COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 2 févv 2019. Mahler : Symphonie N°1 « Titan ». Orch National de Lille / A. Bloch.

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 2 fĂ©vrier 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch. C’est dans un projet passionnant – qui est toujours aussi un dĂ©fi un peu fou
 – qu’Alexandre Bloch vient de jeter ses forces (et bien Ă©videmment celles de l’Orchestre National de Lille que le chef français dirige depuis septembre 2016) : offrir au public lillois une intĂ©grale des Symphonies de Mahler – d’ici Ă  janvier 2020 – dans leur ordre chronologique. C’est ainsi l’occasion « de suivre le parcours crĂ©atif d’un gĂ©nie musical unique, qui rĂ©volutionna l’écriture symphonique par sa dĂ©mesure visionnaire », comme l’indique si bien le programme de salle.
Autre particularitĂ© de ce coup d’envoi, avec la PremiĂšre Symphonie (dite « Titan »), on assiste ce soir Ă  un concert « connecté ». En effet, aprĂšs une premiĂšre expĂ©rience rĂ©ussie (en janvier 2018) autour du Sacre du printemps de Stravinski, Alexandre Bloch renouvelle sa proposition de concert connectĂ©.

 
 

 
 

GUSTAV en smartphony

DĂ©mesure visionnaire de Mahler
et concert connecté

 

 

©smartphony2_328px_18-19L’ONL a en effet fait dĂ©velopper une application smartphone unique au monde (intitulĂ© Smartphony) qui permet au public (mais aussi aux internautes, derriĂšre leurs ordinateurs, grĂące au site Youtube, en particulier la chaine de l’ONL Orchestre National de Lille) d’interagir avec l’orchestre. La premiĂšre partie du concert est animĂ©e par le vrai chauffeur de salle qu’est Alexandre Bloch, par ailleurs excellent pĂ©dagogue, qui livre une mine d’informations sur Mahler et son Ɠuvre, mais tout en testant les connaissances du public via l’application


 

 

SMARTPHONY. A LILLE, Alexandre BLOCH réécrit l'expérience symphonique

 
 

 
 

La seconde partie de soirĂ©e se montre plus « sĂ©rieuse », et si – dans la premiĂšre – l’audience a pu dĂ©cider elle-mĂȘme du tempo que le chef devait prendre dans tel ou tel mouvement, Alexandre Bloch reprend ici totalement les commandes pour livrer une interprĂ©tation vibrante du chef d’Ɠuvre mahlĂ©rien.  De fait, aprĂšs cette premiĂšre partie rĂ©crĂ©ative et ludique, Ă  laquelle l’orchestre s’est d’ailleurs prĂȘtĂ© avec un plaisir communicatif, l’auditeur peut enfin goĂ»ter Ă  la qualitĂ© exceptionnelle, Ă  l’homogĂ©nĂ©itĂ© sans faille, ainsi qu’à la perfection technique dont la phalange des Hauts de France est capable. Sous la battue du maestro Bloch, rien ne dĂ©passe, tout est jouĂ© au cordeau, sans le moindre accroc. IrrĂ©prochable, donc, et superbement investi, l’ONL impose d’entrĂ©e de jeu une vraie concentration de l’écoute, en faisant rayonner les « bruits de nature ».
Amoureux du son, Alexandre Bloch dirige sans partition, avec une prĂ©cision trĂšs dĂ©taillĂ©e, mais jamais sĂ©vĂšre, qui laisse le public goĂ»ter toutes les subtilitĂ©s de timbre et les audaces de l’orchestration mahlĂ©rienne ; l’orchestre est tout simplement somptueux, opulent dans la texture des cordes, tendre dans ses soli respectifs – la contrebasse de Mathieu Petit, la harpe de Anne Leroy-Petit… -, magistral par la cohĂ©sion de ses pupitres. Et lorsque le chef lĂąche la bride – dans le dernier mouvement («Dall’inferno», comme prĂ©cisĂ© par Mahler) -, les pupitres se mettent Ă  vrombir dans un Ă©panouissement sonore qui ne se fait jamais au dĂ©triment des composantes de l’écriture orchestrale. Saluons la rĂ©sistance et l’infaillibilitĂ© des cuivres, et notamment les huit cors qui – selon les recommandations d’un Mahler toujours soucieux de projection dans l’espace – achĂšvent debout cette « titanesque » symphonie, dans une robustesse et une ivresse du son que l’on est pas prĂȘt d’oublier
 Alors bravo !

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 2 février 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch.

 

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LIRE aussi notre entretien avec Alexandre BLOCH Ă  propos de l’intĂ©grale des symphonies de Mahler Ă  Lille
http://www.classiquenews.com/entretien-avec-alexandre-bloch-lintegrale-mahler-en-2019/

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation du cycle des symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch – 5 premiĂšres symphonies jusqu’à juin 2019
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

Prochain rv du cycle Mahler au Nouveau SiÚcle à Lille : jeudi 28 février 2019, 20h / MAHLER : Symphonie n°2 « Résurrection », nouveau volet incontournable
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/resurrection/
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION : ALEXANDRE BLOCH‹SOPRANO : LISA LARSSON‹ / MEZZO-SOPRANO : CHRISTIANNE STOTIJN / ‹CHƒUR PHILHARMONIA CHORUS‹ / CHEF DE CHƒUR :  GAVIN CARR / ‹CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

 

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec Alexandre BLOCH. L’IntĂ©grale Mahler en 2019

cycle-mahlerENTRETIEN avec ALEXANDRE BLOCH
 A quelques mois du dĂ©but du cycle Mahler Ă  Lille, le directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch, alors qu’il dirigeait Ă  Innsbruck, la 7Ăš Symphonie, nous expliquait en novembre 2018, pourquoi se lancer Ă  partir du 1er fĂ©vrier 2019 dans une intĂ©grale Gustav Mahler
 Un cycle qui s’annonce dĂ©jĂ  spectaculaire et passionnant. L’aventure promet d’ĂȘtre une expĂ©rience orchestrale particuliĂšrement saisissante : Ă©tagement des pupitres, spiatialisation de l’orchestre, prĂ©sence des choeurs, de solistes, souffle opĂ©ratique, instrumentarium singulier qui dĂ©voile la recherche expĂ©rimentale d’un compositeur visionnaire… Mahler Ă  Lille est l’Ă©vĂ©nement symphonique de l’annĂ©e 2019.

 

 

 

 

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Quel est le sens du cycle dans son entier, croisé avec la vie du compositeur ?

ALEXANDRE BLOCH : Les symphonies de Mahler reconstituent le fil de sa propre vie ; chaque opus est en lien avec ses aspirations les plus profondes, son expĂ©rience, les Ă©tapes aussi de sa vie amoureuse
 en cela la rencontre avec Alma aura Ă©videmment marquĂ© l’homme et son Ɠuvre. Comme en d’autres moments de sa vie, les lettres Ă  Nathalie Bauer auront beaucoup renseignĂ© sur la composition, le processus d’écriture et de conception ; Gustav Mahler s’y dĂ©voile et explique son Ă©criture. De partition en partition, on suit l’évolution du langage ; Mahler ne cesse d’explorer toujours plus loin de nouveaux mondes sonores, il ne cesse de repousser les possibilitĂ©s de l’orchestre ; son instrumentarium est constamment modifiĂ©, renouvelĂ© ; il s’intĂ©resse aussi Ă  la place des percussions, ou Ă  la technique instrumentale
 Prenez par exemple le cas de la 7Ăš Symphonie, celle que je travaille actuellement Ă  Innsbruck, en particulier dans le Scherzo qui fait entendre un Ă©norme piz aux contrebasses, et les violoncelles qui sont notĂ©s « 5 f » : Mahler innove, et rĂ©alise dĂ©jĂ  le fameux piz bartokien.

