COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 2 févv 2019. Mahler : Symphonie N°1 « Titan ». Orch National de Lille / A. Bloch.

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 2 février 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch. C’est dans un projet passionnant – qui est toujours aussi un défi un peu fou… – qu’Alexandre Bloch vient de jeter ses forces (et bien évidemment celles de l’Orchestre National de Lille que le chef français dirige depuis septembre 2016) : offrir au public lillois une intégrale des Symphonies de Mahler – d’ici à janvier 2020 – dans leur ordre chronologique. C’est ainsi l’occasion « de suivre le parcours créatif d’un génie musical unique, qui révolutionna l’écriture symphonique par sa démesure visionnaire », comme l’indique si bien le programme de salle.
Autre particularité de ce coup d’envoi, avec la Première Symphonie (dite « Titan »), on assiste ce soir à un concert « connecté ». En effet, après une première expérience réussie (en janvier 2018) autour du Sacre du printemps de Stravinski, Alexandre Bloch renouvelle sa proposition de concert connecté.

 
 

 
 

GUSTAV en smartphony…
Démesure visionnaire de Mahler
et concert connecté

 

 

©smartphony2_328px_18-19L’ONL a en effet fait développer une application smartphone unique au monde (intitulé Smartphony) qui permet au public (mais aussi aux internautes, derrière leurs ordinateurs, grâce au site Youtube, en particulier la chaine de l’ONL Orchestre National de Lille) d’interagir avec l’orchestre. La première partie du concert est animée par le vrai chauffeur de salle qu’est Alexandre Bloch, par ailleurs excellent pédagogue, qui livre une mine d’informations sur Mahler et son Å“uvre, mais tout en testant les connaissances du public via l’application…

 

 

SMARTPHONY. A LILLE, Alexandre BLOCH réécrit l'expérience symphonique

 
 

 
 

La seconde partie de soirée se montre plus « sérieuse », et si – dans la première – l’audience a pu décider elle-même du tempo que le chef devait prendre dans tel ou tel mouvement, Alexandre Bloch reprend ici totalement les commandes pour livrer une interprétation vibrante du chef d’œuvre mahlérien.  De fait, après cette première partie récréative et ludique, à laquelle l’orchestre s’est d’ailleurs prêté avec un plaisir communicatif, l’auditeur peut enfin goûter à la qualité exceptionnelle, à l’homogénéité sans faille, ainsi qu’à la perfection technique dont la phalange des Hauts de France est capable. Sous la battue du maestro Bloch, rien ne dépasse, tout est joué au cordeau, sans le moindre accroc. Irréprochable, donc, et superbement investi, l’ONL impose d’entrée de jeu une vraie concentration de l’écoute, en faisant rayonner les « bruits de nature ».
Amoureux du son, Alexandre Bloch dirige sans partition, avec une précision très détaillée, mais jamais sévère, qui laisse le public goûter toutes les subtilités de timbre et les audaces de l’orchestration mahlérienne ; l’orchestre est tout simplement somptueux, opulent dans la texture des cordes, tendre dans ses soli respectifs – la contrebasse de Mathieu Petit, la harpe de Anne Leroy-Petit… -, magistral par la cohésion de ses pupitres. Et lorsque le chef lâche la bride – dans le dernier mouvement («Dall’inferno», comme précisé par Mahler) -, les pupitres se mettent à vrombir dans un épanouissement sonore qui ne se fait jamais au détriment des composantes de l’écriture orchestrale. Saluons la résistance et l’infaillibilité des cuivres, et notamment les huit cors qui – selon les recommandations d’un Mahler toujours soucieux de projection dans l’espace – achèvent debout cette « titanesque » symphonie, dans une robustesse et une ivresse du son que l’on est pas prêt d’oublier… Alors bravo !

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 2 février 2019. Mahler : Symphonie N°1 dite Titan. Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch.

 

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LIRE aussi notre entretien avec Alexandre BLOCH à propos de l’intégrale des symphonies de Mahler à Lille
http://www.classiquenews.com/entretien-avec-alexandre-bloch-lintegrale-mahler-en-2019/

 

 

LIRE aussi notre présentation du cycle des symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch – 5 premières symphonies jusqu’à juin 2019
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

Prochain rv du cycle Mahler au Nouveau Siècle à Lille : jeudi 28 février 2019, 20h / MAHLER : Symphonie n°2 « Résurrection », nouveau volet incontournable
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/resurrection/
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION : ALEXANDRE BLOCH
SOPRANO : LISA LARSSON
 / MEZZO-SOPRANO : CHRISTIANNE STOTIJN / 
CHŒUR PHILHARMONIA CHORUS
 / CHEF DE CHŒUR :  GAVIN CARR / 
CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

 

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec Alexandre BLOCH. L’Intégrale Mahler en 2019

cycle-mahlerENTRETIEN avec ALEXANDRE BLOCH… A quelques mois du début du cycle Mahler à Lille, le directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch, alors qu’il dirigeait à Innsbruck, la 7è Symphonie, nous expliquait en novembre 2018, pourquoi se lancer à partir du 1er février 2019 dans une intégrale Gustav Mahler… Un cycle qui s’annonce déjà spectaculaire et passionnant. L’aventure promet d’être une expérience orchestrale particulièrement saisissante : étagement des pupitres, spiatialisation de l’orchestre, présence des choeurs, de solistes, souffle opératique, instrumentarium singulier qui dévoile la recherche expérimentale d’un compositeur visionnaire… Mahler à Lille est l’événement symphonique de l’année 2019.

 

 

 

 

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Quel est le sens du cycle dans son entier, croisé avec la vie du compositeur ?

ALEXANDRE BLOCH : Les symphonies de Mahler reconstituent le fil de sa propre vie ; chaque opus est en lien avec ses aspirations les plus profondes, son expérience, les étapes aussi de sa vie amoureuse… en cela la rencontre avec Alma aura évidemment marqué l’homme et son œuvre. Comme en d’autres moments de sa vie, les lettres à Nathalie Bauer auront beaucoup renseigné sur la composition, le processus d’écriture et de conception ; Gustav Mahler s’y dévoile et explique son écriture. De partition en partition, on suit l’évolution du langage ; Mahler ne cesse d’explorer toujours plus loin de nouveaux mondes sonores, il ne cesse de repousser les possibilités de l’orchestre ; son instrumentarium est constamment modifié, renouvelé ; il s’intéresse aussi à la place des percussions, ou à la technique instrumentale… Prenez par exemple le cas de la 7è Symphonie, celle que je travaille actuellement à Innsbruck, en particulier dans le Scherzo qui fait entendre un énorme piz aux contrebasses, et les violoncelles qui sont notés « 5 f » : Mahler innove, et réalise déjà le fameux piz bartokien.

