Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018

teodor_currentzis_52Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018. Avec ce second opus symphonique, Teodor Currentzis démontre sa mestrià orchestrale : une vision, un geste qui deviennent expérience métaphysique. C’est peu dire que le sens de la caractérisation s’accomplit ici avec une finesse et un mordant exceptionnellement justes. Ce qu’apporte immédiatement Teodor Currentzis, emblématique en cela des chefs qui savent autant diriger le baroque que le romantisme, l’opéra que la matière symphonique, c’est une versatilité permanente qui s’accompagne de nuances spécifique pour chaque séquence. Telle attention à l’intonation, les connotations, les caractères, les couleurs éblouissent véritablement dans le magma martial du Premier mouvement Allegro energico, plus encore dans le second « Scherzo », souvent redondant après le premier parce que les orchestres et les chefs si nombreux en l’occurrence ont déjà tout dit ; chez Currentzis, chaque mesure a sa propre énergie, revendique un caractère particulier, le tout avec une unité et une cohérence organique qui assure le lien et la globalité dy cycle dans son entier. Les cordes danses et rugissent, les cuivres et les percussions sont élastiques, wagnériennes, d’une clameur sourde et articulée, constamment passionnantes.

Au cœur du typhon mahlérien
Teodor Currentzis, magicien poète

currentzis teodor chef maestro review presentation classiquenews sacre du printemps de stravinsky trilogie mozart da ponte critique compte rendu cdQuant à l’harmonie, Currentzis déploie des sommets de couleurs onctueuses, amoureuses, enivrées (les clarinettes, les hautbois, les bassons et les flûtes acquièrent ainsi un relief et une sonorité très détaillés, jamais écoutés avec une telle justesse là encore). Voilà qui creuse dans l’orchestre des champs et contrechamps, des seconds plans propres ; la texture s’enrichit dans l’expressivité, certes pas dans l’épaisseur ou la puissance. 
Ce que nous apporte Currentzis, c’est l’alliage superlatif, du mordant de chaque timbre, caractérisé, millimétré, et l’énergie, la puissance : ce Scherzo est jubilatoire car pas une mesure n’ennuie, mais elle clame son cri, son existence propre. Quel résultat. Ce moelleux des arrières plans prend forme avec une nostalgie d’une ineffable profondeur dans l’ANDANTE moderato dont la courbe tendre (le cor est pur enchantement, cristallisation d’un instant magique, traversé par la grâce). Currentzis se montre là encore : voluptueux et clair, détaillé et architecte, jouant de la légèreté millimétrée de chaque pupitre ainsi mis en dialogue. Quand avons-nous écouté pareil rêve et tendresse, ainsi sculptés dans la pâte orchestrale? Le chef cherche l’au-delà des notes, va au delà de chaque mesure, repoussant toujours et encore la ligne de respiration ; l’intensification du mouvement atteint un sommet d’éloquence intérieure, de plénitude sonore. Voilà du bien bel ouvrage.

De la même façon, le dernier mouvement Sostenuto, Allegro moderato, puis Allegro energico, redouble de vitalité caractétisée où le chef semble faire ressurgir ce qui a été déjà énoncé, en un bel effet de miroir et de boucle symétrique aussi, mais avec une attention décuplée à chaque mesure. La caractérisation saisit par sa justesse là encore, entre volonté, résistance et désespoir. Le conflit qui s’enfle et atteint les cimes de l’exultation, pose très clairement les forces en présence, avec une noblesse d’intonation, superlative. Le chef très inspiré sait aussi récapituler tout ce qui fait cette confession viscérale, amoureuse et radicale de la Symphonie précédente, n°5 (prière voire imploration pour Alma son épouse).
Enivrée, et attendrie, cette dernière séquence conclusive bascule dans la morsure et la désespérance, la convulsion martiale, sarcastique et tendue. Dans le bain conflictuel, l’orchestre est idéalement (et magistralement) balloté, entre frénésie et accalmie. Echevelées, nerveuses, les cordes indiquent ce tumulte, ce désordre intérieur, cette profonde dépression primitive qui scelle le destin de Mahler. En analyste complice, porteur d’un humanisme fraternel, le chef en exprime la forme orchestrale avec une poésie de magicien : là encore, n’écoutez que la dernière séquence (avec le solo de violon à 22’ de l’Allegro energico), ce que le chef réalise en couleurs, timbres, nuances, vision d’architecte est à couper le souffle. Il fait du final, non pas un siphon vers l’abime mais une aspiration hallucinée vers une nouvelle métamorphose. Non pas arrêt mais passage et électrisation. Eblouissant.