Pour comprendre l’univers mahlĂ©rien, il est intĂ©ressant de se remettre dans le rythme de l’époque et suivre le musicien, dans sa vie de chef, de directeur d’opĂ©ra et de compositeur
 Mahler le chef dirigeait l’hiver quand le compositeur Ă©crivait l’étĂ©. Comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, il a dirigĂ© nombre d’opĂ©ras et d’oeuvres symphoniques ; sa culture Ă©tait prodigieuse et sa connaissance des instruments de l’orchestre, particuliĂšrement affĂ»tĂ©e. Tout cela l’a menĂ© Ă  l’expĂ©rimentation ; il a laissĂ© des annotations trĂšs prĂ©cises et souvent ses partitions Ă©taient jugĂ©s « injouables ».
J’ai effectuĂ© un long travail de relecture des sources et des manuscrits originels, en particulier pour retrouver ce rubato viennois propre Ă  l’époque de Mahler au dĂ©but du XXĂš siĂšcle. Il est essentiel de veiller au bon tempo, Ă  l’articulation ; c’est la mission du chef de rĂ©tablir la clartĂ© du propos.

 

  

 

Intégrale événement à Lille
Les 9 Symphonies de Gustav Mahler
Un Eldorado symphonique Ă  LILLE

 

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Pourquoi avoir choisi pour premiĂšre intĂ©grale avec l’Orchestre National de Lille, les symphonies de Mahler ?

ALEXANDRE BLOCH : C’est une conjonction de plusieurs facteurs. Nous souhaitions choisir un rĂ©pertoire adaptĂ© aux dimensions de l’orchestre. L’Orchestre national de Lille permet la rĂ©alisation d’Ɠuvres gigantesques. L’échelle du gigantisme est un challenge et la source d’une excitation qui porte tous les musiciens moi compris. Cela exige beaucoup en concentration comme sur le plan physique. Et souvent, il y a des moments de grĂące et de jubilation que le public ressent aussi.
Par ailleurs, dans le cadre de Lille 3000, le thĂšme retenu en 2019 est l’Eldorado. Or chaque symphonie de Mahler dessine tout un monde sonore, et le cycle entier est une odyssĂ©e, 
 certainement la plus impressionnante et passionnante du XXĂš. Rien de mieux pour exprimer l’idĂ©e d’un Eldorado
 que l’écriture symphonique de Mahler. Nous aborderons donc les opus de façon chronologique, avec la 1Ăšre Symphonie Titan le 1er fĂ©vrier 2019, soit 130 ans aprĂšs sa crĂ©ation.

 

 

 

 

On note la place de la voix dans certaines symphonies – les 4 premiĂšres, puis la 8Ăš. Quelle en serait pour vous la signification ?

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLEALEXANDRE BLOCH :L’opĂ©ra est prĂ©sent dans l’écriture symphonique de Mahler. Comme chef Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, il Ă©tait familier des plus grands ouvrages de Mozart, de Wagner dont il a dirigĂ© Tristan und Isolde, opĂ©rant en tant que directeur, la rĂ©forme du concert et des conditions de reprĂ©sentation que l’on sait. La dramaturgie, la couleur de certaines sĂ©quences orchestrales sont trĂšs proches de l’opĂ©ra. Il faut toujours avoir en mĂ©moire le rythme de Mahler : chef et directeur d’opĂ©ra l’hiver, puis l’étĂ©, compositeur de symphonies. L’un et l’autre activitĂ©s se mĂȘlent, elles sont interdĂ©pendantes.
L’autre Ă©lĂ©ment qui porte les symphonies est la Nature dont il a exprimĂ© le souffle, le mystĂšre, le rugissement aussi. Mahler change constamment les tonalitĂ©s d’une mesure Ă  l’autre, avec une versatilitĂ© qui peut dĂ©sorienter, mais qui porte des Ă©tats Ă©motionnels et psychologiques d’une rare profondeur. Il y a une hypersensibilitĂ© chez Mahler qui remonte certainement Ă  son enfance ; Son Ă©pouse Alma a relatĂ© la rencontre du compositeur avec Freud. Mahler enfant aurait Ă©tĂ© marquĂ© par des scĂšnes trĂšs violentes entre ses parents ; oĂč son pĂšre frappait sa mĂšre.
Dans sa jeunesse, il cite Ă  de nombreuses reprises un joueur d’orgue de barbarie et aussi des chansons populaires
 tout cela a nourri un monde sonore liĂ© Ă  son enfance et que l’on entend dans ses Ɠuvres. Il y a un caractĂšre versatile, parodique, ironique voire schizophrĂšne chez Mahler. L’auditeur comme l’interprĂšte doivent identifier tout cela pour en mesurer la richesse. Mais le plus impressionnant chez lui, c’est le parcours Ă©laborĂ© du dĂ©but Ă  la fin, oĂč la voix quand elle est prĂ©sente semble transcender l’expĂ©rience offerte, vers une Ă©lĂ©vation, comme c’est le cas de la Symphonie n°2 « RĂ©surrection » (Ă  l’affiche Ă  Lille, le 28 fĂ©vrier 2019).

 

 

 

 

Quelles sont les grands chefs mahlériens qui vous inspirent ?

ALEXANDRE BLOCH :Il y a bien sĂ»r Leonard Bernstein pour son cĂŽtĂ© humain et gĂ©nĂ©reux, sa fraternitĂ© et son optimisme ; Rattle pour son respect de la partition, son sens du dĂ©tail, son sens de l’écoute ; Abbado pour sa profondeur et son mysticisme, une Ă©conomie qui Ă©carte toute exubĂ©rance ; enfin, et surtout Bernard Haitink dont je garde un souvenir durable de sa vision de la 7Ăš Symphonie lors du MahlerFest 1995 Ă  Amsterdam : or je dirige actuellement la partition Ă  Innsbruck. Sa vision, son mĂ©tier sont de l’or pour l’interprĂšte et le chef que je suis.

 

 

 

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Vous venez d’ĂȘtre prolongĂ© comme directeur musical de l’Orchestre National de Lille (jusqu’en 2024). Qu’apporte selon vous pour les musiciens de l’Orchestre, et aussi pour le public, cette intĂ©grale Mahler ?


©smartphony2_328px_18-19ALEXANDRE BLOCH : C’est une formidable opportunitĂ© pour moi et les musiciens de l’orchestre : nous allons mener un travail de fond. LĂ  oĂč Brahms est davantage jouĂ©, Mahler est tout autant convoitĂ©, attendu (car on sait qu’au moment de chaque concert, il va se passer quelque chose) mais terriblement exigeant. Actuellement notre phalange se renouvelle ; les nouveaux musiciens arrivants profitent de cette aventure pour adhĂ©rer au groupe. Les instrumentistes apprennent Ă  se connaĂźtre au sein de chaque pupitre. D’autant que pour notre intĂ©grale Mahler et pour chaque symphonie, nous travaillerons la cohĂ©sion de chaque pupitre, avec en moyenne des temps de rĂ©pĂ©titions prĂ©alables, supĂ©rieurs Ă  l’habitude (10 jours au lieu de 7). Il s’agit de rĂ©aliser pour chaque session, une formidable expĂ©rience symphonique pour le public. J’ai souhaitĂ© renforcer encore le lien entre les spectateurs et l’orchestre : rv le 2 fĂ©vrier Ă  18h30, pour la 2Ăš Ă©dition de « Smartphony », dĂ©diĂ©e Ă  la Symphonie n°1 que nous aurons dirigĂ©e la veille : avec son mobile allumĂ©, le spectateur rĂ©pond aux sollicitations du chef et s’immerge dans les secrets de la partition ; puis, Ă©coute la symphonie, portable Ă©teint, en connaissance de cause. Mahler se prĂȘte trĂšs bien Ă  cette nouvelle expĂ©rience qui renouvelle le format du concert et son accessibilitĂ© pour tous. A noter : 2Ăš session de Smartphony, le 2 fĂ©vrier 2019 : Ă  la dĂ©couverte de la Symphonie Titan de Gustav Mahler :
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/smartphony/