Pour comprendre l’univers mahlérien, il est intéressant de se remettre dans le rythme de l’époque et suivre le musicien, dans sa vie de chef, de directeur d’opéra et de compositeur… Mahler le chef dirigeait l’hiver quand le compositeur écrivait l’été. Comme directeur de l’Opéra de Vienne, il a dirigé nombre d’opéras et d’oeuvres symphoniques ; sa culture était prodigieuse et sa connaissance des instruments de l’orchestre, particulièrement affûtée. Tout cela l’a mené à l’expérimentation ; il a laissé des annotations très précises et souvent ses partitions étaient jugés « injouables ».
J’ai effectué un long travail de relecture des sources et des manuscrits originels, en particulier pour retrouver ce rubato viennois propre à l’époque de Mahler au début du XXè siècle. Il est essentiel de veiller au bon tempo, à l’articulation ; c’est la mission du chef de rétablir la clarté du propos.

 

  

 

Intégrale événement à Lille
Les 9 Symphonies de Gustav Mahler
Un Eldorado symphonique à LILLE

 

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Pourquoi avoir choisi pour première intégrale avec l’Orchestre National de Lille, les symphonies de Mahler ?

ALEXANDRE BLOCH : C’est une conjonction de plusieurs facteurs. Nous souhaitions choisir un répertoire adapté aux dimensions de l’orchestre. L’Orchestre national de Lille permet la réalisation d’œuvres gigantesques. L’échelle du gigantisme est un challenge et la source d’une excitation qui porte tous les musiciens moi compris. Cela exige beaucoup en concentration comme sur le plan physique. Et souvent, il y a des moments de grâce et de jubilation que le public ressent aussi.
Par ailleurs, dans le cadre de Lille 3000, le thème retenu en 2019 est l’Eldorado. Or chaque symphonie de Mahler dessine tout un monde sonore, et le cycle entier est une odyssée, … certainement la plus impressionnante et passionnante du XXè. Rien de mieux pour exprimer l’idée d’un Eldorado… que l’écriture symphonique de Mahler. Nous aborderons donc les opus de façon chronologique, avec la 1ère Symphonie Titan le 1er février 2019, soit 130 ans après sa création.

 

 

 

 

On note la place de la voix dans certaines symphonies Рles 4 premi̬res, puis la 8̬. Quelle en serait pour vous la signification ?

INTEGRALE MAHLER à LILLEALEXANDRE BLOCH :L’opéra est présent dans l’écriture symphonique de Mahler. Comme chef à l’Opéra de Vienne, il était familier des plus grands ouvrages de Mozart, de Wagner dont il a dirigé Tristan und Isolde, opérant en tant que directeur, la réforme du concert et des conditions de représentation que l’on sait. La dramaturgie, la couleur de certaines séquences orchestrales sont très proches de l’opéra. Il faut toujours avoir en mémoire le rythme de Mahler : chef et directeur d’opéra l’hiver, puis l’été, compositeur de symphonies. L’un et l’autre activités se mêlent, elles sont interdépendantes.
L’autre élément qui porte les symphonies est la Nature dont il a exprimé le souffle, le mystère, le rugissement aussi. Mahler change constamment les tonalités d’une mesure à l’autre, avec une versatilité qui peut désorienter, mais qui porte des états émotionnels et psychologiques d’une rare profondeur. Il y a une hypersensibilité chez Mahler qui remonte certainement à son enfance ; Son épouse Alma a relaté la rencontre du compositeur avec Freud. Mahler enfant aurait été marqué par des scènes très violentes entre ses parents ; où son père frappait sa mère.
Dans sa jeunesse, il cite à de nombreuses reprises un joueur d’orgue de barbarie et aussi des chansons populaires… tout cela a nourri un monde sonore lié à son enfance et que l’on entend dans ses œuvres. Il y a un caractère versatile, parodique, ironique voire schizophrène chez Mahler. L’auditeur comme l’interprète doivent identifier tout cela pour en mesurer la richesse. Mais le plus impressionnant chez lui, c’est le parcours élaboré du début à la fin, où la voix quand elle est présente semble transcender l’expérience offerte, vers une élévation, comme c’est le cas de la Symphonie n°2 « Résurrection » (à l’affiche à Lille, le 28 février 2019).

 

 

 

 

Quelles sont les grands chefs mahlériens qui vous inspirent ?

ALEXANDRE BLOCH :Il y a bien sûr Leonard Bernstein pour son côté humain et généreux, sa fraternité et son optimisme ; Rattle pour son respect de la partition, son sens du détail, son sens de l’écoute ; Abbado pour sa profondeur et son mysticisme, une économie qui écarte toute exubérance ; enfin, et surtout Bernard Haitink dont je garde un souvenir durable de sa vision de la 7è Symphonie lors du MahlerFest 1995 à Amsterdam : or je dirige actuellement la partition à Innsbruck. Sa vision, son métier sont de l’or pour l’interprète et le chef que je suis.

 

 

 

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Vous venez d’être prolongé comme directeur musical de l’Orchestre National de Lille (jusqu’en 2024). Qu’apporte selon vous pour les musiciens de l’Orchestre, et aussi pour le public, cette intégrale Mahler ?


©smartphony2_328px_18-19ALEXANDRE BLOCH : C’est une formidable opportunité pour moi et les musiciens de l’orchestre : nous allons mener un travail de fond. Là où Brahms est davantage joué, Mahler est tout autant convoité, attendu (car on sait qu’au moment de chaque concert, il va se passer quelque chose) mais terriblement exigeant. Actuellement notre phalange se renouvelle ; les nouveaux musiciens arrivants profitent de cette aventure pour adhérer au groupe. Les instrumentistes apprennent à se connaître au sein de chaque pupitre. D’autant que pour notre intégrale Mahler et pour chaque symphonie, nous travaillerons la cohésion de chaque pupitre, avec en moyenne des temps de répétitions préalables, supérieurs à l’habitude (10 jours au lieu de 7). Il s’agit de réaliser pour chaque session, une formidable expérience symphonique pour le public. J’ai souhaité renforcer encore le lien entre les spectateurs et l’orchestre : rv le 2 février à 18h30, pour la 2è édition de « Smartphony », dédiée à la Symphonie n°1 que nous aurons dirigée la veille : avec son mobile allumé, le spectateur répond aux sollicitations du chef et s’immerge dans les secrets de la partition ; puis, écoute la symphonie, portable éteint, en connaissance de cause. Mahler se prête très bien à cette nouvelle expérience qui renouvelle le format du concert et son accessibilité pour tous. A noter : 2è session de Smartphony, le 2 février 2019 : à la découverte de la Symphonie Titan de Gustav Mahler :
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/smartphony/