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018 – Parution : 26 octobre 2018.

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CD événement, annonce. MAHLER : 6ème Symphonie. Teodor Currentzis (juil 2016, 1 cd Sony classical)

teodor_currentzis_52CD événement, annonce. MAHLER : 6ème Symphonie. Teodor Currentzis (juil 2016, 1 cd Sony classical). Après une autre symphonie, elle aussi intense, tragique et aussi habitée par le sentiment de la résistance et de la reconstruction intime, – 6è Symphonie « pathétique » de Tchaikovski (enregistrée à Berlin en 2015, éditée en février 2018, CLIC de CLASSIQUENEWS). Le chef iconoclaste, radical Teodor Currentzis, dont le questionnement critique fait sens, s’attaque ici à la Symphonie n°6 de Mahler : aussi introspective, profonde, et finalement autobiographique que celle de Tchaikovski. C’est aussi un défi sur le plan interprétatif, une gageure sur le plan instrumental : les mondes sonores, les alliages de timbre définissent ici un imaginaire poétique qui transcende angoisse (dans le cas de Tchaikovski), dépression dans le cas de Gustav Mahler. Sony classical édite en décembre 2018, la nouvelle approche symphonique du maestro souvent provocateur mais dont les options et partis artistiques sont toujours inspirés par une recherche et une exigence fouillées ; le nouveau cd devrait produire une lecture désormais captivante du massif mahlérien.

La 6è symphonie de Mahler est l’une des partitions les plus abouties du compositeur ; hymne personnel du destin humain, expérience intime offerte en partage, la partition qui est la plus sombre de son auteur, exprime la force du destin, l’emprise de la fatalité… Elle permet surtout aux orchestres de démontrer leur valeur. Simon Rattle l’a choisie comme enregistrement d’adieu à sa mandature comme directeur musical du Berliner Philharmoniker (superbe coffret édité en novembre 2018). Dans le cas de Currentzis, l’enregistrement devrait compter tout autant car le chef et son ensemble MusicAeterna ne laissent jamais indifférent, par leur précision expressive, leur engagement, une dramaturgie instrumentale et esthétique particulièrement ciselée. Dans sa lecture, Teodor Currentzis fait surgir cette beauté tragique qui fait écho dans l’esprit souvent noir et dépressif de Gustav Mahler (en particulier dans l’admirable ANDANTE) ; au centre de cette révélation intime, l’ineffable et éternelle fascination pour la Nature, à la fois réconfortante et énigmatique… autant de facettes d’une interprétation parmi les plus passionnantes.

Prochaine critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

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Cd événement, annonce. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). Probable CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018. A suivre…