 

 

 

Entretien réalisé en novembre 2018

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APPROFONDIR
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LIRE aussi notre prĂ©sentation du cycle MAHLER par l’Orchestre National de LILLE et Alexandre BLOCH
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la Symphonie n°1 TITAN par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille / le 1er fĂ©vrier 2019 : http://www.classiquenews.com/symphonie-n1-titan-de-mahler-a-lille/

 

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L’INTEGRALE GUSTAV MAHLER : Symphonies n°1 Ă  9
par L’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
ALEXANDRE BLOCH, direction

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Illustrations : Ugo Ponte / Orchestre National de Lille / Visitez le site ONL INSTAGRAM pour suivre en photos l’actualitĂ© de l’Ă©popĂ©e symphonique de l’Orchestre National de Lille

ENTRETIEN avec Mathieu HERZOG, fondateur et directeur musical de l’Orchestre Appassionato. Les 3 derniùres Symphonies de MOZART

ENTRETIEN avec Mathieu HERZOG, fondateur et directeur musical de l’Orchestre Appassionato. Au sujet des 3 derniĂšres Symphonies de Mozart, une trilogie instrumentale conçue comme un oratorio qui renforce la vitalitĂ© et l’expressivitĂ© d’un collectif capable d’égaler la palette et l’imaginaire de l’opĂ©ra. C’est dire combien le travail du chef français pilotant son orchestre Appassionato, dĂ©montre des qualitĂ©s fouillĂ©es voire superlatives en tout cas passionnantes dans le travail qui a prĂ©sidĂ© Ă  l’enregistrement qui paraĂźt Ă  l’automne 2018. Le maestro explique et commente ici l’Ɠuvre d’un Mozart bĂątisseur, architecte Ă  sa façon d’un monde d’équilibre, aux rĂ©fĂ©rences directement maçonniques
 Une rĂ©vĂ©lation et l’indice qu’il existe comme en Grande Bretagne, une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’interprĂštes magiciens qui comprennent Mozart, en profondeur et en vĂ©ritĂ©. Somme mouvante, intelligence de gestes riches par leur diversitĂ© et pourtant unifiĂ©es grĂące Ă  l’énergie fĂ©dĂ©ratrice de son pilote principal, Appassionnato, portĂ© par la pensĂ©e de son chef Mathieu Herzog, incarne dĂ©sormais une approche rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et formellement captivante des Ɠuvres mozartiennes. Entretien avec MATTHIEU HERZOG un chef qui a la passion de l’architecture, de la nuance, de l’articulation souple et naturelle.

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Matthieu Herzog et Appassionato : MOZART MAJEUR !

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Beaucoup considĂšrent les 3 symphonies comme une trilogie ayant sa cohĂ©rence et un sens qui les relie. Qu’en pensez vous ? De quelle façon les 3 opus se rĂ©pondent-ils / se complĂštent-t-il ? Comment s’il s’agissait d’un oratorio (cf Harnoncourt) ou d’un opĂ©ra en trois actes, chaque volet fait-il sens, en soi et par rapport aux autres ?

MATHIEU HERZOG : Je vais rĂ©pondre au trois questions en une si vous me le permettez. Je suis absolument d’accord avec l’idĂ©e d’une cohĂ©rence et d’une relation Ă©troite entre les trois symphonies qui s’explique tout d’abord assez simplement par la rapiditĂ© d’écriture : moins de deux mois pour l’achĂšvement complet de la trilogie. J’y vois Ă©galement une Ă©volution dramatique importante qui, Ă  mon sens, les relie fortement.
Pour paraphraser Nikolaus Harnoncourt, le phĂ©nomĂšne de 12 mouvements formant un tout est assez rĂ©aliste, le mot oratorio n’étant lĂ  que pour exprimer une forme nouvelle que Mozart crĂ©e, j’en suis persuadĂ©, de façon consciente.
Ensuite, on ne peut pas parler des derniÚres années de Mozart sans mentionner le culte maçonnique et les signes ne manquent pas dans cette trilogie. La premiÚre des trois symphonies commence en Mi bémol Majeur (comme La Flûte enchantée), trois bémol à la clef. La grande oeuvre se poursuit avec une symphonie en sol mineur, tonalité représentée par la lettre G en allemand et le G est présent dans le centre de la mystérieuse étoile flamboyante présente dans tous les temples maçonniques. Enfin, nous terminons en Do Majeur qui, par définition, est la tonalité absolue (Ut est la joie céleste) et début de Tout, comme la croyance de ce Grand Bùtisseur à laquelle Mozart adhÚre complÚtement.
Par consĂ©quent, oui, je suis certain que les trois symphonies sont reliĂ©es et que le gĂ©nie Mozart n’a pu concevoir qu’une simple addition de symphonies et en ce sens bien Ă©videmment il inventa un nouveau “tout“ musical.

Pour ce qui est du rapport des unes aux autres, cela paraĂźt Ă©vident par les tonalitĂ©s que je viens d’évoquer. Il y a aussi une dilution et une unitĂ© thĂ©matiques palpables que nous retrouvons lors d’un travail ou d’une Ă©coute cumulĂ©e des trois symphonies et qu’Harnoncourt exprime aussi par son parcours initiatique lors des nombreuses fois oĂč il dirigea ce triptyque en une soirĂ©e. Pour finir, je pense que pour Mozart, qui est de toute Ă©vidence un humaniste dans le sens de la croyance en l’Homme avant tout, le saint des saints est dans l’Homme, en effet ces trois oeuvres sont bien Ă©videmment reliĂ©es et j’ose mĂȘme croire qu’il les a conçues d’un seul trait dans son formidable esprit.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Votre sens de l’architecture est trĂšs manifeste. Quel a Ă©tĂ© votre travail sur le choix des tempo et des indications dynamiques et agogiques ?

Je vous remercie, ce sont des choses qui m’obsĂšdent, l’agogique, la cohĂ©rence dramatique, la ligne d’une phrase, d’un mouvement, d’une oeuvre, l’idĂ©e d’englober l’interprĂ©tation dans un tout qui tiendrait son auditeur en haleine de la premiĂšre Ă  la derniĂšre note. Si c’est perceptible, j’en suis plus que ravi.
Je vous avoue Ă©galement que j’ai parfois des problĂšmes Ă  l’écoute de certaines interprĂ©tations d’une oeuvre et cela crĂ©e peut-ĂȘtre chez moi une liste dâ€˜Ă©cueils que je souhaite par dessus tout Ă©viter. Tout d’abord, j ‘ai une aversion pour les dĂ©roulements isochrones, j’aime le mouvement inscrit dans une agogique. Je n’ai aucun plaisir au rubato pour le rubato mais j’ai souvent peur de l’influence de certaines musiques actuelles – avec trop de rythmiques robotiques – sur l’interprĂ©tation musicale.

La deuxiĂšme chose qui nourrit absolument mon discours c’est le support harmonique ! Je cherche Ă  voir l’harmonie comme un langage aussi clair que la langue française avec un point, une virgule et avec l’évidence que lorsque vous lisez ou dites un texte, les temps de pause, l’accentuation, les intonations offrent dĂ©jĂ  un chant d’interprĂ©tation vaste et passionnant car chaque acteur, chaque conteur peut vous faire ressentir des choses diffĂ©rentes avec le mĂȘme texte, c’est l’exact mĂȘme phĂ©nomĂšne en musique.

Et, pour finir, j’ai beaucoup Ă©tudiĂ© l’architecture linguistique de la langue
allemande afin de pouvoir articuler les phrasés avec plus de précision et ainsi, délivrer un message plus profond dans notre interprétation.
Il ne faudrait pas non plus oublier le travail concret avec Appassionato, cet ensemble incroyable peuplĂ© de trĂšs grands musiciens chambristes qui partagent passion et langage d’une façon peu commune et qui m’ont Ă  chaque instant aidĂ©, avec patience, Ă  accĂ©der Ă  cette interprĂ©tation que je rĂȘvais dans mon esprit.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous dans ce cycle une préférence ? Un climat, une association de timbres qui vous parlent davantage ? Pourquoi ?

