konstanze, rĂ©tablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu thĂ©Ăątral, la comĂ©die en musique oĂč le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme mĂȘme de l’opĂ©ra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux Ă  la fois, c’est Ă  dire “singspiel”, associant chant et thĂ©Ăątre pur, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, oĂč le personnage central, moteur est un rĂŽle parlĂ© ; oĂč le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facĂ©tieux, subtils, est remarquablement traitĂ© par le compositeur qui creuse avec bĂ©nĂ©fice son contraste avec le geĂŽlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habituĂ© du rĂŽle). On assiste enthousiaste aux dĂ©buts de la pĂ©tillante Jeanne Crousaud en Blonde, double apparemment lĂ©ger mais en vĂ©ritĂ© clairvoyant de Konstanz, qui sait manipuler l’odieux Osmin… L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la distribution permet de mieux goĂ»ter encore les Ă©quilibres dramatiquement entraĂźnant prĂ©servĂ©s par le chef… Tout avance ici avec une attention Ă  la double nature de l’ouvrage, comique et sĂ©rieux Ă  la fois. Un vrai rĂ©gal scĂ©niquement et musicalement rĂ©ussi car en fosse, un orfĂšvre de la baguette enjouĂ©e et dramatiquement ciselĂ©e opĂšre, Thomas Rösner (dont on avait tant aimĂ© la finesse de son Lucio Silla, opĂ©ra Ă©galement de Mozart, pour Angers Nantes opĂ©ra). L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Production Ă©vĂ©nement, Ă  ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 fĂ©vrier et 1er mars 2016.

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’enlĂšvement au sĂ©rail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scĂšne. Encore une date Ă  TOURS, mardi 1er mars 2016. A ne pas manquer.

Opéra de Tours

Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

L’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’aprùs Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne

Direction musicale : Thomas Rösner
Mise en scĂšne : Tom Ryser
DĂ©cors : David Belugou
Costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Konstanze : Cornelia Götz
Blonde : Jeanne Crousaud
Belmonte : Tibor Szappanos
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper
Pacha SĂ©lim : Tom Ryser

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

L’EnlĂšvement au SĂ©rail Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’EnlĂšvement au SĂ©rail. Les 26,28 fĂ©vrier et 1er mars 2016. Au dĂ©but des annĂ©es 1780, en pleine vogue orientalisante, la turquerie lyrique de Mozart tient l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours en fĂ©vrier et mars 2016. Propre au SiĂšcle des LumiĂšres, et aux idĂ©aux humanistes cultivĂ©s dans les cercles maçonniques que Mozart a frĂ©quentĂ©s, L’EnlĂšvement au SĂ©rail est un chef d’oeuvre de vertiges amoureux, entre retrouvailles et Ă©preuves (comme en tĂ©moignent les deux couples Constanze et Belmonte et leurs serviteurs, Pedrillo et Blonde) ; c’est aussi sous un prĂ©texte orientaliste (turquerie dans le goĂ»t du XVIIIĂš : Mozart compose une musique typĂ©e orientale), la dĂ©nonciation de tous les totalitarismes, des pratiques indignes de la torture, tels qu’ils apparaissent sous les figures du Pacha Selim (rĂŽle parlĂ©) et de son serviteur zĂ©lĂ© et d’une perversitĂ© terrifiante s’il n’Ă©tait son caractĂšre loufoque et bouffon, Osmin, gardien du sĂ©rail et ici, dans la galerie des portraits mozartiens, basse comique d’une agilitĂ© redoutable.

La partition est tout Ă  la fois une mĂ©ditation sur la conquĂȘte amoureuse et une charge contre l’oppression et toutes les tyrannies. Mais cet ordre de la barbare violence doit finalement s’incliner devant la force de l’amour (Amor vincit omnia). L’ouvrage offre aussi l’occasion au compositeur de rĂ©former le genre lyrique lui-mĂȘme, mi thĂ©Ăątre, mi opĂ©ra puisque le rĂŽle central du Pacha est parlĂ© et non chantĂ©. Depuis son opĂ©ra seria, Idomeneo, dont le chant de l’orchestre confĂšre Ă  l’ĂȘuvre thĂ©Ăątral un souffle symphonique, L’EnlĂšvement Ă©blouit par sa parure instrumentale, l’une des plus raffinĂ©es de Mozart, qui aime choisir avec soin, chaque timbre selon la couleur Ă©motionnelle du personnage, dans la situation prĂ©cise concernĂ©e.
L’Empereur Joseph II aurait applaudi lors de la crĂ©ation tout en reprochant au compositeur une surabondance de notes… comme il fut reprocher Ă  Rameau, gĂ©nie de l’opĂ©ra antĂ©rieur, qu’il avait Ă©crit avec son premier ouvrage (Hippolyte et Arice de 1733), suffisamment de musique pour 10 ouvrages. GĂ©nĂ©rositĂ©, verve inspirĂ©e, flux musical jusqu’au dĂ©bordement… seraient)ce lĂ  les symptĂŽmes du gĂ©nie musical ?

boutonreservationL’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours
3 dates incontournables
Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

ConfĂ©rence / PrĂ©sentation de l’opĂ©ra L’enlĂšvement au SĂ©rail de Mozart
Samedi 20 fĂ©vrier 2016 – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’aprĂšs Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne
Editions BĂ€renreiter-Verlag Kassel . Basel . London . New York . Praha

Direction musicale : Thomas Rösner *
Mise en scĂšne : Tom Ryser *
DĂ©cors : David Belugou *
Costumes : Jean-Michel Angays * et Stéphane Laverne *
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Konstanze : Cornelia Götz *
Blonde : Jeanne Crousaud *
Belmonte : Tibor Szappanos *
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper *
Pacha SĂ©lim : Tom Ryser *

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Infos et rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Compte rendu, concert. Tours, Opéra. Le 5 décembre 2015. Brahms : Concerto pour piano n°2. R. Strauss, Ravel. Adam Laloum, piano. Orch. Région Centre-Val de Loire Tours. Jean Yves Ossonce, direction.

PIANO ENCHANTEUR : Adam Laloum Ă  ToursLe clou de ce dernier programme symphonique Ă  l’OpĂ©ra de Tours est le 2Ăšme Concerto pour piano de Johannes Brahms. Soliste annoncĂ©, le laurĂ©at du Prix Clara Haskil 2009, Adam Laloum (nĂ© en 1987), Ă©lĂšve au CNSMD de Paris, de Michel BĂ©roff. Adam Laloum, le poĂšte des pianistes français et certainement le plus mĂ©ditatifs d’entre tous fait l’affiche de ce concert prometteur : on sait jusqu’à quels piani introspectifs le chef Jean-Yves Ossonce (dont le public de Tours vit le dernier cycle symphonique ici mĂȘme depuis l’annonce de dĂ©mission) aime conduire son orchestre tourangeau : telle capacitĂ© allusive, jouant sur le murmure timbrĂ©, mettant en avant la couleur de chaque instrument exposĂ©, s’est entendue prĂ©cĂ©demment dans des TchaĂŻkovski pour nous devenus mĂ©morables (LIRE notre compte rendu de la Symphonie n°6 de Tchaikovski en novembre 2014 par Jean-Yves Ossonce). La combinaison du pianiste dĂ©jĂ  invitĂ© Ă  Tours et du maestro sur la scĂšne de l’OpĂ©ra pouvait nous laissait espĂ©rer l’impossible.

Or l’alchimie a bien eu lieu 
 et le jeu miroitant, diaphane, ciselĂ©, d’une tendresse enfantine et amoureuse surtout dans l’Andante du jeune pianiste français s’est dĂ©ployĂ© sans masque si ce n’est celui assumĂ© de la pudeur. Tout le Concerto pour piano n°2 de Brahms d’une ampleur symphonique affirmĂ©e (avec ses 4 mouvements), laisse pourtant le chant du clavier s’épanouir, entre la tragĂ©die sombre Ă  peine voilĂ©e, la digression facĂ©tieuse (en particulier dans le dernier mouvement grazioso oĂč scintille les motifs populaires, rythmes hongrois rĂ©servĂ©s aux cordes), et au cƓur de la sensibilitĂ© brahmsienne, une hypersensibilitĂ© affective qui est la clĂ© de cette noblesse qui retourne toujours Ă  l’intime et Ă  la pudeur blessĂ©e. L’agilitĂ© faune, la versatilitĂ© dynamique, la caresse du piano d’Adam Laloum font le miel d’une soirĂ©e d’une trĂšs haute musicalitĂ© Ă  Tours oĂč chaque mouvement berce par une sincĂ©ritĂ© de ton qui d’un Ă©pisode Ă  l’autre, rĂ©tablit la grande cohĂ©rence du cycle orchestral dans son entier.

On sait grĂ© au chef de nous servir avec une finesse d’élocution tĂ©nue, l’admirable combinaison de certains timbres appareillĂ©s (cor Ă©videmment, hautbois, sans omettre le violoncelle au dĂ©but et Ă  la fin de l’Andante qui respire alors au diapason du clavier complice : mĂȘmes vibrations accordĂ©es entre les deux instruments. Un trĂšs grand moment de plĂ©nitude … purement musicale (pour plaire au critique Eduard Hanslick, dĂ©fenseur acharnĂ© et souvent partisan de Brahms).  Le piano enivrĂ©, extatique, parfois rugissant d’Adam Laloum s’accorde Ă  l’engagement du chef. Ce Brahms ambivalent, Ă  la fois solaire et crĂ©pusculaire, combinant la tĂ©nĂšbre et la grĂące lumineuse ressuscite ainsi en un acte d’une complicitĂ© accomplie.

 

 

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Compte rendu, concert. Tours, Opéra. Le 5 décembre 2015. Brahms : Concerto pour piano n°2. R. Strauss, Ravel. Adam Laloum, piano. Orch. Région Centre-Val de Loire Tours. Jean Yves Ossonce, direction.

La Belle HĂ©lĂšne d'Offenbach Ă  ToursProchain Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours : La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach, les 26,27,30 et 31 dĂ©cembre 2015. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte : … ElĂ©gance, souplesse, ivresse mĂ©lodique 
 pour Pisani, La Belle HĂ©lĂšne rassemble toute les qualitĂ©s d’une grande Ɠuvre : une opĂ©rette dont la subtilitĂ© se rapproche de l’opĂ©ra;  politiques vĂ©reux mais trĂšs arrogants, dĂ©esses dĂ©vergondĂ©es et bergers complices portĂ©s sur la cabriole
 Divertissement certes, mais Offenbach comme Rameau dans sa formidable PlatĂ©e (prĂ©figuration de la future comĂ©die musicale Ă  venir, dĂ©jĂ  en 1745
.) nous tend le miroir : la sociĂ©tĂ© portraiturĂ©e dans La Belle HĂ©lĂšne sous couvert de gags Ă  gogo et de tableaux dĂ©lirants …

 

 

 

Tours, Grand Théùtre. Samedi 7 novembre 2015. Butterworth, Tchaikovsky, Massenet, De Falla. Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours. Sarah Nemtanu, violon (Tchaikovski). Jean-Yves Ossonce, direction.

Compte rendu, concert. Tours, OpĂ©ra. Le 7 novembre 2015 : Tchaikovski, Massenet, De Falla. OSRCVDLT, Jean-Yves Ossonce, direction. PoĂ©sie et richesse des folklores Ă  l’OpĂ©ra ThĂ©Ăątre de Tours. GĂ©nĂ©reuse offrande que celle du chef de l’OSRCVDL-T, c’est Ă  dire Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours, rebaptisĂ© rĂ©forme territoriale oblige : le redĂ©coupage de la carte des rĂ©gions agrandit les territoires et les titres en consĂ©quence, sans pour autant augmenter les budgets de fonctionnement… Qu’importe, le maestro Jean-Yves Ossonce en place depuis 1999, -bientĂŽt absent Ă  compter de septembre 2016, depuis la dĂ©claration de sa dĂ©mission volontaire-, nous offre de fait une gĂ©nĂ©reuse soirĂ©e symphonique dont l’Ă©clectisme apparent, vrai tour europĂ©en des styles : russe avec Piotr Ilitch, français acadĂ©mique avec Massenet, furieusement ibĂ©rique grĂące Ă  De Falla, enfin britannique poĂ©tique avec Butterworth, ne doit pas occulter la profonde cohĂ©rence ; car c’est surtout un hommage Ă  cette inspiration que l’on s’obstine Ă  vouloir anecdotique voire artificielle, pourtant essentielle pour l’Ă©panouissement des tempĂ©raments ou des Ă©critures : le folklore.

 

 

 

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Rien de dĂ©coratif Ă  l’Idyll n°1 de Butterworth mais l’expression d’une rĂȘverie qui passe surtout par la virtuositĂ© toute intĂ©rieure des instruments en particulier l’Ă©lĂ©gance du hautbois, chantre d’un pastoralisme trĂšs sĂ©duisant, jouĂ© chantant et suggestif.

Puis c’est le clou de la soirĂ©e : le Concerto pour violon de Tchaikovski, dĂ©ferlement sensible et si tendre d’un cri du cƓur, probablement celui du compositeur lui-mĂȘme, alors foudroyĂ© par les suites presque tragiques de son mariage ratĂ© avec Antonina Milyukova. En 1879, Piotr Ilitch retrouve un regain de crĂ©ativitĂ© et compose son Concerto unique et singulier, peut-ĂȘtre sĂ©duit par la personnalitĂ© du jeune violoniste Iosif Kotek, son Ă©lĂšve et ami qui l’avait rejoint. En mars 1879, naĂźt ainsi ce chef d’oeuvre d’une tendresse Ă  la fois Ă©perdue et solaire, d’une Ă©lĂ©gance inouĂŻe que la soliste invitĂ©e, premier violon solo du National de France, Sarah Nemtanu, elle-mĂȘme fille de musiciens chevronnĂ©s, aborde avec une assurance indiscutable, s’affranchissant d’emblĂ©e de toute tiĂ©deur douceĂątre pour inscrire le Concerto dans une dĂ©termination Ă  la parfaite musicalitĂ©. La violoniste observe un corps Ă  corps musclĂ©, parfois trĂšs tranchĂ© avec l’orchestre, mais elle sait aussi Ă©blouir par sa musicalitĂ© introspective et des couleurs d’une pudeur profonde voire grave en particulier dans la Canzonetta ou second mouvement : l’Ă©pisode en parfaite complicitĂ© avec chef et instrumentiste prend alors des allures de rĂȘverie nocturne, soulignant le repli et la mĂ©ditation oĂč s’affirme le chant suave irrĂ©sistible lui aussi de la clarinette… La soliste aborde ensuite le dernier mouvement Rondo final avec la vivacitĂ© requise, celle d’une exploratrice Ă  la fois dominatrice et passionnĂ©e, vĂ©ritablement emportĂ©e par le feu de cette danse devenue transe oĂč le chant du violon se fait cri de victoire. Le spectateur suit l’Ă©loquence du violon d’une agilitĂ© trĂ©pidante, relevant les dĂ©fis spectaculaires d’une partition qui ayant Ă©tĂ© estimĂ©e “injouable”, ne fut crĂ©Ă©e Ă  Vienne intĂ©gralement et dans sa version pour orchestre qu’en novembre 1881.

Les deux compositeurs qui suivent (aprĂšs l’entracte) dĂ©montrent l’appĂ©tit du chef, sa curiositĂ© rare, et l’implication des instrumentistes de l’orchestre Ă  le suivre : c’est toujours sur le thĂšme de la soirĂ©e, un hommage Ă  l’inspiration musicale portĂ©e par la richesse des folklores ; si l’on veut bien reconnaĂźtre chez Tchaikovski, une certaine idĂ©e parfaitement russe de la mĂ©lancolie et de l’ivresse romantique ; chez Butterworth, ce pastoralisme inspirĂ© par la beautĂ© des comtĂ©s britanniques, d’emblĂ©e Massenet impose le motif provincial (dans le titre mĂȘme de sa Suite pour orchestre) : ScĂšnes alsaciennes qui crĂ©Ă©es en 1882 par Edouard Colonne au ChĂątelet, claironne aussi tel un manifeste politique clairement nostalgique : l’Ă©poque est au patriotisme, renforcĂ© chez les musiciens par la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© nationale de Musique (fondĂ©e en 1871 par Camille Saint-SaĂ«ns au lendemain de la dĂ©faite française). AnnexĂ©e Ă  la Prusse depuis 1870, l’Alsace est une terre fraternelle, dĂ©sormais perdue que le poĂšte compositeur chante et regrette : convoquant le dimanche matin Ă  l’heure des offices, le tapage joyeux du Cabaret sur la grand rue, l’Ă©treinte amoureuse du couple sous les tilleuls (dialogue enivrĂ©e, murumurĂ©e entre le violoncelle et la clarinette)… Jean-Yves Ossonce a la baguette vive et nerveuse, sachant jouer des dynamiques et des couleurs d’un orchestre franc, expressif, d’une couleur parfois militaire ; d’ordinaire  placĂ© plus bas, dans la fosse aux heures de la saison lyrique du mĂȘme thĂ©Ăątre l’orchestre se trouve ce soir sur la scĂšne faisant valoir sa dĂ©fense d’une partition aujourd’hui disparue ; et d’ailleurs, l’acuitĂ© du trait, la facilitĂ© des passages intimistes et triomphants voire bruyants (l’ivresse Ă  peine masquĂ©e des bois dans Au Cabaret) rappellent cette plasticitĂ© dramatique qui chez Puccini rĂ©cemment (Il Trittico, mars 2015 : reportage vidĂ©o) et les Français (Ravel pour L’Heure espagnole et La Voix Humaine de Poulenc, la saison derniĂšre : reportage vidĂ©o, avril 2015) sans omettre un Massenet de mĂȘme euphorie (ThaĂŻs, reportage vidĂ©o, octobre 2011), font la sĂ©duction d’un collectif tout autant impliquĂ© pour l’opĂ©ra.

Somptueuse conclusion, et d’une fluiditĂ© plus envoĂ»tante encore, grĂące Ă  une sonoritĂ© plus cohĂ©rente, la Suite n°2 du Tricorne de Manuel De Falla (1921) convainc totalement tout en servant elle aussi parfaitement le thĂšme choisi : De Falla y assemble en un puzzle irrĂ©sistible de couleurs et de rythmes, un festival de danses espagnoles, chacune marquant d’un tempĂ©rament fort, la carrure et le dĂ©veloppement de chaque Ă©pisode ; ainsi castillane est la noblesse courtoise (urbaine) de Los Vecinos : car c’est bien une SĂ©guedille qui ouvre ce triptyque d’une Ă©poustouflante vivacitĂ© entre grĂące et nerf ; puis orchestre et chef impriment Ă  la danse virile, Farruca (provenant de Galice), son expressivitĂ© Ăąpre et trĂšs contrastĂ©e, cependant que le finale, – Jota des plus passionnĂ©es et flamboyantes (avec castagnettes trĂ©pidantes)-, emporte tout l’orchestre dans un dĂ©ferlement d’accents et de scintillements eux aussi victorieux. Le geste est clair et carrĂ©, l’attention aux timbres, constante, et Ă  travers la cohĂ©rence du programme et le caractĂšre de certains Ă©pisodes qui d’un compositeur Ă  l’autre, se rĂ©pondent indiscutablement (Au Cabaret de Massenet et cette Joa endiablĂ©e, ivre, de De Falla), s’impose Ă  Tours un goĂ»t sĂ»r pour les partitions hautement colorĂ©es, subtilement introspectives.

Jean-Yves Ossonce sait entretenir le feu symphonique, d’autant que le prochain rendez-vous promet un Ă©gal engagement en complicitĂ© avec un soliste de premier plan :  Adam Laloum, le poĂšte des pianistes, dans le Concerto pour piano de Brahms, couplĂ© avec Mort et transfiguration de Richard Strauss et La Valse de Ravel… nouveaux dĂ©fis, nouveaux accomplissements. Les 5 et 6 dĂ©cembre 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Tours.

 

ossonce-jean-yves-sara-nemtanu-concerto-violon-orchestre-tchaikovski-concert-opera-de-tours-7-novembre-2015-review-crtique-compte-rendu-classiquenews

 

Illustration : Poésie et richesse des Folklores, lyrisme éperdu et tendre de Tchaikovski à Tours : la violoniste Sarah Nemtanu et le chef Jean-Yves Ossonce : accord parfait dans le Concert pour violon de Tchaikovski (DR : © G. Proust / Opéra de Tours novmebre 2015).

 

Tchaikovski, Massenet… Concert Symphonique Ă  Tours

ossonce jean yves osrct symphonique toursTours. Concert Tchaikovski, Massenet, Falla. Les 7 et 8 novembre 2015.  AffinitĂ©s tchaikovskiennes… On se souvient d’une exceptionnelle Symphonie n°6 de Tchaikovski par Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre tourangeau : sur le plan interprĂ©tatif : profondeur, gravitĂ©, tendresse et introspection. Sur le plan artistique, complicitĂ©, entente, Ă©coute rĂ©ciproque. Un accomplissement rĂ©alisĂ© en novembre 2014 et qui pourrait se renouveler un an aprĂšs… les 7 et 8 novembre prochains, pour le concert d’ouverture de la nouvelle saison symphonique Ă  l’OpĂ©ra de Tours, tant chefs et instrumentistes s’entendent visiblement dans l’expression de la sensibilitĂ© tchaikovskienne. Le Concerto pour violon, sommet de la sensibilitĂ© romantique version russe est l’affiche du programme de l’OpĂ©ra de tours, constituant sa piĂšce maĂźtresse oĂč la violoniste Sarah Nemtanu assure la partie solistique. LIRE notre compte rendu critique du concert 6Ăšme Symphonie de Tchaikovski par Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours.

 

 

 

Tchaikovski romantique, Massenet nostalgique

 

Temps fort et séance inaugurale de la saison symphonique de l'Opéra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, la 6Úme "Pathétique" de Tchaikovski : les 15 et 16 novembre 2014

Temps fort et sĂ©ance inaugurale de la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, le Concerto pour violon de Tchaikovski : les 7 et 8 novembre 2015

Concerto pour violon de Tchaikovski : Clarens, 1878. AprĂšs son mariage ratĂ© et la sĂ©paration qui en dĂ©coule, avec Antonina Milukova, TchaĂŻkovski, dĂ©pressif, se retire en Suisse, Ă  Clarens, en 1878. A 38 ans, le compositeur se recentre sur une nouvelle oeuvre, probablement inspirĂ©e par la Symphonie espagnole d’Edouard Lalo.
Le compositeur pensait dĂ©dier son Concerto au violoniste Leopold Auer qui refusa cet honneur, trouvant l’oeuvre inexĂ©cutable! Adolf Brodsky, qui le joua et oeuvra pour sa notoriĂ©tĂ© auprĂšs du public, en devint le dĂ©dicataire. Dans l’Allegro moderato, la virtuositĂ© du violon solo conduit le dĂ©veloppement mĂ©lodique. La Canzonetta fait entendre une nouvelle ampleur mĂ©lodique, autour d’un thĂšme nostalgique, trĂšs vocal, dans le ton de sol mineur. Le dernier mouvement, Allegro vivacissimo impose un dĂ©but tzigane bondissant, puis se succĂšdent motif nerveux et brillant Ă  la Mendelssohn, et Ă©lĂ©ments de danse populaire, au caractĂšre affirmĂ©.