CD précédent, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

Tchaikovski-Symphonie-numero-6-Pathetique-Opus-74 currentzis musicaeterna par classiquenewsCd, compte rendu critique. TCHAIKOVSKI : Symphonie n°6 « Pathétique », MusicAeterna / Teodor Currentzis (1 cd SONY classical, 2015). La 6è symphonie est le sommet spirituel et introspectif de la littérature tchaikovskyenne : un everest de la poésie intime et interrogative parfois inquiète voire angoissée. Annonçant ce même sentiment de terreur intérieur sublimé d’un Chostakovtich à venir. Les Tchaikovski de Currentzis sont passionnants : ils sont l’autre face d’un voyage artistique habité lui aussi de l’intérieur et qui dans son amplitude élastique, – propre à cette nouvelle génération d’artiste qui traverse tous les répertoires, mais de façon spécialisée – entendez avec l’instrumentarium ad hoc, fourmille d’idées neuves, expressives, remettant les fondamentaux dans un équilibre critique. SONY suit les étapes de ce cheminement expérimental qui exige tout des interprètes réunis sous la coupe du bouillonnant et éclectique maestro. Avec ses instrumentistes de l’ensemble sur instruments d’époque MusicAeterna, Teodor Currentzis a ainsi interrogé Rameau (The Sound of Light), Purcell (avec Peter Sellars : formidable Indian Queen), mais aussi Stravinsky (Le Sacre du Printemps), Mozart (déjà une très intéressante « trilogie » Da Ponte, malgré les faiblesses impardonnables de certains chanteurs dont Kermes en … Comtesse !) ; EN LIRE +

CD, coffret événement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6è Symphonie

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret événement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6è Symphonie. En guise d’adieux, comme directeur musical du Philharmonique de Berlin, Simon Rattle enregistre ici la 6è de Mahler, en juin 2018 (mise en regard de leur enregistrement précédent en 1987). Evidemment la comparaison laisse se préciser plusieurs points esthétiques d’importance. Dont surtout une prise de son moins compacte et uniforme en 2018, avec un travail remarquable sur le détail et la ciselure de chaque mesure, révélant l’évolution du chef, d’architecture parfois dur à ses « débuts », quoique très engagé, vers un souffle intérieur filigrané, qui en 2018 montre une vive attention à l’énergie et l’activité de l’ombre qui sous-tend l’ensemble de la cathédrale orchestrale.
Pour un dernier enregistrement entre Rattle et l’Orchestre berlinois, le choix de la 6è peut se révéler curieux : pas d’ample élan vocal et choral, pas de conclusion triomphale, dans la lumière ; plutôt l’emprise du doute, de l’ombre, de l’inquiétude ; lesquels concluent le Finale, vif, acéré, tranchant même comme un coup du destin plus asséné et subi… qui laisse interrogatif. Rattle s’est approprié le sens du développement à travers les 4 mouvements : il fait des questionnements de Mahler lui-même sur sa vie et sur l’écriture symphonique, un terreau riche en idées, un fourmillement de sentiments mêlés et contradictoire d’où l’issue salvatrice ne surgit réellement jamais. Pour éclairer ce magma de forces sombres voire lugubres (coup de hache du marteau au cri sourd et froid, voire glacial), le chef étage et équilibre idéalement les pupitres surdimensionnés des cuivres, des percussions… qui creusent davantage l’âpreté et la tension constante du développement. Les couleurs du destin (cors, trombones, tuba mais aussi vents dont les bassons…) sont magnifiques, leur définition dans la totalité sonore, remarquable de précision et de relief. De ce vortex à la fois amer et majestueux, se détache évidemment le mouvement lent, – le seul véritable avec celui de la 4è précédente-, une pause où s’alanguit et s’affirme l’idée du songe, suspendu, attendri avec évidemment la citation de la nature (cloches des vaches) : le pré à vaches étant l’élément central de ce ressourcement auquel aspire l’âme du poète compositeur, fuyant ce chaos de fin du monde, tel qu’il se précise et s’enfle au début du Finale justement. Rattle plus détaillé que jamais, sans aucune dureté, rétablit la morsure du destin, impitoyable machine à broyer et soumettre. L’engagement du chef et sa complicité avec les instrumentistes du Berliner, en ce mois de juin 2018, atteignent un sommet d’expressivité incisive, aux élans éperdus, fouillés, …assassinés, idéalement bouleversants. Il fallait du courage pour conclure sur cette note lugubre et tendue, dépressive et presque maladive. Rattle y apporte toute son expérience et sa sensibilité, réalisant du maestrum mahlérien, un bain aux remous souterrains entre angoisse et impuissance mêlées (de la part du héros) qui convoquent le cosmos et laisse finalement démuni, dans le dépouillement quasi spectral de la fin. Somptueuse et courageuse fin de mandat.