 

 

 

Entretien réalisé en novembre 2018

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APPROFONDIR
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LIRE aussi notre présentation du cycle MAHLER par l’Orchestre National de LILLE et Alexandre BLOCH
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de la Symphonie n°1 TITAN par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille / le 1er février 2019 : http://www.classiquenews.com/symphonie-n1-titan-de-mahler-a-lille/

 

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L’INTEGRALE GUSTAV MAHLER : Symphonies n°1 à 9
par L’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
ALEXANDRE BLOCH, direction

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Illustrations : Ugo Ponte / Orchestre National de Lille / Visitez le site ONL INSTAGRAM pour suivre en photos l’actualité de l’épopée symphonique de l’Orchestre National de Lille

ENTRETIEN avec Mathieu HERZOG, fondateur et directeur musical de l’Orchestre Appassionato. Les 3 dernières Symphonies de MOZART

ENTRETIEN avec Mathieu HERZOG, fondateur et directeur musical de l’Orchestre Appassionato. Au sujet des 3 dernières Symphonies de Mozart, une trilogie instrumentale conçue comme un oratorio qui renforce la vitalité et l’expressivité d’un collectif capable d’égaler la palette et l’imaginaire de l’opéra. C’est dire combien le travail du chef français pilotant son orchestre Appassionato, démontre des qualités fouillées voire superlatives en tout cas passionnantes dans le travail qui a présidé à l’enregistrement qui paraît à l’automne 2018. Le maestro explique et commente ici l’œuvre d’un Mozart bâtisseur, architecte à sa façon d’un monde d’équilibre, aux références directement maçonniques… Une révélation et l’indice qu’il existe comme en Grande Bretagne, une nouvelle génération d’interprètes magiciens qui comprennent Mozart, en profondeur et en vérité. Somme mouvante, intelligence de gestes riches par leur diversité et pourtant unifiées grâce à l’énergie fédératrice de son pilote principal, Appassionnato, porté par la pensée de son chef Mathieu Herzog, incarne désormais une approche régénérée et formellement captivante des œuvres mozartiennes. Entretien avec MATTHIEU HERZOG un chef qui a la passion de l’architecture, de la nuance, de l’articulation souple et naturelle.

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Matthieu Herzog et Appassionato : MOZART MAJEUR !

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Beaucoup considèrent les 3 symphonies comme une trilogie ayant sa cohérence et un sens qui les relie. Qu’en pensez vous ? De quelle façon les 3 opus se répondent-ils / se complètent-t-il ? Comment s’il s’agissait d’un oratorio (cf Harnoncourt) ou d’un opéra en trois actes, chaque volet fait-il sens, en soi et par rapport aux autres ?

MATHIEU HERZOG : Je vais répondre au trois questions en une si vous me le permettez. Je suis absolument d’accord avec l’idée d’une cohérence et d’une relation étroite entre les trois symphonies qui s’explique tout d’abord assez simplement par la rapidité d’écriture : moins de deux mois pour l’achèvement complet de la trilogie. J’y vois également une évolution dramatique importante qui, à mon sens, les relie fortement.
Pour paraphraser Nikolaus Harnoncourt, le phénomène de 12 mouvements formant un tout est assez réaliste, le mot oratorio n’étant là que pour exprimer une forme nouvelle que Mozart crée, j’en suis persuadé, de façon consciente.
Ensuite, on ne peut pas parler des dernières années de Mozart sans mentionner le culte maçonnique et les signes ne manquent pas dans cette trilogie. La première des trois symphonies commence en Mi bémol Majeur (comme La Flûte enchantée), trois bémol à la clef. La grande oeuvre se poursuit avec une symphonie en sol mineur, tonalité représentée par la lettre G en allemand et le G est présent dans le centre de la mystérieuse étoile flamboyante présente dans tous les temples maçonniques. Enfin, nous terminons en Do Majeur qui, par définition, est la tonalité absolue (Ut est la joie céleste) et début de Tout, comme la croyance de ce Grand Bâtisseur à laquelle Mozart adhère complètement.
Par conséquent, oui, je suis certain que les trois symphonies sont reliées et que le génie Mozart n’a pu concevoir qu’une simple addition de symphonies et en ce sens bien évidemment il inventa un nouveau “tout“ musical.

Pour ce qui est du rapport des unes aux autres, cela paraît évident par les tonalités que je viens d’évoquer. Il y a aussi une dilution et une unité thématiques palpables que nous retrouvons lors d’un travail ou d’une écoute cumulée des trois symphonies et qu’Harnoncourt exprime aussi par son parcours initiatique lors des nombreuses fois où il dirigea ce triptyque en une soirée. Pour finir, je pense que pour Mozart, qui est de toute évidence un humaniste dans le sens de la croyance en l’Homme avant tout, le saint des saints est dans l’Homme, en effet ces trois oeuvres sont bien évidemment reliées et j’ose même croire qu’il les a conçues d’un seul trait dans son formidable esprit.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Votre sens de l’architecture est très manifeste. Quel a été votre travail sur le choix des tempo et des indications dynamiques et agogiques ?

Je vous remercie, ce sont des choses qui m’obsèdent, l’agogique, la cohérence dramatique, la ligne d’une phrase, d’un mouvement, d’une oeuvre, l’idée d’englober l’interprétation dans un tout qui tiendrait son auditeur en haleine de la première à la dernière note. Si c’est perceptible, j’en suis plus que ravi.
Je vous avoue également que j’ai parfois des problèmes à l’écoute de certaines interprétations d’une oeuvre et cela crée peut-être chez moi une liste d‘écueils que je souhaite par dessus tout éviter. Tout d’abord, j ‘ai une aversion pour les déroulements isochrones, j’aime le mouvement inscrit dans une agogique. Je n’ai aucun plaisir au rubato pour le rubato mais j’ai souvent peur de l’influence de certaines musiques actuelles – avec trop de rythmiques robotiques – sur l’interprétation musicale.

La deuxième chose qui nourrit absolument mon discours c’est le support harmonique ! Je cherche à voir l’harmonie comme un langage aussi clair que la langue française avec un point, une virgule et avec l’évidence que lorsque vous lisez ou dites un texte, les temps de pause, l’accentuation, les intonations offrent déjà un chant d’interprétation vaste et passionnant car chaque acteur, chaque conteur peut vous faire ressentir des choses différentes avec le même texte, c’est l’exact même phénomène en musique.