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitEgalement Ă  l’affiche de ce programme Ă©clectique, d’autant plus captivant, les pages mĂ©connues du Massenet symphoniste : ScĂšnes Alsaciennes dont le sujet pourrait bien contester de façon nostalgique et pacifiste, l’annexion de l’Alsace Ă  l’Empire germanique depuis 1870. Au moment de la crĂ©ation d’HĂ©rodiade Ă  Bruxelles en 1881, Massenet a l’idĂ©e de composer son ultime cycle de musique symphonique pure : les ScĂšnes Alsaciennes crĂ©Ă©es en 1882 : suivant la trame romanesque du texte de Daudet (Contes du lundi : “Alsace, Alsace”), le compositeur cĂ©lĂšbre avec vivacitĂ© l’acuitĂ© sensible de l’Ăąme alsacienne : appel de la clarinette et de la flĂ»te un dimanche matin au moment de la messe (Ă©pisode serein), gaietĂ© franche et contrastĂ©e dans Au cabaret au rythme tripartite, volontairement rustique ; tendresse de Sous les tilleuls oĂč se prĂ©cise l’Ă©vocation d’un couple amoureux ; enfin l’entrain de la derniĂšre scĂšne, Dimanche soir, associe folklore et fanfare militaire pour une cĂ©lĂ©bration expressive elle aussi criante de vĂ©ritĂ©.

 

 

 

George Butterworth
English Idyll n°1
La saison symphonique s’ouvre sur la diversitĂ© de la musique europĂ©enne et de ses sources populaires, tout autant que sur le poids de l’histoire. George Butterworth, compositeur anglais, engagĂ© volontaire dĂšs 1914, fut tuĂ© pendant la bataille de la Somme le 5 aoĂ»t 1916. Nous lui rendons hommage avec cette English Idyll, qui plonge ses racines dans sa terre natale. Une stĂšle a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e Ă  sa mĂ©moire Ă  PoziĂšres, et son corps ne fut jamais retrouvĂ©.

Piotr Ilitch TchaĂŻkovski
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35
ConcentrĂ© d’ñme slave, le Concerto de TchaĂŻkovski sera interprĂ©tĂ© par Sarah Nemtanu, plus jeune violon solo jamais nommĂ© Ă  l’Orchestre National de France, qui l’a enregistrĂ© pour le film Le Concert et avec son orchestre dirigĂ© par le grand Kurt Masur. À noter que la saison lyrique sera l’occasion de redĂ©couvrir EugĂšne OnĂ©guine, autre chef d’oeuvre de la mĂȘme pĂ©riode.

Jules Massenet
ScÚnes alsaciennes, Suite pour orchestre n°7
RaretĂ© que les ScĂšnes Alsaciennes, oĂč Massenet mĂȘle son sens mĂ©lodique et orchestral Ă  des effluves patriotiques (l’Alsace Ă©tait alors depuis la guerre de 1870 occupĂ©e par l’Allemagne).

Manuel de Falla
Le Tricorne, Suite n°2
Les Danses du Tricorne, symbole de la musique espagnole dans son acception la plus authentique, conclueront ce programme dĂ©diĂ© Ă  l’histoire et Ă  la culture europĂ©ennes “de l’Atlantique Ă  l’Oural”.

 

 

 

Sarah Nemtanu, violon
Jean-Yves Ossonce, direction

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

boutonreservationSamedi 7 novembre – 20h
Dimanche 8 novembre – 17h
ConfĂ©rence : prĂ©sentation aux Ɠuvres, les 7 novembre Ă  19h, 8 novembre Ă  16h
Grand théùtre, Salle Jean Vilar, entrée gratuite

 

 

Madama Butterfly Ă  Tours

pucciniTours, OpĂ©ra. Puccini : Madama Butterfly. Les 7,9,11,13 octobre 2015. Familier de l’OpĂ©ra de Tours, le metteur en scĂšne Alain Garichot s’empare de la tragĂ©die amoureuse qui met en scĂšne la jeune japonaise Cio-Cio-San, abandonnĂ©e par son Ă©poux rĂ©cemment rencontrĂ©, l’officier amĂ©ricain (Pinkerton), mais la jeune femme dĂ©soeuvree se voit contrainte au suicide par son sens de l’honneur, car le bel Ă©tranger qui l’avait Ă©pousĂ©e sans y croire, reparaĂźt Ă  Nagazaki mais au bras de sa vĂ©ritable Ă©pouse amĂ©ricaine … Madama Butterfly est un drame exotique qui passionna Puccini. La force du sentiment exprimĂ© dĂ©passe le fait divers.  AprĂšs l’extase amoureuse et l’ivresse sensorielle d’un mariage de pacotille auquel elle est seule Ă  croire sincĂšrement, Cio Cio San bientĂŽt enceinte, est condamnĂ©e Ă  l’abandon et Ă  l’attente… solitude, dĂ©sespoir, trahison, humiliation sont les Ă©tapes d’un cƓur juvĂ©nile et tendre qui avait cru Ă  la sincĂ©ritĂ© des sentiments Ă©changĂ©s avec l’Ă©poux Ă©tranger…
Exotique, l’opĂ©ra de Puccini Ă©carte les ficelles et les clichĂ©s d’un orientalisme anecdotique ou simplement dĂ©coratif : comme Turandot, autre drame extrĂȘme oriental (qui se dĂ©roule en Chine et qu’il laissera inachevĂ©), Puccini Ă©labore un langage orchestral inouĂŻ par son raffinement instrumental et ses harmonies imprĂ©vues, aussi moderne et colorĂ© que les partitions de Ravel et Debussy.
La force poignante de Butterfly, tragĂ©die intime dessine une gĂ©ographie personnelle et pudique que Puccini exprime avec une sensibilitĂ© inĂ©dite Ă  l’opĂ©ra. De sorte que grĂące Ă  la musique, l’Ă©pisode devient drame universel. Les vertiges de la jeune japonaise atteignent convulsions et grandeur des hĂ©roĂŻnes du grand opĂ©ra. OpĂ©ra Ă©vĂ©nement Ă  Tours et qui inaugure la nouvelle saison lyrique 2015-2016 du thĂ©Ăątre tourangeau.

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015Pourquoi ne pas manquer cette production de Butterfly Ă  Tours ? Pour la direction toujours cohĂ©rente, dramatique et dĂ©taillĂ©e de Jean-Yves Ossonce, le travail du metteur en scĂšne Alain Garichot toujours clair et respectueux de la partition, et dans le rĂŽle-titre, la soprano intense et fine musicienne Anne-Sophie Duprels, que les tourangeaux avaient pu dĂ©couvrir la saison derniĂšre dans la production mĂ©morable de La Voix humaine, couplĂ©e Ă  l’Heure espagnole… (Voir le reportage vidĂ©o : La Voix humaine et L’Heure espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours). Illustration : Anne-Sophie Duprels dans La Voix Humaine de Cocteau / Poulenc Ă  l’OpĂ©ra de Tours en avril 2015.

 

 

 

boutonreservationTours, Opéra. Puccini : Madama Butterfly
4 représentations à ne pas manquer
Mercredi 7 octobre 2015 – 20h00
Vendredi 9 octobre – 20h00
Dimanche 11 octobre – 15h00
Mardi 13 octobre – 20h00

 

 

Billetterie, ouverte du mardi au samedi : 10h-12h, 13h-17h45
02 47 60 20 20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Production Opéra de Tours
DĂ©cors, costumes et accessoires rĂ©alisĂ©s dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

Tragédia giapponese en trois actes
Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa
Création le 17 février 1904 à Milan
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Alain Garichot
DĂ©cors : Denis Fruchaud
Costumes : Claude Masson
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Cio-Cio-San : Anne-Sophie Duprels
Suzuki : Delphine Haidan
Kate Pinkerton : Pascale Sicaud Beauchesnais
F. B. Pinkerton : Avi Klemberg *
Sharpless : Jean-SĂ©bastien Bou
Goro : Antoine Normand
Oncle Bonze : Luc Bertin-Hugault *
Commissaire : Ronan Nédélec

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Présenté en italien, surtitré en français
* dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

Conférence Madama Butterfly de Puccini
Samedi 3 octobre 2015,  14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

Opéra, compte-rendu critique. Tours, Grand Théùtre, le 26 mai 2015. Giuseppe Verdi : La Traviata. Eleonore Marguerre, Sébastien Droy, Kristian Paul. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Nadine Duffaut, mise en scÚne

Cette Traviata qui clĂŽt la saison de la maison tourangelle, c’est avant tout une histoire d’amour entre un chef et sa Violetta. Rarement on aura vu une baguette Ă  ce point se mettre au service d’une chanteuse, la soutenir autant, suivre la moindre de ses inflexions pour lui permettre d’aller au bout de ses sons et de ses mots. C’est le miracle opĂ©rĂ© ce soir par Jean-Yves Ossonce et Eleonore Marguerre, pour les premiers pas de la soprano allemande dans ce rĂŽle mythique.

 
  

Triomphe pour Eleonore Marguerre dans le rÎle de Violetta Valéry

Un chef amoureux de sa trĂšs grande Violetta

 

traviatat2Un coup d’essai, vĂ©ritable coup de maĂźtre, qui nous fait traverser toute la reprĂ©sentation des larmes aux coins des yeux.  On se souvenait d’Eleonore Marguerre en FĂ©e dans la Cendrillon de Massenet Ă  l’OpĂ©ra du Rhin voilĂ  plus de dix ans, on l’avait aperçue furtivement dans le rĂŽle de Ghita Ă  Nancy au cours d’un mĂ©morable Nain de Zemlinsky il y a deux ans, quelle Ă©volution depuis ! Ce que l’instrument a perdu dans le suraigu, il l’a acquis dans un mĂ©dium somptueux qui conduit Ă  un aigu aussi riche qu’aisĂ©, de superbes notes hautes n’empĂȘchant en rien un grave habilement poitrinĂ©. Mais plus encore que la technicienne, d’une sĂ©curitĂ© totale, c’est devant l’artiste, immense, qu’il convient de s’incliner bien bas. Le rĂŽle semble avoir Ă©tĂ© pensĂ© et mĂ»ri depuis bien longtemps, tant l’incarnation frappe avec Ă©vidence par sa justesse et sa sincĂ©ritĂ©. DĂšs les premiĂšres notes de « E strano », chantĂ©es dos au public, le regard perdu au milieu des flocons qui tombent le long des vitres du dĂ©cor, on pressent que cette Violetta sera de celles qui comptent. « Ah fors’ù lui » bouleverse : le phrasĂ© est dĂ©ployĂ© avec une Ă©lĂ©gance, une grĂące de mozartienne ; les mots sont ciselĂ©s comme rarement, chaque syllabe empreinte de sa propre force, presque recitar cantando, et pourtant chaque son demeure pleinement chantĂ©, vibrant et pleinement incarnĂ©. Les couleurs se succĂšdent, toujours trĂšs proches, jamais vraiment identiques, au grĂ© des strophes et des affects, jusqu’à une reprise de « Sempre libera » Ă  la tendresse inĂ©dite, comme finalement conquise par l’amour tant redoutĂ©.

 

Le deuxiĂšme acte met en valeur la tragĂ©dienne, toute de douleur contenue, culminant avec un « Dite alla giovine » Ă  fleur de lĂšvres et de cƓur, et un « Amami Alfredo » dĂ©bordant d’amour.

Le troisiĂšme acte achĂšve en apothĂ©ose ce portrait dĂ©jĂ  pleinement abouti de la courtisane verdienne. La lecture de la lettre, presque murmurĂ©e – y compris le funeste « E tardi » qu’elles sont trop nombreuses Ă  jeter au silence dans un cri de dĂ©sespoir –, amĂšne naturellement Ă  un « Addio del passato » comme Ă©clairĂ© par la lumiĂšre du Dieu dont elle implore la clĂ©mence, et achevĂ© sur une messa di voce infinie, du trĂšs grand art. Jusqu’au bout, on souffre avec cette Violetta ivre de vie et pourtant fragile comme un oiseau tombĂ© d’une branche.

 
 

CR TRAVIATA

 
 

Mais pareille rĂ©ussite n’aurait pas Ă©tĂ© possible sans Jean-Yves Ossonce, qui couve sa Violetta comme un trĂ©sor.  Il faut l’entendre tisser un vĂ©ritable tapis sonore sous les pas de sa chanteuse, lui tendre ses notes, guider l’orchestre au milieu de ses soupirs.  Un exemple entre mille : dans le duo « Parigi o cara », lorsque la soprano reprend le thĂšme, qu’il est bon de voir le chef ralentir sensiblement sa battue et ajuster son tempo afin de lui permettre ses plus beaux pianissimi, dans une osmose musicale totale.

 

traviatat5Face Ă  cette communion, le reste de la distribution demeure quelque peu en retrait, malgrĂ© d’excellentes performances. SĂ©bastien Droy incarne un Alfredo trĂšs attachant, excellent musicien et semblant avoir gagnĂ© en aisance dans l’aigu, mais dont l’émission audiblement trĂšs couverte et un rien engorgĂ©e manque de rayonnement. Il faut attendre le dernier duo et la dĂ©licatesse dans les piani qu’il permet pour profiter pleinement d’un chant simple et naturel de la part du tĂ©nor français. A ses cĂŽtĂ©s, Kristian Paul – remplaçant Enrico Marrucci initialement prĂ©vu – ne fait qu’une bouchĂ©e du rĂŽle de Germont grĂące Ă  sa voix aussi imposante que sa stature de gĂ©ant. Si le mĂ©dium apparaĂźt parfois charbonneux, l’aigu en revanche est d’une aisance totale, et l’interprĂšte ose de trĂšs belles nuances, peignant un portrait finalement touchant du terrible patriarche. Tous les seconds rĂŽles sont bien tenus, de la Flora veloutĂ©e de Pauline Sabatier au docteur percutant de Guillaume Antoine, en passant par l’omniprĂ©sente Annina de la sonore Blandine Folio Peres. La mise en scĂšne bien connue de Nadine Duffaut fonctionne toujours, depuis sa crĂ©ation Ă  Massy en 2006. Situant l’action au cƓur de l’HĂŽtel Lutetia durant l’Occupation, Violetta expirant, le crĂąne tondu, Ă  la LibĂ©ration, cette scĂ©nographie vaut surtout par ses somptueux dĂ©cors et ses beaux costumes, le talent des solistes et la musique de Verdi faisant le reste. Le maĂźtre de Busseto est superbement servi ce soir, grĂące aux chƓurs maison, toujours impeccablement prĂ©parĂ© par Emmanuel Trenque – dont c’était la derniĂšre production Ă  Tours, la suite de sa carriĂšre se dĂ©roulant dĂ©sormais Ă  Marseille –, et Ă  l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours en pleine forme, distillant de remarquables soli, notamment un superbe hautbois.

Le chef galvanise ses troupes, offrant une partition trÚs complÚte, incluant toutes les strophes des airs, y compris cabalettes et reprises, un vrai régal.

Une grande soirĂ©e durant laquelle l’émotion nous aura pris par surprise, grĂące Ă  la dĂ©couverte d’une nouvelle Violetta, d’ors et dĂ©jĂ  une trĂšs grande Violetta.

 

 

 

 

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 26 mai 2015. Giuseppe Verdi : La Traviata. Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Alexandre Dumas. Avec Violetta : Eleonore Marguerre ; Alfredo : SĂ©bastien Droy ; Germont : Kristian Paul ; Flora : Pauline Sabatier ; Annina : Blandine Folio Peres ; Gastone : Yvan Rebeyrol ; Baron Douphol : Ronan NĂ©dĂ©lec ; Marquis d’Obigny : François Bazola ; Docteur Grenvil : Guillaume Antoine. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scĂšne : Nadine Duffaut. Assistante mise en scĂšne : Patricia Horvarth ; Emmanuel Favre ; Costumes : GĂ©rard Audier ; LumiĂšres : Jacques Chatelet ; Assistant lumiĂšres : Olivier Verecchia ; ChorĂ©graphie : Tatiana Gomez ; Chef de chant ; Vincent Lansiaux

 

Illustrations: © François Berthon / Opéra de Tours 2015

 
 

Nouvelle Traviata Ă  Tours

verdi La TraviataTours, OpĂ©ra. Verdi : La Traviata. Les 20,22,24,26 mai 2015. InspirĂ©e de La Dame aux CamĂ©lias (Alexandre Dumas Fils), La Traviata est avant tout une histoire d’amour bouleversante et rĂ©aliste, dans laquelle le rĂŽle principal, -focus scandaleux-, est rĂ©servĂ©, pour la premiĂšre fois, Ă  une courtisane. Elle est jeune, jolie, surtout malade donc condamnĂ©e. Dumas fils doit faire mourir son hĂ©roĂŻne pour qu’elle expie ses fautes commises par irrĂ©vĂ©rence des convenances, au mĂ©pris de la morale bourgeoise…
Sobre et essentiellement intimiste, c’est Ă  dire huit clos Ă  3 personnages : la soprano amoureuse, le tĂ©nor “trahi”, le baryton (pĂšre la morale) -, La Traviata (la fourvoyĂ©e en italien), bouleverse par le sacrifice consenti par la pĂšcheresse, soucieuse de se sacrifier pour sauver l’honneur de la famille Germont, le fils qu’elle a aimĂ©, et le pĂšre qui le lui demande.

 

 

 

Reprise de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Violetta, mythe sacrificiel

 

Vague verdienne en juin 2014Verdi construit le drame par Ă©tape, chacune accablant davantage la prostituĂ©e qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, Ă  Paris, dans les salons dorĂ©s de la vie nocturne : c’est lĂ  que Violetta se laisse sĂ©duire par le jeune homme ; au II, le pĂšre surgit pour rĂ©tablir les biensĂ©ances : souhaitant marier sa jeune fille, le dĂ©shonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette Ă  la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur rĂ©conciliation finale scelle le salut et peut-ĂȘtre la rĂ©demption de cette Madeleine romantique. LIRE notre dossier spĂ©cial La Traviata Ă  Tours

 

 

 

boutonreservationLa Traviata de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Nadine Duffaut, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction

Reprise d’une production reprĂ©sentĂ©e Ă  Avignon en 2002

Mercredi 20 mai 2015 – 20h
Vendredi 22 mai 2015 – 20h
Dimanche 24 mai 2015 – 15h
Mardi 26 mai 2015 – 20h

Opéra en quatre parties
Livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs Alexandre Dumas Fils
Création le 6 mars 1853 à Venise
Editions Salabert-Ricordi (Ă©dition critique)

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Nadine Duffaut

Violetta Valéry : Eleonore Marguerre *
Flora Bervoix : Pauline Sabatier
Annina : Blandine Folio Peres *
Alfredo Germont : SĂ©bastien Droy
Giorgio Germont : Enrico Marrucci
Baron Douphol : Ronan NĂ©delec
Docteur Grenvil : Guillaume Antoine *
Gastone : Yvan Rebeyrol
Le Marquis : François Bazola

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

*dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

Reprise de La Traviata Ă  Tours

verdi La TraviataTours, OpĂ©ra. Verdi : La Traviata. Les 20,22,24,26 mai 2015. InspirĂ©e de La Dame aux CamĂ©lias (Alexandre Dumas Fils), La Traviata est avant tout une histoire d’amour bouleversante et rĂ©aliste, dans laquelle le rĂŽle principal, -focus scandaleux-, est rĂ©servĂ©, pour la premiĂšre fois, Ă  une courtisane. Elle est jeune, jolie, surtout malade donc condamnĂ©e. Dumas fils doit faire mourir son hĂ©roĂŻne pour qu’elle expie ses fautes commises par irrĂ©vĂ©rence des convenances, au mĂ©pris de la morale bourgeoise…
Sobre et essentiellement intimiste, c’est Ă  dire huit clos Ă  3 personnages : la soprano amoureuse, le tĂ©nor “trahi”, le baryton (pĂšre la morale) -, La Traviata (la fourvoyĂ©e en italien), bouleverse par le sacrifice consenti par la pĂšcheresse, soucieuse de se sacrifier pour sauver l’honneur de la famille Germont, le fils qu’elle a aimĂ©, et le pĂšre qui le lui demande.

 

 

 

Reprise de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Violetta, mythe sacrificiel

 

Vague verdienne en juin 2014Verdi construit le drame par Ă©tape, chacune accablant davantage la prostituĂ©e qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, Ă  Paris, dans les salons dorĂ©s de la vie nocturne : c’est lĂ  que Violetta se laisse sĂ©duire par le jeune homme ; au II, le pĂšre surgit pour rĂ©tablir les biensĂ©ances : souhaitant marier sa jeune fille, le dĂ©shonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette Ă  la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur rĂ©conciliation finale scelle le salut et peut-ĂȘtre la rĂ©demption de cette Madeleine romantique.
En Ă©pinglant l’hypocrisie de la morale bourgeoise, Verdi rĂšgle ses comptes avec la lĂąchetĂ© sociale, celle qu’il eut Ă  combattre alors qu’il vivait en concubinage avec la cantatrice Giuseppina Strepponi : quand on les croisait dans la rue, personne ne voulait saluer la compagne scandaleuse. La conception de l’opĂ©ra suit la dĂ©couverte Ă  Paris de la piĂšce de Dumas en mai 1852. L’intrigue qui devrait se dĂ©rouler dans la France baroque de Mazarin, porte au devant de la scĂšne une femme de petite vertu mais d’une grandeur hĂ©roĂŻque bouleversante. Figure sacrificielle, Violetta est aussi une valeureuse qui accomplit son destin dans l’autodĂ©termination : son sacrifice la rend admirable. Le compositeur rĂ©invente la langue lyrique : sobre, Ă©conome, directe, et pourtant juste et intense. La grandeur de Violetta vient de sa quĂȘte d’absolu, l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©prouvĂ©, interdit. Patti, Melba, Callas, Caballe, Ileana Cotrubas, Gheorghiu, Fleming, rĂ©cemment Annick Massis ont chantĂ© les visages progressifs de la femme accablĂ©e mais rayonnante par sa solitude digne. L’addio del passato au II, qui dresse la sacrifiĂ©e contre l’ordre moral, est le point culminant de ce portrait de femme Ă  l’opĂ©ra. Un portrait inoubliable dans son parcours, aussi universel que demeure pour le genre : MĂ©dĂ©e, et avant elle Armide et Alceste, puis Norma.