 

 

 

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Le Berliner Philharmoniker n’a pas lésiné sur les moyens, réalisant une luxueuse édition discographique : le coffret à l’italienne, s’ouvre à gauche avec un boîtier très sobre contenant les 2 cd, soit les 2 versions de la 6è, celle de 2018, celle de 1987; le disc blu ray contenant les deux ; un double bonus video qui apporte les éclairages du chef sur l’oeuvre choisie et sur sa proximité et son travail avec les Berliner Philharmoniker, le temps de son mandat, de 2002 à juin 2018.
A droite, c’est un « an extensive companion book », un livre magnifiquement illustré récapitulant les temps forts de la direction de Rattle à Berlin, comme un journal de bord, avec le souvenir photographique des années de complicité et d’accomplissement musical.

 

 

 

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2 CDs + 1 Blu-ray Disc + Audio Download
Edition de luxe – 44,90 € (prix indicatif)

CLIC_macaron_2014Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction
Gustav Mahler : Symphonie n°6
CD 1: Recorded in June 2018 at the Philharmonie Berlin
CD 2: Recorded in November 1987 at the Philharmonie Berlin

Bonus videos
2 documentaires: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 

 

 
 

 

 

CD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – éditions Berliner Philharmoniker recordings)

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – éditions Berliner Philharmoniker recordings). La 6è de Mahler marque un tournant décisif dans le travail de l’orchestre et du chef britannique : voici leur premier enregistrement de novembre 1987 ; puis celui de juin 2018, – soit 30 ans après, tel le volet de la saison des adieux, car Simon Rattle quitte le direction musicale à l’été 2018 (après 16 années d’une direction qui laisse pourtant mitigé). C’est un apport réfléchi qui trouve un écho précédent d’une admirable profondeur, plus profonde, mieux ambivalente à notre avis ; avec les années, la sonorité s’est enrichie, atteignant une rondeur hédoniste que n’aurait pas désavoué Claudio Abbado. Mais qui a perdu son sens des contrastes et des vertiges intérieurs… Avec les années, Rattle s’est comme assagi, optant en 2018 pour une lecture d’une perfection sonore très (trop) séduisante) ; mais en novembre 1987, il y avait un souffle d’une tension « wagnérienne », une âpreté qui s’est atténuée avec les années… La confrontation entre les deux lectures est passionnante et dévoile l’évolution d’un travail en complicité et en approfondissement. Double vision en guise de testament artistique du chef qui tire sa révérence, et fait ainsi ses adieux en juin 2018 par l’enregistrement, aux instrumentistes du Berliner Philharmoniker. Grande critique du coffret Symphonie n°6 de Gustav Mahler par Simon Rattle et le Philharmoniker Berliner, à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com.

 
 
 

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CONTENU du coffret

 
 
 

Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction / conductor

Gustav Mahler : Symphony No. 6 

CD 1: Recorded in June 2018 from the Philharmonie Berlin
CD 2: Recorded in November 1987 from the Philharmonie Berlin

Bonus video:
Documentary: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker,

2002-2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 
 
 

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Gustav Mahler: Symphony No. 6
2 CD + 1 Blu-ray + download / hardcover linen edition
Prix indicatif : 44, 90 euros