Quelle question difficile, presque comme si l’on devait choisir son enfant
prĂ©fĂ©rĂ©. Non, dĂ©solĂ©, je suis fou d’amour pour les trois symphonies. Que le
monde serait pauvre sans elles !

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Et sur l’orchestration, quel est le gĂ©nie de Mozart selon vous ?

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriC’est une question passionnante mais trĂšs technique ! Je vais aborder plusieurs choses trĂšs prĂ©cises en essayant, justement, de ne pas ĂȘtre trop technique. Tout d’abord, Mozart a un talent inouĂŻ pour l’équilibre entre les parties : avec peu d’instruments (par consĂ©quent peu de timbres diffĂ©rents), il parvient Ă  faire naĂźtre de riches couleurs orchestrales, principalement grĂące au contrepoint, il crĂ©e des vagues d’émotions par bouffĂ©es de chaleur et non par violence. Lorsque les cordes se veulent trĂšs puissantes et presque agressives, il utilise un contrepoint linĂ©aire chez les vents afin de nourrir son orchestration par le dĂ©tail, il crĂ©e Ă©galement, en accompagnement d’un chant de clarinette, un fourmillement presque imperceptible dans les violons d’oĂč surgit une richesse semblable, peut-ĂȘtre, au murmure de la ville viennoise et des sabots des chevaux qui passent sous sa fenĂȘtre.
Ce n’est jamais par la masse qu’il crĂ©e ces atmosphĂšres mais par l’association de petites choses qui forment un tout, en tout point parfait. Il a Ă©galement ses petites habitudes dĂ©licieuses comme tous les orchestrateurs, que l’on pourrait appeler les “nappes“ de vents.

Dans le dĂ©but de la 40Ăšme symphonie, lorsque les violons reprennent le thĂšme de dĂ©part pour la deuxiĂšme fois, il enrichit son discours avec deux hautbois et deux bassons longilignes qui sont Ă  se damner, tout simplement. Il ne faut jamais oublier non plus qu‘il reste un rhĂ©teur de premier ordre, il parle sans arrĂȘt et presque sans respirer, il invente, au fond, le romantisme car il arrive, dans un langage parfaitement classique, Ă  construire des phrases sans fin et pourtant sans ennui. Cette force de la mĂ©lodie infinie, supportĂ©e par une rythmique presque microscopique, c’est quelque chose qu’on ne retrouve que chez les plus fabuleux compositeurs.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Voyez vous une relation de ce cycle purement orchestral avec l’opĂ©ra ?

Bien Ă©videmment mais dans toute l’oeuvre de Mozart, pas seulement dans ce triptyque. Comme je le disais, Mozart est un rhĂ©teur, un bavard passionnant qui ne peut s’empĂȘcher, en musique, de dire encore et toujours la mĂȘme chose mais avec une telle brillance dans le discours, un tel maniement des outils rhĂ©toriques musicaux qu’on reste Ă©merveillĂ© alors qu’il nous rĂ©pĂšte la mĂȘme histoire. C’est ce qui fait de lui le compositeur d’opĂ©ra que tout le monde admire. Sa capacitĂ© Ă  raconter est hors du commun.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Quels sont vos projets lyriques comme directeur d’Appassionato ?

Ce sont pour le moment uniquement des projets Ă  l’état d’ébauche mais plusieurs se trouvent sur notre table de travail. Notamment une version de chambre du premier opĂ©ra de Puccini, Le Villi, que j’ai orchestrĂ© pour une production qui s’est malheureusement annulĂ©e et pour lequel j’ai une affection toute particuliĂšre. C’est justement un de nos objectifs majeurs avec mon collaborateur LĂ©o DoumĂšne car nous avons un goĂ»t prononcĂ© pour les opĂ©ras mĂ©connus des trĂšs grands compositeurs, tel que le Rienzi de Wagner ou justement Le Villi de Puccini, les opĂ©ras de Haydn
 parfois perdus ou trĂšs peu jouĂ©s mais que je pourrais rĂ©orchestrer. Nous leur donnerions ainsi une nouvelle vie, une seconde jeunesse peut ĂȘtre ! Un dernier rĂȘve qui m’habite depuis l’enregistrement des “3 derniĂšres“, c’est une furieuse envie de graver Don Giovanni avec la mĂȘme idĂ©e conductrice que lors de cet enregistrement et une distribution totalement française.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Pour vous, quel visage / quels aspects de Mozart, ce cycle nous révÚle t il ?

mozart-vignette-carre-depeche-mozart-2016Le Mozart romantique ! Le Beethoven avant l’heure, le prince du Sturm und Drang (tempĂȘte et passion), un personnage qu’on ne voit pas forcĂ©ment en lui et qui pourtant me semble trĂšs prĂ©sent dans les trois derniĂšres annĂ©es de sa vie et que les versions baroques ont paradoxalement touchĂ©. C’est cet aspect de Mozart que je voulais voir et entendre sur instruments modernes pour justement y amener une plĂ©nitude et une force du son en plus de la science des articulations, des tempi et des lignes.

Propos recueillis en octobre 2018

 
 
 

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Illustrations : © R. RiĂšre / Appassionato / Mathieu HERZOG 
 
  
 
 

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HERZOG Mathieu appassionato symphonies de MOZART cd NAIVE clic de classiquenews cd review critique cd compte rendu cd critique cdCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41 (« Jupiter ») / Appassionato. Mathieu Herzog, direction (1 cd NAIVE / parution : 2 novembre 2018). Inattendu et plus que convaincant : jubilatoire ! En ces temps de disettes miraculeuses, quand nous dĂ©sespĂ©rions d’écouter enfin un chef ou un ensemble dignes des pionniers baroqueux, mordant, percutant, surtout poĂ©tiquement juste et audacieux, voici, de surcroĂźt chez Mozart, (et le plus difficile, 
 celui que l’on croit connaĂźtre) un maestro au tempĂ©rament exceptionnel, Mathieu Herzog, chambriste avĂ©rĂ© et baguette ciselĂ©e, qui ici nous dĂ©voile avec son ensemble «  Appassionato » (le bien nommĂ©), une lecture rafraĂźchissante et trĂšs fouillĂ©e, des 3 derniĂšres symphonies du divin Mozart (soit les n°39, 40 et 41 « Jupiter » ; un « oratorio instrumental », selon le dernier Harnoncourt, qui aura laissĂ© le concernant un vĂ©ritable testament artistique  / LIRE notre critique dĂ©veloppĂ©e Mozart par Harnoncourt, 2012) ; avec les instrumentistes d’Appassionato, Mathieu HERZOG nous propose une approche totalement irrĂ©sistible, pleine de feu, de verve, d’audace, juste et renouvelĂ©e. Bravo maestro HERZOG ! Coffret coup de coeur de CLASSIQUENEWS et couronnĂ© par notre “ CLIC ” de classiquenews… EN LIRE +

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CD, compte rendu critique, coffret Ă©vĂ©nement. HAYDN : intĂ©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : BrĂŒggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA).

HAYDN 107 symphonies period instruments hogwood bruggen dantone 36 cd decca mai 2016 accademia bizantina ottavio dantone review critique classiquenewsCD, compte rendu critique, coffret Ă©vĂ©nement. HAYDN : intĂ©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : BrĂŒggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA). COFFRET SUPERLATIF. Le coffret de cette intĂ©grale du Haydn symphoniste est tout simplement superlatif. Le corpus rĂ©capitule l’apport grandiose et incontournable de Joseph Haydn (1732-1809), pĂšre gĂ©nial du Quatuor et surtout de la Symphonie, dont il fait des standards, emblĂšmes de la sociĂ©tĂ© civilisĂ©e et philosophique Ă  l’Ă©poque de la RĂ©volution française. PĂ©nĂ©trĂ©e par l’esprit des LumiĂšres, la centaine de Symphonies ainsi rĂ©estimĂ©es, – corpus dont nous suivons l’Ă©volution majeure, depuis les annĂ©es 1750, jusqu’aux accomplissements des annĂ©es 1790, quand Joseph compose des partitions applaudies et vĂ©nĂ©rĂ©es Ă  Londres et Ă  Paris, dans toute l’Europe-, est une somme orchestrale qui permet d’atteindre un Ăąge d’or formel, copiĂ© aprĂšs lui par tous les grands romantiques, y compris Beethoven… et Mozart, le premier d’entre tous.