Et, pour finir, j’ai beaucoup étudié l’architecture linguistique de la langue
allemande afin de pouvoir articuler les phrasés avec plus de précision et ainsi, délivrer un message plus profond dans notre interprétation.
Il ne faudrait pas non plus oublier le travail concret avec Appassionato, cet ensemble incroyable peuplé de très grands musiciens chambristes qui partagent passion et langage d’une façon peu commune et qui m’ont à chaque instant aidé, avec patience, à accéder à cette interprétation que je rêvais dans mon esprit.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous dans ce cycle une préférence ? Un climat, une association de timbres qui vous parlent davantage ? Pourquoi ?

Quelle question difficile, presque comme si l’on devait choisir son enfant
préféré. Non, désolé, je suis fou d’amour pour les trois symphonies. Que le
monde serait pauvre sans elles !

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Et sur l’orchestration, quel est le génie de Mozart selon vous ?

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriC’est une question passionnante mais très technique ! Je vais aborder plusieurs choses très précises en essayant, justement, de ne pas être trop technique. Tout d’abord, Mozart a un talent inouï pour l’équilibre entre les parties : avec peu d’instruments (par conséquent peu de timbres différents), il parvient à faire naître de riches couleurs orchestrales, principalement grâce au contrepoint, il crée des vagues d’émotions par bouffées de chaleur et non par violence. Lorsque les cordes se veulent très puissantes et presque agressives, il utilise un contrepoint linéaire chez les vents afin de nourrir son orchestration par le détail, il crée également, en accompagnement d’un chant de clarinette, un fourmillement presque imperceptible dans les violons d’où surgit une richesse semblable, peut-être, au murmure de la ville viennoise et des sabots des chevaux qui passent sous sa fenêtre.
Ce n’est jamais par la masse qu’il crée ces atmosphères mais par l’association de petites choses qui forment un tout, en tout point parfait. Il a également ses petites habitudes délicieuses comme tous les orchestrateurs, que l’on pourrait appeler les “nappes“ de vents.

Dans le début de la 40ème symphonie, lorsque les violons reprennent le thème de départ pour la deuxième fois, il enrichit son discours avec deux hautbois et deux bassons longilignes qui sont à se damner, tout simplement. Il ne faut jamais oublier non plus qu‘il reste un rhéteur de premier ordre, il parle sans arrêt et presque sans respirer, il invente, au fond, le romantisme car il arrive, dans un langage parfaitement classique, à construire des phrases sans fin et pourtant sans ennui. Cette force de la mélodie infinie, supportée par une rythmique presque microscopique, c’est quelque chose qu’on ne retrouve que chez les plus fabuleux compositeurs.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Voyez vous une relation de ce cycle purement orchestral avec l’opéra ?

Bien évidemment mais dans toute l’oeuvre de Mozart, pas seulement dans ce triptyque. Comme je le disais, Mozart est un rhéteur, un bavard passionnant qui ne peut s’empêcher, en musique, de dire encore et toujours la même chose mais avec une telle brillance dans le discours, un tel maniement des outils rhétoriques musicaux qu’on reste émerveillé alors qu’il nous répète la même histoire. C’est ce qui fait de lui le compositeur d’opéra que tout le monde admire. Sa capacité à raconter est hors du commun.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Quels sont vos projets lyriques comme directeur d’Appassionato ?

Ce sont pour le moment uniquement des projets à l’état d’ébauche mais plusieurs se trouvent sur notre table de travail. Notamment une version de chambre du premier opéra de Puccini, Le Villi, que j’ai orchestré pour une production qui s’est malheureusement annulée et pour lequel j’ai une affection toute particulière. C’est justement un de nos objectifs majeurs avec mon collaborateur Léo Doumène car nous avons un goût prononcé pour les opéras méconnus des très grands compositeurs, tel que le Rienzi de Wagner ou justement Le Villi de Puccini, les opéras de Haydn… parfois perdus ou très peu joués mais que je pourrais réorchestrer. Nous leur donnerions ainsi une nouvelle vie, une seconde jeunesse peut être ! Un dernier rêve qui m’habite depuis l’enregistrement des “3 dernières“, c’est une furieuse envie de graver Don Giovanni avec la même idée conductrice que lors de cet enregistrement et une distribution totalement française.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Pour vous, quel visage / quels aspects de Mozart, ce cycle nous révèle t il ?

mozart-vignette-carre-depeche-mozart-2016Le Mozart romantique ! Le Beethoven avant l’heure, le prince du Sturm und Drang (tempête et passion), un personnage qu’on ne voit pas forcément en lui et qui pourtant me semble très présent dans les trois dernières années de sa vie et que les versions baroques ont paradoxalement touché. C’est cet aspect de Mozart que je voulais voir et entendre sur instruments modernes pour justement y amener une plénitude et une force du son en plus de la science des articulations, des tempi et des lignes.

Propos recueillis en octobre 2018

 
 
 

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Illustrations : © R. Rière / Appassionato / Mathieu HERZOG 
 
  
 
 

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HERZOG Mathieu appassionato symphonies de MOZART cd NAIVE clic de classiquenews cd review critique cd compte rendu cd critique cdCD événement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41 (« Jupiter ») / Appassionato. Mathieu Herzog, direction (1 cd NAIVE / parution : 2 novembre 2018). Inattendu et plus que convaincant : jubilatoire ! En ces temps de disettes miraculeuses, quand nous désespérions d’écouter enfin un chef ou un ensemble dignes des pionniers baroqueux, mordant, percutant, surtout poétiquement juste et audacieux, voici, de surcroît chez Mozart, (et le plus difficile, … celui que l’on croit connaître) un maestro au tempérament exceptionnel, Mathieu Herzog, chambriste avéré et baguette ciselée, qui ici nous dévoile avec son ensemble «  Appassionato » (le bien nommé), une lecture rafraîchissante et très fouillée, des 3 dernières symphonies du divin Mozart (soit les n°39, 40 et 41 « Jupiter » ; un « oratorio instrumental », selon le dernier Harnoncourt, qui aura laissé le concernant un véritable testament artistique  / LIRE notre critique développée Mozart par Harnoncourt, 2012) ; avec les instrumentistes d’Appassionato, Mathieu HERZOG nous propose une approche totalement irrésistible, pleine de feu, de verve, d’audace, juste et renouvelée. Bravo maestro HERZOG ! Coffret coup de coeur de CLASSIQUENEWS et couronné par notre “ CLIC ” de classiquenews… EN LIRE +

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CD, compte rendu critique, coffret événement. HAYDN : intégrale des 107 Symphonies sur instruments anciens : Brüggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA).

