COMPTE-RENDU, critique, opéra. NANCY, le 17 oct 2019. REYER : Sigurd. Frédéric Chaslin (version de concert).

SIGURD-REYER-opera-de-nancy-production-nouvelle-annonce-critique-opera-classiquenewsCompte-rendu, opĂ©ra. Nancy, OpĂ©ra national de Lorraine, le 17 octobre 2019. Reyer : Sigurd. FrĂ©dĂ©ric Chaslin (version de concert). Pour fĂȘter le centenaire de la construction de son thĂ©Ăątre actuel, idĂ©alement situĂ© sur la place Stanislas Ă  Nancy, l’OpĂ©ra de Lorraine a eu la bonne idĂ©e de plonger dans ses archives pour remettre au goĂ»t du jour le rare Sigurd (1884) d’Ernest Reyer (1823-1909) – voir notre prĂ©sentation dĂ©taillĂ©e de l’ouvrage http://www.classiquenews.com/sigurd-de-reyer-a-nancy/ Qui se souvenait en effet que le chef d’oeuvre du compositeur d’origine marseillaise avait Ă©tĂ© donnĂ© en 1919 pour l’ouverture du nouveau thĂ©Ăątre nancĂ©ien ? Cette initiative est Ă  saluer, tant le retour de ce grand opĂ©ra sur les scĂšnes contemporaines reste timide, de Montpellier en 1994 Ă  GenĂšve en 2013, Ă  chaque fois en version de concert. On notera que FrĂ©dĂ©ric Chaslin et Marie-Ange Todorovitch sont les seuls rescapĂ©s des soirĂ©es donnĂ©es Ă  GenĂšve voilĂ  six ans.

D’emblĂ©e, la fascination de Reyer pour Wagner se fait sentir dans le choix du livret, adaptĂ© de la saga des Nibelungen : pour autant, sa musique spectaculaire n’emprunte guĂšre au maĂźtre de Bayreuth, se tournant davantage vers les modĂšles Weber, Berlioz ou Meyerbeer. La prĂ©sence monumentale des choeurs et des interventions en bloc homogĂšne traduit ainsi les influences germaniques, tandis que l’instrumentation manque de finesse, se basant principalement sur l’opposition rigoureuse des pupitres de cordes, avec une belle assise dans les graves et des bois piquants en ornementation. La premiĂšre partie guerriĂšre tombe ainsi dans le pompiĂ©risme avec les mĂ©lodies faciles des nombreux passages aux cuivres, il est vrai aggravĂ© par la direction trop vive de FrĂ©dĂ©ric Chaslin, 
 aux attaques franches et peu diffĂ©renciĂ©es. Le chef français se rattrape par la suite, dans les trois derniers actes, lorsque l’inspiration gagne en richesse de climats, tout en restant prĂȘte Ă  s’animer de la verticalitĂ© des inĂ©vitables conflits. MalgrĂ© quelques parties de remplissage dans les quelques 3h30 de musique ici proposĂ©es, Reyer donne Ă  son ouvrage un souffle Ă©pique peu commun, qui nĂ©cessite toutefois des interprĂštes Ă  la hauteur de l’évĂ©nement.

SIGURD Ă  Nancy
un souffle Ă©pique peu commun
un superbe plateau


 

 

C’est prĂ©cisĂ©ment le cas avec le superbe plateau entiĂšrement francophone (Ă  l’exception du rĂŽle-titre) rĂ©uni pour l’occasion : le tĂ©nor britannique Peter Wedd (Sigurd) fait valoir une diction trĂšs satisfaisante, Ă  l’instar d’un Michael Spyres (entendu dans un rĂŽle Ă©quivalent cet Ă©tĂ© pour Fervaal https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-montpellier-le-24-juil-2019-dindy-fervaal-spyres-schonwandt). Les quelques passages en force, bien excusables tant le rĂŽle multiplie les difficultĂ©s, sont d’autant plus comprĂ©hensibles que  Peter Wedd multiplie les prises de risque, en un engagement dramatique constant. On lui prĂ©fĂšre toutefois le Gunter de Jean-SĂ©bastien Bou, toujours impeccable dans l’Ă©loquence et l’intelligence des phrasĂ©s. Des qualitĂ©s Ă©galement audibles chez JĂ©rĂŽme Boutillier (Hagen), avec quelques couleurs supplĂ©mentaires, mais aussi un manque de tessiture grave en certains endroits dans ce rĂŽle.

