MUSIQUE ENGAGÉE. PARIS, 18Ăš ardt. LES FRIVOLITES PARISIENNES : Des mĂŽmes et de l’opĂ©rette

REPORTAGE. DES FRIVOLITÉS ENGAGÉES
 Les deux promoteurs des FrivolitĂ©s Parisiennes, Benjamin El Arbi et Mathieu Franot s’entendent Ă  faire partager leur passion de l’opĂ©ra aux enfants, d’oĂč le programme « Des mĂŽmes et de l’opĂ©rette »  rĂ©cit d’un engagement exemplaire. A en croire Erasme, “Rien n’est plus sot que de traiter avec sĂ©rieux de choses frivoles ; mais rien n’est plus spirituel que de faire servir les frivolitĂ©s Ă  des choses sĂ©rieuses.” Sans doute qu’un grain de folie a traversĂ© l’esprit des deux promoteurs des FrivolitĂ©s Parisiennes, Benjamin El Arbi et Mathieu Franot, lorsqu’en 2012 ils se lancĂšrent dans la crĂ©ation d’une compagnie entiĂšrement dĂ©volue au rĂ©pertoire romantique lyrique français. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Marcel Weiss.

 

 

 

PARIS, 18Ú ardt. Programme « Des mĂŽmes et de l’opĂ©rette » 

Les Frivolités Parisiennes favorisent les jeunes vocations

 

 

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JOLIS MOMES !
Au cƓur du projet, un orchestre spĂ©cialisĂ© dans le genre, rĂ©surgence de l’orchestre de l’OpĂ©ra-Comique disparu dans les annĂ©es 60, autour duquel gravitent des chefs d’orchestre invitĂ©s, des metteurs en scĂšne et des historiens spĂ©cialistes de ce rĂ©pertoire, tous avides de redĂ©couvrir des Ɠuvres et des compositeurs injustement nĂ©gligĂ©s, voire oubliĂ©s, et de transmettre leur passion Ă  un public aussi large que possible. Qui avait auparavant entendu chanter « Le Colin-Maillard » d’Aristide Hignard, « Bonsoir, Monsieur Pantalon ! » d’Albert Grisar ou bien encore « Le Guitarrero » d’HalĂ©vy, qui ont rejoint au rĂ©pertoire des FrivolitĂ©s Parisiennes les chefs d’Ɠuvre d’Offenbach, HervĂ©, Auber et Adam ? Cette saison permettra ainsi de redĂ©couvrir, entre autres productions, une comĂ©die musicale de Paul Misraki, « Normandie », et une opĂ©rette mĂ©connue d’Albert Roussel, « Le testament de la Tante Caroline » (voir agenda en fin d’article).

DĂšs la crĂ©ation de la compagnie, s’est imposĂ© Ă  ses promoteurs l’envie de faire partager leur passion de l’opĂ©ra Ă  des enfants, d’oĂč le programme « Des mĂŽmes et de l’opĂ©rette », conçu dans un vĂ©ritable esprit d’apprentissage, comme le prĂ©cise Benjamin El Arbi : « Nous souhaitions amener des enfants Ă  crĂ©er et rĂ©aliser un opĂ©ra-comique ou une comĂ©die musicale dans le cadre d’un vĂ©ritable projet d’école, avec pour objectif principal des apprentissages englobĂ©s dans un contexte culturel. »
La rencontre d’une directrice d’école atypique, sans doute touchĂ©e par le grain de folie de nos deux acolytes, fut dĂ©cisive. Une folie contagieuse mais raisonnĂ©e pour Catherine Nevanenn, responsable de l’école polyvalente du Simplon, situĂ©e au cƓur du XVIIIe arrondissement Ă  PARIS : « Depuis l’ouverture de l’école, on a choisi par conviction pĂ©dagogique d’ancrer les apprentissages scolaires dans un contexte culturel, celui mĂȘme de l’humanitĂ©, et cela passe par la musique, le thĂ©Ăątre, et toutes les autres reprĂ©sentations culturelles. »
Ecole polyvalente, accueillant des enfants de la maternelle au CM2, l’école du Simplon se situe dans le quartier dit des Amiraux, Ă  proximitĂ© de l’étonnant immeuble 1930 Ă  gradins de l’architecte utopiste Henri Sauvage. Quartier Ă  forte densitĂ© scolaire – pas moins de quatre Ă©coles publiques, deux privĂ©es et deux collĂšges – oĂč s’est crĂ©Ă©e en 2012 Ă  l’initiative de Catherine Nevanenn, une association, « 4 Ă  4 dix huit », avec pour vocation d’ouvrir les champs culturels des enfants, en lien avec les Ă©tablissements scolaires volontaires et de permettre ainsi que l’école publique retrouve tout son attrait pour l’ensemble des populations du quartier.