HAYDN 107 symphonies period instruments hogwood bruggen dantone 36 cd decca mai 2016 accademia bizantina ottavio dantone review critique classiquenewsCD, compte rendu critique, coffret événement. HAYDN : intégrale des 107 Symphonies sur instruments anciens : Brüggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA). COFFRET SUPERLATIF. Le coffret de cette intégrale du Haydn symphoniste est tout simplement superlatif. Le corpus récapitule l’apport grandiose et incontournable de Joseph Haydn (1732-1809), père génial du Quatuor et surtout de la Symphonie, dont il fait des standards, emblèmes de la société civilisée et philosophique à l’époque de la Révolution française. Pénétrée par l’esprit des Lumières, la centaine de Symphonies ainsi réestimées, – corpus dont nous suivons l’évolution majeure, depuis les années 1750, jusqu’aux accomplissements des années 1790, quand Joseph compose des partitions applaudies et vénérées à Londres et à Paris, dans toute l’Europe-, est une somme orchestrale qui permet d’atteindre un âge d’or formel, copié après lui par tous les grands romantiques, y compris Beethoven… et Mozart, le premier d’entre tous.

Soit une intégrale en 107 symphonies ; le sujet intéresse les tenants de la révolution musicale sur instruments anciens ; l’équivalent de ce que fait aujourd’hui un Jérémie Rhorer pour les opéras de Mozart (comme le démontre et le confirme son récent live parisien de l’Enlèvement au Sérail, édité chez Alpha, ce mois ci : lire la critique de l’Enlèvement au Sérail de Mozart par Jérémie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie… Des anciens, Hogwood et Brüggen à présent décédés, à aujourd’hui Dantone et donc Rhorer, la vitalité expressive des instruments d’époque retrouve le format et l’esthétique original, pas encore (et jamais originelle : qui peut savoir ? Et techniquement cela reste impossible…), mais un nouveau spectre sonore, une nouvelle palette de couleurs et d’accents révolutionnent totalement notre compréhension profonde des oeuvres.

Ainsi s’agissant des Symphonies de Haydn, les grands chefs se retrouvent, confrontés chacun à la fantaisie souvent ahurissante, voire expérimentale de Joseph Haydn, depuis son service chez le Comte Morzin puis pour les princes Esterhazy à Esterhaza… Une matière complexe, exigeant un savoir faire, un lacher prise, une inventivité exceptionnellement développée et une souplesse de ton qui révèlent ainsi les meilleurs interprètes… A Hogwood et son Academy of Ancient Music revient dès le début des années 1980 (1984 précisément pour les 100 et 104, puis 1985 pour le 96, soit les plus récentes dans le catalogue mais les anciennes quant aux dates d’enregistrement), pour le label l’Oiseau Lyre / Decca à l’époque, – plus proches de nous, au cours des années 1990: les Symphonies A, B, 1 à 25, 27-34, 36, 17, 40, 53-57 ; en 2000 et 2005, 60-64, 66-77 ;

BruggenA l’immense Frans Brüggen revient deux cycles : l’un avec l’Orchestra of the Age of Enlightenment : soit les 19 “Sturm und Drang” (jalon primordial pour l’expression emblématique de ce courant esthétique entre Baroque et Romantisme), 26, 35, 38, 39, 41-52, 58, 59 et 65 ; le second avec l’Orchestra of the Eighteenth Century pour les Symphonies au style européen, emblématique de ce goût des Lumières : et qui témoignent surtout de la diffusion exceptionnelle voire inédite d’un Symphoniste en Europe : les 6 “Paris” 82-87 ; les 88-92; La concertante London n°12, enfin les dernières : 93-104. Le chef enregistre ses premières Symphonies à Utrecht (n°90, live) dès 1984), puis à 1986 (93) et 1987 (103); puis complète son cycle à Londres, Paris (Symphonies parisiennes, cité de la musique, 1996)… de 1994 à 1997.

En fin au plus jeune, cadet des deux précédents : Ottavio Dantone, dont le tempérament latin apporte une conception renouvelée de la ciselure expressive et poétique : Symphonies 78-81, particulièrement appréciée par la Rédaction cd de classiquenews, enregistrées en juin, juillet et septembre 2015 en Italie (Bagnacavallo).

Le projet Decca marque l’écoute en ce qu’il réunit 3 tempéraments d’exception, 3 chefs de première importance qui composent aussi les jalons de l’interprétation des orchestres sur instruments d’époque : où l’éloquence nouvelle des couleurs d’époque dans leur format d’origine redéfinit l’équilibre global, l’esthétique expressive et poétique, dévoile surtout sur le plan du style et des idées, la vision du chef. Solaire, ou Apollinien, parfois distancié et comme en dehors de la matière palpitante et humaine du chant haydnien, le Britannique Christopher Hogwood dont le geste a marqué avant tous les autres, l’approche historiquement informée des Symphonies de Haydn, avec un orchestre au format idéal, en impose par son souverain équilibre, une éloquence lisse, parfaite, sans aspérités ni tensions contradictoires… pour autant captivante sur le long terme ?
De leurs côtés, et finalement de la même école, – alliant la souplesse et la vivacité coûte que coûte, les frémissants Hans Brüggen et l’espiègle, très imaginatif et plus récent, cadet des trois, Ottavio Dantone, saisit par leur subtilité expressive, un travail remarquablement caractérisé, qui n’hésite pas à rapprocher toutes les symphonies dans chacune de leur séquence, … de l’opéra. Opéras pour instruments, voilà une conception qui prévaut chez chacun d’eux. Que vaut l’écoute de quelques cd étalons, pris à la volée et presque en aveugle ? Que révèlent-ils de chacun des maestros ?

Hogwood, Brüggen, Dantone… 3 chefs viscéralement haydniens

bruggen CLASSIQUENEWS presentation review Frans-Bruggen-Annelies-van-der-VegtHANS BRÃœGGEN, le poète vif-argent. Noblesse passionnante, et triomphe sous jacente des idées des Lumières, les Symphonies 90, 91 et 92 de 1788 et 1789 illuminent par l’effet d’une puissante certitude qui s’exprime essentiellement par le feu d’un orchestre suractif et aussi instrumentalement caractérisé : ce triplet, dont le finale est l’éloquence vive et loquace de la Symphonie “Oxford” est l’une des plus mozartiennes de Haydn : une jubilation permanente qui est portée par un sourire lumineux, crépitant, d’une justesse humaine, souvent enthousiasmante. Ne serait-ce que pour ce seul cd, le geste vif, souple d’un Brüggen admirable de vivacité convainc et surprend par son allure tendre et déterminé : du nerf et de la douceur tour à tour. Un modèle d’équilibre et une claire conscience des couleurs de chaque instruments d’époque.
Même aboutissement avec le cd 33 : la n°96 à juste titre intitulée “Miracle” : grandeur solaire et pourtant très expressive, en particulier dans le sens de l’articulation instrumentale (hautbois dans le Menuetto) ; flûte mordante incisive du Finale noté Vivace assai : vitalité malicieuse, grandeur nimbé de lueurs préromantiques propres au début des années 1790 (1791) ; facétie “Militaire” qui devient feu crépitant et ronde urbaine civilisée pour la n°100 en sol majeur : au dessin instrumental virevoltant : Brüggen s’y montre fabuleusement espiègle, totalement convaincant avec son orchestre du XVIIIè siècle.