 

 

 

boutonreservationLa Traviata de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Nadine Duffaut, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction

Reprise d’une production reprĂ©sentĂ©e Ă  Avignon en 2002

Mercredi 20 mai 2015 – 20h
Vendredi 22 mai 2015 – 20h
Dimanche 24 mai 2015 – 15h
Mardi 26 mai 2015 – 20h

Opéra en quatre parties
Livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs Alexandre Dumas Fils
Création le 6 mars 1853 à Venise
Editions Salabert-Ricordi (Ă©dition critique)

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Nadine Duffaut

Violetta Valéry : Eleonore Marguerre *
Flora Bervoix : Pauline Sabatier
Annina : Blandine Folio Peres *
Alfredo Germont : SĂ©bastien Droy
Giorgio Germont : Enrico Marrucci
Baron Douphol : Ronan NĂ©delec
Docteur Grenvil : Guillaume Antoine *
Gastone : Yvan Rebeyrol
Le Marquis : François Bazola

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

*dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra, le 10 avril 2015. Poulenc : La Voix humaine. Ravel : L’Heure Espagnole. Anne-Sophie Duprels, Elle. Aude Estremo (Concepcion)
 OSRCT. Jean-Yves Ossonce, direction. Catherine Dune, mise en scĂšne.

FamiliĂšre de la scĂšne tourangelle, la soprano Catherine Dune – qui chantait cette saison Despina de Cosi  fan Tutte de Mozart, offre ici sa premiĂšre mise en scĂšne Ă  Tours. La sensibilitĂ© et l’humanitĂ© de l’artiste se ressentent  dans l’approche du diptyque choisi par le chef et directeur Jean-Yves  Ossonce : en associant les deux drames en un acte, La voix humaine puis L’Heure espagnole, de Poulenc et Ravel respectivement, il s’agit bien Ă  travers chaque hĂ©roĂŻne : “Elle ” puis la femme  de l’horloger Torquemada, Concepcion, de deux portraits de femmes que la question du dĂ©sir et de l’amour taraude, exalte, exulte, met au devant de la scĂšne.

 
 

Nouvelle production convaincante Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Deux portraits du désir féminin

 

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015Deux espaces clos, lieux de l’enfermement, unissent les deux univers lyriques mais le poids Ă©touffant du huit clos – vĂ©ritable billot sentimental  et cathartique oppresse chanteuse et spectateurs dans La Voix humaine quand les dĂ©lices doux amers, tragico comiques de la dĂ©licieuse comĂ©die  de Ravel, produisent un univers tout autre :  magique et onirique surtout fantastique et surrĂ©aliste. C’est ce second volet qui nous a le plus  sĂ©duit. … non pas tant par sa durĂ©e : presque une heure quand La voix humaine totalise  3/4 d’heure,  que par la profonde cohĂ©rence qu’apporte la mise en scĂšne.
L’Heure espagnole impose sa durĂ©e impĂ©rieuse au couple dĂ©luré  et si mal appareillĂ© de l’horloger Torquemada (en blouse et Ă  lunettes, sorte de voyeur de laboratoire), et de son Ă©pouse la belle brune Concepcion dont l’excellente Aude Estremo fait une prodigieuse incarnation : tigresses toute en contrĂŽle, la pulpeuse collectionne les amants sans ĂȘtre satisfaite, -frustration inconfortable qui on le comprend en cours de soirĂ©e n’est pas sans ĂȘtre cultivĂ©e par son Ă©poux lui-mĂȘme dont Catherine Dune fait l’observateur assidu mais discret des frasques de sa femme. La sensibilitĂ© extrĂȘme de la metteure en scĂšne sait aussi cultiver la pudeur et l’innocence quand surgit l’amour vĂ©ritable entre Concepcion et le muletier Ramiro dont le charme direct et physique contraste avec le poĂšte Gonzalvo, bellĂątre mou des corridas d’opĂ©rettes, aux Ă©lans amoureux toujours vellĂ©itaires (impeccable Florian Laconi).
Dans cet arĂšne  de pure fantasmagorie, Didier Henry a le ton juste du songe ; le baryton Alexandre Duhamel (Ramiro),  celui naturel  du charme sans esbroufe, et c’est surtout la mezzo Aude Estremo, dĂ©cidĂ©ment qui en donnant corps au personnage central,  rend son parcours trĂšs convaincant d’autant que la voix est sonore, naturellement puissante et finalement articulĂ©e. Son piquant et son tempĂ©rament L’univers dĂ©lurĂ© fantasque dĂ©fendu ici  souligne avec finesse les multiples joyaux dont la partition est constellĂ©e ; c’est un travail visuel qui s’accorde idĂ©alement Ă  la tenue de l’orchestre dont le raffinement permanent et le swing hispanisant convoquent le grand opĂ©ra : l’air de Concepcion,  qu’elle aventure qui marque le point de basculement du personnage (son coup de foudre troublant vis Ă  vis du muletier) fait surgir une vague irrĂ©pressible de candeur et de sincĂ©ritĂ© dans une cycle qui eut paru artificiel par sa mĂ©canique rĂ©glĂ©e Ă  la seconde  (les sacs  de sable que l’on Ă©ventre pour en faire couler la matiĂšre comme un sablier).

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015En premiĂšre partie de soirĂ©e (La Voix humaine), Anne-Sophie Duprels sĂ©duit indiscutablement par son chant velouté  et puissant Ă  la diction parfois couverte par l’orchestre. Sur un matelas dĂ©multipliĂ©, ring de ses ressentiments sincĂšres amĂšres, le chant se libĂšre peu Ă  peu dans une mise en scĂšne Ă©purĂ©e presque glaçante dont les lumiĂšres accusent la progression irrĂ©pressible : la cage qui enserre le coeur meurtri de l’amoureuse en rupture s’ouvre peu Ă  peu Ă  mesure que les cordes qui la composent et qui descendent depuis les cintres, sont levĂ©es, ouvrant l’espace ; rĂ©vĂ©lant l’hĂ©roĂŻne Ă  elle-mĂȘme en une confrontation ultime : dire, exprimer et nommer la souffrance, c’est se libĂ©rer. C’est au prix de cette Ă©preuve salvatrice – essentiellement cathartique-,  qu‘Elle prend conscience de sa force et de sa volontĂ© ; volontĂ© de dire : tu me quittes. Soit je l’accepte. Laisser faire, lĂącher prise, renoncer. … autant d’expĂ©riences clĂ©s que la formidable soprano Ă©claire de sa prĂ©sence douce et carressante, nuancĂ©e et intense.

Dans la fosse, en maĂźtre des couleurs et des teintes atmosphĂ©riques, Jean Yves Ossonce fait couler dans la Voix humaine le sirop onctueux et ductile de l’ocĂ©an de sensualitĂ© dont a parlĂ© Poulenc,  lequel semble compatir avec Elle ; le chef trouve aussi le charme d’une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime de l’Heure Espagnole, dont le dialogue idĂ©al avec la mise en scĂšne et les dĂ©cors suscite un formidable cirque nocturne, enchanteur et rĂ©aliste Ă  la fois. La profondeur se glisse continĂ»ment dans cet Ă©loge feint de la lĂ©gĂšreté  La rĂ©ussite Ă©tant totale, voici aprĂšs le formidable Trittrico de Puccini prĂ©sentĂ© en mars dernier (prĂ©cision et sĂ©duction cinĂ©matographique), la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours  qui crĂ©e lĂ©gitimement l’Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique de ce printemps. A voir au Grand ThĂ©Ăątre de Tours les 10, 12 et 14 avril 2015.

 

 

 

APPROFONDIR : voir notre clip vidĂ©o La Voix humaine et l’Heure espagnole au Grand thĂ©Ăątre de Tours les 10,12,14 avril 2015

 

 

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Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

Tours, OpĂ©ra : La Voix humaine, L’heure espagnole, les 10,12,14 avril 2015

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015VIDEO,clip. Tours: La Voix humaine,L’heure Espagnole. Les 10,12,14 avril 2015. Catherine Dune met en scĂšne deux portraits du dĂ©sir fĂ©minin : La Voix humaine sur un vaste lit, sorte de ring oĂč s’exacerbent les jalons d’une catharsis Ă©motionnelle ; puis L’Heure espagnole dont le dispositif visuel plonge dans une fantasmagorie onirique d’une profonde cohĂ©rence. Deux interprĂštes se distinguent : Anne-Sophie Duprels qui incarne “ELLE”, Ăąme dĂ©vastĂ©e certes mais promise Ă  une renaissance imprĂ©vue ; puis Aude Estremo dont le personnage de Concepcion, sauvage et fragile Ă  la fois, dominateur et contrĂŽlĂ© n’est pas sans rappeler par sa finesse de ton et sa forte intĂ©rioritĂ©, les femmes chez Bunuel… Nouvelle production Ă©vĂ©nement au Grand ThĂ©Ăątre de Tours. RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015. LIRE aussi notre prĂ©sentation de La Voix humaine et de L’Heure espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours.

 

 

 

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015

 

 

Sensible et en tension, la soprano Anne-Sophie Duprels incarne “Elle”, la voix palpitante et sur le fil,  de Poulenc et Cocteau (illustrations © CLASSIQUENEWS.TV 2015)

 

 

 

 

 

Opéra de Tours
LA VOIX HUMAINE
FRANCIS POULENC

L’HEURE ESPAGNOLE
MAURICE RAVEL

   
Catherine Dune, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction  

boutonreservationVendredi 10 avril 2015 – 20h
Dimanche 12 avril 2015 – 15h
Mardi 14 avril 2015 – 20h

Conférence, samedi 28 mars 2015, 14h30
Grand Théùtre, Salle Jean Vilar
entrée gratuite

distributions

LA VOIX HUMAINE
Tragédie lyrique en un acte 
Livret de Jean Cocteau
Création le 6 février 1959 à Paris
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Elle : Anne-Sophie Duprels

L’HEURE ESPAGNOLE
Comédie musicale en un acte
Livret de Franc-Nohain, d’aprùs sa piùce
Création le 19 mai 1911 à Paris
Editions Durand

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Conception : Aude Extremo
Gonzalvo : Florian Laconi
Torquemada : Antoine Normand
Ramiro : Alexandre Duhamel
Don Inigo Gomez : Didier Henry

La Voix humaine et l’Heure espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours

tours-opera-voix-humaine-heure-espagnole-ravel-poulencTours. OpĂ©ra. La Voix humaine, L’Heure espagnole, les 10, 12, 14 avril 2015.  AprĂšs nous avoir rĂ©galer avec une Ă©blouissante nouvelle production du Trittico de Puccini (1918) en mars 2015 (voir notre reportage Il Trittico de Puccini Ă  l’OpĂ©ra de Tours), le Grand ThĂ©Ăątre tourangeau enchaĂźne les cycles de drames en un acte avec ce qui pourrait ĂȘtre l’Ă©quivalent français du thĂ©Ăątre Puccinien : deux actions lyriques en un acte, l’une tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e : La voix humaine de Poulenc ; la seconde, espiĂšgle, spirituelle, facĂ©tieuse donc plus lĂ©gĂšre : L’Heure Espagnole de Ravel. Les deux “comĂ©dies” excellent Ă  articuler un texte savoureux qui exige des acteurs certes, surtout des interprĂštes totalement engagĂ©s dans l’expressivitĂ© intelligible.

Poulenc, 1938
POULENC_francis_francis-poulenc_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95-1TragĂ©die lyrique certes, surtout drame intime. Celui d’une femme qui rompt avec son amant qu’elle aime encore. RĂ©aliste et amĂšre, tendre et dĂ©sespĂ©rĂ©, le mĂ©lodrame pour une seule voix et orchestre, La Voix Humaine, d’aprĂšs le texte de Cocteau (Ă©crit pour Berthe Bovy en 1938), dĂ©peint toutes les facettes de la dĂ©raison ampoureuse. “Elle” est une femme au bord de l’hystĂ©rie, trahie, abandonnĂ©e, humiliĂ©e… qui cherche en vain des motifs de plainte puis de renoncement : au tĂ©lĂ©phone, elle exprime toute sa profonde et impuissante solitude ; l’amour bafouĂ© et rompu suscite la folie comme la dĂ©raison ; rĂȘve ou cauchemar Ă©veillĂ©, ou soliloque autosacrificiel, la scĂšne se borne uniquement au ressentiment de l’hĂ©roĂŻne.

Ravel, 1911
Maurice_Ravel_1925Egalement en un acte, la comĂ©die musicale de Ravel est crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique en mai 1911. A TolĂšde au XVIIIĂš, L’Ă©pouse de l’horloger Torquemada, Concepcion, s’ennuie ferme et se dĂ©sespĂšre que son soupirant le poĂšte Gonzalve lui rĂ©cite des vers… Heureusement survient celui que l’on attendait pas, Ramiro le muletier qui entreprend la belle… avec succĂšs.
De quiproquos en rebondissements, Concepcion cache ses soupirants et amant indĂ©sirables dans les horloges du magasin, et trop naĂŻf pour ne pas ĂȘtre cocu, Torquemada demande Ă  Ramiro de revenir ainsi chaque matin… LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de La Voix humaine et de l’Heure espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

Opéra de Tours
LA VOIX HUMAINE
FRANCIS POULENC

L’HEURE ESPAGNOLE
MAURICE RAVEL

  
Catherine Dune, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction  

boutonreservationVendredi 10 avril 2015 – 20h
Dimanche 12 avril 2015 – 15h
Mardi 14 avril 2015 – 20h

Conférence, samedi 28 mars 2015, 14h30
Grand Théùtre, Salle Jean Vilar
entrée gratuite

 

 

 

distributions

LA VOIX HUMAINE
Tragédie lyrique en un acte
Livret de Jean Cocteau
Création le 6 février 1959 à Paris
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand *
Costumes : Elisabeth de Sauverzac *
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Elle : Anne-Sophie Duprels *

L’HEURE ESPAGNOLE
Comédie musicale en un acte
Livret de Franc-Nohain, d’aprĂšs sa piĂšce
Création le 19 mai 1911 à Paris
Editions Durand

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand *
Costumes : Elisabeth de Sauverzac *
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Conception : Aude Extremo
Gonzalvo : Florian Laconi
Torquemada : Antoine Normand
Ramiro : Alexandre Duhamel
Don Inigo Gomez : Didier Henry

OPERA. Tours : Trittico superlatif de Puccini, les 13, 15 et 17 mars 2015

TOURS : nouveau Trittico, 1918 par Jean-Yves OssonceTours, OpĂ©ra. Il Trittico de Puccini. Les 13, 15 et 17 mars 2015. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours sous la baguette fine et dramatiquement souple de Jean-Yves Ossonce. Sur la scĂšne tourangelle, les chanteurs dirigĂ©s par le metteur en scĂšne Paul-Emile Fourny Ă©blouissent par leur incarnation saisissante, d’autant que la rĂ©alisation scĂ©nographique et visuelle d’une justesse cinĂ©matographique, souligne le gĂ©nie du dernier Puccini : les 3 actes courts et tous diffĂ©rents du Trittico (Triptyque, crĂ©Ă© Ă  New York en 1920), tous singuliers et si diffĂ©rents, composent cependant une unitĂ© thĂ©Ăątrale qui rĂ©sume les affres tragiques et comiques de la comĂ©die humaine.

 

 

 

Tragique et sincÚre pétillant et délirant, le théùtre de Puccini triomphe à Tours

Triptyque / Trittico Ă©tincelant Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

Tours : Jean-Yves Ossonce dirige la 7Ăšme Symphonie de DvorakLa production crĂ©Ă©e en SlovĂ©nie fait escale avant Metz, (horizon 2016) Ă  Tours : elle est magnifiquement portĂ©e par une troupe de chanteurs et surtout d’acteurs parfaitement prĂ©parĂ©s, pilotĂ©s, engagĂ©s. Parmi un collectif au chant et jeu de scĂšne ciselĂ©s, ne manquez surtout pas la bouleversante Suor Angelica de la soprano qui monte : Vannina Santoni, son timbre angĂ©lique et poignant transfigure le pauvre cƓur de la sƓur cloĂźtrĂ©e Ă  son insu, SƓur AngĂ©lique ; c’est aussi l’excellent baryton, Tassis Christoyannis aussi suggestif et profond dans la tragĂ©die d’Il Tabarro (Michele), que fin et truculent en Gianni Schichi : l’interprĂšte a tout pour sĂ©duire, captiver, transporter : la gouaille burlesque, la subtilitĂ© d’un jeu mozartien et rossinien, la fluiditĂ© sincĂšre pour chaque sentiment et chaque situation… A leurs cĂŽtĂ©s, les amateurs retrouvent le tĂ©nor vaillant et solide Florian Laconi… Tours rĂ©unit donc la crĂȘme du chant lyrique pour honorer comme rarement le thĂ©Ăątre puccinien. Le dernier Puccini Ă©gale  le dernier Verdi, en sensibilitĂ©, justesse, tendresse (bien sĂ»r Schichi fait penser Ă  Falstaff… voire en plus cynique et glaçant). Quant aux actes qui prĂ©cĂšdent : si Il Tabbaro est un concentrĂ© stupĂ©fiant de vĂ©risme nuancĂ© (la fin dans cette production est… glaçante), Suor Angelica (le volet central), suscite la compassion cathartique, celle portĂ©e, incarnĂ©e par la jeune religieuse recluse et culpabilisĂ©e, dont les Ă©lans du cƓur et le cri lyrique si mesurĂ© et contenu, rappellent et synthĂ©tisent les larmes dĂ©chirantes de Madama Butterfly (Cio Cio San) : Paul-Emile Fourny signe l’une de ses meilleures mises en scĂšne, d’autant Ă©loquente sous la direction musicale du chef Jean-Yves Ossonce. Production incontournable. LIRE aussi notre prĂ©sentation complĂšte de l’opĂ©ra Il Trittico de Giacomo Puccini, prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 13, 15, 17 mars 2015.

 

 

boutonreservationTours, OpĂ©ra Ă  l’OpĂ©ra de Tours. 3 dates Ă©vĂ©nements :
Giacomo Puccini : Il Tritico, le Triptyque (1918)
Nouvelle production

Vendredi 13 mars 2015 – 20h
Dimanche 15 mars 2015 – 15h
Mardi 17 mars 2015 – 20h

Conférence Il Trittico de Puccini :
Samedi 7 mars – 14h30 – Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Compte rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni
 Jacques Duparc, mise en scÚne. Jean-Yves Ossonce, direction.

tours-opera-chauve-souris-bal-acte-II-ossonce-Une production dĂ©licieusement cohĂ©rente. C’est un opĂ©ra construit sur l’accomplissement d’une vengeance,  celle de Falke (Michal Partyka) qui entend bien ainsi laver l’humiliation que lui a infligĂ© Eisenstein (trĂšs efficace Dider Henry) – vrai petit bourgeois sans relief, Ă©poux infidĂšle dĂ©mangĂ© par la bagatelle…. de fait un piĂšge lui est tendu avec la complicitĂ© d’un collectif aux apparences hĂ©tĂ©rogĂšnes mais aux motivations et convergences bien soudĂ©es : la propre femme de chambre qui rĂȘve dĂ©jĂ  de briller sur la scĂšne des thĂ©Ăątres (AdĂšle), le directeur de la prison Franck,  jusqu’au prince Orlofsky (excellente Aude Extremo),  jeune millionnaire asexuĂ© dĂ©sabusĂ© parfaitement dĂ©pressif que l’argent ennuie mais que grise l’idĂ©e de railler un petit prĂ©tentieux : Le portrait idĂ©al d’un jeune oligarche dĂ©bauchĂ© ?. Il occupe le devant des planches Ă  l’acte II.

 

 

 

Epatante Chauve Souris Ă  Tours

 

En organisant un bal costumĂ© au II (rĂ©gal visuel en place des habituels fracs noirs et robes de mariĂ©es vues habituellement, façon Jean BĂ©raud), le jeune prince permet Ă  chacun de changer d’identitĂ© – mais on en est pas au vrai travestissement et identitĂ© inversĂ©e comme dans les meilleurs opĂ©ras vĂ©nitiens (voyez les ouvrages de Cesti ou Cavalli,  les deux suiveurs de Monteverdi). Ici chacun devient ce qu’il veut,  “chacun Ă  son goĂ»t” comme le prĂ©cise non sans cynisme et malice le mĂȘme Orlofsky. AdĂšle devient une trĂšs honorable lady de la haute : Olga qui se rĂȘve actrice (III : voir son trio avec Ida et Franck ; celui lĂ  mĂȘme y devient le Chevalier Renard. …); et Eisenstein qui devrait ĂȘtre en prison, a son habit de galant vert, sous le titre de marquis Renard.

Le tableau ne serait pas complet sans la figure de l’Ă©pouse dĂ©laissĂ©e,  vraie desperate housewife emmurĂ©e Ă  Pontoise (- l’opĂ©ra de Strauss adapte un boulevard parisien La RĂ©ception) : Rosalinde. Celle-ci ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle du masque… pour le bal d’Orlofsky au II, elle devient donc une comtesse hongroise en transit : le compositeur inspirĂ© par le sentiment nostalgique et patriote lui dĂ©die logiquement le seul grand air de la soirĂ©e, sublime Czardas qui pourrait faire l’air de concert parfait d’un programme de concert  (Mireille Delunsch s’y impose en actrice dĂ©lurĂ©e).

C’est elle qui piĂšge son «  mufle » de mari: en se laissant courtiser par lui,  elle se fait offrir sa fameuse montre,  piĂšge Ă  filles ; en possession de l’épouse vengeresse, l’objet dĂ©lictueux lui permet au III, de dĂ©voiler l’infidĂ©litĂ© du coquin : la honte de l’Ă©poux dĂ©masquĂ© fera la vengeance de Falke.

tours-opera-chauve-souris-jacques-duparc-582En cours de soirĂ©e, le spectacle va crescendo: le I est clairement et trĂšs efficacement d’exposition; le II se savoure comme une coupe de champagne, – en prĂ©sence de leur hĂŽte Orlofsky,  les convives masquĂ©s fĂȘtent et trinquent Ă  la santĂ© du «  roi Champagne » (un tableau rĂȘvĂ© pour les directions marketing de tous les producteurs champenois) et une succession de perles solistes et chorales signĂ©es du roi de la valse;  le III captive par sa verve thĂ©Ăątrale oĂč perce l’intelligence du metteur en scĂšne Jacques Duparc dont le talent d’acteur,  dĂ©voilĂ© au I en policier cleptomane,  s’affirme davantage dans l’acte de la prison : il fait du chef geĂŽlier  Frosch, un loup dĂ©sabusĂ©, dĂ©jantĂ©, hilare, portĂ© sur la bouteille (son sketch sur la « fine » est mĂ©morable), qui rĂ©tablit le thĂ©Ăątre Ă  gags,  dĂ©lirant,  raffinĂ©,  un contrepoint purement thĂ©Ăątral dans l’enchaĂźnement des airs chantĂ©s en allemand.