Contenu du coffret commémoratif
CDs 1&2 :
Gustav Mahler: Symphony No. 6
CD 1: Recording from 20 June 2018
CD 2: Recording from 15 November 1987
BLU-RAY DISC :
Concert Video: Symphony No. 6 from 20 June 2018 (83 min)
High resolution audio:
Symphony No. 6 from 20 June 2018
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
5.1 DTS-HD MA 24-bit/96 kHz
Symphony No. 6 from 15 November 1987
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
Bonus
· Documentary: “Echoing an Era – Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 mins)
· Introduction by Sir Simon Rattle
Full HD 16:9 / PCM Stereo
5.1 Surround DTS-HD
Region Code: ABC (worldwide)
Accompanying booklet
72 pages / German, English
Download Code
For high resolution audio files of
the entire album (24-bit / up to 192 kHz)
Digital Concert Hall
7- Day Ticket for the Berliner Philharmoniker’s
virtual concert hall

 
 
 

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Plus d’infos sur le site du Berliner Philharmoniker :
https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/mahler-6.html

 
 
 

Tours. Concert Tchaikovski:6ème Symphonie. OSRCT, JY Osonce, les 15,16 novembre 2014

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Tours, concert. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Pour lancer sa saison symphonique 2014 – 2015, l’Opéra de Tours propose pour son premier concert, les 15 et 16 novembre prochains, un programme passionnant couplant Magnard (une spécialité locale défendue depuis de nombreuses années par le chef Jean-Yves Ossonce), Beethoven et surtout Tchaïkovski – autre compositeur favori (6ème Symphonie, “Pathétique”)… Concert événement. Depuis plusieurs années déjà, les concerts symphoniques à l’Opéra de Tours sont devenus des événements incontournables tant par l’originalité des programmes présentés souvent très ambitieux, et toujours remarquablement équilibrés, que l’engagement des musiciens en présence, canalisés par la direction vive et affûtée de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique Région Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathétique : les facettes expressives des œuvres ainsi enchaînées offrent un panel impressionnant de climats à réussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction très élaborées qui sont l’aboutissement de plusieurs réécritures de la part de Beethoven : composée en 1806, il s’agit après moult essais, d’un résumé redoutablement efficace du drame qui en prolonge les déclarations multiples : hymne à l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une étoffe orchestrale des plus raffinés. LIRE notre présentation complète du concert inaugural de la saison symphonique 2014-2015…

 

Tours, Opéra. Concert Tchaikovski:6ème Symphonie. OSRCT, JY Osonce, les 15,16 novembre 2014

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Tours,Opéra. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Depuis plusieurs années déjà, les concerts symphoniques à l’Opéra de Tours sont devenus des événements incontournables tant par l’originalité des programmes présentés souvent très ambitieux, et toujours remarquablement équilibrés, que l’engagement des musiciens en présence, canalisés par la direction vive et affûtée de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique Région Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathétique : les facettes expressives des œuvres ainsi enchaînées offrent un panel impressionnant de climats à réussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction très élaborées qui sont l’aboutissement de plusieurs réécritures de la part de Beethoven : composée en 1806, il s’agit après moult essais, d’un résumé redoutablement efficace du drame qui en prolonge les déclarations multiples : hymne à l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une étoffe orchestrale des plus raffinés.

 

 