CHRISTOPHER HOGWOOD, solaire et apollinien,… trop parfait ? La mécanique Hogwood est d’un équilibre parfait, parfois trop distanciée, et donc un rien trop huilée, sans vrai nécessité.
hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnPropre aux années dorées du support cd, soit les années 1980, le geste, s’il tourne parfois à l’exercice systématisé (excès de la demande marketing?), d’une rare exigence philologique du chef britannique fouille le legs haydnien dans ses moindres détails : au point de présenter par exemple : la Symphonie n°54 dans ses deux versions (cd 16) : c’est un travail exigeant et jusqu’au boutiste qui souhaite comprendre de l’intérieur la fabrique du Haydn symphoniste. Versions diverses où le magicien sorcier de la matière symphonique régorganise l’ordre des mouvements, cherchant dans une expérimentation continuelle la meilleure formule : bousculant les premiers standards pour choisir en définitive, deux adagios tout d’abord, auxquels succèdent le Menuet et le Presto final. Peu à peu les idées se précisent et s’organisent; de l’émergence première à l’organisation du discours : l’acuité et la probité de l’entreprise convainquent tout à fait ; et l’on comprend que pour permettre aux Brüggen et Dantone de poursuivre dans cette voie décisive, en provenance d’Angleterre, il a fallu qu’un Hogwood ouvre la voie et prépare aux audaces suivantes. Ce cd 16 résume à lui seul toute la pertinence de la vision Hogwood. De séquence en épisode, chacun idéalement caractérisé, se dessine et la justesse de l’interprète, et la bouillonnante activité créatrice du compositeur (ici, en 1774 : au carrefour du baroque et du préromantisme…).
Dans une autre acoustique, plus proche, chambriste et mordante par son acuité instrumentale, la transposition des Symphonies 94 ” “, 100 “Militaire”, 104 “Londres”, signée Salomon, transcripteur et agent à Londres de Haydn, toujours soucieux de diffuser sa musique, y compris dans des arrangements pour quelques instruments (pianoforte, flûte et quatuor à cordes ; ultime avatar du rayonnement des Å“uvres de Haydn ainsi diffusées à Londres en 1791, 1793, 94 et 95. Là aussi la curiosité de Hogwood et ses solistes de l’Academy of Ancient Music.

dantone ottavio-dantoneLE MIRACLE DANTONE. Quel sens du contraste chez Ottavio Dantone dont l’allegro spirituoso de la Symphonie 80, pleine de rebondissements et contrastes dramatiques, dévoile cette fièvre et ce débridé élégantissime si absent chez les Britaniques. L’Accademia Bizantina fait miracle de chaque trait instrumental, chaque pause, négociant aussi les silences, restituant à une musique courtoise et civilisée, prise de façon trop artificielle ou donc mécanique ailleurs, regorge de vitalité simple, de nerf franc, de santé première : un miracle de jaillissement impétueux, cependant idéalement canalisé par ses intentions, son style, sa claire élocution. De toute évidence, Dantone a clairement choisi le feu scintillant d’un Brüggen plutôt que la Rolls routinière Hogwood. Le sens des dynamiques, la balance sonore globale, l’équilibre des couleurs et des timbres par pupitre relèvent d’une direction miraculeuse. Jamais ici le chambrisme des cordes, propre à l’orchestre de chambre ne sacrifie l’éclat millimétré des accents de chaque instruments. C’est bien le propre des instruments d’époque que d’affirmer une carte des identités sonores nouvelles, plus intenses, pleine de caractère, certes moins globalement puissante, mais plus finement caractérisée. Ce dosage, cette alchimie sont parfaitement comprises et exploités par Dantone (la ligne de la flûte au dessus de cordes dans l’Adagio de la même n°80 de 1784) : miracle d’inventivité, d’un nerf pulsionnel Strum und Drang ; mais aussi d’un raffinement de teintes et de couleurs d’une perfection allusive phénoménale. Ottavio Dantone relève haut la main par sa très grande sensibilité : chaque éclair dramatique est revitalisé, dans une vision globale énergique qui saisit chaque contraste sans en gommer un seul : une délicatesse jamais maniérée qui enchante et s’enivre dans la nervosité sanguine Sturm und Drang de l’Allegro ; la suprême lumière intérieure de l’Adagio, le movement le plus long, résolument par ses teintes et son caractère plus introspectif, moins noble que nostalgique : Empfindsamkeit. Armida de Haydn en tournéeCe dont le chef et son orchestre sont capables d’un épisode à l’autre est stupéfiant de vitalité, d’expressivité fine et ciselée, de couleurs… L’on avait jamais écouté avant lui tant d’arguments, de récits opposés, associés, accordés : l’imagination du maestro inspiré (magicien par ses idées innombrables) rend le plus hommage à Haydn. C’est fluide, allant, naturel et aussi d’une fantaisie espiègle souvent absente de ses prédécesseurs. Alors oui, la compréhension de l’Accademia Bizantina affirme aujourd’hui, ce miracle sonore et expressif que seul apporte un orchestre d’instruments anciens. Comme affûtées, mordantes, presque acides mais d’une ductilité là encore frémissante (parfaitement accordées à l’esthétique scintillante et surexpressive, très empfindsamkeit, les Symphonies du cd 24, plus tardives (n°78 et 79), harmoniquement plus tendue s’imposent tout autant, avec une gestion dramatique saisissante (tension/détente du Vivace introductif de la 78), d’autant que Dantone semble ciseler le moindre accent, dévoilant la subtile et souvent imprévisible texture, souvent rugueuse et métallique aux couleurs particulièrement changeantes : véritables éclairs aux cors, caquetage des bois, permanente fantaisie, et parfois délirante ivresse (excellent Menuetto de la 78). Trois maîtres de la baguette pour une intégrale musicalement irrésistible et très éloquente se révèlent dans ce coffret majeur. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2016.