 

 

Épatante Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de Tours

 

Vannina Santoni, Ă©patante AdĂšle / Olga

 

 

La rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e – dans toute production il y en a forcĂ©ment une-, reste la pĂ©tulante et si subtile AdĂšle/Olga de Vannina Santoni, nature incandescente pour l’indomptable et malicieuse servante qui se rĂȘve actrice. Au I, son AdĂšle est capricieuse et indiscrĂšte ; au II, elle du chien en aristocrate improvisĂ©e. Puis son air du III dans lequel elle veut convaincre Franck d’ĂȘtre son protecteur est un sublime moment de fragilitĂ© virtuose, dans lequel l’actrice pĂ©tille et convainc par ses dons d’imitatrice versatile : une vĂ©ritable soeur de Zerbinette dans l’opĂ©ra Ariadne auf Naxos de l’autre Strauss (Richard). Quel timbre gĂ©nĂ©reux et fruitĂ©,  suavement articulĂ©,  aux aigus agiles, faciles, colorĂ©s. Sa performance est saisissante. Car l’actrice dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans le Cosi fan tutte de Mozart ici mĂȘme,  avait Ă©tĂ© tout autant convaincante.

Dans la fosse,  Jean-Yves Ossonce dĂ©livre le parfum sensuel et voluptueux,  les couleurs nostalgiques d’une partition parmi les plus raffinĂ©es qui soient. Vrai plus de la production,  si les dialogues sont en français,  tous les airs sont en allemand: de quoi mieux comprendre enjeux et situations comme s’il s’agissait d’une comĂ©die de boulevard tout en savourant les dĂ©lices de chaque air dĂ©fendu dans la prosodie originelle. De quoi confirmer l’Ă©tonnante sensibilitĂ© de Strauss sur la scĂšne lyrique.  De quoi aussi constater l’excellence artistique de l’opĂ©ra de Tours: une vraie troupe et un chef dĂ©fendent ici l’art lyrique et symphonique avec engagement et finesse. Preuve est faite pour qui en doute toujours que les initiatives lyriques en province tiennent trĂšs haut les promesses de leur affiche. Production idĂ©ale pour fĂȘter l’an neuf 2015.  La Chauve Souris de Johann Strauss prĂ©sentĂ© par l’OpĂ©ra de Tours les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2015.

Comte-rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni
 Jacques Duparc, mise en scÚne. Jean-Yves Ossonce, direction.

 

 

Illustrations : © Fr. Berthon pour l’OpĂ©ra de Tours 2014

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de La Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours en dĂ©cembre 2014

Nouvelle Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Tours, OpĂ©ra. Johann Strauss II : La Chauve Souris. Les 27,28,30, 31 dĂ©cembre 2014. FĂȘtez la fin 2014 avec La Chauve Souris de Johann Strauss fils : la finesse des situations rĂ©pond ici au raffinement d’une partition orchestrale totalement enivrante et pĂ©tillante comme une flĂ»te de champagne. Au dĂ©part, il s’agit d’une vengeance, celle de Falke qui ridiculisĂ© par Eisenstein : – il fut obligĂ© de traverser toute la ville habillĂ© en chauve souris avec un bec jaune -, invite son « ami » devenu cible au bal du prince Orlofsky : Eisenstein croit y sĂ©duire de nouvelles sirĂšnes (alors qu’il est mariĂ© Ă  Rosalinde) mais il tombera dans un piĂšge dĂ©voilant sa nature infidĂšle.

 

 

 

FĂȘtez le passage 2014-2015 Ă  l’OpĂ©ra de Tours

La Chauve souris, joyau de Johann Strauss II

 

prinet 1905 le_balconSa propre Ă©pouse grimĂ©e en princesse hongroise se laisse sĂ©duire par lui et accepte qu’il lui offre sa montre : un objet qui permettra Ă  la jeune femme de dĂ©montrer l’infidĂ©litĂ© crasse de son mari
 Au terme d’un soirĂ©e grisante oĂč l’on change d’identitĂ© comme de partenaires, oĂč la soubrette AdĂšle (servante des Eisenstein) s’émancipe en actrice dĂ©lurĂ©e (Olga)-, Falke et son parieur Orlofsky rient d’Eisenstein copieusement ridiculisĂ© mais trompĂ© finalement en un dernier chƓur oĂč l’ivresse et l’insouciance collective apportent une conclusion apparemment festive et apaisĂ©e. Pourtant rien n’est rĂ©solu
 MalgrĂ© la rĂ©jouissance affichĂ©e et la rĂ©conciliation des amis, Rosalinde est plus que jamais dĂ©sireuse de divorcer de son Ă©poux volage.

Nouvelle Chauve Souris de Johann II Strauss Ă  l'OpĂ©ra de ToursRien n’égale le double jeu, les apparences trompeuses, l’ambivalence d’une partition d’une sĂ©duction infinie. Au cƓur de la rĂ©ussite de La Chauve Souris, se dĂ©ploie le gĂ©nie mĂ©lodique et orchestral de Johann Strauss, heureux rival de son pĂšre, et qui ne reconnaissait qu’un seul maĂźtre : son propre frĂšre, Josef dont on s’obstine Ă  Ă©carter toujours valses et poĂšmes symphoniques. Le roi de la valse, Johann II, a toujours reconnu la supĂ©rioritĂ© du gĂ©nie de son cadet Josef, alors que ce dernier aurait prĂ©fĂ©rĂ© s’adonner Ă  la recherche et l’ingĂ©nierie. Quoiqu’il en soit de la valeur de Johann II ou de Josef, La Chauve Souris est une opĂ©rette parmi les mieux Ă©crites de tout le rĂ©pertoire lyrique ; sous sa sĂ©millante lĂ©gĂšretĂ© se cachent des joyaux d’élĂ©gance et de raffinement. Une comĂ©die ciselĂ©e qui n’a jamais perdu de son charme ni de sa profondeur depuis sa crĂ©ation en avril 1874 Ă  Vienne. Toute nouvelle production de La Chauve Souris offre une immersion dans l’ivresse musicale la plus exquise. Gageons que cette promesse se rĂ©alise particuliĂšrement Ă  l’OpĂ©ra de Tours en dĂ©cembre 2014


 

Jean-Beraud-An-Argument-in-the-Corridors-of-the-Opera-1889

 

 

Johann Strauss IIstrauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888
Die fledermaus, La Chauve Souris
Opérette viennoise en 3 actes, livret de Richard Genée
Création à Vienne, Theater an der Wien, le 5 avril 1874
Edition BĂ€renreiter (Ă©dition critique) – ChantĂ©e en Allemand, dialogues en français, surtitrĂ© en français

Tarifs : sĂ©rie E (de 7€ Ă  65€) le 31/12/2014 : sĂ©rie E+ (de 7€ Ă  70€)
RĂ©servations : 02 47 60 20 20 / www.operadetours.fr

4 représentations à Tours :

Samedi 27 décembre,  20h
Dimanche 28 décembre, 15h
Mardi 30 décembre, 20h
Mercredi 31 décembre, 20h

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours
ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours
(Direction : Emmanuel Trenque)

Nouvelle co-production Opéra de Tours,
Opéra de Reims, Art musical et Opéra Théùtre Grand Avignon

Avec le soutien exceptionnel de l’Association des Amis du Centre Lyrique de Tours, à l’occasion de ses soixante ans

Direction  : Jean-Yves Ossonce
Mise en scÚne : Jacques Duparc
Décors Christophe Vallaux et Art musical Costumes, accessoires : Art musical LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Rosalinde : Mireille Delunsch
Adele : Vannina Santoni
Prince Orlofsky : Aude Extremo
Gabriel von Eisenstein : Didier Henry
Dr Falke : Michal Partyka*
Franck : Frédéric Goncalves*
Frosch : Jacques Duparc
Alfred : Eric Huchet
Dr Blind : Jacques Lemaire

* DĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 
Nouvelle Chauve Souris à l'Opéra de Tours

 

Illustration : une scĂšne Ă  l’OpĂ©ra par Jean BĂ©raud, 1889. Une soirĂ©e, 1878 (DR)

Les Caprices de Marianne d’Henri Sauguet

Tours, OpĂ©ra. Sauguet : Les Caprices de Marianne. Les 13, 15 et 17 fĂ©vrier 2015. Oriol Tomas, mise en scĂšne. Claude Schnitzler, direction. ThĂ©Ăątre des passions et des sentiments contrastĂ©s, l’opĂ©ra d’Henri Sauguet (1901-1989), crĂ©Ă© en 1954, marque les esprits par sa langue ciselĂ©e, dĂ©voilant en contrastes soulignĂ©s, les vertiges du cƓur. Souffrance, jalousie, voire folie, les protagonistes de la comĂ©die qui est aussi un drame tragique, suivent l’intrigue de la piĂšce originelle de Musset (1833). L’auteur lui-mĂȘme en couple avec George Sand, impĂ©tueuse maĂźtresse, connut les affres de la passion amoureuse digne de ses hĂ©ros fictionnels. 

sauguet-franceL’Ɠuvre a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au festival d’Aix en Provence. InspirĂ©e de Musset, elle permet aux classes et leurs professeurs d’approfondir un travail spĂ©cifique sur l’adaptation des oeuvres littĂ©raires Ă  l’opĂ©ra. En l’occurrence il s’agit de voir comment le librettiste de Sauguet, Jean-Pierre GrĂ©dy, a adaptĂ© le texte de Musset pour la scĂšne lyrique. Sauguet fut un habituĂ© de ce genre de transposition : La Contrebasse d’aprĂšs Tchekov (livret de Henri Troyat), La Chartreuse de Parme d’aprĂšs Stendhal crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de paris, puis La Gageure imprĂ©vue d’aprĂšs Sedaine en 1943, prĂ©cĂšde l’expĂ©rience des Caprices.  Suivra encore en 1978, Boule de suif d’aprĂšs Maupassant
 Comment expliquer la mise Ă  l’écart dont souffre toujours Sauguet, comme Honegger ou Milhaud ? La rĂ©surrection des Caprices met en valeur l’efficacitĂ© d’une Ă©criture dramatique, polytonale, d’une superbe concision harmonique sachant caractĂ©riser chacune des trĂšs nombreux Ă©pisodes de l’action. Le travail des rĂ©pĂ©titeurs dĂšs les premiĂšres sessions se concentrent sur l’articulation du français, un Ă©lĂ©ment clĂ© de l’opĂ©ra Ă  cette Ă©poque.

 

 

 

A quoi sert la mort de CƓlio ?

 

autoportrait degas Degas_Edgar_21_autoportrait_maxLa tension dramatique s’inscrit dans les choix scĂ©niques du metteur en scĂšne : imaginĂ© dans le texte originel de Musset «  sous le rĂšgne de François Ier », le drame s’inscrit dans cette nouvelle production Ă  Naples, la menace du VĂ©suve, Ă©lĂ©ment sourd et permanent qui annonce la mort de CƓlio, ce jeune homme amoureux qui n’a de cesse de conquĂ©rir le cƓur de Marianne : l’indice tragique y colore jusqu’à la fin cet opĂ©ra du drame amoureux. Allusivement, c’est une guerre politique et sociĂ©tale qui se joue, un conflit de gĂ©nĂ©rations et d’esthĂ©tiques : les vieux bourgeois dĂ©tenteurs du pouvoir contre la jeunesse rebelle et romantique
 Le dĂ©cor reproduit pour partie la fameuse galerie urbaine et bourgeoise Umberto I Ă  Naples : formidable parabole du carcan social qui recouvre et Ă©touffe avec son dĂŽme en verre. La perspective accentuĂ© Ă©voque aussi le labyrinthe du thĂ©Ăątre Olympique de Vicence et ses dĂ©dales impossibles oĂč se perd la raison des hĂ©ros. Ici rĂšgne le soupçon dĂ©lirant et la jalousie criminelle, ceux de l’époux de Marianne (le juge Claudio) qui sent tout autour de la maison conjugale, une Ă©pouvantable et pourtant irrĂ©pressible « odeur d’amants ». Le ton est donnĂ©. Il est vrai que CƓlio entreprend divers stratagĂšme pour sĂ©duire la belle Marianne, utilisant tour Ă  tour la vieille Ciuta, puis surtout le cousin du juge, Octave, dĂ©pravĂ© libertin auquel Marianne finira par faire quelques avances
 Au final, Ă  quoi sert l’amour non partagĂ© de CƓlio pour Marianne ? Car celle-ci lui prĂ©fĂšre le cƓur d’Octave. Musset ajoute Ă  la tragĂ©die, le poison du cynisme. En CƓlio, il faut avoir ce hĂ©ros romantique que sa jeunesse et ses aspirations rendent dĂ©calĂ©, un inadaptĂ© dans le monde rĂ©el. Si Marianne est froide et indiffĂ©rente, seul Octave son ami, renonce Ă  l’amour de Marianne ça dil ne veut pas trahir son ami. La verve et les dĂ©lices de la langue imaginĂ© par Musset, transcrits dans l’opĂ©ra de Sauguet concernent surtout les confrontations entre Marianne et Octave chez qui bouillonnent et tempĂȘtent des sentiments contradictoires mais qu’unit un vrai sentiment amoureux, avouĂ© ou refoulĂ©.

Qu’en sera-t-il sur les planches des thĂ©Ăątres accueillant la production ? RĂ©ponses Ă  travers les diffĂ©rentes dates de la tournĂ©e, en France et en Suisse. A l’OpĂ©ra de Tours, pour 3 dates : les 23, 15 et 17 fĂ©vrier 2015. 

sauguet henri sauguet les_caprices_de_marianne_770 opera de tours tournee france 2015La production en tournĂ©e en France, est portĂ©e par les jeunes chanteurs laurĂ©ats des auditions organisĂ©es par le Centre Français de Promotion Lyrique, avec une Ă©quipe de production canadienne. Saluons l’initiative qui permet de dĂ©fendre une perle lyrique française mĂ©connue, de la faire connaĂźtre d’un large public en la programmant dans une dizaine de thĂ©Ăątres d’opĂ©ra : au total 14 salles françaises accueillent la production. Soit 40 reprĂ©sentations jusqu’en 2016 (deux distributions en alternance). Avant Les Caprices de Marianne, le CFPL avait inaugurĂ© un tel projet lyrique collĂ©gial avec le Voyage Ă  Reims de Rossini en 2009-2010.

 

 

Les Caprices de Marianne Ă  l’OpĂ©ra de Tours
les 13, 15 et 17 février 2015
Opéra-comique en deux actes
Livret de Jean-Pierre GrĂ©dy, d’aprĂšs la piĂšce d’Alfred de Musset
Création le 20 juillet 1954 à Aix-en-Provence

Direction : Claude Schnitzler
Mise en scĂšne : Oriol Tomas
Assistant mise en scĂšne : Emilie Martel
DĂ©cors : Patricia Ruel *
Costumes : Laurence Mongeau
LumiĂšres : Etienne Boucher *

Marianne : Zuzana Markova *
Hermia : Sarah Laulan *
Octave : Philippe-Nicolas Martin *
Coelio : François Rougier *
Claudio : Norman Patzke *
Tibia : Raphaël Bremard
L’aubergiste : Jean-Christophe Born *
Le chanteur de sérénade : Guillaume Andrieux *
La DuĂšgne : Julien Brean *

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Présenté en français, surtitré en français

* dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

En savoir + sur Henri Sauguet 

 

 

Illustration : Autoportrait d’Edgar Degas : CƓlio, le portrait du jeune hĂ©ros romantique, sacrifiĂ© dans le drame de Musset.

 

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

ossonce jean yves osrct symphonique toursTrilogie originale que celle inaugurant la nouvelle saison symphonique 2014-2015 de l’OpĂ©ra de Tours. Leonore III de Beethoven permet aux musiciens et au chef de mesurer leur capacitĂ© dans l’exposition d’une ouverture passionnĂ©e offrant toute l’exaltation de l’idĂ©al fraternel et humaniste dĂ©fendu et dĂ©veloppĂ© dans l’opĂ©ra qui suit, Fidelio. La rage et la dĂ©termination ouvertement tournĂ©es vers la lumiĂšre composent le plus bel hymne Ă  la fidĂ©litĂ© amoureuse, Ă  la loyautĂ© qui fait la grandeur humaine, autant d’idĂ©aux que Beethoven inscrit en lettres d’or sur le fronton de la scĂšne.  L’ĂąpretĂ© motorique des premiers violons, le chant aĂ©rien de la flĂ»te, la tendresse hĂ©roĂŻque du hautbois entre autres, lancent le formidable chant de victoire qui transforme peu Ă  peu la violence du drame en ferveur exaltĂ©e, une transe instrumentale que Jean-Yves Ossonce conduit sans sourciller ni sans faiblir jusqu’Ă  sa libĂ©ration finale. C’est ce mĂȘme orchestre qui porte tout au long de l’annĂ©e l’une des programmations lyriques les plus intĂ©ressantes de l’Hexagone : leur expĂ©rience et leur engagement comme orchestre lyrique, s’entendent nettement ici.

ORCHESTRE TOURS CHATELETMĂȘme tension fraternelle et vive opposition de deux thĂšmes contrastĂ©s dans la seconde partition plutĂŽt rare ailleurs, mais emblĂšme d’une curiositĂ© propre Ă  Tours Ă  prĂ©sent car les Ɠuvres d’AlbĂ©ric Magnard (mort en 1914) y sont rĂ©guliĂšrement jouĂ©es grĂące Ă  la curiositĂ© du chef : il y a quelques mois (avril 2014), rĂ©sonnait avec une vivacitĂ© envoĂ»tante, ce wagnĂ©risme français parfaitement maĂźtrisĂ© dans l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice (voir notre reportage vidĂ©o sur l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours), rĂ©vĂ©lation totale oĂč l’ouvrage dĂ©ploie un symphonisme particuliĂšrement texturĂ©, des audaces harmoniques qui suivent trĂšs scrupuleusement la mĂ©tamorphose psychique des protagonistes (ici BĂ©rĂ©nice, phare moral pourtant rĂ©pudiĂ©e, et l’empereur Titus qui Ă  son contact vit un bouleversement personnel d’une dignitĂ© tragique rare). D’une architecture parfaitement Ă©laborĂ©e, l’Hymne Ă  la justice crĂ©Ă© en 1902 est l’acte de dĂ©nonciation qui est l’Ă©quivalent musical du ” J’accuse ” de Zola, en pleine affaire Dreyfus. A la violence qui s’y dĂ©gage dans l’Ă©noncĂ© de la barbarie humaine rĂ©pond le scintillement lumineux du thĂšme de la justice avec l’utilisation de la harpe dont Franck dans sa fameuse Symphonie en rĂ© fait un usage tout aussi rĂ©flĂ©chi au moment le plus spirituellement clĂ©. DouĂ© d’une grande motricitĂ© expressive, l’orchestre conduit le flux expressif tout en rĂ©vĂ©lant la plĂ©nitude rayonnante des timbres solistes (flĂ»te, basson, clarinette…). L’Ă©quilibre des rĂ©ponses entre les pupitres, la clartĂ© de la progression dramatique, la fluiditĂ© vive de la direction de Jean-Yves Ossonce au service d’une Ɠuvre rare, magnifiquement Ă©crite, dĂ©fendent avec une passion constante, la redĂ©couverte de Magnard.

 

tchaikovski-583-597Le clou de la soirĂ©e est dans sa seconde partie, la 6Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski (crĂ©Ă©e en 1893). PiĂšce maĂźtresse de l’orchestre symphonique russe Ă  son sommet romantique, dont les sĂ©quences sont autant de traversĂ©es sombres mais Ă©purĂ©es de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Voici assurĂ©ment l’une des Symphonies les plus intimes, sombres, graves jamais Ă©crites : un miroir noir pourtant fascinant par ses failles et ses Ă©lans instrumentalement ciselĂ©s. La conclusion (IV. Allegro lamentoso) d’un lugubre grave d’une totale poĂ©sie, Ă©tend son voile pianissimo jusqu’Ă  l’infime souffle de vie : il s’agit de la derniĂšre partition de Tchaikovski dont Jean-Yves Ossonce aura peu Ă  peu abordĂ© l’intĂ©grale des Symphonies au cours des derniĂšres saisons de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours (OSRCT). Chef et instrumentistes ont rĂ©vĂ©lĂ© une Ă©nergie maĂźtrisĂ©e, jouant lĂ  encore sur les dĂ©licats Ă©quilibres entre les pupitres, l’Ă©loquence amĂšre et voluptueuse des timbres (dont Ă©videmment les pointes grimaçantes et sardoniques des cors bouchĂ©s en fin d’expĂ©rience : le chef fait battre la cadence d’un cƓur condamnĂ© dĂšs les premiĂšre notes.
Dans ce sublime parcours funĂšbre, le second mouvement allegro (con grazia) prend des allures de remise en ordre, de discipline reconquise, aux Ă©lans Ă©perdus mais qui ne peuvent au final empĂȘcher le lent effondrement progressif jusqu’Ă  l’anĂ©antissement des derniĂšres mesures du cycle. La dĂ©sespĂ©rance, la dĂ©pression, le dĂ©lire et la transe s’expriment dans une langue raffinĂ©e dont les interprĂštes soulignent la richesse des combinaisons, les effluves remarquablement orchestrĂ©s d’une lente et inĂ©luctable agonie. Le martĂšlement obsessionnel puis allĂ©gĂ© jusqu’Ă  l’innocence du second mouvement, la valse du troisiĂšme embrumĂ©e et voilĂ©e elle aussi de profonds ressentiments,  la chute finale et les derniĂšres saccades d’un cƓur mis Ă  mort, font le mĂ©rite d’une lecture tendue et fruitĂ©e qui n’a pu se dĂ©ployer ce soir sans une rĂ©elle complicitĂ© entre le chef et ses musiciens. Une entente capable de dĂ©passements en concert que l’on aime suivre pas Ă  pas, et demain peut-ĂȘtre dans de nouveaux champs d’exploration, de recherche, d’ajustement comme les 6 et 7 dĂ©cembre, ce Walton inconnu, ou nous l’espĂ©rons chez Sibelius, ou Mahler… sans omettre les symphonistes français mĂ©connues : Bizet, Franck, D’Indy, Lalo, Dukas, et tant d’autres dont nous ne doutons pas que Jean-Yves Ossonce, en symphoniste affĂ»tĂ©, rĂ©vĂ©lera bientĂŽt les qualitĂ©s oubliĂ©es.

