LILLE, ONL : 10è Symphonie de Mahler (Adagio)

ONL lille le 5 sept 19 concert Mahler Strauss concert annonce classiquenews Lise-de-la-Salle_slide_328px_19-20LILLE, ONL, le 5 sept 2019 : MAHLER, Adagio de la 10è symphonie. Dès début septembre 2019, pour amorcer sa nouvelle saison 2019 2020, l’Orchestre National de Lille dédie sa programmation à Gustav Mahler… Le 5 septembre, place à l’Adagio de la 10è symphonie par une phalange invitée : l’Orchestre Français des Jeunes sous la direction de Fabien Gabel.
Ensuite, sous la direction de son directeur musical, Alexandre BLOCH, l’ l’Orchestre National de Lille / ONL poursuit son cycle des Symphonies de Mahler, dès les 1er et 2 octobre : Symphonie n°6.

L’ADAGIO DE LA SYMPHONIE N°10… Gustav Mahler décédé à Vienne en mai 1911 laisse inachevée son ultime symphonie, la 10è : le premier mouvement, adagio (en fa dièse majeur) est retrouvé, publié par sa veuve Alma en 1924, puis « achevé » avec le 3è mouvement (Purgatorio) par Ernst Krenek et le chef Franz Schalk. C’est ce dernier qui joue les deux épisodes ainsi restitués d’après les manuscrits autographes en octobre 1924. D’une durée circa 25 mn, l’Adagio est le seul mouvement dont subsistent des éléments significatifs de la main de Mahler pour autoriser une restitution acceptable. Ample, détaché, intérieur voire désincarné (le renoncement ultime en liaison avec la crise conjugale que vit alors le compositeur en 1910), rappelle l’adagio de la Symphonie n°9 de Bruckner. Mahler y superpose 3 idées thématiques, pas vraiment fusionnées ni dialoguées, alternées, sur un canevas harmonique où Mahler dépasse aussi loin qu’il le peut le classicisme tonal. Au moment de la conclusion, tous les motifs se combinent et se fondent, emblème d’un génie du développement et de l’architecture orchestrale.

Le mouvement ainsi joué marque le premier jalon du cycle Mahler 2019 / 2020 présenté par l’ONL Orchestre National de Lille : les prochains rv sont 1er et 2 octobre 2019 (Symphonie n°6), 18 octobre (Symphonie n°7), mercredi 20 et jeudi 21 novembre (Symphonie n°8 des mille), puis les 15 et 16 janvier 2020 (Symphonie n°9)…

Lille – Auditorium du Nouveau Siècle
Jeudi 5 septembre 2019, 20h

De l’ombre à la lumière
Orchestre Français des Jeunes
Fabien Gabel, direction

Lindberg : Vivo
Schumann : Concerto pour piano
Soliste : Lise de la Salle, piano

Mahler : Symphonie n°10, Adagio
R. Strauss : Mort et Transfiguration

Présentation du concert sur le site de l’ONL / Orchestre National de Lille : « L’Orchestre Français des Jeunes est en résidence en région Hauts-de-France.
Lorsqu’il entame sa Symphonie n°10 en 1910, Mahler est rongé par ses souffrances conjugales et par la maladie. Il ne pourra d’ailleurs achever sa dernière grande partition. L’Adagio qu’il compose est extraordinaire par ses sonorités tranchantes. Plus apaisé, le Concerto pour piano de Schumann est un exaltant cri du cœur composé pour sa femme Clara. Brillante musicienne du répertoire romantique, Lise de la Salle interprète ce joyau de la littérature pianistique. Couronnant un programme placé sous le signe de l’amour et de la mort, l’Orchestre Français des Jeunes et son chef Fabien Gabel présentent pour terminer la grandiose et lumineuse Mort et Transfiguration de Strauss. »

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/de-lombre-a-la-lumiere/

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 27 avril 2019. MAHLER. Le Chant de la Terre. Baechle, Elsner /J. SWENSEN

MAHLER portrait classiquenews IMG_20190502_125114COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. G.MAHLER. Le Chant de la Terre. J. Baechle. C. Elsner. Orchestre National du Capitole. J. SWENSEN, direction. L’orchestre du Capitole et Joseph Swensen tissent des liens d’amitié musicale de plus en plus étroits. Ce chef qui a dirigé presque toute l’oeuvre symphonique de Mahler à Toulouse aborde ce soir deux œuvres posthumes. En effet quel sort cruel ! Mahler, mort à tout juste 51 ans, n’a pas pu entendre la création du premier mouvement de sa Symphonie n°10, pas plus que son sublime cycle du Chant de La Terre. Ironie du sort pour deux œuvres qui parlent paisiblement (c’est toutefois relatif) du départ suprême, de l’absence et de la mort. Le premier mouvement de la dixième symphonie est un très large Andante qui dure presque une demi heure. La modernité comme la perfection formelle de cet Andante sont incroyables : il siège parmi les œuvres les plus bouleversantes de la musique orchestrale. Joseph Swensen dirige à main nue et par cœur obtenant comme un mage, une musique qui se déploie en vagues sublimes.