Vivement applaudie, Catherine Hunold (Brunehild) fait encore valoir toute sa sensibilitĂ© et ses nuances au service d’une interprĂ©tation toujours incroyable de vĂ©ritĂ© dramatique, bien au-delĂ  des nĂ©cessitĂ©s requises par une version de concert. On ne dira jamais combien cette chanteuse aurait pu faire une carriĂšre plus Ă©clatante encore si elle avait Ă©tĂ© dotĂ©e d’une projection plus affirmĂ©e, notamment dans les accĂ©lĂ©rations. L’une des grandes rĂ©vĂ©lations de la soirĂ©e nous vient de la Hilda de Camille Schnoor, dont le veloutĂ© de l’Ă©mission et la puissance ravissent tout du long, en des phrasĂ©s toujours nobles. A l’inverse, Marie-Ange Todorovitch (Uta) fait valoir son tempĂ©rament en une interprĂ©tation plus physique, en phase avec son rĂŽle de mĂšre blessĂ©e, faisant oublier un lĂ©ger vibrato et une ligne parfois hachĂ©e par un sens des couleurs et des graves toujours aussi mordants. On soulignera enfin les interventions superlatives de Nicolas Cavallier et Eric Martin-Bonnet dans leurs courts rĂŽles, tandis que les choeurs des OpĂ©ras de Lorraine et d’Angers Nantes se montrent trĂšs prĂ©cis tout du long, surtout cotĂ© masculin.

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. Nancy, OpĂ©ra national de Lorraine, le 17 octobre 2019. Reyer : Sigurd. Peter Wedd (Sigurd), Jean-SĂ©bastien Bou (Gunter), JĂ©rĂŽme Boutillier (Hagen), Catherine Hunold (Brunehild), Camille Schnoor (Hilda), Marie-Ange Todorovitch (Uta), Nicolas Cavallier (Un prĂȘtre d’Odin), Eric Martin-Bonnet (Un barde), Olivier Brunel (Rudiger), ChƓur de l’OpĂ©ra national de Lorraine, Merion Powell (chef de chƓur), ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Xavier Ribes (chef de chƓur), Orchestre de l’OpĂ©ra national de Lorraine, FrĂ©dĂ©ric Chaslin (version de concert). A l’affiche de l’OpĂ©ra national de Lorraine les 14 et 17 octobre 2019. Photo : OpĂ©ra national de Lorraine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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APPROFONDIR (NDLR)*
L’actuelle exposition Ă  Paris : DEGAS Ă  l’opĂ©ra a mis en lumiĂšre le goĂ»t musical du peintre indĂ©pendant qui a exposĂ© avec les impressionnistes. Degas a applaudi Ă©perdument la soprano ROSA CARON crĂ©atrice du rĂŽlede Brunnhilde dans SIGURD  de REYER. L’enthousiasme du peintre, inventeur de l’art moderne en peinture Ă  l’extrĂȘme fin du XIXĂš fut tel que Degas Ă©crivit mĂȘme un poĂšme pour exprimer l’émotion qui lui procurait Sigurd (applaudi plus de 36 fois Ă  l’OpĂ©ra de Paris)
 Degas Ă©tait partisan du grand opĂ©ra Ă  la française quand beaucoup d’intellectuels parisiens prĂ©fĂ©raient alors l’opĂ©ra “du futur”, celui de Wagner…  LIRE notre prĂ©sentation de l’exposition « DEGAS Ă  l’opĂ©ra » jusqu’au janvier 2020 :

http://www.classiquenews.com/degas-a-lopera-presentation-de-lexposition-a-orsay/

* note / ajout de la RĂ©daction

SIGURD de REYER Ă  NANCY

SIGURD-REYER-opera-de-nancy-production-nouvelle-annonce-critique-opera-classiquenewsNANCY, les 14 et 17 oct 2019. REYER : Sigurd. Pour ses 100 ans, l’OpĂ©ra national de Lorraine met Ă  l’affiche Sigurd d’Ernest Reyer, ouvrage choisi pour son inauguration le 14 octobre 1919. Ainsi s’est Ă©crit l’histoire du Palais Hornecker – CrĂ©Ă© d’abord au ThĂ©Ăątre de la Monnaie Ă  Bruxelles en 1884, SIGURD fut une pĂ©pite lyrique totalisant 250 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra de Paris jusque dans les annĂ©es 1930. Comme Wagner et sa TĂ©tralogie, Reyer plonge dans la mythologie nordique – la saga des Nibelungen et les Eddas –, pour narrer les aventures de Sigurd et Brunehilde, entre souffle Ă©pique, passions Ă©prouvĂ©es, surnaturel, et style du grand opĂ©ra français. Comme Debussy et Dukas, respectivement PellĂ©as et MĂ©lisande, et Arianne, Reyer et Wagner traitant le mĂȘme fonds lĂ©gendaire, crosient les destinĂ©es d’un opĂ©ra Ă  l’autre. Ainsi Sigurd et Le Ring mettent en scĂšne Gunther conquĂ©rant de la Walkyrie devenue mortelle, Brunnhilde. Les deux ouvrages se recoupent dans la destinĂ©e de Bruhnnilde, figure centrale qui incarne le don, le sacrifice, l’absolue loyautĂ©. IncarnĂ©e Ă  la crĂ©ation par la sublime ROSE CARON, Brunnhilde suscita Ă  l’époque de Reyer, l’admiration du peintre Edgar Degas qui vit l’ouvrage plus de 30 fois ! Bel indice d’une admiration sincĂšre et constante pour un ouvrage et un personnage majeur en France, Ă  l’époque du wagnĂ©risme envahissant,
 que ne goĂ»tait guĂšre le peintre des danseuses et des musiciens de l’opĂ©ra de Paris. A Nancy, une wagnĂ©rienne Ă©blouissante, grave, souple, diseuse incarne ce profil de femme admirable, Catherine Hunold. Argument majeur de la version proposĂ©e par Nancy pour son centenaire.