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Prochain concert symphonique de l’OSRCT Ă  l’OpĂ©ra de Tours : les 6 et 7 dĂ©cembre 2014. Mozart (Ouverture des Noces de Figaro, Concerto pour piano n°25), Walton (Symphonie n°1) : OSRCT. Igor Tchetuev, piano. Emmanuel Joel-Hornak, direction

Prochain opĂ©ra Ă  l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de Tours : la sublime Chauve Souris de Johann Strauss fils qui associe dĂ©lire thĂ©Ăątral et orchestration Ă©lĂ©gantissime : un Ă©vĂ©nement pour les fĂȘtes et une nouvelle production sous la baguette de l’excellent Jean-Yves Osonce : 4 reprĂ©sentations pour la fin de l’annĂ©e et l’avĂšnement de 2015. Les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2014. Jacques Duparc, mise en scĂšne. Avec Mireille Delunsch (Rosalinde), Vannina Santoni (AdĂšle), Didier Henry (Eisenstein), Aude Extremo (Orlovsky), Jacques Duparc (Frosch)… Nouvelle production

 

 

Illustrations : © GĂ©rard Proust 2014. Jean-Yves Ossonce et l’OSRCT, Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours

Tours. Concert Tchaikovski:6Ăšme Symphonie. OSRCT, JY Osonce, les 15,16 novembre 2014

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Tours, concert. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Pour lancer sa saison symphonique 2014 – 2015, l’OpĂ©ra de Tours propose pour son premier concert, les 15 et 16 novembre prochains, un programme passionnant couplant Magnard (une spĂ©cialitĂ© locale dĂ©fendue depuis de nombreuses annĂ©es par le chef Jean-Yves Ossonce), Beethoven et surtout TchaĂŻkovski – autre compositeur favori (6Ăšme Symphonie, “PathĂ©tique”)… Concert Ă©vĂ©nement. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les concerts symphoniques Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont devenus des Ă©vĂ©nements incontournables tant par l’originalitĂ© des programmes prĂ©sentĂ©s souvent trĂšs ambitieux, et toujours remarquablement Ă©quilibrĂ©s, que l’engagement des musiciens en prĂ©sence, canalisĂ©s par la direction vive et affĂ»tĂ©e de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathĂ©tique : les facettes expressives des Ɠuvres ainsi enchaĂźnĂ©es offrent un panel impressionnant de climats Ă  rĂ©ussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction trĂšs Ă©laborĂ©es qui sont l’aboutissement de plusieurs rĂ©Ă©critures de la part de Beethoven : composĂ©e en 1806, il s’agit aprĂšs moult essais, d’un rĂ©sumĂ© redoutablement efficace du drame qui en prolonge les dĂ©clarations multiples : hymne Ă  l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une Ă©toffe orchestrale des plus raffinĂ©s. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du concert inaugural de la saison symphonique 2014-2015…

 

La 6Ăšme de Tchaikovsky ouvre la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours

tchaikovski-583-597

 

 

Tours,OpĂ©ra. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les concerts symphoniques Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont devenus des Ă©vĂ©nements incontournables tant par l’originalitĂ© des programmes prĂ©sentĂ©s souvent trĂšs ambitieux, et toujours remarquablement Ă©quilibrĂ©s, que l’engagement des musiciens en prĂ©sence, canalisĂ©s par la direction vive et affĂ»tĂ©e de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathĂ©tique : les facettes expressives des Ɠuvres ainsi enchaĂźnĂ©es offrent un panel impressionnant de climats Ă  rĂ©ussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction trĂšs Ă©laborĂ©es qui sont l’aboutissement de plusieurs rĂ©Ă©critures de la part de Beethoven : composĂ©e en 1806, il s’agit aprĂšs moult essais, d’un rĂ©sumĂ© redoutablement efficace du drame qui en prolonge les dĂ©clarations multiples : hymne Ă  l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une Ă©toffe orchestrale des plus raffinĂ©s.

Prolongement des rĂ©cents concerts donnĂ©s par l’Orchestre au cours des trois derniĂšres annĂ©es (LIRE entre autres notre prĂ©sentation de la Symphonie n°4 jouĂ©e en janvier et fĂ©vrier 2012), la Symphonie ultime de Tchaikovski, PathĂ©tique, accomplit tout un cycle orchestral d’une rare et exceptionnelle introspection : comme les opus de Mahler, les Ɠuvres de Tchaikovski ont un fort contenu autobiographique. Comme une prĂ©monition de sa mort prochaine, le compositeur russe y peint une sĂ©rie de paysage crĂ©pusculaire, marquĂ©s par l’anĂ©antissement des forces vitales, Piotr Illyitch, marquĂ© par un terrible secret (celui de son homosexualitĂ©) ayant toujours Ă©tĂ© enclin Ă  la dĂ©pression et Ă  la solitude. La richesse et le raffinement de l’orchestration, l’architecture globale de l’opus 74 laissent l’impression d’une traversĂ©e sans retour, une plongĂ©e Ăąpre et enivrĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Entre la premiĂšre sous la direction de l’auteur (Saint-PĂ©tersbourg le 16 octobre 1893), accueillie froidement (la baguette de TchaĂŻkovski n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs convaincante) et sa reprise sous la direction toute autre de Napravnik, qui apporte le succĂšs, TchaĂŻkovski s’éteint probablement sous la pression d’un scandale liĂ© Ă  sa vie intime. Suicide ou empoisonnement, nul ne le saura peut-ĂȘtre jamais mais cette 6 Ăšme dite ” PathĂ©tique ” est davantage, un Requiem symphonique composĂ©e dans les affres et les vertiges paniques d’une dĂ©route personnelle. S’y dĂ©verse tel un flot Ă©ruptif d’une solennitĂ© toute martiale et pleine de panache la rĂ©sistance aussi d’un homme atteint, viscĂ©ralement inscrit dans le dĂ©sespoir. L’opus 74 est dĂ©diĂ© Ă  son neveu Vladimir Davydov, sa bouĂ©e de sauvetage dans l’une des pĂ©riodes les plus tourmentĂ©es et difficile de sa vie.

 

Beethoven : Leonore, ouverture III opus 72c
Magnard : Hymne Ă  la justice opus 14
Tchaikovski : Symphonie n°6 “PathĂ©tique”

Tours, Grand Théùtre Opéra
Samedi 15 novembre – 20h
Dimanche 16 novembre – 17h
RĂ©servez votre place

DĂ©couvrir la saison symphonique 2014 – 2015 sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Conférence sur le programme du concert des 15 et 16 novembre 2014
Samedi 15 novembre – 19h00
Dimanche 16 novembre – 16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

Compte rendu, Opéra. Tours. Opéra, le 12 octobre 2014. Mozart : Cosi fan tutte. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise en scÚne

Compte rendu, OpĂ©ra. Tours. OpĂ©ra, le 12 octobre 2014. Mozart : Cosi fan tutte. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise en scĂšne. Saluons ce qui fait le charme immĂ©diat de cette nouvelle production de l’opĂ©ra de Tours et qui ouvre trĂšs positivement sa nouvelle saison 2014-2015 : son Ă©vidence et sa vivacitĂ© thĂ©Ăątrale. Le travail du metteur en scĂšne, Ă  prĂ©sent familier de la scĂšne tourangelle, Gilles Bouillon, offre une lecture trĂšs rafraĂźchissante de l’opĂ©ra mozartien qui malgrĂ© sa charge comique (l’Ă©pisode de Despina maquillĂ© en mĂ©decin appliquant les prĂ©ceptes de Mesmer sur les corps apparemment empoisonnĂ©s des deux garçons Ă  la fin du I) n’en saisit pas moins par sa justesse cynique : comĂ©die doux-amer, Cosi fan tutte plonge dans la vĂ©ritĂ© des entiments Ă©prouvĂ©s : la farce Ă©pingle surtout l’inconstance des coeurs amoureux. Les serments d’hier sont trahis par le dĂ©sir nĂ© dans l’élan d’un nouvel instant. Terrible leçon de rĂ©alisme sentimental, marivaudage amer et sans alternative… Fiordiligi et Dorabella, deux beautĂ©s napolitaines sont inconsolables depuis le dĂ©part de leurs deux fiancĂ©s Ă  la guerre : jeu de dupes pour mieux les rendre sensibles aux charmes de deux prĂ©tendants orientaux (en fait leurs ex amants dĂ©guisĂ©s…). Tout le drame s’appuie sur la complicitĂ© entre les hommes et le public, dont le seul but est de piĂ©ger les jeunes femmes : lesquelles rĂ©sistent d’abord, puis s’offrent aux deux nouveaux venus.

 

 

 

COSI-FAN-TUTTE-opera-Tours---photo-francois-Berthon

 

 

 

D’un plateau vocal globalement homogĂšne, se distinguent nettement la Dorabella naturellement puissante et idĂ©alement subtile de la jeune mezzo Karine SĂ©chaye que nous avions applaudie ici mĂȘme pour un somptueux Aiglon d’Honegger ; mĂȘme aplomb vocal et jeu tout en fine facĂ©tie du Guglielmo d’Alexandre Duhamel. Le baryton nous offre mĂȘme en accord avec la gĂ©nĂ©rositĂ© du chef, l’air si rare “Rivolgete”, pourtant essentiel dans la dĂ©roulement comique de ce Cosi trĂšs rĂ©ussi. Ils sont d’autant mieux portĂ©s dans leur mouvement et leur jeu respectif grĂące aux piliers Alfonso / Despina qu’incarnent respectivement Franck Leguerinel (au chant presque inaudible parfois) et Catherine Dune dont l’intelligence de l’actrice ne peut masquer l’usure de la voix.

AffĂ»tĂ©, d’une constante sensibilitĂ©, en chef lyrique expĂ©rimentĂ©, Jean-Yves Ossonce veille Ă  l’Ă©quilibre plateau / fosse, ciselant un Mozart, intensĂ©ment dramatique, expressivement chambriste, d’une grĂące et d’une fluiditĂ© rayonnante qui elle aussi, contribue Ă  la rĂ©ussite de cette nouvelle production, vraie performance thĂ©Ăątrale, oĂč le profil individuel de chaque protagoniste gagne une prĂ©sence progressive ; oĂč l’enjeu de chaque situation est Ă©vidente et parfaitement exposĂ©. Les quintettes et les sextuors qui manifestent la suavitĂ© et le vertige des coeurs qui se dĂ©voilent brusquement, sont subtilement conduits, faisant surgir cette tendresse dĂ©sormais irrĂ©sistible et d’une sincĂ©ritĂ© singuliĂšre qui fonde la beautĂ© et le mystĂšre de la musique mozartienne. TrĂšs convaincante rĂ©alisation.

Illustration : Cosi fan tutte Ă  l’OpĂ©ra de Tours en octobre 2014 © François Berthon

 

 

tours-opera-opera-de-tours-582BON PLAN Ă  Tours (repĂ©rĂ©/testĂ© par CLASSIQUENEWS) : avant, aprĂšs la reprĂ©sentation Ă  l’OpĂ©ra de Tours, un nouveau lieu de restauration, Ă©galement salon de thĂ©, Ă  2 pas de l’OpĂ©ra vient d’ouvrir (face Ă  l’entrĂ©e principale, sur le trottoir de gauche)  : “La DĂźnette“. Accueil et service trĂšs agrĂ©ables, cadre lumineux et raffinĂ©. La DĂźnette, 3 rue Corneille 37000 Tours. TĂ©l rĂ©servation, horaires : 09 83 30 20 30.

Tours, Opéra : Portes ouvertes toute la journée samedi 4 octobre 2014

tours-opera-opera-de-tours-582Tours, OpĂ©ra : Portes ouvertes en accĂšs libre toute la journĂ©e samedi 4 octobre 2014. En pleine prĂ©paration de son prochain opĂ©ra Ă  venir, Cosi fan tutte de Mozart – le dernier ouvrage que Wolfgang Amadeus compose avec le librettiste Da Ponte-, l’OpĂ©ra ThĂ©Ăątre de Tours rend accessible ses espaces – coulisses et salle de spectacle, Ă  l’adresse de tous les publics, pour une grande journĂ©e de dĂ©couverte de l’univers lyrique. Toute la journĂ©e de demain, samedi 4 octobre 2014, Ă  partir de 9h, l’OpĂ©ra de Tours accueille les visiteurs, en entrĂ©e libre, de 9h Ă  12h puis de 13h15 Ă  22h. Chacun y est invitĂ© Ă  dĂ©couvrir les espaces techniques qui forment les coulisses d’une reprĂ©sentation, les rĂ©pĂ©titions de l’orchestre dans la fosse le matin. Les plus jeunes sont conviĂ©s Ă  un atelier les sensibilisant aux Ă©lĂ©ments de dĂ©cors imaginĂ©s pour la production de Cosi. L’aprĂšs-midi, le public pourra assister Ă  la rĂ©pĂ©tition en costumes de l’opĂ©ra de Mozart, puis participer Ă  une rencontre avec l’Ă©quipe artistique. A 14h30, confĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutte… puis de 19h Ă  22h, rĂ©pĂ©tition en costumes (dans la limite des places disponibles). Cosi fan tutte de Mozart est Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12,14 octobre 2014.

programme complet de la journée :

Portes ouvertes Ă  l’OpĂ©ra de Tours. EvĂšnement annuel et festif, les portes ouvertes sont l’occasion, en dĂ©but de saison de visiter le thĂ©Ăątre-opĂ©ra de Tours, salle Ă  l’italienne, et d’assister Ă  des rĂ©pĂ©titions publiques de l’opĂ©ra d’ouverture de saison (Cosi fan tutte de Mozart) comme de rencontrer les professionnels du spectacle.

MATIN

9h : ouverture des portes
Visites libres du Théùtre : coulisses, dessous de scÚne, plateau, cintres, foyers, loges, ateliers et stock costumes
Exposition de quelques costumes dans l’enceinte du thĂ©Ăątre
9h30 Ă  12h30 : rĂ©pĂ©tition de l’orchestre en fosse : Cosi fan Tutte

Ateliers jeune public
9h45 et 11h : « Le dĂ©part des soldats amoureux » : fabrication d’un bateau inspirĂ©s des maquettes du dĂ©cor de
Cosi fan tutte (durĂ©e : 1h / 12 places, inscription le jour mĂȘme). Avec Justine Auroy, pour les enfants de 6 Ă  12 ans

9h15 et 10h30 : « Jouons sur des airs de Mozart » : atelier musical (durée : 1h / 15 places, inscription le jour
mĂȘme). Avec Julie Boudsocq, pour les enfants de  7 Ă  12 ans
12h : fermeture des portes

APRES-MIDI

13h15 : ouverture des portes
Coulisses, dessous de scĂšne, plateau, cintres, loges, ateliers et stock costumes ne sont plus accessibles

13h45 à 16h45 : répétition costumée de la mise en scÚne de Cosi Fan Tutte (Acte 2)
A l’issue, Ă©change avec l’équipe artistique

14h30 : confĂ©rence organisĂ©e par l’Association des Amis du Centre Lyrique de Tours
Présentation de Cosi Fan Tutte par Bernard Pico, dramaturge

17h : atelier dĂ©couverte du chant choral avec Emmanuel Trenque, chef de chƓur (durĂ©e : 45 min)

19h à 22h : répétition costumée avec orchestre de Cosi Fan Tutte (dans la limite des places disponibles)

+ d’INFOS : visitez le site de l’OpĂ©ra de Tours

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Cosi fan tutte de Mozart Ă  Tours

Mozart portraitXTours, OpĂ©ra. Mozart : Cosi fan tutte. Les 10,12,14 octobre 2014. CrĂ©Ă© en 1790 Ă  Vienne, Cosi fan tutte, opĂ©ra du cynisme amoureux, incarne l’ultime offrande du duo lĂ©gendaire Da Ponte et Mozart. sur le traces de l’opĂ©ra vĂ©nitien fixĂ© par Cavalli et son librettiste Faustini ; Da Ponte imagine deux couples dont les membres se croisent en un imbroglio amoureux dĂ©routant et amer. Les serments d’hier se brisent face au dĂ©sir nouveau, et constatant la fragilitĂ© des sentiments amoureux, le vieux philosophe, sorte de libertin cynique, Alfonso peut remporter le pari dont est issue l’action premiĂšre. Le marivaudage dĂ©voile, fait misogyne flagrant, l’infidĂ©litĂ© des femmes… quand la roublardise des hommes est tout autant active et responsable des Ă©vĂ©nements. Mozart lui-mĂȘme fut amoureux de deux sƓurs : ne pouvant Ă©pouser Aloysia, il se marie avec Constanz…  Le compositeur que l’amour inspire toute sa vie, Ă©tait lui-mĂȘme fin connaisseur du labyrinthe des passions humaines. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  Tours.

Mozart : Cosi fan tutte
Opéra-bouffe en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Création le 26 janvier 1790 à Vienne
Editions BĂ€renreiter

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
Dramaturgie : Bernard Pico

Fiordiligi : Vannina Santoni
Dorabella : Carine SĂ©chaye
Despina : Catherine Dune
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Alexandre Duhamel *
Don Alfonso : Franck Leguérinel

Opéra de Tours
nouvelle production
Vendredi 10 octobre – 20h
Dimanche 12 octobre – 15h
Mardi 14 octobre – 20h

ConfĂ©rence gratuite sur l’opĂ©ra de Mozart, le 4 octobre 2014, Grand ThĂ©Ăątre, Salle Jean Vilar. Places attribuĂ©es dans la limite des siĂšges disponibles.

Nouveau Falstaff de Verdi Ă  Tours

Verdi Ă  Paris : JĂ©rusalem, Don Carlos Ă  l'OpĂ©raTours. Verdi : Falstaff. Les 23,25,27 mai 2014. Jean-Yves Ossonce interroge le dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme, un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et enfantin
 Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et Pistola, qui pourtant devant femme aguichante a gardĂ© son Ăąme de sĂ©ducteur, parfois crĂ©dule, infantile. Se faire berner malgrĂ© lui, voilĂ  la trame de l’action. Mais au final, comme beaucoup de parodie humaine et de satire sociale, le chevalier fantasque bouffonet Magnifique nous tend notre miroir : une leçon de vĂ©ritĂ© Ă  l’adresse de tous. Cette victime placardĂ©e et vilipendĂ©e pourrait tĂŽt ou tard chacun de nous. Falstaff dĂ©voile l’inhumanitĂ© et nous invite Ă  cultiver l’humanitĂ©.

Les bons bourgeois de Windsor, Ă©poux jaloux et pervers des fameuses commĂšres en prennent aussi pour leur grade. Electron honnis, Falstaff, inclassable dans la grille sociale, dĂ©fait tout un systĂšme oĂč rĂšgne la perfidie, l’hypocrisie, la stupiditĂ©, la duplicitĂ© et l’intĂ©rĂȘt (l’époux d’’Alice Ford aimerait bien voir sa fille Nannetta Ă©pouser le docteur CaĂŻus, mpeme si ce dernier pourrait ĂȘtre son arriĂšre grand pĂšre !
).

ComĂ©die dans la comĂ©die, la pseudo fĂ©erie du chĂȘne noir (dans le parc royal de Windsor), mascarade shakespearienne oĂč la sociĂ©tĂ© semble recouvrer une Ăąme d’enfance
 fĂ©es, lutins, reine angĂ©lique Ă  l’appui-, instaure un climat fantastique et tendre. Dans la fosse, hĂ©ritier des facĂ©ties mordantes et piquantes signĂ©es avant lui par Rossini, Donizetti, Verdi offre Ă  l’orchestre une partition constellĂ©e de joyeux comiques Ă  sens multiples.  Un feu crĂ©pitant qui danse et dĂ©nonce. C’est un compositeur octogĂ©naire qui enfante ce Falstaff Ă  la fois lĂ©onin et enfantin, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en 1893. Jamais Verdi ne fut plus efficace dramatiquement ni mieux inspirĂ© musicalement. Un chef d’oeuvre de finesse, de vĂ©ritĂ©, de satire enivrĂ©e.

Verdi : Falstaff Ă  l’OpĂ©ra de Tours
vendredi 23 mai 2014, 20h
dimanche 25 mai 2014, 15h
mardi 27 mai 2014, 20h

Conférence gratuite de présentation de Falstaff, samedi 17 mai 2014, 14h30 au Grand Théùtre de Tours, Salle Jean Vilar. Dans la limite des places disponibles.

Falstaff de Verdi, opéra en trois actes
Livret de Arrigo Boito, d’aprĂšs Shakespeare (Les joyeuses commĂšres de Windsor)
Création le 9 février 1893 à Milan. Présenté en italien, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiĂšres : Michel Theuil
Dramaturgie : Bernard Pico

Sir John Falstaff : Lionel LhĂŽte
Ford : Enrico Marrucci
Mrs Alice Ford : Isabelle Cals
Nannetta : Norma Nahoun
Fenton : SĂ©bastien Droy
Mrs Quickly : Nona Javakhidze
Mrs Meg Page : Delphine Haidan
Bardolfo : Antoine Normand
Pistola : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Coproduction dĂ©cors, costumes et accessoires OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

Toutes les modalitĂ©s de rĂ©servations, les infos pratiques sur le site de l’OpĂ©ra de Tours 

Falstaff de Verdi Ă  Tours

Verdi Ă  Paris : JĂ©rusalem, Don Carlos Ă  l'OpĂ©raTours. Verdi : Falstaff. Les 23,25,27 mai 2014. Jean-Yves Ossonce interroge le dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme, un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et enfantin
 Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et Pistola, qui pourtant devant femme aguichante a gardĂ© son Ăąme de sĂ©ducteur, parfois crĂ©dule, infantile. Se faire berner malgrĂ© lui, voilĂ  la trame de l’action. Mais au final, comme beaucoup de parodie humaine et de satire sociale, le chevalier fantasque bouffonet Magnifique nous tend notre miroir : une leçon de vĂ©ritĂ© Ă  l’adresse de tous. Cette victime placardĂ©e et vilipendĂ©e pourrait tĂŽt ou tard chacun de nous. Falstaff dĂ©voile l’inhumanitĂ© et nous invite Ă  cultiver l’humanitĂ©.

Les bons bourgeois de Windsor, Ă©poux jaloux et pervers des fameuses commĂšres en prennent aussi pour leur grade. Electron honnis, Falstaff, inclassable dans la grille sociale, dĂ©fait tout un systĂšme oĂč rĂšgne la perfidie, l’hypocrisie, la stupiditĂ©, la duplicitĂ© et l’intĂ©rĂȘt (l’époux d’’Alice Ford aimerait bien voir sa fille Nannetta Ă©pouser le docteur CaĂŻus, mpeme si ce dernier pourrait ĂȘtre son arriĂšre grand pĂšre !
).

ComĂ©die dans la comĂ©die, la pseudo fĂ©erie du chĂȘne noir (dans le parc royal de Windsor), mascarade shakespearienne oĂč la sociĂ©tĂ© semble recouvrer une Ăąme d’enfance
 fĂ©es, lutins, reine angĂ©lique Ă  l’appui-, instaure un climat fantastique et tendre. Dans la fosse, hĂ©ritier des facĂ©ties mordantes et piquantes signĂ©es avant lui par Rossini, Donizetti, Verdi offre Ă  l’orchestre une partition constellĂ©e de joyeux comiques Ă  sens multiples.  Un feu crĂ©pitant qui danse et dĂ©nonce. C’est un compositeur octogĂ©naire qui enfante ce Falstaff Ă  la fois lĂ©onin et enfantin, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en 1893. Jamais Verdi ne fut plus efficace dramatiquement ni mieux inspirĂ© musicalement. Un chef d’oeuvre de finesse, de vĂ©ritĂ©, de satire enivrĂ©e.