 

 

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DE L’INFINIMENT PETIT AU CENTENAIRE RENOIR
 La premiĂšre annĂ©e, 200 enfants de quatorze classes participĂšrent Ă  l’aventure proposĂ©e par les FrivolitĂ©s Parisiennes. Sept saisons plus tard, les rangs se sont lĂ©gĂšrement clairsemĂ©s, au grĂ© des changements d’équipes pĂ©dagogiques, l’école du Simplon poursuit seule l’expĂ©rience en espĂ©rant bien remotiver de nouveaux partenaires.
PrĂ©sentĂ© en juin 2018, le spectacle portĂ© par les enfants est l’aboutissement d’un long processus, engagĂ© Ă  partir d’une thĂ©matique choisie en fonction d’une part du projet pĂ©dagogique annuel des professeurs, et de l’autre des productions de l’annĂ©e de la compagnie. Une annĂ©e, par exemple, suite au dĂ©sir d’un enseignant d’un travail sur l’infiniment petit, l’atelier thĂ©Ăątre a planchĂ© sur les incidences de la taille autour de l’imaginaire d’Alice au pays des merveilles, illustrĂ© musicalement en puisant dans l’abondant rĂ©pertoire fin XIXe inspirĂ© de contes et lĂ©gendes. En cette annĂ©e 2019, les enfants sont conviĂ©s Ă  remonter dans le passĂ© pour examiner ce que fut leur condition du temps du peintre Auguste Renoir (NDLR : 1890 – 1919), dont on cĂ©lĂšbrera le centenaire de la mort, le long d’un parcours-enquĂȘte du musĂ©e Renoir Ă  leur quartier, dĂ©bouchant sur une rĂ©flexion sur le liens de leur identitĂ© avec leur habitat.

Cela se construit de mars Ă  juin 2019, au cours d’ateliers dans le cadre de classes Ă  PAC – Projet d’action culturelle – financĂ©s par le Rectorat. L’ensemble des disciplines artistiques mises en oeuvre dans l’opĂ©ra sont abordĂ©es avec le chant choral comme tronc commun : thĂ©Ăątre, danse, mais Ă©galement une initiation au multimĂ©dia – nĂ©cessaire Ă  la rĂ©alisation d’un court-mĂ©trage muet -, et tous les artisanats et mĂ©tiers nĂ©cessaires Ă  la production annuelle, dĂ©coration, couture, coiffure, voire escrime ou bruitage. Avec pour objectif de « faire prendre conscience Ă  ces enfants de la complexitĂ© et de la beautĂ© de tous les mĂ©tiers de l’opĂ©ra, de l’administration Ă©galement, du directeur artistique Ă  l’ouvreuse, qui travaillent tous pour un but commun, le spectacle et le plaisir que l’on peut apporter au spectateur », souhaite in fine Benjamin El Arbi.

 

 

DU CHANT CHORAL AUX METIERS DE l’OPERA
 Responsable du travail choral, Antoine Strub, enseignant par ailleurs la technique vocale en maitrise et en conservatoire, doit s’adapter Ă  ce nouveau challenge : faire dĂ©couvrir le chant Ă  tous ces Ă©lĂšves, de grande section de maternelle au CM2, habituĂ©s d’autres univers musicaux, en tenant compte des rĂ©ticences de quelques-uns Ă  s’exposer, des prĂ©jugĂ©s d’autres – les garçons se sentent dĂ©valorisĂ©s de chanter dans l’aigu
 – et des petits soucis vocaux de certains, notamment Ă  l’approche de la mue. Mais globalement, le bilan reste positif pour Antoine Strub : « Ils parviennent Ă  s’approprier ce rĂ©pertoire fin XIXe si particulier et un langage qui leur est peu familier. Certains me redemandent de chanter des airs appris des annĂ©es auparavant. Tandis que d’autres, plus motivĂ©s, en CM2 l’an dernier, poursuivent le chant choral au conservatoire du XVIIIe, la musique dans d’autres structures ou rejoignent la nouvelle section thĂ©Ăątre du collĂšge GĂ©rard-Philipe proche. »

 

 