Soit une intĂ©grale en 107 symphonies ; le sujet intĂ©resse les tenants de la rĂ©volution musicale sur instruments anciens ; l’Ă©quivalent de ce que fait aujourd’hui un JĂ©rĂ©mie Rhorer pour les opĂ©ras de Mozart (comme le dĂ©montre et le confirme son rĂ©cent live parisien de l’EnlĂšvement au SĂ©rail, Ă©ditĂ© chez Alpha, ce mois ci : lire la critique de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie… Des anciens, Hogwood et BrĂŒggen Ă  prĂ©sent dĂ©cĂ©dĂ©s, Ă  aujourd’hui Dantone et donc Rhorer, la vitalitĂ© expressive des instruments d’Ă©poque retrouve le format et l’esthĂ©tique original, pas encore (et jamais originelle : qui peut savoir ? Et techniquement cela reste impossible…), mais un nouveau spectre sonore, une nouvelle palette de couleurs et d’accents rĂ©volutionnent totalement notre comprĂ©hension profonde des oeuvres.

Ainsi s’agissant des Symphonies de Haydn, les grands chefs se retrouvent, confrontĂ©s chacun Ă  la fantaisie souvent ahurissante, voire expĂ©rimentale de Joseph Haydn, depuis son service chez le Comte Morzin puis pour les princes Esterhazy Ă  Esterhaza… Une matiĂšre complexe, exigeant un savoir faire, un lacher prise, une inventivitĂ© exceptionnellement dĂ©veloppĂ©e et une souplesse de ton qui rĂ©vĂšlent ainsi les meilleurs interprĂštes… A Hogwood et son Academy of Ancient Music revient dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1980 (1984 prĂ©cisĂ©ment pour les 100 et 104, puis 1985 pour le 96, soit les plus rĂ©centes dans le catalogue mais les anciennes quant aux dates d’enregistrement), pour le label l’Oiseau Lyre / Decca Ă  l’Ă©poque, – plus proches de nous, au cours des annĂ©es 1990: les Symphonies A, B, 1 Ă  25, 27-34, 36, 17, 40, 53-57 ; en 2000 et 2005, 60-64, 66-77 ;

BruggenA l’immense Frans BrĂŒggen revient deux cycles : l’un avec l’Orchestra of the Age of Enlightenment : soit les 19 “Sturm und Drang” (jalon primordial pour l’expression emblĂ©matique de ce courant esthĂ©tique entre Baroque et Romantisme), 26, 35, 38, 39, 41-52, 58, 59 et 65 ; le second avec l’Orchestra of the Eighteenth Century pour les Symphonies au style europĂ©en, emblĂ©matique de ce goĂ»t des LumiĂšres : et qui tĂ©moignent surtout de la diffusion exceptionnelle voire inĂ©dite d’un Symphoniste en Europe : les 6 “Paris” 82-87 ; les 88-92; La concertante London n°12, enfin les derniĂšres : 93-104. Le chef enregistre ses premiĂšres Symphonies Ă  Utrecht (n°90, live) dĂšs 1984), puis Ă  1986 (93) et 1987 (103); puis complĂšte son cycle Ă  Londres, Paris (Symphonies parisiennes, citĂ© de la musique, 1996)… de 1994 Ă  1997.

En fin au plus jeune, cadet des deux précédents : Ottavio Dantone, dont le tempérament latin apporte une conception renouvelée de la ciselure expressive et poétique : Symphonies 78-81, particuliÚrement appréciée par la Rédaction cd de classiquenews, enregistrées en juin, juillet et septembre 2015 en Italie (Bagnacavallo).

Le projet Decca marque l’Ă©coute en ce qu’il rĂ©unit 3 tempĂ©raments d’exception, 3 chefs de premiĂšre importance qui composent aussi les jalons de l’interprĂ©tation des orchestres sur instruments d’Ă©poque : oĂč l’Ă©loquence nouvelle des couleurs d’Ă©poque dans leur format d’origine redĂ©finit l’Ă©quilibre global, l’esthĂ©tique expressive et poĂ©tique, dĂ©voile surtout sur le plan du style et des idĂ©es, la vision du chef. Solaire, ou Apollinien, parfois distanciĂ© et comme en dehors de la matiĂšre palpitante et humaine du chant haydnien, le Britannique Christopher Hogwood dont le geste a marquĂ© avant tous les autres, l’approche historiquement informĂ©e des Symphonies de Haydn, avec un orchestre au format idĂ©al, en impose par son souverain Ă©quilibre, une Ă©loquence lisse, parfaite, sans aspĂ©ritĂ©s ni tensions contradictoires… pour autant captivante sur le long terme ?
De leurs cĂŽtĂ©s, et finalement de la mĂȘme Ă©cole, – alliant la souplesse et la vivacitĂ© coĂ»te que coĂ»te, les frĂ©missants Hans BrĂŒggen et l’espiĂšgle, trĂšs imaginatif et plus rĂ©cent, cadet des trois, Ottavio Dantone, saisit par leur subtilitĂ© expressive, un travail remarquablement caractĂ©risĂ©, qui n’hĂ©site pas Ă  rapprocher toutes les symphonies dans chacune de leur sĂ©quence, … de l’opĂ©ra. OpĂ©ras pour instruments, voilĂ  une conception qui prĂ©vaut chez chacun d’eux. Que vaut l’Ă©coute de quelques cd Ă©talons, pris Ă  la volĂ©e et presque en aveugle ? Que rĂ©vĂšlent-ils de chacun des maestros ?

Hogwood, BrĂŒggen, Dantone… 3 chefs viscĂ©ralement haydniens

bruggen CLASSIQUENEWS presentation review Frans-Bruggen-Annelies-van-der-VegtHANS BRÜGGEN, le poĂšte vif-argent. Noblesse passionnante, et triomphe sous jacente des idĂ©es des LumiĂšres, les Symphonies 90, 91 et 92 de 1788 et 1789 illuminent par l’effet d’une puissante certitude qui s’exprime essentiellement par le feu d’un orchestre suractif et aussi instrumentalement caractĂ©risĂ© : ce triplet, dont le finale est l’Ă©loquence vive et loquace de la Symphonie “Oxford” est l’une des plus mozartiennes de Haydn : une jubilation permanente qui est portĂ©e par un sourire lumineux, crĂ©pitant, d’une justesse humaine, souvent enthousiasmante. Ne serait-ce que pour ce seul cd, le geste vif, souple d’un BrĂŒggen admirable de vivacitĂ© convainc et surprend par son allure tendre et dĂ©terminĂ© : du nerf et de la douceur tour Ă  tour. Un modĂšle d’Ă©quilibre et une claire conscience des couleurs de chaque instruments d’Ă©poque.
MĂȘme aboutissement avec le cd 33 : la n°96 Ă  juste titre intitulĂ©e “Miracle” : grandeur solaire et pourtant trĂšs expressive, en particulier dans le sens de l’articulation instrumentale (hautbois dans le Menuetto) ; flĂ»te mordante incisive du Finale notĂ© Vivace assai : vitalitĂ© malicieuse, grandeur nimbĂ© de lueurs prĂ©romantiques propres au dĂ©but des annĂ©es 1790 (1791) ; facĂ©tie “Militaire” qui devient feu crĂ©pitant et ronde urbaine civilisĂ©e pour la n°100 en sol majeur : au dessin instrumental virevoltant : BrĂŒggen s’y montre fabuleusement espiĂšgle, totalement convaincant avec son orchestre du XVIIIĂš siĂšcle.