Verdi : Falstaff Ă  l’OpĂ©ra de Tours
vendredi 23 mai 2014, 20h
dimanche 25 mai 2014, 15h
mardi 27 mai 2014, 20h

Conférence gratuite de présentation de Falstaff, samedi 17 mai 2014, 14h30 au Grand Théùtre de Tours, Salle Jean Vilar. Dans la limite des places disponibles.

Falstaff de Verdi, opéra en trois actes
Livret de Arrigo Boito, d’aprĂšs Shakespeare (Les joyeuses commĂšres de Windsor)
Création le 9 février 1893 à Milan. Présenté en italien, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiĂšres : Michel Theuil
Dramaturgie : Bernard Pico

Sir John Falstaff : Lionel LhĂŽte
Ford : Enrico Marrucci
Mrs Alice Ford : Isabelle Cals
Nannetta : Norma Nahoun
Fenton : SĂ©bastien Droy
Mrs Quickly : Nona Javakhidze
Mrs Meg Page : Delphine Haidan
Bardolfo : Antoine Normand
Pistola : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Coproduction dĂ©cors, costumes et accessoires OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

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CLIP vidĂ©o. BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145CLIP vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  Tours. RecrĂ©ation majeure Ă  l’OpĂ©ra de Tours : la nouvelle production de l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard (1911) crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement les 4,6 et 8 avril 2014. D’une grandeur humaine raffinĂ©e, ciselĂ©e comme une Ă©pure tragique, l’Ă©criture de Magnard assimile et Wagner et Massenet avec une sensibilitĂ© instrumentale et une vitalitĂ© rythmique, originales, souvent inouĂŻes. Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce, dĂ©taillĂ©, dramatique, rĂ©unit un plateau idĂ©al : Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou, dans les rĂŽles principaux : BĂ©rĂ©nice et Titus, offrant aux figures antiques, une intensitĂ© poĂ©tique trĂšs convaincante.

Ayant perdu sa mĂšre alors qu’il n’avait que 4 ans, Magnard peint dans le portrait de BĂ©rĂ©nice, une figure de femme admirable, mesurĂ©e, loyale, d’une intĂ©gritĂ© morale exemplaire qui laisse la place peu Ă  peu au renoncement ultime aprĂšs avoir Ă©tĂ© passionnĂ©ment amoureuse. Saisi par Tristan und Isolde de Wagner, dĂ©couvert Ă  Bayreuth en 1886, Magnard se destine Ă  la musique, devenant l’Ă©lĂšve de Dubois, le proche de Ropartz. La pulsation rythmique rappelle Roussel, les raffinements harmoniques, Dubois ; et le caractĂšre langoureux extatique, le Wagner de Tristan et de la Walkyrie. BĂ©rĂ©nice est une Isolde française, un hommage personnel et puissamment original Ă  l’Ɠuvre wagnĂ©rienne.

Nouvelle production événement. CLIP vidéo exclusif CLASSIQUENEWS.COM

Lire notre compte rendu critique de BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours avec Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 4 avril 2014. Albéric Magnard : Bérénice. Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou, Nona Javakhidze, Antoine Garcin. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Alain Garichot, mise en scÚne

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145Pour le centenaire de la disparition d’AlbĂ©ric Magnard, l’OpĂ©ra de Tours a eu le nez fin en programmant pour trois soirĂ©es sa rare BĂ©rĂ©nice (4,6, 8 avril 2014), ces reprĂ©sentations n’étant que les secondes depuis la crĂ©ation de l’Ɠuvre en dĂ©cembre 1911. En 2001, l’OpĂ©ra de Marseille avait osĂ© redĂ©couvrir cette tragĂ©die lyrique aprĂšs la lettre, et puis plus rien.
Disciple de Jules Massenet, ThĂ©odore Dubois et Vincent d’Indy, Ă©chaudĂ© par l’échec de ses ouvrages lyriques prĂ©cĂ©dents, Yolande et GuercƓur, et peinant Ă  trouver un nouveau sujet pour la scĂšne, Magnard se voit suggĂ©rer en 1904 la figure de BĂ©rĂ©nice, qui finit par le hanter tout Ă  fait.
PlutĂŽt que mettre en musique les vers de Racine, geste qu’il considĂ©rait comme un affront au gĂ©nie de l’auteur, le compositeur dĂ©cide d’écrire son propre livret en s’inspirant de diverses sources, allant jusqu’à puiser dans une BĂ©rĂ©nice Ă©gyptienne. C’est ainsi que la reine de JudĂ©e se trouve rajeunie, que Titus ne monte sur le trĂŽne de son pĂšre dĂ©funt qu’au deuxiĂšme acte, et que BĂ©rĂ©nice achĂšve l’Ɠuvre en offrant sa chevelure, symbole de sa fĂ©minitĂ©, Ă  la dĂ©esse VĂ©nus, comme un renoncement Ă  ses charmes fermant ainsi pour toujours son cƓur Ă  l’amour.

Racine Ă  l’opĂ©ra

La partition s’ouvre par une introduction respirant le large et les embruns, rĂ©sumant Ă  elle seule les thĂšmes qui seront dĂ©veloppĂ©s durant le drame, servie par une Ă©criture qui rappelle irrĂ©sistiblement Berlioz et son Île inconnue.

 

 

BERENICE Opéra de Tours avril 2014 © François Berthon  6018

         

 

 

Par la suite, le langage utilisé par le compositeur est celui de la déclamation mélodique, couvrant un large ambitus mais toujours au service du texte, sous lequel se tisse une harmonie qui rappelle aussi bien Wagner que Debussy, et préfigurant par instants déjà Poulenc. Racine est bien entendu présent, par la majesté des personnages, en particulier le rÎle-titre, à la fierté impériale, alors que Titus ploie sous les doutes et les tourments. Un ouvrage qui se noue comme un dialogue, les répliques des autres personnages ne venant que conforter les deux protagonistes dans leurs choix et leurs résolutions.
La richesse de l’orchestration met en valeur le travail effectuĂ© par Jean-Yves Ossonce et son Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours, dĂ©bordant de la fosse jusqu’à occuper les loges supĂ©rieures de l’avant-scĂšne. La cohĂ©sion des musiciens se rĂ©vĂšle remarquable, sans faiblesse du dĂ©but Ă  la fin malgrĂ© la densitĂ© de l’écriture musicale et les difficultĂ©s qui en dĂ©coulent. Tout au plus pourrait-on souhaiter encore davantage de subtilitĂ© et de liquiditĂ© dans les accents des cordes, mais la performance de l’ensemble est Ă  saluer bien bas.
Invisibles, les chƓurs servent avec bonheur leurs parties, chansons calomniant BĂ©rĂ©nice autant que voix des marins manƓuvrant les rames du navire emportant la jeune femme loin de Rome.
Tenant les rĂȘnes de cette soirĂ©e, le chef confirme ses affinitĂ©s avec ce rĂ©pertoire, dont il souligne autant les filiations que les particularitĂ©s et qu’il sert avec un bonheur communicatif.
GrĂące Ă  douze annĂ©es passĂ©es Ă  la ComĂ©die Française, Alain Garichot connaĂźt bien ce sujet cĂ©lĂšbre entre tous, et sert son illustration lyrique avec un immense respect. Il imagine une scĂ©nographie dĂ©pouillĂ©e et intemporelle, offrant Ă  voir tantĂŽt une colonne dorique, tantĂŽt une statue, l’ouvrage culminant sur une proue de bateau couronnĂ© de sa voile, reprĂ©sentation simple et efficace du dĂ©part de BĂ©rĂ©nice sur les flots. Des images dont la majestĂ© conviennent admirablement Ă  l’Ɠuvre et qui permettent Ă  la musique de se dĂ©ployer pleinement.
La direction d’acteurs est Ă  l’avenant, centrĂ©e sur les deux amants dĂ©chirĂ©s par le devoir. BĂ©rĂ©nice demeure toujours altiĂšre, mesurĂ©e dans ses mouvements, retenue jusque dans la colĂšre, les sentiments la dĂ©vorant de l’intĂ©rieur sans qu’elle laisse paraĂźtre son trouble autrement que par ses mots ; contrairement Ă  Titus qui ne cesse de se mouvoir, agitĂ© par son trouble, implorant, Ă  genoux, Ă©tendu aux pieds de sa maĂźtresse, sans parvenir Ă  trouver la paix. Une opposition saisissante, qui fait Ă©cho Ă  la partition, d’une grande justesse.
Entourant le couple central, les seconds rĂŽles remplissent parfaitement leur rĂŽle.
Nona Javakhidze incarne une Lia aussi bien maternelle que sĂ©vĂšre, faisant admirer son beau mezzo rond et ample, mais que davantage de luminositĂ© aurait aidĂ© Ă  servir ce rĂ©pertoire dans toute sa clartĂ©. Mucien au cƓur sec, Antoine Garcin met Ă  profit la profondeur de sa voix de basse pour incarner le devoir, rude et inflexible.
L’ouvrage trouvant sa palpitation au cƓur de la passion qui anime les deux amants, il fallait trouver deux interprĂštes Ă  mĂȘme de rendre justice Ă  cette musique. Aussi dissemblables que complĂ©mentaires, Jean-SĂ©bastien Bou et Catherine Hunold dĂ©livrent une prestation d’une qualitĂ© exceptionnelle.
Lui confirme la place qu’il occupe actuellement dans le paysage lyrique français, grĂące Ă  sa voix de baryton claire et puissante, jamais grossie mais toujours percutante, Ă  l’aise dans l’aigu, ciselant son texte avec la prĂ©cision de ses grands aĂźnĂ©s. Il se donne tout entier dans ce Titus torturĂ© par le devoir, abhorrant le pouvoir avant d’avoir rĂ©gnĂ©, d’une grande vĂ©ritĂ© dramatique dans sa vulnĂ©rabilitĂ©.
Elle dĂ©montre une fois encore qu’elle est bien ce soprano dramatique Ă  la française qu’il nous manquait depuis longtemps. L’instrument se dĂ©ploie peu Ă  peu, paraissant grandir au fur et Ă  mesure que le drame se joue, mais jamais au dĂ©triment des mots, Ă©noncĂ©s Ă  fleur de lĂšvres. Si le bas-mĂ©dium et le grave surprennent par leur peu d’appui – sĂ©curitĂ© pour permettre au registre supĂ©rieur de durer tant en vaillance qu’en longĂ©vité ? – l’aigu Ă©clate, solide et puissant, d’un impact tĂ©tanisant. Parfois un rien tendu dans les sauts d’intervalles, il trouve sa plĂ©nitude dans les longues tenues lorsqu’il est prĂ©parĂ© et dĂ©tendu, ainsi que l’exigent les grandes voix. L’abandon devenant inĂ©luctable, la fureur s’apaise, laissant place Ă  d’ineffables nuances, faisant irradier un « je t’aimerai toujours » suspendu, comme arrĂȘtant le temps, Ă  la sincĂ©ritĂ© bouleversante.
DotĂ©e d’un port de reine et d’un magnĂ©tisme scĂ©nique Ă©vident, elle occupe le plateau par sa seule prĂ©sence, stature d’airain et noblesse jusque dans le sacrifice. Tant de qualitĂ©s qui nous font rĂȘver Ă  une Reine de Saba de Gounod et, dans un tout autre rĂ©pertoire, Ă  une Norma qui augure du meilleur.
Une redĂ©couverte majeure, un pari risquĂ© de la part de l’OpĂ©ra de Tours mais remportĂ© haut la main, qui rĂ©habilite l’originalitĂ© d’AlbĂ©ric Magnard. A quand GuercƓur ?

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 4 avril 2014. AlbĂ©ric Magnard : BĂ©rĂ©nice. Livret du compositeur d’aprĂšs Racine. Avec BĂ©rĂ©nice : Catherine Hunold ; Titus : Jean-SĂ©bastien Bou ; Lia : Nona Javakhidze ; Mucien : Antoine Garcin. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours et ChƓurs SupplĂ©mentaires ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scĂšne : Alain Garichot ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Claude Masson ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre

Illustrations : © François Berthon 2014

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler de Tours

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursTours, les 12 et 13 avril 2014. Mahler : Symphonie n°9. ORSCT, Jean-Yves Ossonce. Symphonie d’un adieu pacifiĂ©. Malade, presque cinquantenaire, affaibli mais pas extĂ©nuĂ©, Gustav Mahler compose sa Symphonie n°9. La conscience de la mort, la souffrance de la perte, les crises intĂ©rieures, multiples, toujours vivaces, inspirent au compositeur, l’une de ses partitions les plus autobiographiques, et l’aboutissement d’un chemin personnel et mystique parcouru depuis sa PremiĂšre Symphonie “Titan”. La partition est Ă©crite au mĂȘme moment que son Chant de la Terre, hymne au mystĂšre de la nature, terrifiante et stimulante, Ă  la fois lamento bouleversant Ă  la suite de la mort de sa fille Maria et aussi, suprĂȘme aspiration Ă  la paix. De sorte que sa DixiĂšme Symphonie serait si l’on intĂšgre son Chant de la terre dans le cycle des oeuvres orchestrales, comme un DixiĂšme opus.
Conçue de l’étĂ© 1908 au dĂ©but de l’annĂ©e 1909, la Symphonie n°9 embrasse toute l’expĂ©rience acquise, vĂ©cue, souhaitĂ©e, dĂ©testĂ©e. Mahler y mĂȘle tous les sentiments en un vaste cycle Ă©pique, dont le souffle, l’énergie, l’élĂ©vation semblent rejoindre le “grand tout”. C’est un dĂ©sir de tĂ©moigner et aussi, un effort de dĂ©tachement. IntensitĂ©, recul. Engagement, dĂ©tente. Renoncement et adieux, dĂ©tente, oubli, apaisement
 action, philosophie et examen critique. Le compositeur y laisse un adieu, inspirĂ© par la quĂȘte d’une sĂ©rĂ©nitĂ© finalement atteinte.

L’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours OSRCT sous l’impulsion de son chef attitrĂ© Jean-Yves Ossonce perpĂ©tue ainsi l’active tradition symphonique Ă  Tours qui compte dĂ©jĂ  plusieurs accomplissements comme les Symphonie de Brahms,  Magnard,   surtout un rĂ©cent cycle TchaĂŻkovski qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© passionnant et dont classiquenews a rendu compte rĂ©guliĂšrement. En lire +

 

Opéra de Tours
Saison symphonique 2013-2014.
Grand Théùtre-Opéra, les 12 et 13 avril 2014
Gustav Mahler : Symphonie n°9 en ré majeur
OSRCT, Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction

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BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours

berenice_titus_Racine_magnardTours, OpĂ©ra. Magnard : BĂ©rĂ©nice, 1911. Les 4,6,8 avril 2014. En s’inspirant trĂšs librement de Racine, Magnard compose son chef-d’oeuvre lyrique entre 1905 et 1909. Le symphoniste rĂ©vĂ©lĂ© et magnifiquement servi par Jean-Yves Ossonce, tourne le dos Ă  l’opĂ©ra Ă  la mode Ă  son Ă©poque. Inflexible et exigeant, Magnard, Ă©lĂšve de D’Indy, revendique la souverainetĂ© de la “musique pure”, la modernitĂ© du “style wagnĂ©rien”, tout en reconnaissant l’idĂ©al classique et romantique de Gluck et de Berlioz.
Dans la partition oĂč rĂšgne l’orchestre, Magnard cisĂšle le profil austĂšre et grave des deux protagonistes : Titus et BĂ©rĂ©nice, ici Jean-SĂ©bastien Bou, baryton et Catherine Hunold.
La nouvelle production portĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours rend hommage Ă  Magnard dont 2014 marque le centenaire.
Outre Bérénice, les concerts de musique de chambre proposent son Trio et sa Sonate pour violoncelle et piano (2 février 2014). Une page rare de César Franck (Rédemption) est programmée dans la saison symphonique, avec le 2e Concerto de Saint-Saëns (15 et 16 février 2014). Enfin, la NeuviÚme Symphonie de Mahler, contemporaine de Bérénice, clÎturera la saison symphonique (12 et 13 avril 2014).  

BĂ©rĂ©nice (nĂ©e vers 28 aprĂšs JC) est une figure illustre de l’histoire romaine : multiple Ă©pouse au rang prestigieux, elle rejoint finalement son frĂšre Agrippa II Ă  JĂ©rusalem et exerce le pouvoir Ă  ses cĂŽtĂ©s comme reine.
En GalilĂ©e, elle se rapproche de Titus (30 ans), futur empereur alors qu’il mate la rĂ©sistance des juifs (66-70) et devient sa maĂźtresse (elle en a 40).
Telle Esther devant Assuerus, BĂ©rĂ©nice prend la dĂ©fense du peuple juif et tente d’adoucir la rĂ©pression des romains.  En 70, le temple de JĂ©rusalem est rĂ©duit en cendres et la JudĂ©e devient province romaine. L’union de Titus et BĂ©rĂ©nice est mentionnĂ©e et commentĂ©e par SuĂ©tone et Tacite.

 

 

aimer ou rĂ©gner …

 

De retour Ă  Rome Titus rappelle BĂ©rĂ©nice (75), promet de l’Ă©pouser, mais face au scandale de leur mariage, renonce Ă  elle et la renvoie auprĂšs de son frĂšre en GalilĂ©e en 79, alors qu’il est devenu empereur. FiĂšre et digne, politicienne et patricienne fortunĂ©e, BĂ©rĂ©nice incarne une figure fĂ©minine forte mais humaine que l’amour a blessĂ© et profondĂ©ment marquĂ©. Titus renonçant Ă  celle qu’il aime devient lui aussi cĂ©lĂšbre, frappant les esprits par son sens du devoir au mĂ©pris de l’amour…  Titus et BĂ©rĂ©nice donne Ă  rĂ©flĂ©chir sur l’antagonisme entre politique et amour.  Racine et Corneille ont traitĂ© son histoire, devenu un mythe thĂ©Ăątral avant que Magnard ne la choisisse pour son unique opĂ©ra.
Racine choisit de fixer son action Ă  Rome alors que le vainqueur de JudĂ©e, ayant ramenĂ© avec l’Ă©trangĂšre, veut recevoir l’hommage du SĂ©nat. Mais il se confronte Ă  l’hostilitĂ© des sĂ©nateurs quant Ă  son mariage avec BĂ©rĂ©nice. D’un Ă©pisode psychologique assez peu dramatique, Racine rĂ©ussit un tour de force : Ă©crire une tragĂ©die en 5 actes dont la langue dĂ©finit le modĂšle de la grandeur classique nĂ©o antique. Racine ajoute le personnage d’Antiochus, le meilleur ami de Titus, qui lui aussi aime mais en vain la belle BĂ©rĂ©nice. L’empereur a dĂ©jĂ  fait son choix mais timide, il prĂ©fĂšre que se soit Antiochus qui annonce Ă  la Reine de Palestine, qu’empereur il ne peut l’Ă©pouser…  L’acte IV est celui oĂč l’amoureuse se dĂ©voile Ă  sa tristesse : elle songe au suicide tant il lui est difficile voire insurmontable d’imaginer la vie sans Titus. A la fin de la tragĂ©die, Racine brosse le portrait de trois solitaires qui aiment et souffrent rĂ©signĂ©s ; c’est lĂ  la grandeur tragique de la piĂšce. L’homme fĂ»t-il empereur ou prince n’est pas le maĂźtre de son destin : il doit sacrifier ce qu’il aime et rĂ©gner sans bonheur. On est loin ici des amours scandaleuses mais victorieuses de NĂ©ron et PoppĂ©e qui dans le cĂ©lĂšbre opĂ©ra de Monteverdi (1642) inflĂ©chissent tous les pouvoirs : Amor vincit omnia (l’amour vainc tout). Le thĂšme de Titus et BĂ©rĂ©nice en serait l’antithĂšse la plus frappante. Quand il Ă©crit sa tragĂ©die en 1670, Racine se serait inspirĂ© des amours sans lendemains de Louis XIV et de sa maĂźtresse Marie Mancini.

 

720px-Salon_de_Vénus-TITUS_ET_BERENICEBérénice. Tragédie en musique en trois actes
Livret d’AlbĂ©ric Magnard, d’aprĂšs Racine
Création le 15 décembre 1911 à Paris
Editions Salabert
Présenté en français, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Alain Garichot
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Claude Masson
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Bérénice : Catherine Hunold
Titus : Jean-SĂ©bastien Bou
Lia : Nona Javakhidze
Mucien : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Nouvelle production

Tours, Opéra
Vendredi 4 avril 2014 – 20h
Dimanche 6 avril 2014 – 15h
Mardi 8 avril 2014 – 20h

 

 

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Samedi 22 mars Ă  14h30 ‱ Grand ThĂ©Ăątre de Tours – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite dans la limite des places disponibles

Illustration : Versailles, angle du plafond du salon de Vénus. Titus et Bérénice ; carton de Lebrun, peinture de Houasse, vers 1678.

Titus et Bérénice
Albéric Magnard

RĂ©surrection. BĂ©rĂ©nice : l'opĂ©ra oubliĂ© d'AlbĂ©ric Magnard (1909)De l’aveu du compositeur lui-mĂȘme, humble serviteur de la musique qui osa mettre en musique le sujet inspirĂ© par Racine, BĂ©rĂ©nice a Ă©tĂ© composĂ© dans le style wagnĂ©rien. Ni dramatise exacerbĂ©, ni huit clos Ă©touffant, BĂ©rĂ©nice est un opĂ©ra classique et Ă©quilibrĂ© qui s’inspire de la mesure racinienne oĂč l’on ressent cette « tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragĂ©die ». Le langage de Magnard est celui d’un dĂ©fenseur ardent de musique pure soucieux de clartĂ© et de structure : coupe symphonique de l’ouverture, forme concertante pour le duo achevant le I; douce harmonie du canon Ă  l’octave pour toutes les effusions amoureuses ; final de sonate pour le retour de Titus au III
 Admirateur des grands dramaturges pour le thĂ©Ăątre, Magnard resserre, Ă©pure, allĂšge dans le sens d’un « dĂ©bat de conscience », entre la grandeur d’ñme et la vaillance admirable de BĂ©rĂ©nice et la lĂąchetĂ© de Titus
 Le compositeur a voulu exprimer le regret d’un empereur mort trĂšs jeune Ă  40 ans, celui d’avoir abandonnĂ© et trahi celle qui l’aimait pourtant d’un amour absolu. En sacrifiant le don de la vie le plus prĂ©cieux, Titus fĂ»t-il bien conseillĂ© et sincĂšre dans sa fĂ©lonie amoureuse, mĂ©ritait le chĂątiment suprĂȘme. L’opĂ©ra de Magnard entend surtout, et si tendrement, ressusciter le visage de l’amoureuse d’autant plus adorable qu’elle est ici affrontĂ©e Ă  l’esprit du calcul d’un amant trop politique. Pour confesser BĂ©rĂ©nice, Magnard invente le personnage de sa suivante et nourrice, Lia. Musicalement, le musicien veille Ă  diffuser depuis la fosse un parfum «  d’harmonie douloureuse, de tendresse sacrifiĂ©e ».