Tours_ossonce_Tomasi_trompette_franck_symphonie_re_concert_570Jean-Yves Ossonce connaît bien Magnard pour en avoir dévoiler le premier la puissante audace d’écriture. A la complexité de la conception répond surtout l’engagement du sujet : en 1902, Magnard écrit son hymne à la justice en réaction au procès partial du capitaine Dreyfus. C’est devenu une partition emblématique dans l’Hexagone depuis qu’elle fut au lendemain de la seconde guerre, joué par l’Orchestre national de la Radio (actuel Orchestre national de France) poru son premier concert après la Libération.
Prolongement des récents concerts donnés par l’Orchestre au cours des trois dernières années (LIRE entre autres notre présentation de la Symphonie n°4 jouée en janvier et février 2012), la Symphonie ultime de Tchaikovski, Pathétique, accomplit tout un cycle orchestral d’une rare et exceptionnelle introspection : comme les opus de Mahler, les œuvres de Tchaikovski ont un fort contenu autobiographique. Comme une prémonition de sa mort prochaine, le compositeur russe y peint une série de paysage crépusculaire, marqués par l’anéantissement des forces vitales, Piotr Illyitch, marqué par un terrible secret (celui de son homosexualité) ayant toujours été enclin à la dépression et à la solitude. La richesse et le raffinement de l’orchestration, l’architecture globale de l’opus 74 laissent l’impression d’une traversée sans retour, une plongée âpre et enivrée de l’autre côté du miroir. Entre la première sous la direction de l’auteur (Saint-Pétersbourg le 16 octobre 1893), accueillie froidement (la baguette de Tchaïkovski n’a jamais été très convaincante) et sa reprise sous la direction toute autre de Napravnik, qui apporte le succès, Tchaïkovski s’éteint probablement sous la pression d’un scandale lié à sa vie intime. Suicide ou empoisonnement, nul ne le saura peut-être jamais mais cette 6 ème dite ” Pathétique ” est davantage, un Requiem symphonique composée dans les affres et les vertiges paniques d’une déroute personnelle. S’y déverse tel un flot éruptif d’une solennité toute martiale et pleine de panache la résistance aussi d’un homme atteint, viscéralement inscrit dans le désespoir. L’opus 74 est dédié à son neveu Vladimir Davydov, sa bouée de sauvetage dans l’une des périodes les plus tourmentées et difficile de sa vie.

 

 

 

Beethoven : Leonore, ouverture III opus 72c
Magnard : Hymne à la justice opus 14
Tchaikovski : Symphonie n°6 “Pathétique”

Tours, Grand Théâtre Opéra
Samedi 15 novembre – 20h
Dimanche 16 novembre – 17h
Réservez votre place

Découvrir la saison symphonique 2014 – 2015 sur le site de l’Opéra de Tours

Conférence sur le programme du concert des 15 et 16 novembre 2014
Samedi 15 novembre – 19h00
Dimanche 16 novembre – 16h00
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

LIRE aussi le notre dossier portrait de Piotr Illyitch Tchaïkovski

Gustav Mahler: 6 ème symphonie (Rafael Kubelik)

La Sixième est un chant désespéré qui peint un paysage dévasté. Son registre est le défaitisme qui marque une expérience amère et sans illusion du héros, sur sa propre carrière et face à l’univers. Cette percée dans un lyrisme défait, mordant, désabusé qui n’a pas perdu, pour autant son orgueil ni sa démesure, est assez surprenant à la période où Gustav Mahler le conçoit.
Sa collaboration pour l’Opéra de Vienne se déroule de mieux en mieux, en partie grâce à la participation du peintre Alfred Roller. Son activité de compositeur commence à être reconnue. Récemment marié, il est père de la petite Maria.
Les sources sur la genèse de l’œuvre sont moins documentées et nombreuses que pour ses autres symphonies. Il semble que Mahler cependant, arrive à Mayernigg, en juin 1903 et compose presque immédiatement son nouvel opus.
Pour se remettre de l’écriture, il prend comme à son habitude le train et sa bicyclette pour parcourir la campagne incomparable des Dolomites. A l’été 1903, seront couchées sur le papier, les deux mouvements intermédiaires, et l’esquisse du premier. L’été 1904 est moins heureux : Alma allitée à la suite de la naissance de leur deuxième fille le rejoint tardivement ; et le temps, orages et pluies, l’empêche de sortir ; il vit claustré et peu inspiré. Pourtant, le compositeur achève les Kindertotenlieder. Ce sont encore les massifs et les paysages de ses chères Dolomites qui lui inspirent la suite de sa Sixième symphonie. Fin août, le cycle entier est terminé. Mahler en joue une réduction au piano à Alma qui est émue jusqu’aux larmes, affirmant qu’il s’agit  d’une œuvre « foncièrement personnelle », celle qui semble avoir jailli directement du cœur. Alma ira même jusqu’à reconnaître dans les trois déflagrations du Finale, la prémonition claire des trois événements tragiques qui surviendront en 1907 : la mort de leur fille aînée, le diagnostic de l’insuffisance cardiaque qui frappe Mahler, son départ de l’Opéra de Vienne.