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique, coffret événement. HAYDN : intégrale des 107 Symphonies sur instruments anciens : Brüggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA

Les Symphonies de Beethoven sur Brava

brava_hd_2014_logoTélé. Brava. Cycle Beethoven : du 4 au 7 juin 2015. Qui n’a pas rêvé de réviser ses classiques et reprendre le chemin de la découverte symphonique à l’heure romantique, en l’occurrence les Symphonies de la maturité de Beethoven (1792-1827), les Symphonies n°4,5, 6 et 7 d’autant plus passionnantes qu’elles sont jouées par le chef Claudio Abbado qui pilote le Philharmonique de Berlin. Le cycle a été enregistré à l’Académie nationale Sainte-Cécile de Rome en 2001.

 

 

 

Beethoven : à la recherche de la Symphonie parfaite

 

Fidelio de BeethovenNé en 1770, Ludwig van Beethoven quitte Bonn pour Vienne, définitivement, en 1792. il reprend l’expérience des Symphonistes de Mannheim, les propositions capitales de Haydn et Mozart : il crée la forme et la sonorité de la Symphonie romantique à l’époque où Napoléon infléchit l’Europe.  Le musicien fixe les règles des quatre mouvements, modifiant parfois l’ordre et le caractère de certains, offrant à tous le instruments un champ expressif nouveau… Avec Beethoven, la musique offre à l’esprit des Lumières, un cadre symphonique digne de son ambition et de son rayonnement : une expérience collective, un désir d’utopie partagée ou un témoignage personnel qui s’adresse au plus grand nombre. Après Beethoven, Schumann, Mendelssohn, Brahms, Bruckner… tous les grands romantiques voudront rivaliser avec le cycle qu’il a laissé et nourri jusqu’à sa mort, soit un total de 9 Symphonies.
Brava diffuse sur 4 jours, les Symphonies « intermédiaires » de Beethoven : les Symphonies n°4,5,6 (Pastorale, laquelle ne décrit pas mais exprime le miracle spectaculaire de la nature en une fresque panthéiste révolutionnaire), enfin la Symphonie n°7.

 

 

 

Jeudi 4 juin 19h
Beethoven – Symphonie No. 4 (Vienne, 1807)
 
Vendredi 5 juin 14h
Beethoven – Symphonie No. 5 (Vienne, 1808)
 
Samedi 6 juin 21h
Beethoven – Symphonie No. 6 « Pastorale » (Vienne, 1808)
 
Dimanche 7 juin 13h
Beethoven – Symphonie No. 7 (Vienne, 1813)

 

 

 

 
A propos de Brava, nouvelle chaîne de télé 100% classique
brava_hd_2014_logoBrava s’affirme par la qualité et la sélection des programmes de musique classique proposés ; la chaîne diffuse les meilleurs opéras, opérettes, ballets et concerts, 24 heures sur 24, en Full Native HD et en Dolby Digital Audio. Toutes les productions sont enregistrées dans les opéras et théâtres les plus célèbres du monde, dont la Royal Opera House de Londres, le Teatro Real de Madrid et La Scala de Milan. Brava est disponible 24 heures sur 24 et offre à ses téléspectateurs une place au premier rang de spectacles de premier ordre, avec les meilleurs musiciens et artistes au monde. Brava est une chaîne sans publicité dédiée totalement au meilleur du classique.

La chaîne internationale Brava peut être reçue par la plupart des téléspectateurs HD en France, où elle fait partie des bouquets d’Orange, Bouygues, SFR, Free/Alice, Canalsat et Numericable. Brava peut aussi être reçue aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Turquie, au Portugal, en Slovaquie, en République tchèque, à Monaco, au Liban et dans plusieurs pays africains. Des informations supplémentaires sont disponibles sur www.bravahd.fr.

 

 

CD. Compte rendu critique. Méhul : Symphonies n°3,4,5 (Kapella 19, Eric Juteau)

Mehul Kapella 19 symphonies eric juteau cd kapella 19CD. Compte rendu critique. Méhul : Symphonies n°3,4,5 (Kapella 19, Eric Juteau). Méhul symphoniste ? On le croyait surtout dramaturge (et le mieux inspiré à l’époque révolutionnaire et napoléonienne en France). Un jeune orchestre sur instruments d’époque, né Outre-Rhin en 2009, Kapella 19, à l’initiative de son chef inspiré Eric Juteau, crée l’événement en embrasant le feu beethovénien et la finesse mozartienne (plage 6) des Symphonies 3, 4 et 5 (” inachevée” ) de celui qui aima, avant Berlioz, Gluck : Méhul. L’exact contemporain des Viennois Haydn et Beethoven gagne ici un éclairage imprévu, fort, particulièrement convaincant.

Mehul_par_ZBelliardVoilà qui met en perspective le génie fervent, héroïque, lumineux d’un Méhul, plus convaincant que Gossec et même Cherubini même si ce dernier avec son unique et sublime Symphonie de 1815 a marqué lui aussi l’essor de l’écriture symphonique en France (commande de la Philharmonic Society de Londres en vérité). Même inachevée, la Symphonie n°5 de Méhul, réduite à un unique Andante allegro probablement d’ouverture, synthétise toute la science poétique d’un Haydn à laquelle il aurait apporter l’entrain du jeune, frénétique et bouillonnant Beethoven. Mûr, d’une noblesse irrésistible, l’Andante saisit par son panache sans démonstration, l’intelligence de l’orchestration (et les timbales admirablement équilibrées ici, comme les cors pétulants, et aussi le pupitre des bois, sans omettre la flamme irradiante des cordes) se rapprochent évidemment de Ludwig dont soulignons-le, Méhul est le digne contemporain. Affecté par la tuberculose, et sollicité pour écrire de nouvelles Å“uvres de circonstances pour le second mariage de Napoléon avec Marie-Louise d’Autriche, Méhul laisse ainsi 5ème symphonie… inachevée ; l’allant, la sensibilité du chef aux couleurs, à l’équilibre naturel du volume sonore permis et si finement caractérisé par les instruments d’époque distinguent évidemment cette lecture et réhabilitent l’écriture de Méhul dont ici l’instinct et le style semblent prolonger avec raffinement le dernier Haydn et le premier Beethoven.

 

 

 

Etienne-Nicolas Méhul : le Beethoven français !