De Wagner à Virgile : composer Bérénice

Pour rendre sa figure plus Ă©clatante encore, Maganrd imagine son hĂ©roĂŻne jeune et conquĂ©rante, ĂągĂ© d’une vingtaine d’annĂ©es, en rien cette quinqa dĂ©jĂ  flĂ©trie qui cependant a rĂ©gnĂ© un temps sur le cƓur de son impĂ©rial cadet. Il fusionne aussi deux lĂ©gendes : la reine de JudĂ©e et une autre BĂ©rĂ©nice, celle-ci Ă©gyptienne, laquelle lui offre la grandeur poĂ©tique de son tableau final : pour hĂąter le retour de son aimĂ©, l’amoureuse enivrĂ©e coupe sa chevelure et l’offre en sacrifice Ă  VĂ©nus Aphrodite. Un acte d’une beautĂ© idĂ©ale qui rĂ©tablissant l’union de l’esthĂ©tique et de la tragĂ©die ressuscite l’esprit de Virgile. Comme le souhaitait Magnard.

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 18 mars 2014. Benjamin Britten : The Turn of the Screw. Isabelle Cals, Hanna Schaer, Cécile Perrin, Jean-Francis Monvoisin. Ariane Matiakh, direction musicale. Dominique Pitoiset, mise en scÚne

Le Tour d'ecrou OpĂ©ra de Tours mars 2014 © François Berthon  4895Initiative courageuse de la part de l’OpĂ©ra de Tours que de monter The Turn of the Screw – Le Tour d’écrou – de Britten, ouvrage encore insuffisamment jouĂ© dans l’Hexagone. ComposĂ© d’aprĂšs la nouvelle du mĂȘme nom Ă©crite par Henry James et crĂ©Ă© Ă  la Fenice de Venise en septembre 1954, cet opĂ©ra en deux actes et un prologue nous narre les dĂ©boires d’une gouvernante – dont on ne saura jamais le nom – aux prises avec les esprits des anciens serviteurs de la maison dĂ©sireux d’entraĂźner avec eux les deux enfants dont elle a nouvellement la garde. Une intrigue propice aux audaces harmoniques et aux couleurs inquiĂ©tantes, dont a parfaitement tirĂ© parti le compositeur, crĂ©ant une atmosphĂšre angoissante, dont l’étau se resserre tel un Ă©crou toute la soirĂ©e durant, pour un moment fort de vrai thĂ©Ăątre musical. C’est par un long silence que la reprĂ©sentation dĂ©bute, laissant rĂ©sonner le thĂ©Ăątre de tous ses murmures comme autant de fantĂŽmes, et ce n’est qu’ensuite que la musique peut occuper l’espace sonore.

Un Tour de trĂšs haut niveau

La maison tourangelle a servi cette piĂšce avec les honneurs qu’elle mĂ©rite, rĂ©unissant une distribution en tous points exemplaire et aux vocalitĂ©s gĂ©nĂ©reuses. Isabelle Cals coule sans effort son superbe soprano dans le personnage tourmentĂ© de la Gouvernante, dĂ©ployant sa voix riche et ronde, incarnant parfaitement cette figure complexe, dont on ignore si les spectres ne naissent pas uniquement dans son imagination.
Elle est secondĂ©e par une Hanna Schaer idĂ©ale en Mrs Grose, un rĂŽle qu’elle a dĂ©jĂ  incarnĂ© de nombreuses fois. On ne peut que se rĂ©jouir devant la fraicheur et la puissance de la voix de la mezzo suisse – qualitĂ©s que sa Mistress Benson dans LakmĂ© ne laissait pas soupçonner – ne faisant qu’un avec ce personnage dĂ©passĂ© par les Ă©vĂšnements et tout de tendresse maternelle.
Superbe Ă©galement, le couple fantomatique. CĂ©cile Perrin incarne une Miss Jessel Ă  l’ñme torturĂ©e, mĂ©lancolique et effrayante Ă  la fois, Ă  la prĂ©sence scĂ©nique aussi magnĂ©tique que son instrument large et Ă©tendu, emplissant sans effort la salle. A ses cĂŽtĂ©s, Jean-Francis Monvoisin joue des particularitĂ©s de son timbre pour dĂ©peindre un Peter Quint menaçant, utilisant toutes les possibilitĂ©s de sa voix pour un rĂ©sultat saisissant. Et ce tableau ne serait pas complet sans deux enfants trĂšs convaincants, dont la performance est Ă  saluer : Louise Van der Mee et Samuel Miles, tous deux d’une crĂ©dibilitĂ© redoutable, jusqu’aux couleurs inquiĂ©tantes qu’ils parviennent Ă  trouver, notamment le jeune garçon, aussi ambigu qu’insondable.
Tous se rĂ©vĂšlent en outre stylistiquement impeccables, et s’expriment dans un anglais au-dessus de tout reproche, une performance pour une distribution exclusivement francophone.
Et c’est avec Ă©vidence que les chanteurs Ă©voluent dans la mise en scĂšne rĂ©glĂ©e au cordeau par Dominique Pitoiset. Le scĂ©nographe a imaginĂ© un lieu unique, le salon d’une maison des annĂ©es 60 Ă  la dĂ©coration sobre et dont la grande baie vitrĂ©e donne sur un petit jardin enneigĂ©, au haut mur bordĂ© de thuyas. Un vĂ©ritable huis clos rendu plus Ă©touffant encore par les Ă©clairages remarquables de Christophe Pitoiset. La direction d’acteurs se rĂ©vĂšle Ă  la hauteur du cadre de scĂšne, Ă©blouissante de prĂ©cision et de tension, tout temps mort paraissant interdit, sinon impossible.

Dans la fosse, les treize musiciens de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours s’en donnent Ă  cƓur joie, chacun en position de soliste, et crĂ©ent avec un plaisir Ă©vident les ambiances irrespirables imaginĂ©es par Britten. Participant activement au drame, Ariane Matiakh couve les instrumentistes de sa baguette et leur insuffle son Ă©nergie, prenant cette partition, qu’elle dirige pour la premiĂšre fois, trĂšs Ă  cƓur. Une trĂšs belle soirĂ©e d’opĂ©ra, un ouvrage dramatiquement et musicalement trĂšs fort, de grandes voix, une mise en scĂšne intelligente ainsi que des musiciens profondĂ©ment impliquĂ©s, que demander de plus ?

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 18 mars 2014. Benjamin Britten : The Turn of the Screw. Livret de Myfanwy Piper, d’aprĂšs la nouvelle Ă©ponyme de Henry James. Avec La Gouvernante : Isabelle Cals ; Mrs Grose : Hanna Schaer ; Miss Jessel : CĂ©cile Perrin : Narrateur / Peter Quint : Jean-Francis Monvoisin ; Flora : Louise Van der Mee ; Miles : Samuel Mallet. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Ariane Matiakh, direction musicale ; Mise en scĂšne et scĂ©nographie : Dominique Pitoiset ; Costumes : Nathalie Prats ; LumiĂšres : Christophe Pitoiset ; Assistant mise en scĂšne : Stephen Taylor ; Chef de chant : Matthieu Le Levreur.

Britten : Le tour d’Ă©crou Ă  l’OpĂ©ra de Tours

britten_jeune_piano-570Tours, OpĂ©ra. Britten: The Turn of the screw. Les 14,16,18 mars 2014. Monde rĂ©el et fantĂŽmes, inquiĂ©tude, refoulement, questions, conscient et inconscient, enfance en danger, sacrifiĂ©e, bafouĂ©e, se conjuguent dans le monde de Benjamin Britten d’aprĂšs l’extraordinaire nouvelle d’Henry James. Accessible et novatrice, toute en couleurs sans cesse renouvelĂ©es, la musique habite cet univers prenant, protĂ©iforme Ă  laquelle la rĂ©alisation signĂ©e par Dominique Pitoiset, dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e Ă  Bordeaux, apporte un Ă©clat intĂ©rieur, lumineux et hypnotique. Peu Ă  peu, la musique et l’architecture dramatique nourrissent l’emprise du pervers Quint sur Miles, le jeune garçon, pourtant dĂ©fendu (vainement) par la nouvelle gouvernante…

Le Tour d’Ă©crou est crĂ©Ă© Ă  Venise en septembre 1954 Ă  la Fenice. Entre fantastique et horreur, l’action dĂ©peint la lente possession de deux enfants par deux fantĂŽmes pernicieux, Peter Quint et Miss Jessel, chacun infĂ©odant le jeune Miles et sa soeur Flora. Britten se passionne surtout pour la figure de l’Ă©trangĂšre, la gouvernante qui trĂšs attachĂ©e au jeune garçon, tente vainement de le protĂ©ger de la figure diabolique de Peter Quint : si le fantĂŽme s’efface, il laisse dans les bras de la gouvernante, le petit corps de Miles… sans vie. ComposĂ© de 8 tableaux strictement agencĂ©s et ponctuĂ©s lĂ  aussi d’interludes musicaux particuliĂšrement suggestifs, The Turn of the screw reste l’opĂ©ra de chambre, inventĂ© par Britten le plus saisissant par sa progression lente et oppressante, sa parfaite construction dramatique. Un modĂšle, avec The Rape of Lucretia et aussi le peu connu Owen Windgrave, dans le genre du thĂ©Ăątre intimiste. Le huit clos est saisissant, l’action prĂ©cise, fulgurante, et la musique d’une ĂąpretĂ© poĂ©tique et mordante.

Tours, Opéra
Les 14,16,18 mars 2014
Benjamin Britten : The Turn of the screw

Conférence
Samedi 8 mars Ă  14h30
Grand Théùtre de Tours
Salle Jean Vilar ‱ EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles

Opéra en deux actes avec prologue
Livret de Myfanwy Piper, d’aprĂšs la nouvelle d’Henri James
Création le 14 septembre 1954 à Venise
Editions Boosey et Hawkes
Présenté en anglais, surtitré en français

Direction : Ariane Matiakh
Mise en scÚne et scénographie : Dominique Pitoiset
Costumes : Nathalie Prats
LumiĂšres : Christophe Pitoiset
Assistant mise en scĂšne : Stephen Taylor

Narrateur / Peter Quint : Jean-Francis Monvoisin
Gouvernante : Isabelle Cals
Mrs Grose : Hanna Schaer
Miss Jessel : CĂ©cile Perrin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Production Décors, costumes et accessoires Opéra de Bordeaux

Le Tour d’Ă©crou de Britten Ă  Tours

britten_jeune_piano-570Tours, OpĂ©ra. Britten: The Turn of the screw. Les 14,16,18 mars 2014. Monde rĂ©el et fantĂŽmes, inquiĂ©tude, refoulement, questions, conscient et inconscient, enfance en danger ou bafouĂ©e, se conjuguent dans le monde de Benjamin Britten d’aprĂšs James. Accessible et novatrice, toute en couleurs sans cesse renouvelĂ©es, la musique habite cet univers prenant, protĂ©iforme Ă  laquelle la rĂ©alisation signĂ©e par Dominique Pitoiset, dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e Ă  Bordeaux, apporte un Ă©clat intĂ©rieure lumineux et hypnotique.

Le Tour d’Ă©crou est crĂ©Ă© Ă  Venise en septembre 1954 Ă  la Fenice. entre fantastique et horreur, l’action dĂ©peint la lente possession de deux enfants par deux fantĂŽmes pernicieux, Peter Quint et Miss Jessel, chacun infĂ©odant le jeune Miles et sa soeur Flora. Britten se passionne surtout pour la figure de l’Ă©trangĂšre, la gouvernante qui trĂšs attachĂ©e au jeune garçon, tente vainement de le protĂ©ger de la figure diabolique de Peter Quint : si le fantĂŽme s’efface, il laisse dans les bras de la gouvernante, le petit corps de Miles… sans vie. ComposĂ© de 8 tableaux strictement agencĂ©s et ponctuĂ©s lĂ  aussi d’interludes musicaux particuliĂšrement suggestifs, The Turn of the screw reste l’opĂ©ra de chambre, inventĂ© par Britten le plus saisissant par sa progression lente et oppressante, sa parfaite construction dramatique.

Tours, Opéra
Les 14,16,18 mars 2014
Benjamin Britten : The Turn of the screw

Conférence
Samedi 8 mars Ă  14h30
Grand Théùtre de Tours
Salle Jean Vilar ‱ EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles

Opéra en deux actes avec prologue
Livret de Myfanwy Piper, d’aprĂšs la nouvelle d’Henri James
Création le 14 septembre 1954 à Venise
Editions Boosey et Hawkes
Présenté en anglais, surtitré en français

Direction : Ariane Matiakh
Mise en scÚne et scénographie : Dominique Pitoiset
Costumes : Nathalie Prats
LumiĂšres : Christophe Pitoiset
Assistant mise en scĂšne : Stephen Taylor

Narrateur / Peter Quint : Jean-Francis Monvoisin
Gouvernante : Isabelle Cals
Mrs Grose : Hanna Schaer
Miss Jessel : CĂ©cile Perrin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Production Décors, costumes et accessoires Opéra de Bordeaux

Tours : L’OSRCT joue Dvorak et Brahms

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsTours, OpĂ©ra : Les 22 et 23 mars 2014. OSRCT. Jean-Yves Ossonce. Brahms : Symphonie n°1. Deux grands pages romantiques pour ce programme symphonique dĂ©fendu par l’Orchestre tourangeau (Orchestre symphonique RĂ©gion centre Tours) sous al direction de son chef principal Jean-Yves Ossonce : le Concerto de Dvorak permet le retour du violoncelliste Yan Levionnois, aprĂšs son sensationnel succĂšs avec l’OSRC-T dans Chostakovitch en novembre 2011.L’oeuvre de Dvorak est le grand concerto romantique pour violoncelle par excellence, reflet de l’Ăąme musicale de l’Europe Centrale, exigeant puissance, intĂ©rioritĂ©, tendresse et profondeur. L’infinie nostalgie, la couleur des bois et des cordes, les envolĂ©es et les contrastes, la puretĂ© des intentions musicales … en font un chef d’oeuvre. La 1Ăšre Symphonie de Brahms marque la conclusion du cycle de la saison derniĂšre : l’occasion de mesurer Ă  quel point cette musique parle Ă  chacun, Ă  toutes les Ă©poques. Grands frissons symphoniques et romantiques garantis !

 

AntonĂ­n DvorĂĄk
Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, op.104

Johannes Brahms
Symphonie n°1 en ut mineur, op.68

Yan Levionnois, violoncelle
Jean-Yves Ossonce, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 22 mars 2014 – 20h
Dimanche 23 mars 2014 – 17h
Tours, Opéra Théùtre

Conférence sur le thÚme du programme :
samedi 22 mars Ă  19h00
Dimanche 23 mars Ă  16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

La premiĂšre Symphonie de Brahms recueille les fruits d’une longue maturation de prĂšs de 20 annĂ©es ! Gestation lente et progressive qui fructifie Ă©videmment les bĂ©nĂ©fices de sa relation intime avec le couple Schumann. Le jeune Johannes rencontre Robert Schumann Ă  DĂŒsseldorf aprĂšs 1854. L’opus 68 est crĂ©Ă© Ă  Karlsruhe Ă  la fin de l’annĂ©e 1876. L’agitation et la nervositĂ© d’essence tragique du premier mouvement affirme un tempĂ©rament puissant et trĂšs grave, voire angoissĂ© : sentiment dont toutes les oeuvres de Brahms, habitĂ© par la mort, tĂ©moignent irrĂ©sistiblement. L’Andante sostenuto semble un temps se libĂ©rer du fatum, comme le presque scherzo rĂ©solument pastoral et assagi, d’une candeur sereine. L’Ă©criture de Brahms se souvient alors de la 9Ăšme de Beethoven dont le souvenir et la complexitĂ© contrapuntique animent tout le dernier mouvement qui se rapproche aussi de la carrure brucknĂ©rienne. La puissance et la densitĂ© de la facture, l’Ă©nergie conflictuelle qui se dĂ©tache de la riche texture orchestrale ne doivent pas voiler la trĂšs fine texture et les couleurs originales de l’orchestration. Ce point est souvent gommĂ© par les chefs qui prĂ©fĂšrent en gĂ©nĂ©ral soigner le souffle parfois Ă©pais, plutĂŽt que l’expressivitĂ© instrumentale dans la filiation de Mendelssohn et de Schumann. Or Brahms sait Ă  la fois architecturer son propos et ciseler l’arĂȘte vive de chaque pupitre. C’est un vrai dĂ©fi pour les orchestres.
Programmer Dvorak aux cĂŽtĂ©s de Brahms est tout Ă  fait lĂ©gitime car aprĂšs la mort de Schumann, Brahms se passionne pour les Ɠuvres de Dvorak rencontrĂ© en 1878.

RĂ©servations, informations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Bérénice de Magnard

berenice_titus_Racine_magnardTours, OpĂ©ra. Magnard : BĂ©rĂ©nice, 1911. Les 4,6,8 avril 2014. En s’inspirant trĂšs librement de Racine, Magnard compose son chef-d’oeuvre lyrique entre 1905 et 1909. Le symphoniste rĂ©vĂ©lĂ© et magnifiquement servi par Jean-Yves Ossonce, tourne le dos Ă  l’opĂ©ra Ă  la mode Ă  son Ă©poque. Inflexible et exigeant, Magnard, Ă©lĂšve de D’Indy, revendique la souverainetĂ© de la “musique pure”, la modernitĂ© du “style wagnĂ©rien”, tout en reconnaissant l’idĂ©al classique et romantique de Gluck et de Berlioz.
Dans la partition oĂč rĂšgne l’orchestre, Magnard cisĂšle le profil austĂšre et grave des deux protagonistes : Titus et BĂ©rĂ©nice, ici Jean-SĂ©bastien Bou, baryton et Catherine Hunold.
La nouvelle production portĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours rend hommage Ă  Magnard dont 2014 marque le centenaire.
Outre Bérénice, les concerts de musique de chambre proposent son Trio et sa Sonate pour violoncelle et piano (2 février 2014). Une page rare de César Franck (Rédemption) est programmée dans la saison symphonique, avec le 2e Concerto de Saint-Saëns (15 et 16 février 2014). Enfin, la NeuviÚme Symphonie de Mahler, contemporaine de Bérénice, clÎturera la saison symphonique (12 et 13 avril 2014).  

BĂ©rĂ©nice (nĂ©e vers 28 aprĂšs JC) est une figure illustre de l’histoire romaine : multiple Ă©pouse au rang prestigieux, elle rejoint finalement son frĂšre Agrippa II Ă  JĂ©rusalem et exerce le pouvoir Ă  ses cĂŽtĂ©s comme reine.
En GalilĂ©e, elle se rapproche de Titus (30 ans), futur empereur alors qu’il mate la rĂ©sistance des juifs (66-70) et devient sa maĂźtresse (elle en a 40).
Telle Esther devant Assuerus, BĂ©rĂ©nice prend la dĂ©fense du peuple juif et tente d’adoucir la rĂ©pression des romains.  En 70, le temple de JĂ©rusalem est rĂ©duit en cendres et la JudĂ©e devient province romaine. L’union de Titus et BĂ©rĂ©nice est mentionnĂ©e et commentĂ©e par SuĂ©tone et Tacite.

 

 

aimer ou rĂ©gner …

 

De retour Ă  Rome Titus rappelle BĂ©rĂ©nice (75), promet de l’Ă©pouser, mais face au scandale de leur mariage, renonce Ă  elle et la renvoie auprĂšs de son frĂšre en GalilĂ©e en 79, alors qu’il est devenu empereur. FiĂšre et digne, politicienne et patricienne fortunĂ©e, BĂ©rĂ©nice incarne une figure fĂ©minine forte mais humaine que l’amour a blessĂ© et profondĂ©ment marquĂ©. Titus renonçant Ă  celle qu’il aime devient lui aussi cĂ©lĂšbre, frappant les esprits par son sens du devoir au mĂ©pris de l’amour…  Titus et BĂ©rĂ©nice donne Ă  rĂ©flĂ©chir sur l’antagonisme entre politique et amour.  Racine et Corneille ont traitĂ© son histoire, devenu un mythe thĂ©Ăątral avant que Magnard ne la choisisse pour son unique opĂ©ra.
Racine choisit de fixer son action Ă  Rome alors que le vainqueur de JudĂ©e, ayant ramenĂ© avec l’Ă©trangĂšre, veut recevoir l’hommage du SĂ©nat. Mais il se confronte Ă  l’hostilitĂ© des sĂ©nateurs quant Ă  son mariage avec BĂ©rĂ©nice. D’un Ă©pisode psychologique assez peu dramatique, Racine rĂ©ussit un tour de force : Ă©crire une tragĂ©die en 5 actes dont la langue dĂ©finit le modĂšle de la grandeur classique nĂ©o antique. Racine ajoute le personnage d’Antiochus, le meilleur ami de Titus, qui lui aussi aime mais en vain la belle BĂ©rĂ©nice. L’empereur a dĂ©jĂ  fait son choix mais timide, il prĂ©fĂšre que se soit Antiochus qui annonce Ă  la Reine de Palestine, qu’empereur il ne peut l’Ă©pouser…  L’acte IV est celui oĂč l’amoureuse se dĂ©voile Ă  sa tristesse : elle songe au suicide tant il lui est difficile voire insurmontable d’imaginer la vie sans Titus. A la fin de la tragĂ©die, Racine brosse le portrait de trois solitaires qui aiment et souffrent rĂ©signĂ©s ; c’est lĂ  la grandeur tragique de la piĂšce. L’homme fĂ»t-il empereur ou prince n’est pas le maĂźtre de son destin : il doit sacrifier ce qu’il aime et rĂ©gner sans bonheur. On est loin ici des amours scandaleuses mais victorieuses de NĂ©ron et PoppĂ©e qui dans le cĂ©lĂšbre opĂ©ra de Monteverdi (1642) inflĂ©chissent tous les pouvoirs : Amor vincit omnia (l’amour vainc tout). Le thĂšme de Titus et BĂ©rĂ©nice en serait l’antithĂšse la plus frappante. Quand il Ă©crit sa tragĂ©die en 1670, Racine se serait inspirĂ© des amours sans lendemains de Louis XIV et de sa maĂźtresse Marie Mancini.