 

 

 

Joseph Swenson à Toulouse :
Mahler au sommet de l’émotion

 

 

 

Débuté dans un pianissimo hypnotique, véritablement éthéré, avec un chant éperdu des alto d’une beauté et d’une mélancolie envoûtante, l’andante évolue lentement vers des tutti aux cuivres impressionnants. Dès ces premières mesures, le large phrasé se déploie et Swensen avec un sourire de bonheur, intérieur et partagé, dirige en osmose avec les musiciens comme si c’était lui qui jouait avec de larges mouvements des bras. Le magnifique orchestre du Capitole est ainsi suspendu aux demandes sensuelles du chef, lui même en état de grâce. Parler de virtuosité sublimée, de couleurs comme chez Klimt, de structure limpide quasi céleste, de phrasés portés au bout du souffle, de don de tout, permet d’évoquer un moment rare et inoubliable. Le public envouté fait la fête à ces interprètes si inspirés. Les musiciens éperdus d’admiration pour le chef et le chef ravi du don total de l’orchestre, ont semblé particulièrement épanouis.

Après l’entracte, l’orchestre s’étoffe pour une vaste oeuvre tout à fait inclassable. Das Lied von der Erde, le chant de la Terre, est une oeuvre sans équivalent. De la taille d’une symphonie, elle réclame un vaste orchestre particulièrement au niveau des percussions et exigeant même une incroyable mandoline pour la dernière mélodie. Il s’agit donc d’une vaste symphonie avec voix. Ce n’est pas la seule de Mahler certes. Ce n’est pas non plus le seul cycle de lieder avec orchestre de Mahler mais cette alchimie subtile, exigeant deux chanteurs aux voix larges mais surtout capables de magnifier un texte superbe avec un orchestre majestueux, est restée sans descendant.
La superstition de Mahler y est probablement pour quelque chose. Il ne s’est pas autorisé à écrire une dixième symphonie. Beethoven, Schubert et Bruckner étaient morts après leur neuvième. La Chant de la Terre est sa dixième symphonie déguisée. C’est le parti pris qu’a choisi Joseph Swensen. Il a dirigé une symphonie avec voix pour faire corps avec l’orchestre. Jamais il n’a accompagné les voix, les poussant dans leurs retranchements.

Ainsi le premier lied a mis le ténor à mal. « Das Trinklied vom Jammer der Erde » n’a pas été agréable pour Christian Elsner dont la voix a été engloutie trop souvent par la puissance et la beauté de l’orchestre. Mais après tout, l’ivresse et la douleur étaient si présentes dans l’orchestre que ce choix a été au final très convaincant. C’est dans les deux lieder suivants que le ténor a pu libérer son interprétation subtile basée sur une voix solide et homogène mais surtout sur une compréhension et une lisibilité du texte tout à fait remarquables.

Le poème « Von der Jugend » a été d’une subtilité incroyable associant un chanteur-diseur de premier ordre et un orchestre orientalisant d’une beauté irréelle. « Der Trunkene im Frühling » a scellé un superbe accord musical et poétique entre le chef, le ténor et les musiciens. La mezzo-soprano Janina Baechle a la même qualité de diction que son collègue, tous deux étant germanistes. Sa voix ombrée et dirigée avec une agréable souplesse est capable de nuances d’une grande subtilité. Janina Baechle a rendu le texte limpide et en particulier lui a permis de diffuser cette douce ou amère mélancolie si consubstantielle à Mahler tandis que l’orchestre de Swensen soufflait le vent de la passion. « Der Eiseime in Hebst » avec un orchestre diaphane ou compact a été un grand moment de luxe éthéré. Mais c’est « Von der Schönheit » qui a été un sommet vocal avec une largeur du souffle émouvante de la mezzo-soprano. Le dernier lied, plus long que les cinq lieder précédents, a été le large moment de temps suspendu, attendu et espéré. Les deux poèmes qui forment cet «Abschied », cet adieux, sont liés par un interlude orchestral sublime. La direction amoureuse de Joseph Swensen, la voix de Janina Baechle, toute de beauté et de douleur pétrie, mais surtout avec des mots subtilement offerts, ont amené le public a atteindre cette sérénité hédoniste mais consciente de la nécessaire finitude des choses de ce monde, avec un art consommé. Et que dire des extraordinaires musiciens de l’orchestres ? Avec des pupitres de tous jeunes musiciens capables de tenir des solo d’une beauté renversante ! Et les habitués comme Jacques Deleplancque au cor, Hugo Blacher à la trompette et Lionel Belhacene au basson en solistes émouvants ! Tous mériteraient d’être cités…
Mais que dire de plus ? Assister à un tel concert, avec des interprètes si engagés, renouvelle l’émotion d’une partition si aimée au disque. Les équilibres subtils et si essentiels dans l’orchestration sublime de Mahler ne se révèlent qu’au concert et par exemple, tout particulièrement l’osmose entre la mandoline, le célesta et la harpe, restera comme un moment de magie pure.
Quelle chance pour la public toulousain d’avoir pu se délecter d’ un concert tout Mahler si émouvant dans une perfection formelle idéale. Les mânes de Mahler en ont certainement souri.

 

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa dièse majeur, Adagio ; Das Lied von der Erde, Le Chant de la Terre ; Janina Baechle, mezzo-soprano ; Christian Elsner, ténor ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Joseph Swensen, direction.