CHRISTOPHER HOGWOOD, solaire et apollinien,… trop parfait ? La mĂ©canique Hogwood est d’un Ă©quilibre parfait, parfois trop distanciĂ©e, et donc un rien trop huilĂ©e, sans vrai nĂ©cessitĂ©.
hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnPropre aux annĂ©es dorĂ©es du support cd, soit les annĂ©es 1980, le geste, s’il tourne parfois Ă  l’exercice systĂ©matisĂ© (excĂšs de la demande marketing?), d’une rare exigence philologique du chef britannique fouille le legs haydnien dans ses moindres dĂ©tails : au point de prĂ©senter par exemple : la Symphonie n°54 dans ses deux versions (cd 16) : c’est un travail exigeant et jusqu’au boutiste qui souhaite comprendre de l’intĂ©rieur la fabrique du Haydn symphoniste. Versions diverses oĂč le magicien sorcier de la matiĂšre symphonique rĂ©gorganise l’ordre des mouvements, cherchant dans une expĂ©rimentation continuelle la meilleure formule : bousculant les premiers standards pour choisir en dĂ©finitive, deux adagios tout d’abord, auxquels succĂšdent le Menuet et le Presto final. Peu Ă  peu les idĂ©es se prĂ©cisent et s’organisent; de l’Ă©mergence premiĂšre Ă  l’organisation du discours : l’acuitĂ© et la probitĂ© de l’entreprise convainquent tout Ă  fait ; et l’on comprend que pour permettre aux BrĂŒggen et Dantone de poursuivre dans cette voie dĂ©cisive, en provenance d’Angleterre, il a fallu qu’un Hogwood ouvre la voie et prĂ©pare aux audaces suivantes. Ce cd 16 rĂ©sume Ă  lui seul toute la pertinence de la vision Hogwood. De sĂ©quence en Ă©pisode, chacun idĂ©alement caractĂ©risĂ©, se dessine et la justesse de l’interprĂšte, et la bouillonnante activitĂ© crĂ©atrice du compositeur (ici, en 1774 : au carrefour du baroque et du prĂ©romantisme…).
Dans une autre acoustique, plus proche, chambriste et mordante par son acuitĂ© instrumentale, la transposition des Symphonies 94 ” “, 100 “Militaire”, 104 “Londres”, signĂ©e Salomon, transcripteur et agent Ă  Londres de Haydn, toujours soucieux de diffuser sa musique, y compris dans des arrangements pour quelques instruments (pianoforte, flĂ»te et quatuor Ă  cordes ; ultime avatar du rayonnement des Ɠuvres de Haydn ainsi diffusĂ©es Ă  Londres en 1791, 1793, 94 et 95. LĂ  aussi la curiositĂ© de Hogwood et ses solistes de l’Academy of Ancient Music.

dantone ottavio-dantoneLE MIRACLE DANTONE. Quel sens du contraste chez Ottavio Dantone dont l’allegro spirituoso de la Symphonie 80, pleine de rebondissements et contrastes dramatiques, dĂ©voile cette fiĂšvre et ce dĂ©bridĂ© Ă©lĂ©gantissime si absent chez les Britaniques. L’Accademia Bizantina fait miracle de chaque trait instrumental, chaque pause, nĂ©gociant aussi les silences, restituant Ă  une musique courtoise et civilisĂ©e, prise de façon trop artificielle ou donc mĂ©canique ailleurs, regorge de vitalitĂ© simple, de nerf franc, de santĂ© premiĂšre : un miracle de jaillissement impĂ©tueux, cependant idĂ©alement canalisĂ© par ses intentions, son style, sa claire Ă©locution. De toute Ă©vidence, Dantone a clairement choisi le feu scintillant d’un BrĂŒggen plutĂŽt que la Rolls routiniĂšre Hogwood. Le sens des dynamiques, la balance sonore globale, l’Ă©quilibre des couleurs et des timbres par pupitre relĂšvent d’une direction miraculeuse. Jamais ici le chambrisme des cordes, propre Ă  l’orchestre de chambre ne sacrifie l’Ă©clat millimĂ©trĂ© des accents de chaque instruments. C’est bien le propre des instruments d’Ă©poque que d’affirmer une carte des identitĂ©s sonores nouvelles, plus intenses, pleine de caractĂšre, certes moins globalement puissante, mais plus finement caractĂ©risĂ©e. Ce dosage, cette alchimie sont parfaitement comprises et exploitĂ©s par Dantone (la ligne de la flĂ»te au dessus de cordes dans l’Adagio de la mĂȘme n°80 de 1784) : miracle d’inventivitĂ©, d’un nerf pulsionnel Strum und Drang ; mais aussi d’un raffinement de teintes et de couleurs d’une perfection allusive phĂ©nomĂ©nale. Ottavio Dantone relĂšve haut la main par sa trĂšs grande sensibilitĂ© : chaque Ă©clair dramatique est revitalisĂ©, dans une vision globale Ă©nergique qui saisit chaque contraste sans en gommer un seul : une dĂ©licatesse jamais maniĂ©rĂ©e qui enchante et s’enivre dans la nervositĂ© sanguine Sturm und Drang de l’Allegro ; la suprĂȘme lumiĂšre intĂ©rieure de l’Adagio, le movement le plus long, rĂ©solument par ses teintes et son caractĂšre plus introspectif, moins noble que nostalgique : Empfindsamkeit. Armida de Haydn en tournĂ©eCe dont le chef et son orchestre sont capables d’un Ă©pisode Ă  l’autre est stupĂ©fiant de vitalitĂ©, d’expressivitĂ© fine et ciselĂ©e, de couleurs… L’on avait jamais Ă©coutĂ© avant lui tant d’arguments, de rĂ©cits opposĂ©s, associĂ©s, accordĂ©s : l’imagination du maestro inspirĂ© (magicien par ses idĂ©es innombrables) rend le plus hommage Ă  Haydn. C’est fluide, allant, naturel et aussi d’une fantaisie espiĂšgle souvent absente de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Alors oui, la comprĂ©hension de l’Accademia Bizantina affirme aujourd’hui, ce miracle sonore et expressif que seul apporte un orchestre d’instruments anciens. Comme affĂ»tĂ©es, mordantes, presque acides mais d’une ductilitĂ© lĂ  encore frĂ©missante (parfaitement accordĂ©es Ă  l’esthĂ©tique scintillante et surexpressive, trĂšs empfindsamkeit, les Symphonies du cd 24, plus tardives (n°78 et 79), harmoniquement plus tendue s’imposent tout autant, avec une gestion dramatique saisissante (tension/dĂ©tente du Vivace introductif de la 78), d’autant que Dantone semble ciseler le moindre accent, dĂ©voilant la subtile et souvent imprĂ©visible texture, souvent rugueuse et mĂ©tallique aux couleurs particuliĂšrement changeantes : vĂ©ritables Ă©clairs aux cors, caquetage des bois, permanente fantaisie, et parfois dĂ©lirante ivresse (excellent Menuetto de la 78). Trois maĂźtres de la baguette pour une intĂ©grale musicalement irrĂ©sistible et trĂšs Ă©loquente se rĂ©vĂšlent dans ce coffret majeur. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’Ă©tĂ© 2016.

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique, coffret Ă©vĂ©nement. HAYDN : intĂ©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : BrĂŒggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA

Les Symphonies de Beethoven sur Brava

brava_hd_2014_logoTĂ©lĂ©. Brava. Cycle Beethoven : du 4 au 7 juin 2015. Qui n’a pas rĂȘvĂ© de rĂ©viser ses classiques et reprendre le chemin de la dĂ©couverte symphonique Ă  l’heure romantique, en l’occurrence les Symphonies de la maturitĂ© de Beethoven (1792-1827), les Symphonies n°4,5, 6 et 7 d’autant plus passionnantes qu’elles sont jouĂ©es par le chef Claudio Abbado qui pilote le Philharmonique de Berlin. Le cycle a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  l’AcadĂ©mie nationale Sainte-CĂ©cile de Rome en 2001.