 

720px-Salon_de_Vénus-TITUS_ET_BERENICEBérénice. Tragédie en musique en trois actes
Livret d’AlbĂ©ric Magnard, d’aprĂšs Racine
Création le 15 décembre 1911 à Paris
Editions Salabert
Présenté en français, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Alain Garichot
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Claude Masson
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Bérénice : Catherine Hunold
Titus : Jean-SĂ©bastien Bou
Lia : Nona Javakhidze
Mucien : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Nouvelle production

Tours, Opéra
Vendredi 4 avril 2014 – 20h
Dimanche 6 avril 2014 – 15h
Mardi 8 avril 2014 – 20h

 

 

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Samedi 22 mars Ă  14h30 ‱ Grand ThĂ©Ăątre de Tours – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite dans la limite des places disponibles

Illustration : Versailles, angle du plafond du salon de Vénus. Titus et Bérénice ; carton de Lebun, peinture de Houasse, vers 1678.

Titus et Bérénice
Albéric Magnard

De l’aveu du compositeur lui-mĂȘme, humble serviteur de la musique qui osa mettre en musique le sujet inspirĂ© par Racine, BĂ©rĂ©nice a Ă©tĂ© composĂ© dans le style wagnĂ©rien. Ni dramatise exacerbĂ©, ni huit clos Ă©touffant, BĂ©rĂ©nice est un opĂ©ra classique et Ă©quilibrĂ© qui s’inspire de la mesure racinienne oĂč l’on ressent cette « tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragĂ©die ». Le langage de Magnard est celui d’un dĂ©fenseur ardent de musique pure soucieux de clartĂ© et de structure : coupe symphonique de l’ouverture, forme concertante pour le duo achevant le I; douce harmonie du canon Ă  l’octave pour toutes les effusions amoureuses ; final de sonate pour le retour de Titus au III
 Admirateur des grands dramaturges pour le thĂ©Ăątre, Magnard resserre, Ă©pure, allĂšge dans le sens d’un « dĂ©bat de conscience », entre la grandeur d’ñme et la vaillance admirable de BĂ©rĂ©nice et la lĂąchetĂ© de Titus
 Le compositeur a voulu exprimer le regret d’un empereur mort trĂšs jeune Ă  40 ans, celui d’avoir abandonnĂ© et trahi celle qui l’aimait pourtant d’un amour absolu. En sacrifiant le don de la vie le plus prĂ©cieux, Titus fĂ»t-il bien conseillĂ© et sincĂšre dans sa fĂ©lonie amoureuse, mĂ©ritait le chĂątiment suprĂȘme. L’opĂ©ra de Magnard entend surtout, et si tendrement, ressusciter le visage de l’amoureuse d’autant plus adorable qu’elle est ici affrontĂ©e Ă  l’esprit du calcul d’un amant trop politique. Pour confesser BĂ©rĂ©nice, Magnard invente le personnage de sa suivante et nourrice, Lia. Musicalement, le musicien veille Ă  diffuser depuis la fosse un parfum «  d’harmonie douloureuse, de tendresse sacrifiĂ©e ».

De Wagner à Virgile : composer Bérénice

Pour rendre sa figure plus Ă©clatante encore, Maganrd imagine son hĂ©roĂŻne jeune et conquĂ©rante, ĂągĂ© d’une vingtaine d’annĂ©es, en rien cette quinqa dĂ©jĂ  flĂ©trie qui cependant a rĂ©gnĂ© un temps sur le cƓur de son impĂ©rial cadet. Il fusionne aussi deux lĂ©gendes : la reine de JudĂ©e et une autre BĂ©rĂ©nice, celle-ci Ă©gyptienne, laquelle lui offre la grandeur poĂ©tique de son tableau final : pour hĂąter le retour de son aimĂ©, l’amoureuse enivrĂ©e coupe sa chevelure et l’offre en sacrifice Ă  VĂ©nus Aphrodite. Un acte d’une beautĂ© idĂ©ale qui rĂ©tablissant l’union de l’esthĂ©tique et de la tragĂ©die ressuscite l’esprit de Virgile. Comme le souhaitait Magnard.

Tours, Grand Théùtre. Concert Saint-Saëns, Franck, OSRCT. 15, 16 février 2014

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand ThĂ©Ăątre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermĂšde de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxiĂšme Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidĂšle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂč s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre trĂšs rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succĂšs; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂȘme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9Ăš de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matiĂšre de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante rĂšgne la douce et mĂ©lancolique rĂȘverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cĂšde un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dĂšs 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrĂštement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂȘme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchĂšque, tout en cultivant la trĂšs forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une Ăąme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

AntonĂ­n DvorĂĄk
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Concert Franck, Saint-SaĂ«ns, Dvorak Ă  l’OpĂ©ra de Tours

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand ThĂ©Ăątre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermĂšde de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxiĂšme Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidĂšle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂč s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre trĂšs rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succĂšs; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂȘme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9Ăš de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matiĂšre de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante rĂšgne la douce et mĂ©lancolique rĂȘverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cĂšde un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dĂšs 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrĂštement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂȘme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchĂšque, tout en cultivant la trĂšs forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une Ăąme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

AntonĂ­n DvorĂĄk
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Andrea Hill, Florian Laconi, Vannina Santoni, Sébastien SoulÚs. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Gilles Bouillon, mise en scÚne

carmen_opera_de_tours_orchestre_symphonique_region_centre_toursL’OpĂ©ra de Tours ouvre l’annĂ©e 2014 en reprenant la production imaginĂ©e par Gilles Bouillon, crĂ©Ă©e in loco voilĂ  six ans. Point d’espagnolades, ni d’Andalousie de pacotille, mais une scĂ©nographie intemporelle, qui rappelle par instants l’Espagne d’Almodovar. De hautes palissades, une estrade, une roulotte et des grillages, voilĂ  qui suffit Ă  poser le cadre au cƓur duquel la tragĂ©die de l’amour déçu se joue. L’orchestre maison, toujours bien prĂ©parĂ© et dirigĂ© par Jean-Yves Ossonce, joue au diapason de cette mise en scĂšne, dans une belle urgence musicale qui n’est jamais prĂ©cipitation, aux tempi mesurĂ©s, laissant le temps aux harmonies tissĂ©es par Bizet de dĂ©ployer leurs couleurs ardentes. Ce qui nous vaut une premiĂšre partie incandescente, tant sur scĂšne que dans la fosse. L’entracte passĂ©, et sans qu’on comprenne pourquoi, la tension – autant que l’attention – retombe, les personnages paraissant soudain comme vidĂ©s de leur substance, les interprĂštes se bornant Ă  exĂ©cuter leurs actions, semblant d’un coup ne plus y croire. C’est ainsi que le dernier acte tombe Ă  plat, avec ce rideau rouge, ces lampions, et surtout cet immense panneau publicitaire vantant la tauromachie qui dĂ©vore une grande partie de l’espace scĂ©nique. Jouant – avec raison – la carte de l’épure, le metteur en scĂšne donne involontairement Ă  ce tableau un air de fĂȘte de village bon marchĂ© qui nous Ă©carte de toute Ă©motion. Les deux protagonistes eux-mĂȘmes peinent Ă  faire Ă©clater la violence contenue dans la musique, et c’est calmement Ă©gorgĂ©e par son ancien amant, attendant sa fin, que Carmen expire.

Une frustration finale Ă  la mesure de l’énergie qui animait les deux premiers actes et augurait du meilleur.

 

Une demi-Carmen

Aux cĂŽtĂ©s d’un chƓur parfaitement en situation et parmi des seconds rĂŽles efficaces, nous retiendrons en particulier la Frasquita sonore de ChloĂ© Chaume, la MercĂ©dĂšs espiĂšgle et mutine d’Albane CarrĂšre ainsi que le Remendado impeccable de Vincent Ordonneau tout comme le MoralĂšs charismatique et bien chantant de RĂ©gis Mengus. Le Zuniga de Vincent Pavesi en impose par sa voix puissante, mais l’aigu demeure ce soir-lĂ  bouchĂ© et sans Ă©clat, un jour de mĂ©forme sans doute.
L’Escamillo de SĂ©bastien SoulĂšs dĂ©concerte, d’autant plus que sa prestance scĂ©nique ne trouve aucun Ă©cho dans sa voix chantĂ©e, au grave sonore mais Ă  l’aigu terne et confidentiel, comme dĂ©connectĂ© du reste de l’instrument, audiblement mal Ă  l’aise dans la tessiture hybride du rĂŽle.
DĂ©butant dans le rĂŽle de MicaĂ«la, la jeune Vannina Santoni croque avec bonheur ce personnage, moins naĂŻf qu’une certaine tradition voudrait le faire croire, et distille de beaux piani. NĂ©anmoins, la voix paraĂźt manquer de soutien et de hauteur de place, ce que trahit un vibrato qui tend Ă  s’élargir dans la nuance forte, notamment dans l’aigu, l’émission vocale perdant alors de sa concentration et de son focus. De beaux moyens, qui mĂ©ritent justement une attention toute particuliĂšre dans leur gestion et leur emploi.
Le couple central de l’Ɠuvre fonctionne plutĂŽt bien, sans doute Ă  cause de l’opposition qui sĂ©pare les deux amants.
Florian Laconi en Don JosĂ© impressionne par une soliditĂ©, vocale autant que scĂ©nique, Ă  toute Ă©preuve et une puissance sonore qui remplit la salle, osant mĂȘme de beaux allĂšgements dans son duo avec MicaĂ«la. Toutefois, notre Ă©tonnement demeure face Ă  une Ă©mission apparaissant souvent lourde – rendant depuis notre place les sons parfois bas en terme de justesse – et un soutien semblant demander un effort musculaire considĂ©rable, ainsi que cette couverture de l’aigu qui demeure un mystĂšre pour nous. Mais reconnaissons que le tĂ©nor français parvient au bout du rĂŽle sans encombre, alignant les aigus avec panache, une force de la nature.
Sa prestation, plutĂŽt brute de dĂ©coffrage, trouve son exact contraire dans l’incarnation toute en Ă©lĂ©gance et en retenue de la mezzo amĂ©ricaine Andrea Hill, qui effectuait ici ses dĂ©buts sous les traits de la cigariĂšre.
Ancienne pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’OpĂ©ra de Paris, la chanteuse paraĂźt avoir attentivement Ă©coutĂ© Denise Scharley autant que Teresa Berganza, donnant vie Ă  une premiĂšre Carmen de trĂšs haut niveau. La maĂźtrise de la voix est totale, chaque inflexion trouvant naturellement sa place, au service d’une diction remarquablement travaillĂ©e, dans la grande tradition française. Une sensualitĂ© qui n’est jamais vulgaritĂ©, un jeu de scĂšne Ă  l’élĂ©gance jamais prise en dĂ©faut, tous les Ă©lĂ©ments sont rĂ©unis pour susciter bien des espoirs, jusqu’à un air des Cartes d’une poignante intimitĂ©, au legato imperturbable et au magnĂ©tisme intense. Seule la puissance de l’instrument demeure encore modeste et demande Ă  se dĂ©velopper davantage pour pouvoir prĂ©tendre Ă  des salles aux dimensions plus vastes. Nonobstant ce dĂ©tail, nous tenons lĂ  une future grande titulaire du rĂŽle-titre.
Une Carmen tourangelle qui nous aura permis de découvrir en Andrea Hill un jeune talent à suivre de trÚs prÚs.

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Livret de Henry Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, d’aprĂšs la nouvelle de Prosper MĂ©rimĂ©e. Avec Carmen : Andrea Hill ; Don JosĂ© : Florian Laconi ; MicaĂ«la : Vannina Santoni ; Escamillo : SĂ©bastien SoulĂšs ; Frasquita : ChloĂ© Chaume ; MercĂ©dĂšs : Albane CarrĂšre ; Le DancaĂŻre : Ronan NĂ©delec ; Le Remendado : Julien Ordonneau ; Zuniga : Vincent Pavesi ; MoralĂšs : RĂ©gis Mengus. ChƓur de l’OpĂ©ra de Tours. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scĂšne : Gilles Bouillon ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Marc Anselmi ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre ; Dramaturgie : Bernard Pico

Illustration : Andrea Hill (Carmen) © François Berthon

Les 25 ans de Doulce MĂ©moire

doulce_memoire_25-ans_denis-raisin-dadre_visuel-250Tours, Paris. Les 25 ans de Doulce MĂ©moire : les 11 et 12 fĂ©vrier 2014. 25 ans d’activitĂ©, 15 ans de rĂ©sidence Ă  Tours : l’ensemble fondĂ© par le flĂ»tiste Denis Raisin Dadre, Doulce MĂ©moire vit en fĂ©vrier 2014 ses heures les plus palpitantes, prĂ©parant pour fĂȘter tant d’accomplissements artistiques, deux soirĂ©es exceptionnelles oĂč sont conviĂ©s plus de 50 artistes complices, partenaires, tĂ©moins inspirĂ©s d’un parcours musical Ă  nul autre pareil.
Quand de nombreux musiciens s’engagent dans les allĂ©es d’un Baroque de plus en plus magicien, l’explorateur et voyageur Denis Raisin Dadre a su depuis ses dĂ©buts, nous enivrer des sonoritĂ©s gourmandes et sensuelles de la Renaissance. C’est un geste souvent miraculeux qui Ă©tend ses champs d’investigations au-delĂ  des limites chronologiques strictes, qui aime les chemins de traverses oĂč les rencontres et les mĂ©tissages, le bain heureux des cultures curieuses et mĂȘlĂ©es apportent Ă  chaque heure, les fruits d’une entente espĂ©rĂ©e, rĂ©alisĂ©e. Au centre du travail de Denis Raisin Dadre, il y a le coeur gĂ©nĂ©reux d’un humaniste capable de toujours s’Ă©merveiller avec une Ăąme d’enfant ; un appĂ©tit et une Ă©nergie qui portent chaque programme avec le mĂȘme indĂ©fectible sentiment de vĂ©ritĂ© et de partage. Pour fĂȘter ses 25 ans, Doulce MĂ©moire vous convie Ă  une fĂȘte inoubliable, surprenante, oĂč la grĂące et la finesse le disputent Ă  la facĂ©tie et la suprĂȘme complicitĂ©, … le dĂ©lire et les dĂ©lices des mots Ă  la cocasserie enjĂŽleuse des instruments.

Doulce MĂ©moire saga. Fil rouge du spectacle, cette attention au mot, Ă  l’articulation, et au sens suave, mordant, palpitant d’une action qui fait de chaque concert, une formidable histoire. DĂšs ses dĂ©buts et Ă  travers ses multiples spectacles, Doulce MĂ©moire est une saga bigarrĂ©e riche en chansons : chansonnettes, frisquettes, joliettes et godinettes (le titre du nouvel album qui sort justement pour les 25 ans de l’ensemble). La chanson reste d’ailleurs l’emblĂšme de la troupe.

 

 

Doulce MĂ©moire fĂȘte ses 25 ans

(et ses 15 ans Ă  Tours)

 

Tours, Grand Théùtre
Mardi 11 février 2014

Paris, Salle Gaveau
Mercredi 12 février 2014

A Tours puis Paris, Denis Raisin Dadre fait escale avec sa brillante et sĂ©millante troupe (chanteurs, instrumentistes, danseurs, …) partenaires familiers d’aventures diverses d’un voyage au long cours qui s’Ă©crit encore … FidĂšle Ă  son esprit nomade, Denis Raisin Dadre invite de nombreux musiciens des contrĂ©es abordĂ©es qui ont croisĂ© le chemin de l’ensemble Ă  l’occasion des programmes rĂ©alisĂ©s : danseurs indiens, interprĂštes flamenco, voix d’Orient et d’Asie, fado portugais, comĂ©diens aux styles variĂ©s


Doulce MĂ©moire frappe les esprits par son esprit de dĂ©frichement ; en associant recherches scrupuleuses et complicitĂ© entre des partenaires particuliĂšrement soudĂ©s, Denis Raisin Dadre a su produire et cultiver le vrai plaisir du jeu collectif. Un caractĂšre qui fait aussi la rĂ©ussite de la rencontre avec le public. A ses fidĂšles musiciens classiques (chanteurs et instrumentistes), Denis Raisin Dadre joint le plus souvent danseurs et comĂ©diens, favorisant la notion de geste musical. Ce sont souvent de vĂ©ritables tableaux musicaux qui renouvellent le dispositif statique du concert…, empruntent au thĂ©Ăątre voire Ă  la comĂ©die musicale et suscitent un imaginaire propice au pittoresque picaresque, Ă  l’ivresse comme Ă  l’extase.

 

 

Collection de programmes enchanteurs …

 

CLIC_macaron_20dec13Les routes empruntĂ©es par Doulce MĂ©moire laissent aujourd’hui d’inestimables offrandes, collection de nombreux joyaux aux parfums et climats aussi diffĂ©rents que caractĂ©risĂ©s : du Requiem des Rois de France d’Eustache Du Caurroy au portrait de l’HonnĂȘte courtisane (Ă©vocation festive inspirĂ©e des musiques et contes grivois de la Renaissance), du ProcĂšs de Monteverdi (violemment attaquĂ© par le moine Artusi) aux arabesques Ă©lĂ©gantissimes du spectacle MĂ©moires des Vents du sud, sublime production nĂ©e de l’entente artistique avec la troupe de danseuses asiatiques Hang Tang Yuefu de TaĂŻwan oĂč la prĂ©cision raffinĂ©e des Tang, cĂ©lĂ©brant la figure tutĂ©laire d’un artiste de premier plan rencontre l’art subtil de la Belle Danse et des joyaux musicaux du Moyen Age occidental… C’est aussi maints autres hommages rendu aux gĂ©nies et figures emblĂ©matique de la Renaissance : Leonard de Vinci, Rabelais, François Ier …
Autant d’accomplissements (le plus souvent disponibles aussi au disque) qui font de Doulce MĂ©moire l’un des meilleurs ensembles dĂ©diĂ©s aux esthĂ©tiques imprĂ©visibles, enivrantes, plurielles d’une Renaissance enfin rĂ©vĂ©lĂ©e. Le spectacle des 25 ans de Doulce mĂ©moire est Ă©lu ” coup de coeur ” de la RĂ©daction de classiquenews.com.

 

 

Informations, réservations :

doulce_memoire_25-ans_denis-raisin-dadre_visuel-250Mardi 11 fĂ©vrier 2014 – Grand ThĂ©Ăątre de Tours - 20h
Tarifs : 1Ăšre catĂ©gorie : 24 Ă  35€ ; 2Ăšme catĂ©gorie : 10 Ă  18€ ; 3Ăšme catĂ©gorie 7 Ă  12€
Réservations auprÚs du Grand Théùtre à partir du 1er octobre : 02 47 60 20 20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

doulce_memoire_25-ans_denis-raisin-dadre_visuel-250Mercredi 12 fĂ©vrier 2014 – Salle Gaveau Ă  Paris – 20h30
Tarifs : 1Ăšre catĂ©gorie : 55€ ; 2Ăšme catĂ©gorie : 38€ ; 3Ăšme catĂ©gorie 22€
RĂ©servations auprĂšs de Philippe Maillard Productions : 01 48 24 16 97
www.philippemaillardproductions.fr

 

 

Consultez aussi le site de Doulce MĂ©moire :
www.doulcememoire.com

 

 

Concert Williams, Herrmann, Barber Ă  l’OpĂ©ra de Tours

John+Williams+PNG+VersionTours, OpĂ©ra. Concert Williams, Herrmann, Barber, les 25 et 26 janvier 2014. Musique et cinĂ©ma au programme des deux concerts – les premiers de l’annĂ©e 2014 de la saison symphonique 2013-2014 Ă  l’OpĂ©ra de Tours-, des 25 et 26 janvier 2014.
Immersion tout d’abord dans le film de Hitchcock, Psychose grĂące Ă  la musique composĂ©e pour le film par Bernard Herrmann : l’impact du son Ă  l’image frappe immĂ©diatement l’imaginaire du spectateur, la fameuse scĂšne du crime sous la douche gagne grĂące aux cordes troublantes et menaçantes, un vrai climat d’angoisse et de peur. Le film d’Hitchcock n’ a rien perdu de son aura comme l’indique le trĂšs grand succĂšs de la nouvelle sĂ©rie Bates Motel qui rĂ©tablit l’enfance de Norman Bates, le fils schizo de Psychose… en soulignant en particulier, la relation fusionnelle de Norman avec sa mĂšre.

Psychose, Star Wars : musiques du cinéma américain

Suit en fin de partie, le lyrisme Ă©chevelĂ© de l’une des sagas les plus stimulantes au grand Ă©cran : Star Wars rĂ©alisĂ© par George Lucas. C’est Steven Spielberg qui recommande Williams pour la musique de Star Wars…  Ă©pique, sidĂ©rale, mystĂ©rieuse. John Williams a composĂ© la bande son de nombreux longs mĂ©trages, tous des succĂšs phĂ©nomĂ©naux, soulignant l’impact de la combinaison son/images quand elle est rĂ©ussie : Les dents de la mer (1975), Rencontres du troisiĂšme type (1977), Superman (1978), Les aventuriers de l’arche perdue (1981), L’Empire du Soleil (1987) qui marque l’apogĂ©e d’une inspiration couronnĂ©e par plusieurs oscars.
La musique de Star War remonte Ă©galement Ă  1977. Williams composera ensuite la bande son de L’empire contre attaque (1980) puis La menace fantĂŽme (1999). D’une sensibilitĂ© romantique et instrumentale, Williams opĂšre comme Wagner, en crĂ©ant une totalitĂ© organique grĂące au jeu des motifs musicaux (leitmotiv), lesquels caractĂ©risent une situation, un personnage, un climat… thĂšmes de la force, thĂšme principal, d’Obi-Wan Kenobi, de Luke Skywalker, de la princesse LeĂŻa de Yoda, trompettes de la marche impĂ©riale… autant de motifs dont les tableaux visuels sont durablement inscrits dans l’imaginaire collectif de tous les cinĂ©philes.

Entre ces deux Ă©popĂ©es symphoniques riches en suggestions visuelles, – un vrai dĂ©fi pour l’orchestre dirigĂ© par Jean-Yves Ossonce-, le Concerto pour violon de Samuel Barber : ainsi s’accomplit le triptyque amĂ©ricain du premier concert 2014 de l’OSRCT. Le Concerto pour violon de Barber date de 1940, portant parfois avec une fantaisie dĂ©concertante, des inflexions nettement jazzy (mouvement 1).

Ce sont trois oeuvres nouvelles dans le rĂ©pertoire de l’OSRC-T, pour une incursion dans la musique symphonique amĂ©ricaine.

Opéra de Tours
OSRCT
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
saison symphonique 2013-2014

Samedi 25 janvier 2014, 20h
Dimanche 26 janvier 2014, 17h

Fanny Clamagirand, violon
Jean-Yves Ossonce, direction

Bernard Herrmann
Suite pour orchestre “Psycho”

Samuel Barber
Concerto pour violon, op.14

John Williams
Star Wars, Suite symphonique

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Illustration : John Williams, le gĂ©nial compositeur de la musique de Star Wars, mais pas seulement … (DR)