 

 

CLIC_macaron_2014Créée au Conservatoire en 1810, la Symphonie n°4 étonne aussi par la maturité de son écriture, la science des couleurs (émissions nuancées et caractérisées des cors au début). Méhul fait scintiller l’orchestre par une maîtrise personnelle des alliances de timbres où brillent seuls les cors ou les flûtes, également les cordes doublées par bassons, clarinettes, hautbois. Le sens de l’unité des parties, grâce à cette boucle thématique qui fait jaillir régulièrement dans chacun des mouvements, le même thème, évoque encore la pensée de Méhul. Difficile de demeurer insensible face au solo troublant du violoncelle doloriste dans l’Andante (cantilène funambulique) ; à la gravité presque étrange des bois et des cors accordés dans le trio du Menuet … Autant de virtuosité et d’éloquence allaient bientôt s’interrompre car à l’époque de Méhul seule comptait la composition d’opéras. De son vivant, et pour une fois clairvoyants, les critiques comprirent l’intelligence visionnaire du musicien qui face au peu d’engouement du public, préféra quitter le genre symphonique… pour l’opéra.
Un pas était déjà franchi dans la franchise palpitante, d’une énergie subtilement partagée par tous les pupitres dans l’Allegro “ferme et modéré” (premier mouvement) de la 3ème (créée en mai 1809): véritable sublimation optimiste (ivresse pétulante remarquablement nuancée par Eric Juteau) exprimée par les bois et les vents à la fête. On pense constamment à l’orchestre de Mozart, celui des Noces, et son énergie militaire, véritable efflorescence instrumentale : même Beethoven ne fut pas aussi imaginatif en terme de langage strictement instrumental. Où avons-nous écouté de tels éclairs instrumentaux, si finement timbrés et colorés ? Franchise, style, majesté : les témoignages d’époque (critiques plus que public donc) sont unanimes pour saluer le tempérament d’un Méhul, digne rival de Haydn et de Mozart. C’est dire. Le final de la 3ème, plutôt courte (que 3 mouvements), semble résumer toute l’énergie de ce début XIXè dont la Kapella 19 exprime le flamboiement sonore comme une ivresse printanière des plus subtiles : à l’aube du siècle romantique, Méhul apporte la preuve de la maturité de son écriture symphonique d’un raffinement comme dans ce dernier mouvement, souvent inouï. On relève la vitalité euphorique de l’écriture combinée à une sensibilité inédite pour la texture instrumentale.

mehul-une-homepage-582-380La révélation est complète et donne donc toute sa valeur à cet enregistrement en première mondiale. Quant à la performance tout en nuances et finesse de la Kapella 19, elle séduit, envoûte, captive. Il faut suivre dès à présent chaque nouvelle production de son fondateur et chef attitré, Eric Juteau. Ce premier cd étant produit par la phalange elle-même, la réalisation n’en a que plus de mérite. Le défrichement et l’audace viennent là encore de l’initiative privée : il reste incompréhensible que la France ne programme plus Méhul. Le présent enregistrement démontre qu’au début du XIXè, autour des années 1809-1810, l’Hexagone tout juste romantique, comptait déjà son Beethoven.

 

 

Etienne-Nicolas Méhul (1763-1817) : Symphonies n°3,4, 5 “inachevée”. Kapella 19. Eric Juteau, direction. Enregistrement réalisé en septembre 2014 (Allemagne). Plus d’infos sur le site de la  Kapella 19 / Eric Juteau

 

 

 

 

Livres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud)

actes sud joseph haydn biographieLivres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud). Le bon papa Haydn, à Vienne : jovial, poli, diplomate, mesuré, équilibré en tout, surtout dans son caractère et naturellement dans sa musique fut comme le dévoile cette biographie bien trempée, une personnalité affirmée, sûre de son métier et de ses compétences, d’une audace et d’un humour portés par une éducation parfaite qui rendait son commerce et sa compagnie, totalement délectables. Inventeur du quatuor à cordes, au point de placer Vienne au sommet des villes européennes les plus élégantes et les mieux productives, approfondissant comme nul autre avant Beethoven, le genre symphonique et la musique de chambre, Haydn prend ici une stature de pionnier, de visionnaire, de défricheur voire de défenseur de sa corporation, n’hésitant pas à revendiquer le maintien d’avantages liés à sa charge pour lui et ses confrères de l’orchestre, auprès du prince Esterhazy, son employeur dans la périphérie de Vienne…

 

 

 

Joseph Haydn :

conservateur mais hyperactif et visionnaire

 

haydn_joseph_aristoDommage cependant que l’auteur lyrique ne soit pas plus évoqué, expliqué, explicité car Haydn avant Mozart, justement pour la Cour des Esterhazy et le théâtre du palais d’Esterhaza, fut fécond en matière d’opéras italiens, en particulier dans le genre buffa et comique : c’est là le pan de la recherche à approfondir et la source de futures découvertes (qui rend d’ailleurs inestimables le legs discographique que signa Antal Dorati, pilote passionnant d’une intégrale lyrique chez Decca). C’est une veine poétique d’une infinie subtilité que Haydn prit soin de cultiver tout en sachant qu’il ne pouvait pas concurrencer le génie de Mozart dans ce domaine… Plus significatif, les commentaires sur la musique vocale sacrée comprenant évidemment le genre de l’oratorio (très tôt abordé) et surtout ses messes et cantates, particulièrement destinées à la ferveur de sa patronne à Esterhaza toujours, et qui témoignent d’un génie toujours mésestimé, car encore ici, Haydn souffre d’une supériorité concurrente, non plus celle de Mozart (quoique) mais de son propre frère Michael Haydn, alors maître de chapelle très actif pour la Cour du Prince-Archevèque de Salzbourg. La personnalité complexe du faux conservateur Haydn transparaît avec finesse et nuances. De quoi réhabiliter la stature d’un Haydn réformateur et concepteur de premier plan, à l’égal de Mozart et de Beethoven à venir,  dont la force d’invention explique qu’il reste l’une des personnalités musicales les plus célébrées (à juste titre) de son vivant.

 

CLIC D'OR macaron 200La lecture est d’autant plus aisée, et l’apport synthétique, éloquent… que l’approche a été remarquablement conçue ; thématisée, elle est complémentaire et exhaustive charpentée en quatre grandes parties : 1) La vie tout d’abord (premières années, au service du prince Esterhazy, un homme libre) ; 2) la personnalité (le conservateur, l’homme simple et modeste…  ; enfin 3) le style (une constante volonté de renouvellement, le style galant, la notion de classicisme, les éléments du style haydnien ; puis, 4) l’Å“uvre (la musique symphonique, la musique de chambre, l’ouvre pour clavier, la musique vocale profane et sacrée …). Complété par une chronologie et une sélection bibliographique et discographique, voici l’un des meilleurs textes de la collection ” classica “  éditée par Actes Sud.

 

 

Livres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud). ISBN 978-2-330-03405-4. Parution : septembre 2014.