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Des Ă©vĂ©nements ponctuels viennent complĂ©ter le projet, visites de thĂ©Ăątres, prĂ©sentations d’instruments, interventions de la chorale en diffĂ©rents lieux du quartier, avec le soutien actif de la mairie du XVIIIe. Le spectacle de fin d’annĂ©e ne constitue pas une fin en soi, mais se veut simplement le restitution d’une annĂ©e d’investissements en commun. Il se construit Ă  partir du travail en ateliers, autour d’une trame dramaturgique, alternant scĂšnes de comĂ©die, pantomimes, parties dansĂ©es et chorales, complĂ©tĂ©s par des sĂ©quences filmĂ©es. « Tous les enfants se sont investis dans le projet, et chacun s’y retrouve, tient Ă  souligner Pascal Nayron, comĂ©dien coordinateur du projet pĂ©dagogique, les solistes qu’il a bien fallu choisir comme les autres, en fonction de notre exigence artistique, ils font partie d’un tout. Avec pour seul fil rouge le travail sur l’autonomie. »
LES ENFANTS CHANTENT ET JOUENT
 Ainsi, d’une annĂ©e Ă  l’autre, fin juin 2018, la Halle Pajol, en plein XVIIIe arrondissement, hĂ©berge pour deux reprĂ©sentations les familles des Ă©lĂšves, prĂšs de 600 spectateurs, dont nombre frĂ©quentent pour la premiĂšre fois un thĂ©Ăątre. Ils y dĂ©couvrent leurs enfants parfaitement Ă  l’aise sur scĂšne, possĂ©dant un excellent niveau d’expression, maitrisant des registres de langages Ă©trangers tant Ă  leur Ă©poque qu’à leur cadre habituel de vie.

D’une Ă©dition Ă  l’autre, Catherine Nevanenn voit les progrĂšs accomplis : « On a maintenant de trĂšs bons retours sur ce que les enfants sont capables de faire et sur ce que cela a ouvert pour certains qui ont intĂ©grĂ© aprĂšs cinq ans de chant des filiĂšres voix ou thĂ©Ăątre en conservatoire, d’autres se sont dirigĂ©s vers des Ă©tudes plus artistiques, et ils ont progressĂ© sur tous les plans, expression Ă©crite et orale, mĂ©moire et vocabulaire, cela s’est mis en place tout au long d’un parcours concertĂ©, grĂące Ă  la rĂ©pĂ©tition de ces projets avec la joyeuse et stimulante compagnie des FrivolitĂ©s Parisiennes. » A suivre


 

 

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Un reportage exclusif de notre envoyé spécial Marcel Weiss 

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APPROFONDIR
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VISITER le site des FrivolitĂ©s Parisiennes / L’OpĂ©ra Comique aujourd’hui

https://www.lesfrivolitesparisiennes.com/#!home

 

 

ROUSSEL : Le testament de la tante Caroline,
Paris, Th Athénée Louis Jouvet : 7-13 juin 2019
OpĂ©rette en 1 acte d’Albert Roussel Livret de Nino
LĂ©gĂšre, lubrique, carrĂ©ment dĂ©bauchĂ©e… On Ă©vitait Tante Caroline, on se pinçait le nez devant sa porte… jusqu’à ce qu’elle expire. Car miracle post mortem, “l’argent n’a plus d’odeur”, et une appĂ©tissante galette de 40 millions et des broutilles serait Ă  se partager entre ses trois vertueuses niĂšces. Sauf que… il y a un hic, et une clause pernicieuse du testament va mettre Ă  l’épreuve les voies impĂ©nĂ©trables du Seigneur et de ses ouailles.
Seul opĂ©ra achevĂ© d’Albert Roussel, ce Testament scabreux de 1932 fut crĂ©Ă© en tchĂšque Ă  Olomouc – oĂč il dĂ©routa le public –, puis repris quelques annĂ©es plus tard pour l’OpĂ©ra-Comique – oĂč quelques spectateurs Ă©crivirent au ministre que soit retirĂ© de l’affiche ce “spectacle dĂ©placĂ©â€. DĂ©placĂ©, vraiment ? Rien ne vieillit mieux que les immuables noirceurs testamentaires, oĂč les histoires d’argent et de famille s’unissent souvent pour le pire. L’occasion pour le compositeur de concocter “une sorte d’opĂ©ra bouffe dont les personnages sont complĂštement grotesques et devraient ĂȘtre jouĂ©s sans crainte d’exagĂ©rer leurs effets”, et que la jeune compagnie des FrivolitĂ©s livre aujourd’hui aux turpitudes particuliĂšres du XXIe siĂšcle.