 

 

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boutonreservationNANCY, Opéra national de Lorraine
Reyer : Sigurd, en version de concert
lundi 14 et jeudi 17 octobre 2019 Ă  19h
RESERVEZ ici :
https://www.nancy-tourisme.fr/offres/opera-sigurd-reyer-nancy-fr-2264277/

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CARON-ROSE-edgar-degas-sigurd-classiquenews-portraitOpĂ©ra en version de concert crĂ©Ă© Ă  Nancy le 14 octobre 1919 pour l’inauguration du nouveau thĂ©Ăątre (actuel opĂ©ra)
Opéra en quatre actes, 9 tableaux et 2 ballets
Livret de Camille du Locle et d’Alfred Blau
Créé le 7 janvier 1884 au Théùtre de la Monnaie de Bruxelles

Durée : 3h30 + 2 entractes
Chanté en français, surtitré

Orchestre de l’OpĂ©ra national de Lorraine
Direction musicale : Frédéric Chaslin
ChƓur de l’OpĂ©ra national de Lorraine
Chef de choeur : Merion Powell
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra
Chef de choeur : Xavier Ribes

Sigurd : Peter Wedd
Gunther : Jean-SĂ©bastien Bou
Hagen : JĂ©rĂŽme Boutillier
Le Grand PrĂȘtre d’Odin : Nicolas Cavallier
Brunehilde : Catherine Hunold
Hilda : Camille Schnoor
Uta : Marie-Ange Todorovitch
Le Barde : Eric Martin-Bonnet
Rudiger : Olivier Brunel

Illustration : ROSE CARON, créatrice du rÎle de Brunnhilde dans SIGURD de Reyer (DR)

 

 

 

WAGNER / REYER … Comme Wagner dans La TĂ©tralogie, il est question d’une manipulation honteuse qui provoque la mort du hĂ©ros idĂ©al (quoique trop naĂŻf) et de la femme la plus loyale ; ici le roi Gunther manipule le chevalier Sigurd (chez Wagner Siegfried). Hagen son bras armĂ©, tue le hĂ©ros et Ă©pouse celle qui lui Ă©tait pourtant promise par les dieux (Brunnhilde). Chez Wagner comme chez Reyer, la mĂȘme clairvoyance quant Ă  la barbarie humaine propre Ă  tromper et Ă  voler, Ă  mentir et Ă  assassiner. Mais mĂȘme s’il arrive Ă  ses fins, l’infect Gunther, souverain sans envergure, s’effondre, sa maison avec lui ; entre temps, les hĂ©ros admirables, – Sigurd et Brunnhilde, sont sacrifiĂ©s sans mĂ©nagements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SYNOPSIS

________________________________________________________________________________________________

ACTE I
SIGURD tombe amoureux de Hilda ;
Gunther de Brunnhilde


Gunther, roi des burgondes, accueille dans son chĂąteau Ă  Worms les Ă©missaires d’Attila qui demande la main de la sƓur de Gunther, Hilda. Celle-ci confie Ă  sa nourrice Uta, le songe qui la tourmente : une rivale fera expirer son noble Ă©poux. PlutĂŽt qu’Attila, Hidla aime en secret celui qui l’a sauvĂ©e de l’esclavage, le chevalier Sigurd. Uta, sorciĂšre Ă  ses heures, annonce l’arrivĂ©e de Sigurd Ă  la cour du roi Gunther : elle lui fera boire un philtre qui le rendra amoureux de sa maĂźtresse Hilda.
Hagen chante Ă  Gunther l’histoire de Brunnhilde, la Valkyrie audacieuse et courageuse qui dĂ©sobĂ©it Ă  ODIN son pĂšre, prĂ©fĂ©rant dĂ©fendre l’amour des deux mortels, maudits et bouleversants, Siegmund et Sieglinde. DĂ©chue de son statut, Brunnhilde devenue mortelle attend derriĂšre un mur de flammes, le hĂ©ros qui saura le protĂ©ger

Gunther entend libérer Brunnhilde : il partira le lendemain.
Mais surgit Sigurd le chevalier attendu qui dĂ©clarant aussi son amour pour Brunhilde, dĂ©fie Gunther. Mais celui ci se montre plus conciliant et mĂȘme soumis : il accueille le chevalier comme son frĂšre, lui proposant mĂȘme de partager le trĂŽne Burgonde.
Alors Hilda tend la coupe prĂ©parĂ©e par Uta, Ă  Sigurd pour prĂȘter serment de loyautĂ© Ă  son frĂšre Gunther.
De leurs cĂŽtĂ©s, les Ă©missaires d’Attila, qui face au refus de Hilda, lui remet un bracelet : si elle le renvoie par messager, Attila accourra pour la dĂ©fendre ou la venger.
Mais pour l’heure Sigurd foudroyĂ©, tombe amoureux de Hilda. Il promet Ă  Gunther de l’aider pour conquĂ©rir Brunnhilde. Ils partent dans ce but.