 

 

 

Beethoven : Ă  la recherche de la Symphonie parfaite

 

Fidelio de BeethovenNĂ© en 1770, Ludwig van Beethoven quitte Bonn pour Vienne, dĂ©finitivement, en 1792. il reprend l’expĂ©rience des Symphonistes de Mannheim, les propositions capitales de Haydn et Mozart : il crĂ©e la forme et la sonoritĂ© de la Symphonie romantique Ă  l’époque oĂč NapolĂ©on inflĂ©chit l’Europe.  Le musicien fixe les rĂšgles des quatre mouvements, modifiant parfois l’ordre et le caractĂšre de certains, offrant Ă  tous le instruments un champ expressif nouveau
 Avec Beethoven, la musique offre Ă  l’esprit des LumiĂšres, un cadre symphonique digne de son ambition et de son rayonnement : une expĂ©rience collective, un dĂ©sir d’utopie partagĂ©e ou un tĂ©moignage personnel qui s’adresse au plus grand nombre. AprĂšs Beethoven, Schumann, Mendelssohn, Brahms, Bruckner
 tous les grands romantiques voudront rivaliser avec le cycle qu’il a laissĂ© et nourri jusqu’à sa mort, soit un total de 9 Symphonies.
Brava diffuse sur 4 jours, les Symphonies « intermédiaires » de Beethoven : les Symphonies n°4,5,6 (Pastorale, laquelle ne décrit pas mais exprime le miracle spectaculaire de la nature en une fresque panthéiste révolutionnaire), enfin la Symphonie n°7.

 

 

 

Jeudi 4 juin 19h
Beethoven – Symphonie No. 4 (Vienne, 1807)
 
Vendredi 5 juin 14h
Beethoven – Symphonie No. 5 (Vienne, 1808)
 
Samedi 6 juin 21h
Beethoven – Symphonie No. 6 « Pastorale » (Vienne, 1808)
 
Dimanche 7 juin 13h
Beethoven – Symphonie No. 7 (Vienne, 1813)

 

 

 

 
A propos de Brava, nouvelle chaßne de télé 100% classique
brava_hd_2014_logoBrava s’affirme par la qualitĂ© et la sĂ©lection des programmes de musique classique proposĂ©s ; la chaĂźne diffuse les meilleurs opĂ©ras, opĂ©rettes, ballets et concerts, 24 heures sur 24, en Full Native HD et en Dolby Digital Audio. Toutes les productions sont enregistrĂ©es dans les opĂ©ras et thĂ©Ăątres les plus cĂ©lĂšbres du monde, dont la Royal Opera House de Londres, le Teatro Real de Madrid et La Scala de Milan. Brava est disponible 24 heures sur 24 et offre Ă  ses tĂ©lĂ©spectateurs une place au premier rang de spectacles de premier ordre, avec les meilleurs musiciens et artistes au monde. Brava est une chaĂźne sans publicitĂ© dĂ©diĂ©e totalement au meilleur du classique.

La chaĂźne internationale Brava peut ĂȘtre reçue par la plupart des tĂ©lĂ©spectateurs HD en France, oĂč elle fait partie des bouquets d’Orange, Bouygues, SFR, Free/Alice, Canalsat et Numericable. Brava peut aussi ĂȘtre reçue aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Turquie, au Portugal, en Slovaquie, en RĂ©publique tchĂšque, Ă  Monaco, au Liban et dans plusieurs pays africains. Des informations supplĂ©mentaires sont disponibles sur www.bravahd.fr.

 

 

CD. Compte rendu critique. Méhul : Symphonies n°3,4,5 (Kapella 19, Eric Juteau)

Mehul Kapella 19 symphonies eric juteau cd kapella 19CD. Compte rendu critique. MĂ©hul : Symphonies n°3,4,5 (Kapella 19, Eric Juteau). MĂ©hul symphoniste ? On le croyait surtout dramaturge (et le mieux inspirĂ© Ă  l’Ă©poque rĂ©volutionnaire et napolĂ©onienne en France). Un jeune orchestre sur instruments d’Ă©poque, nĂ© Outre-Rhin en 2009, Kapella 19, Ă  l’initiative de son chef inspirĂ© Eric Juteau, crĂ©e l’Ă©vĂ©nement en embrasant le feu beethovĂ©nien et la finesse mozartienne (plage 6) des Symphonies 3, 4 et 5 (” inachevĂ©e” ) de celui qui aima, avant Berlioz, Gluck : MĂ©hul. L’exact contemporain des Viennois Haydn et Beethoven gagne ici un Ă©clairage imprĂ©vu, fort, particuliĂšrement convaincant.

Mehul_par_ZBelliardVoilĂ  qui met en perspective le gĂ©nie fervent, hĂ©roĂŻque, lumineux d’un MĂ©hul, plus convaincant que Gossec et mĂȘme Cherubini mĂȘme si ce dernier avec son unique et sublime Symphonie de 1815 a marquĂ© lui aussi l’essor de l’Ă©criture symphonique en France (commande de la Philharmonic Society de Londres en vĂ©ritĂ©). MĂȘme inachevĂ©e, la Symphonie n°5 de MĂ©hul, rĂ©duite Ă  un unique Andante allegro probablement d’ouverture, synthĂ©tise toute la science poĂ©tique d’un Haydn Ă  laquelle il aurait apporter l’entrain du jeune, frĂ©nĂ©tique et bouillonnant Beethoven. MĂ»r, d’une noblesse irrĂ©sistible, l’Andante saisit par son panache sans dĂ©monstration, l’intelligence de l’orchestration (et les timbales admirablement Ă©quilibrĂ©es ici, comme les cors pĂ©tulants, et aussi le pupitre des bois, sans omettre la flamme irradiante des cordes) se rapprochent Ă©videmment de Ludwig dont soulignons-le, MĂ©hul est le digne contemporain. AffectĂ© par la tuberculose, et sollicitĂ© pour Ă©crire de nouvelles Ɠuvres de circonstances pour le second mariage de NapolĂ©on avec Marie-Louise d’Autriche, MĂ©hul laisse ainsi 5Ăšme symphonie… inachevĂ©e ; l’allant, la sensibilitĂ© du chef aux couleurs, Ă  l’Ă©quilibre naturel du volume sonore permis et si finement caractĂ©risĂ© par les instruments d’Ă©poque distinguent Ă©videmment cette lecture et rĂ©habilitent l’Ă©criture de MĂ©hul dont ici l’instinct et le style semblent prolonger avec raffinement le dernier Haydn et le premier Beethoven.

 

 

 

Etienne-Nicolas Méhul : le Beethoven français !