Même lorsque Mahler dirige la Sixième, en mai 1906, dans le cadre du Festival de l’Allgemeiner Deutscher Musikverein à Essen dans la Ruhr, rien ne lui laisse encore penser aux événements à venir. Pendant la création, il se sent mal. Alma et Mengelberg, présent, s’inquiètent de son apparent malaise. Œuvre personnelle, trop peut-être pour celui qui est invité à la diriger, la partition suscite sentiments et émotions qui submergent leur auteur.

Contrairement aux symphonies précédentes bercées malgré leur aigreur, par le chant idéal du Knaben Wunderhorn, la Sixième indique un déchirement : Mahler y peint un monde presque désenchanté, cruel et violent. Cette conscience nouvelle de la vie, de sa cruauté et sa froideur, il l’a déjà exprimé dans la texture de la Cinquième. La caisse claire marque le rythme haletant et syncopé de la marche initiale, une marche au supplice et une déclaration de guerre. Le déroulement de tant de catastrophes n’ouvrant sur aucun répit ni aucune vision réconfortante est d’autant plus forte, presque insoutenable. Le motif d’Alma, et celui des vaches renforcent l’humeur autobiographique de la partition qui conserve sa force réaliste et son dénuement poétique.

Le Scherzo est à la seul une évocation lugubre de la mort, moins dansante que convulsive. L’andante offre une pause dans un monde agité sans grâce. Et c’est encore l’évocation du monde pastoral, des oiseaux (flûtes et clarinettes) et des vaches, qui renforce toujours ce lien vital entre Mahler et l’élément naturel, sans lequel il ne pourrait vivre et composer, trouver le mode de vie transitoire, ce pacte régulateur, absorbant ses innombrables angoisses.

Dans le Finale, la peinture s’obscurcit encore et les perspectives sont bouchées. Sans issue, muré dans son errance, Mahler fait l’expérience du chaos et de l’effondrement. Il fallait qu’il explore les Ténèbres dans son âme pour mieux s’ouvrir dans les Huitième puis Neuvième, aux champs élyséens en un chant de paix pleinement atteint. Mais cet accomplissement devait encore passer par des traversées fondatrices, celle de la  Septième symphonie, aussi personnelle et dans laquelle le héros est le spectateur et l’observateur, -ni acteur, ni victime-, qui a pris le recul face aux forces insondables qui façonnent l’univers.

kubelikKubelik, fidèle à sa Troisième (enregistrée à Munich, en 1967, dans la même salle et en public), engage toutes les ressources expressives de son orchestre. La profonde unité de la lecture restitue au cycle des quatre mouvements un climat de panique et de force barbare, inconstestablement prenant, qui évite et la démonstration et le pathos. Cette élégance qui distingue sa baguette donne même dans les replis les plus sombres et les plus sarcastiques, une nervosité captivante. Un sens de la formule, une compréhension synthétique et poétique de la texture musicale. Disposant d’un orchestre de premier plan, la dramaturgie du cœur dont parle Alma se déverse en flots de plus en plus écumants. On reste encore ici frappé par la noble puissance des cuivres, leur somptuosité de couleurs, y compris l’important arsenal des percussions, imaginé par Mahler – célesta, xylophone, et ce fameux marteau aux coups sourds-. Et que dire de la tenue des cordes, dont l’éclat amer semble recueillir toute les tristesses terrrestres?
Kubelik n’est jamais terre-à-terre : il réorganise, restructure, ingère la matière symphonique, pour en déployer les sublimes perspectives musicales, même si  le cycle dont il est question dans le Sixième s’achève, – a contrario de la Cinquième par exemple, au chant triomphal final plus équivoque-, sur un sentiment d’échec, aussi insurmontable qu’il est manifeste.