 

 

 

ACTE II

Sigurd combat en Islande et délivre Brunnhilde

pour le compte de Gunhter
 

 

Sigurd,  Gunther  et  Hagen dĂ©barquent en Islande : lĂ , un grand-prĂȘtre qui sacrifie sous le tilleul Ă  l’épouse d’Odin, Freja, les alerte sur la cruautĂ© des Kobolds et des Elfes qu’ils devront affronter. Seul un hĂ©ros au cƓur de diamant, « vierge de corps et d’ñme et sonnant le cor sacré » pourra dĂ©livrer des flammes la vierge Brunnhilde. Sigurd propose de revĂȘtir l’identitĂ© de son ami Gunther pour conquĂ©rir Brunnhilde ; seul lui importe d’épouser Hilda dont il est toujours Ă©pris (grĂące au philtre d’Uta). Sigurd reçoit du grand-prĂȘtre le cor sacrĂ© d’Odin (qui le protĂšgera des elfes) : au 3Ăš appel, le palais enflammĂ© de la Walkyrie surgira. Au milieu des Dolmen, 3 nornes paraissent et montrent Ă  Sigurd, le linceul qu’elles lui destinent.  Lutins, kobolds et walkyries haineuses l’assaillent. Au 2Ăš appel, Sigurd dĂ©couvre un lac oĂč tentent de le sĂ©duire les lascives Nixes, sirĂšnes dangereuses. Sigurd parvient Ă  sonner le 3Ăš appel, avant qu’un elfe ne lui dĂ©robe le cor d’Odin.  Pensant combattre pour l’amour d’Hilda, Sigurd s’avance vers le palais qui se prĂ©cise devant lui. Sigurd dĂ©guisĂ© en Gunther dĂ©livre Brunnhilde qui le salue : une nacelle de cristal tirĂ© par les 3 nornes devenues cygnes emmĂšne le couple endormi.

 

 

 

 

 

ACTE III

La noce de Gunther et de Brunnhilde

 

Dans  les  jardins  du  chĂąteau  de  Gunther  à  Worms,  Brunnhilde dĂ©couvre le roi qui l’a sauvĂ©, tandis que sous la vigilance d’Uta, Sigurd sĂ©duit Hilda, ravie d’avoir gagnĂ© l’amour du chevalier.

Hagen annonce les noces de Brunnhilde et de Gunther : un tournoi est organisĂ© en l’honneur des mariĂ©s. Au moment oĂč Brunnhilde bĂ©nit l’union simultanĂ©e entre Hilda et Sigurd, le tonnerre gronde et suscite un malaise partagĂ© chez ces derniers. Uta pressent que le destin n’accepte pas la tromperie dont Sigurd et Brunnhilde sont victimes. La sorciĂšre craint le pire sur la maison de Gunther et de sa sƓur, Hilda.

 

 

 

 

 

 

 

ACTE IV

Le bûcher des Justes : Sigurd et Brunnhilde 

Sur  une  terrasse  du  chĂąteau  de  Gunther,  les servantes s’inquiĂštent du mal mystĂ©rieux qui ronge le cƓur de Brunnhilde ; celle ci paraĂźt et exprime malgrĂ© son mariage avec Gunther, son amour irrĂ©pressible et coupable pour Sigurd. Hilda la rejoint et avoue le stratagĂšme : c’est bien Sigurd qui l’a dĂ©livrĂ©e des flammes ; c’est lui le chevalier digne de son amour.

Mais Brunnhilde revendique la loi d’Odin selon laquelle c’est Sigurd qui lui est promis ; une terrible malĂ©diction menace Gunther et Hilda les manipulateurs.

Paraissent Gunther et Hagen : Brunnhilde les menace et les maudit. Avant le jour, Gunther ou Sigurd périra.

Brunnhilde invite Sigurd Ă  la fontaine ; en rĂ©citant un sortilĂšge rituel qui dĂ©fait les sorts, Sigurd dĂ©couvre qu’il aime Brunnhilde et lui dĂ©clare son amour. MalgrĂ© les tentatives de Brunnhilde, Hagen, bras armĂ© de Gunther, tue Sigurd. Avant d’expirer, Sigurd reçoit le serment de Brunnhilde qui jure de mourir Ă  ses cĂŽtĂ©s : Hagen ordonne un grand bĂ»cher qui embrase le corps des deux fiancĂ©s purs. Mais Hilda dĂ©possĂ©dĂ©e et coupable, exige que Hagen la tue Ă©galement auprĂšs de Sigurd ; avant que l’homme noir ne la frappe, Hilda remet Ă  Uta le bracelet des Ă©missaires d’Attila ; le barbare viendra donc la « sauver » mais avant, exterminera le royaume de Gunther, l’usurpateur et le lĂąche. Alors que les flammes consume leur dĂ©pouille, le chƓur final chante leur amour Ă©ternel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SIGURD de REYER, l’opĂ©ra de Degas