 

 

CLIC_macaron_2014CrĂ©Ă©e au Conservatoire en 1810, la Symphonie n°4 Ă©tonne aussi par la maturitĂ© de son Ă©criture, la science des couleurs (Ă©missions nuancĂ©es et caractĂ©risĂ©es des cors au dĂ©but). MĂ©hul fait scintiller l’orchestre par une maĂźtrise personnelle des alliances de timbres oĂč brillent seuls les cors ou les flĂ»tes, Ă©galement les cordes doublĂ©es par bassons, clarinettes, hautbois. Le sens de l’unitĂ© des parties, grĂące Ă  cette boucle thĂ©matique qui fait jaillir rĂ©guliĂšrement dans chacun des mouvements, le mĂȘme thĂšme, Ă©voque encore la pensĂ©e de MĂ©hul. Difficile de demeurer insensible face au solo troublant du violoncelle doloriste dans l’Andante (cantilĂšne funambulique) ; Ă  la gravitĂ© presque Ă©trange des bois et des cors accordĂ©s dans le trio du Menuet … Autant de virtuositĂ© et d’Ă©loquence allaient bientĂŽt s’interrompre car Ă  l’Ă©poque de MĂ©hul seule comptait la composition d’opĂ©ras. De son vivant, et pour une fois clairvoyants, les critiques comprirent l’intelligence visionnaire du musicien qui face au peu d’engouement du public, prĂ©fĂ©ra quitter le genre symphonique… pour l’opĂ©ra.
Un pas Ă©tait dĂ©jĂ  franchi dans la franchise palpitante, d’une Ă©nergie subtilement partagĂ©e par tous les pupitres dans l’Allegro “ferme et modĂ©rĂ©” (premier mouvement) de la 3Ăšme (crĂ©Ă©e en mai 1809): vĂ©ritable sublimation optimiste (ivresse pĂ©tulante remarquablement nuancĂ©e par Eric Juteau) exprimĂ©e par les bois et les vents Ă  la fĂȘte. On pense constamment Ă  l’orchestre de Mozart, celui des Noces, et son Ă©nergie militaire, vĂ©ritable efflorescence instrumentale : mĂȘme Beethoven ne fut pas aussi imaginatif en terme de langage strictement instrumental. OĂč avons-nous Ă©coutĂ© de tels Ă©clairs instrumentaux, si finement timbrĂ©s et colorĂ©s ? Franchise, style, majestĂ© : les tĂ©moignages d’Ă©poque (critiques plus que public donc) sont unanimes pour saluer le tempĂ©rament d’un MĂ©hul, digne rival de Haydn et de Mozart. C’est dire. Le final de la 3Ăšme, plutĂŽt courte (que 3 mouvements), semble rĂ©sumer toute l’Ă©nergie de ce dĂ©but XIXĂš dont la Kapella 19 exprime le flamboiement sonore comme une ivresse printaniĂšre des plus subtiles : Ă  l’aube du siĂšcle romantique, MĂ©hul apporte la preuve de la maturitĂ© de son Ă©criture symphonique d’un raffinement comme dans ce dernier mouvement, souvent inouĂŻ. On relĂšve la vitalitĂ© euphorique de l’Ă©criture combinĂ©e Ă  une sensibilitĂ© inĂ©dite pour la texture instrumentale.

mehul-une-homepage-582-380La rĂ©vĂ©lation est complĂšte et donne donc toute sa valeur Ă  cet enregistrement en premiĂšre mondiale. Quant Ă  la performance tout en nuances et finesse de la Kapella 19, elle sĂ©duit, envoĂ»te, captive. Il faut suivre dĂšs Ă  prĂ©sent chaque nouvelle production de son fondateur et chef attitrĂ©, Eric Juteau. Ce premier cd Ă©tant produit par la phalange elle-mĂȘme, la rĂ©alisation n’en a que plus de mĂ©rite. Le dĂ©frichement et l’audace viennent lĂ  encore de l’initiative privĂ©e : il reste incomprĂ©hensible que la France ne programme plus MĂ©hul. Le prĂ©sent enregistrement dĂ©montre qu’au dĂ©but du XIXĂš, autour des annĂ©es 1809-1810, l’Hexagone tout juste romantique, comptait dĂ©jĂ  son Beethoven.

 

 

Etienne-Nicolas MĂ©hul (1763-1817) : Symphonies n°3,4, 5 “inachevĂ©e”. Kapella 19. Eric Juteau, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2014 (Allemagne). Plus d’infos sur le site de la  Kapella 19 / Eric Juteau

 

 

 

 

Livres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud)

actes sud joseph haydn biographieLivres. Joseph Haydn par FrĂ©dĂ©ric Gonin (Actes Sud). Le bon papa Haydn, Ă  Vienne : jovial, poli, diplomate, mesurĂ©, Ă©quilibrĂ© en tout, surtout dans son caractĂšre et naturellement dans sa musique fut comme le dĂ©voile cette biographie bien trempĂ©e, une personnalitĂ© affirmĂ©e, sĂ»re de son mĂ©tier et de ses compĂ©tences, d’une audace et d’un humour portĂ©s par une Ă©ducation parfaite qui rendait son commerce et sa compagnie, totalement dĂ©lectables. Inventeur du quatuor Ă  cordes, au point de placer Vienne au sommet des villes europĂ©ennes les plus Ă©lĂ©gantes et les mieux productives, approfondissant comme nul autre avant Beethoven, le genre symphonique et la musique de chambre, Haydn prend ici une stature de pionnier, de visionnaire, de dĂ©fricheur voire de dĂ©fenseur de sa corporation, n’hĂ©sitant pas Ă  revendiquer le maintien d’avantages liĂ©s Ă  sa charge pour lui et ses confrĂšres de l’orchestre, auprĂšs du prince Esterhazy, son employeur dans la pĂ©riphĂ©rie de Vienne…

 

 

 

Joseph Haydn :

conservateur mais hyperactif et visionnaire

 

haydn_joseph_aristoDommage cependant que l’auteur lyrique ne soit pas plus Ă©voquĂ©, expliquĂ©, explicitĂ© car Haydn avant Mozart, justement pour la Cour des Esterhazy et le thĂ©Ăątre du palais d’Esterhaza, fut fĂ©cond en matiĂšre d’opĂ©ras italiens, en particulier dans le genre buffa et comique : c’est lĂ  le pan de la recherche Ă  approfondir et la source de futures dĂ©couvertes (qui rend d’ailleurs inestimables le legs discographique que signa Antal Dorati, pilote passionnant d’une intĂ©grale lyrique chez Decca). C’est une veine poĂ©tique d’une infinie subtilitĂ© que Haydn prit soin de cultiver tout en sachant qu’il ne pouvait pas concurrencer le gĂ©nie de Mozart dans ce domaine… Plus significatif, les commentaires sur la musique vocale sacrĂ©e comprenant Ă©videmment le genre de l’oratorio (trĂšs tĂŽt abordĂ©) et surtout ses messes et cantates, particuliĂšrement destinĂ©es Ă  la ferveur de sa patronne Ă  Esterhaza toujours, et qui tĂ©moignent d’un gĂ©nie toujours mĂ©sestimĂ©, car encore ici, Haydn souffre d’une supĂ©rioritĂ© concurrente, non plus celle de Mozart (quoique) mais de son propre frĂšre Michael Haydn, alors maĂźtre de chapelle trĂšs actif pour la Cour du Prince-ArchevĂšque de Salzbourg. La personnalitĂ© complexe du faux conservateur Haydn transparaĂźt avec finesse et nuances. De quoi rĂ©habiliter la stature d’un Haydn rĂ©formateur et concepteur de premier plan, Ă  l’Ă©gal de Mozart et de Beethoven Ă  venir,  dont la force d’invention explique qu’il reste l’une des personnalitĂ©s musicales les plus cĂ©lĂ©brĂ©es (Ă  juste titre) de son vivant.

 

CLIC D'OR macaron 200La lecture est d’autant plus aisĂ©e, et l’apport synthĂ©tique, Ă©loquent… que l’approche a Ă©tĂ© remarquablement conçue ; thĂ©matisĂ©e, elle est complĂ©mentaire et exhaustive charpentĂ©e en quatre grandes parties : 1) La vie tout d’abord (premiĂšres annĂ©es, au service du prince Esterhazy, un homme libre) ; 2) la personnalitĂ© (le conservateur, l’homme simple et modeste…  ; enfin 3) le style (une constante volontĂ© de renouvellement, le style galant, la notion de classicisme, les Ă©lĂ©ments du style haydnien ; puis, 4) l’Ɠuvre (la musique symphonique, la musique de chambre, l’ouvre pour clavier, la musique vocale profane et sacrĂ©e …). ComplĂ©tĂ© par une chronologie et une sĂ©lection bibliographique et discographique, voici l’un des meilleurs textes de la collection ” classica “  Ă©ditĂ©e par Actes Sud.

 

 

Livres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud). ISBN 978-2-330-03405-4. Parution : septembre 2014.