SIGURD-REYER-opera-de-nancy-production-nouvelle-annonce-critique-opera-classiquenewsNANCY, les 14 et 17 oct 2019. REYER : Sigurd. Pour ses 100 ans, l’OpĂ©ra national de Lorraine met Ă  l’affiche Sigurd d’Ernest Reyer, ouvrage choisi pour son inauguration le 14 octobre 1919. Ainsi s’est Ă©crit l’histoire du Palais Hornecker – CrĂ©Ă© d’abord au ThĂ©Ăątre de la Monnaie Ă  Bruxelles en 1884, SIGURD fut une pĂ©pite lyrique totalisant 250 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra de Paris jusque dans les annĂ©es 1930. Comme Wagner et sa TĂ©tralogie, Reyer plonge dans la mythologie nordique – la saga des Nibelungen et les Eddas –, pour narrer les aventures de Sigurd et Brunehilde, entre souffle Ă©pique, passions Ă©prouvĂ©es, surnaturel, et style du grand opĂ©ra français. Comme Debussy et Dukas, respectivement PellĂ©as et MĂ©lisande, et Arianne, Reyer et Wagner traitant le mĂȘme fonds lĂ©gendaire, crosient les destinĂ©es d’un opĂ©ra Ă  l’autre. Ainsi Sigurd et Le Ring mettent en scĂšne Gunther conquĂ©rant de la Walkyrie devenue mortelle, Brunnhilde. Les deux ouvrages se recoupent dans la destinĂ©e de Bruhnnilde, figure centrale qui incarne le don, le sacrifice, l’absolue loyautĂ©. IncarnĂ©e Ă  la crĂ©ation par la sublime ROSE CARON, Brunnhilde suscita Ă  l’époque de Reyer, l’admiration du peintre Edgar Degas qui vit l’ouvrage plus de 30 fois ! Bel indice d’une admiration sincĂšre et constante pour un ouvrage et un personnage majeur en France, Ă  l’époque du wagnĂ©risme envahissant,
 que ne goĂ»tait guĂšre le peintre des danseuses et des musiciens de l’opĂ©ra de Paris. A Nancy, une wagnĂ©rienne Ă©blouissante, grave, souple, diseuse incarne ce profil de femme admirable, Catherine Hunold. Argument majeur de la version proposĂ©e par Nancy pour son centenaire.

 

 

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Reyer : Sigurd, en version de concert
lundi 14 et jeudi 17 octobre 2019 Ă  19h
RESERVEZ ici :
https://www.nancy-tourisme.fr/offres/opera-sigurd-reyer-nancy-fr-2264277/

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CARON-ROSE-edgar-degas-sigurd-classiquenews-portraitOpĂ©ra en version de concert crĂ©Ă© Ă  Nancy le 14 octobre 1919 pour l’inauguration du nouveau thĂ©Ăątre (actuel opĂ©ra)
Opéra en quatre actes, 9 tableaux et 2 ballets
Livret de Camille du Locle et d’Alfred Blau
Créé le 7 janvier 1884 au Théùtre de la Monnaie de Bruxelles

Durée : 3h30 + 2 entractes
Chanté en français, surtitré

Orchestre de l’OpĂ©ra national de Lorraine
Direction musicale : Frédéric Chaslin
ChƓur de l’OpĂ©ra national de Lorraine
Chef de choeur : Merion Powell
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra
Chef de choeur : Xavier Ribes

Sigurd : Peter Wedd
Gunther : Jean-SĂ©bastien Bou
Hagen : JĂ©rĂŽme Boutillier
Le Grand PrĂȘtre d’Odin : Nicolas Cavallier
Brunehilde : Catherine Hunold
Hilda : Camille Schnoor
Uta : Marie-Ange Todorovitch
Le Barde : Eric Martin-Bonnet
Rudiger : Olivier Brunel

Illustration : ROSE CARON, créatrice du rÎle de Brunnhilde dans SIGURD de Reyer (DR)

 

 

 

WAGNER / REYER … Comme Wagner dans La TĂ©tralogie, il est question d’une manipulation honteuse qui provoque la mort du hĂ©ros idĂ©al (quoique trop naĂŻf) et de la femme la plus loyale ; ici le roi Gunther manipule le chevalier Sigurd (chez Wagner Siegfried). Hagen son bras armĂ©, tue le hĂ©ros et Ă©pouse celle qui lui Ă©tait pourtant promise par les dieux (Brunnhilde). Chez Wagner comme chez Reyer, la mĂȘme clairvoyance quant Ă  la barbarie humaine propre Ă  tromper et Ă  voler, Ă  mentir et Ă  assassiner. Mais mĂȘme s’il arrive Ă  ses fins, l’infect Gunther, souverain sans envergure, s’effondre, sa maison avec lui ; entre temps, les hĂ©ros admirables, – Sigurd et Brunnhilde, sont sacrifiĂ©s sans mĂ©nagements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SYNOPSIS

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ACTE I
SIGURD tombe amoureux de Hilda ;
Gunther de Brunnhilde


Gunther, roi des burgondes, accueille dans son chĂąteau Ă  Worms les Ă©missaires d’Attila qui demande la main de la sƓur de Gunther, Hilda. Celle-ci confie Ă  sa nourrice Uta, le songe qui la tourmente : une rivale fera expirer son noble Ă©poux. PlutĂŽt qu’Attila, Hidla aime en secret celui qui l’a sauvĂ©e de l’esclavage, le chevalier Sigurd. Uta, sorciĂšre Ă  ses heures, annonce l’arrivĂ©e de Sigurd Ă  la cour du roi Gunther : elle lui fera boire un philtre qui le rendra amoureux de sa maĂźtresse Hilda.
Hagen chante Ă  Gunther l’histoire de Brunnhilde, la Valkyrie audacieuse et courageuse qui dĂ©sobĂ©it Ă  ODIN son pĂšre, prĂ©fĂ©rant dĂ©fendre l’amour des deux mortels, maudits et bouleversants, Siegmund et Sieglinde. DĂ©chue de son statut, Brunnhilde devenue mortelle attend derriĂšre un mur de flammes, le hĂ©ros qui saura le protĂ©ger

Gunther entend libérer Brunnhilde : il partira le lendemain.
Mais surgit Sigurd le chevalier attendu qui dĂ©clarant aussi son amour pour Brunhilde, dĂ©fie Gunther. Mais celui ci se montre plus conciliant et mĂȘme soumis : il accueille le chevalier comme son frĂšre, lui proposant mĂȘme de partager le trĂŽne Burgonde.
Alors Hilda tend la coupe prĂ©parĂ©e par Uta, Ă  Sigurd pour prĂȘter serment de loyautĂ© Ă  son frĂšre Gunther.
De leurs cĂŽtĂ©s, les Ă©missaires d’Attila, qui face au refus de Hilda, lui remet un bracelet : si elle le renvoie par messager, Attila accourra pour la dĂ©fendre ou la venger.
Mais pour l’heure Sigurd foudroyĂ©, tombe amoureux de Hilda. Il promet Ă  Gunther de l’aider pour conquĂ©rir Brunnhilde. Ils partent dans ce but.

 

 

 

ACTE II

Sigurd combat en Islande et délivre Brunnhilde

pour le compte de Gunhter
 

 

Sigurd,  Gunther  et  Hagen dĂ©barquent en Islande : lĂ , un grand-prĂȘtre qui sacrifie sous le tilleul Ă  l’épouse d’Odin, Freja, les alerte sur la cruautĂ© des Kobolds et des Elfes qu’ils devront affronter. Seul un hĂ©ros au cƓur de diamant, « vierge de corps et d’ñme et sonnant le cor sacré » pourra dĂ©livrer des flammes la vierge Brunnhilde. Sigurd propose de revĂȘtir l’identitĂ© de son ami Gunther pour conquĂ©rir Brunnhilde ; seul lui importe d’épouser Hilda dont il est toujours Ă©pris (grĂące au philtre d’Uta). Sigurd reçoit du grand-prĂȘtre le cor sacrĂ© d’Odin (qui le protĂšgera des elfes) : au 3Ăš appel, le palais enflammĂ© de la Walkyrie surgira. Au milieu des Dolmen, 3 nornes paraissent et montrent Ă  Sigurd, le linceul qu’elles lui destinent.  Lutins, kobolds et walkyries haineuses l’assaillent. Au 2Ăš appel, Sigurd dĂ©couvre un lac oĂč tentent de le sĂ©duire les lascives Nixes, sirĂšnes dangereuses. Sigurd parvient Ă  sonner le 3Ăš appel, avant qu’un elfe ne lui dĂ©robe le cor d’Odin.  Pensant combattre pour l’amour d’Hilda, Sigurd s’avance vers le palais qui se prĂ©cise devant lui. Sigurd dĂ©guisĂ© en Gunther dĂ©livre Brunnhilde qui le salue : une nacelle de cristal tirĂ© par les 3 nornes devenues cygnes emmĂšne le couple endormi.

 

 

 

 

 

ACTE III

La noce de Gunther et de Brunnhilde

 

Dans  les  jardins  du  chĂąteau  de  Gunther  à  Worms,  Brunnhilde dĂ©couvre le roi qui l’a sauvĂ©, tandis que sous la vigilance d’Uta, Sigurd sĂ©duit Hilda, ravie d’avoir gagnĂ© l’amour du chevalier.

Hagen annonce les noces de Brunnhilde et de Gunther : un tournoi est organisĂ© en l’honneur des mariĂ©s. Au moment oĂč Brunnhilde bĂ©nit l’union simultanĂ©e entre Hilda et Sigurd, le tonnerre gronde et suscite un malaise partagĂ© chez ces derniers. Uta pressent que le destin n’accepte pas la tromperie dont Sigurd et Brunnhilde sont victimes. La sorciĂšre craint le pire sur la maison de Gunther et de sa sƓur, Hilda.

 

 

 

 

 

 

 

ACTE IV

Le bûcher des Justes : Sigurd et Brunnhilde 

Sur  une  terrasse  du  chĂąteau  de  Gunther,  les servantes s’inquiĂštent du mal mystĂ©rieux qui ronge le cƓur de Brunnhilde ; celle ci paraĂźt et exprime malgrĂ© son mariage avec Gunther, son amour irrĂ©pressible et coupable pour Sigurd. Hilda la rejoint et avoue le stratagĂšme : c’est bien Sigurd qui l’a dĂ©livrĂ©e des flammes ; c’est lui le chevalier digne de son amour.

Mais Brunnhilde revendique la loi d’Odin selon laquelle c’est Sigurd qui lui est promis ; une terrible malĂ©diction menace Gunther et Hilda les manipulateurs.

Paraissent Gunther et Hagen : Brunnhilde les menace et les maudit. Avant le jour, Gunther ou Sigurd périra.

Brunnhilde invite Sigurd Ă  la fontaine ; en rĂ©citant un sortilĂšge rituel qui dĂ©fait les sorts, Sigurd dĂ©couvre qu’il aime Brunnhilde et lui dĂ©clare son amour. MalgrĂ© les tentatives de Brunnhilde, Hagen, bras armĂ© de Gunther, tue Sigurd. Avant d’expirer, Sigurd reçoit le serment de Brunnhilde qui jure de mourir Ă  ses cĂŽtĂ©s : Hagen ordonne un grand bĂ»cher qui embrase le corps des deux fiancĂ©s purs. Mais Hilda dĂ©possĂ©dĂ©e et coupable, exige que Hagen la tue Ă©galement auprĂšs de Sigurd ; avant que l’homme noir ne la frappe, Hilda remet Ă  Uta le bracelet des Ă©missaires d’Attila ; le barbare viendra donc la « sauver » mais avant, exterminera le royaume de Gunther, l’usurpateur et le lĂąche. Alors que les flammes consume leur dĂ©pouille, le chƓur final chante leur amour Ă©ternel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PARIS, MusĂ©e d’Orsay : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra, jusqu’au 19 janvier 2020

affiche13_300PARIS, MusĂ©e d’Orsay : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra, jusqu’au 19 janvier 2020. C’est l’expo phare de cette rentrĂ©e 2019 et l’accrochage Ă  ne pas manquer pour la fin d’annĂ©e et la nouvelle annĂ©e 2020. CrĂ©ateur atypique Ă  l’époque des impressionnistes (il est l’ami de Manet dont il croque le profil Ă  plusieurs reprises), Edgar Degas (1834-1917), cĂ©libataire endurci, fils de banquier, observe, analyse et rĂ©interprĂšte la rĂ©alitĂ© ; celle de Paris, du Second Empire Ă  la IIIĂš RĂ©publique, rĂ©ussissant lĂ  oĂč on ne l’attend jamais. Il rĂ©ussit trĂšs tĂŽt comme portraitiste. Son dessin dans la suite d’Ingres sait condenser l’expression, la situation, l’essence d’une prĂ©sence.

 

 

LA FOSSE ET LE BALLET PLUTOT QUE LA SCENE LYRIQUE
 Le musĂ©e d’Orsay s’intĂ©resse Ă  son travail Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Pas une seule reprĂ©sentation d’un ouvrage lyrique, aucun chanteur d’opĂ©ra (pourtant le baryton vedette Jean-Baptiste FAURE lui commandera nombre de peintures sur le thĂšme de l’opĂ©ra)
 ce qui intĂ©resse le peintre ce sont des portraits quasi instantanĂ©s de musiciens, dans la fosse de l’orchestre de l’opĂ©ra de Paris, Salle Le Peletier puis OpĂ©ra Garnier ; des moments de spectacles
 toujours liĂ©s Ă  la prĂ©sence des danseuses du Ballet de l’opĂ©ra. Elles sont d’ailleurs davantage en rĂ©pĂ©titions, corps Ă©reintĂ©s, en tension – rarement dĂ©ployĂ©es, aĂ©riennes
 plutĂŽt dans une pause, aprĂšs l’effort, reprenant dans des poses cassĂ©es, douloureuses, un semblant de souffle et d’élasticitĂ©.

 
 

 
 

4 clés révélées pour mieux comprendre
l’exposition DEGAS Ă  l’OPERA…

 

 

 

 

 

DANSEUSES ÉREINTÉES
 Il en dĂ©coule nombre de tableaux et dessins fixant les traits d’instrumentistes (violoncellistes, bassonistes, et mĂȘme guitariste avec dans ce cas le seul et rare portrait de son pĂšre tant aimĂ©, mais dĂ©jĂ  vieux et fatiguĂ©, qui encouragea toujours les efforts de fils artiste), surtout de danseuses avec tutu, Ă©reintĂ©es donc, au comble de l’effort ; esclaves modernes d’un divertissement devenu Ă©preuves permanentes. Rares les figures heureuses et Ă©panouies. MĂȘme son grand portrait (le plus grand format exposĂ© dans ce genre) de la danseuse EugĂ©nie Fiocre, souvenir du ballet la Source, est rĂȘveuse, absente : songe-t-elle Ă  un autre monde que celui fatiguant voire plus, de la danse et du spectacle Ă  l’opĂ©ra ? Il est certain qu’elle a retirĂ© les chaussons et les pointes, pour reposer ses petits pieds fatiguĂ©s. Belle image d’une jeune Ăąme dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e, nostalgique d’un milieu qu’elle ignore


Car Degas, peintre audacieux, aux cadrages inĂ©dits, parfois dĂ©concertants, mais trĂšs inspirĂ©s de la photographie (qu’il pratique), Ă©pingle une rĂ©alitĂ© tout autre ; celle des abonnĂ©s en hauts de forme, Ă©perviers noirs, prĂ©dateurs sexuels qui dans les coulisses sĂ©duisent et monnayent les charmes des belles nymphes chorĂ©graphiques. Tout est reprĂ©sentĂ© dans ce rĂ©alisme certes esthĂ©tique mais tout autant sociologique. MĂȘme les mĂšres des jeunes filles, jouent volontiers les entremetteuses, prĂȘtes Ă  tout pour extraire quelques piĂšces de ce rapprochement abonnĂ©s / danseuses, guĂšre candide.

 

 

orsay-exposition-degas-a-l-opera-opera-350-ans-exposition-presentation-classiquenews-annonce-synthese-comprendre-l-exposition-par-classiquenews-degas-danseuseCORPS, FORMES, MATIERES
 En dĂ©finitive, maĂźtre de son crayon et des couleurs, Degas, contemporains et proche des impressionnistes, peint l’abstraction avant l’abstraction. Comme esthĂšte, Degas tire ces corps vers le haut et le beau idĂ©al : le corps de la danseuse lui rappelle l’équilibre de la plastique grecque antique. On ne saurait mieux faire du moderne dans le souvenir de l’ancien. C’est qu’il est diablement cultivĂ© ; aimant copier les peintures du Louvre comme aucun autre avant lui
 Degas s’émancipe bientĂŽt, multiplie les techniques, libĂšre son coup de crayon, de plus en plus sĂ»r et synthĂ©tique, des dessins aux monotypes, jusqu’aux traits noirs sur papier calque, oĂč l’architecture du corps prĂ©figure les Matisse et les Mondrian Ă  venir. En 1900, les figures ne sont plus lignes mais matiĂšre iridescentes, qui se dĂ©composent comme par implosion Ă  travers les couleurs « orgiaques » des pastels. C’est que le sujet intĂ©resse autant l’artiste que la rĂ©flexion sur la forme qu’il autorise.

 

 

Ainsi pendant prĂšs de 40 annĂ©es, des annĂ©es 1960 au dĂ©but des annĂ©es 1900, Degas note, dessine tout ce qu’il voit et bouge Ă  l’OpĂ©ra. Le thĂ©Ăątre est devenu sa « chambre Ă  lui ». Un atelier, un laboratoire aux resources et rĂ©serves de motifs, infinies. Salle et scĂšne, loges, foyer et salle de danse – sont les lieux de cette quĂȘte de la forme qui danse, dans un espace de plus en plus abstrait.

LYRICOPHILE, DEGAS divinise la jeune DANSEUSE
. Evidemment il y a explicitĂ© le goĂ»t de Degas Ă  l’opĂ©ra (Sigurd de Reyer, applaudie 30 fois !), ceux qui l’ont introduit dans l’institution (son ami le librettiste et compositeur HalĂ©vy)
 au centre de l’exposition, manifestation la plus aboutie de cette recherche d’absolu autour du thĂšme de la danseuse, la sculpture hyperrĂ©aliste de la Petite Danseuse de 14 ans (entre 1865 / 1881) avec son vrai tutu en tulle et son ruban de satin rose dans les cheveux de bronze : en une effigie, Edgar Degas peintre et observateur devenu sculpteur, est le Pygmalion de sa propre quĂȘte : il adore son Ɠuvre ainsi personnifiĂ©e ; il portraiture la danseuse idĂ©ale (les pieds en quatriĂšme position), adolescente et jeune fille, (en rĂ©alitĂ© un vrai modĂšle qui a posĂ© dans son atelier : Marie van Goethem) sujet de tous les regards et de tous les fantasmes d’alors : une SalomĂ© statufiĂ©e, troublante et bouleversante. C’est de toute Ă©vidence, dans la position du corps qui reste digne et pudique, mystĂ©rieux mĂȘme, un hommage du peintre Ă  son modĂšle, son intĂ©gritĂ© sanctuarisĂ©, fiĂšre et Ă©nigmatique, divinisĂ©, malgrĂ© la rĂ©alitĂ© crue et sexuellement infecte qui rĂ©gnait alors dans les coulisses de l’OpĂ©ra de Paris. Passionnant.

  

 

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EXPOSITION : Degas Ă  l’OpĂ©ra. Paris, MusĂ©e d’Orsay. Jusqu’au 19 janvier 2020.

Du 24 septembre au 31 dĂ©cembre : du mardi au dimanche et fĂȘtes de 9h30 Ă  18h, nocturne jeudi fĂȘtes jusqu’Ă  21h45. FermĂ© le 25 dĂ©cembre. ; Du 1er janvier au 19 janvier 2020 : du mardi au dimanche et fĂȘtes de 9h30 Ă  18h, nocturne jeudi fĂȘtes jusqu’Ă  21h45.

MusĂ©e d’Orsay
1 rue de la LĂ©gion-d’Honneur
75007 Paris
Du mardi 24 septembre 2019 au dimanche 19 janvier 2020

INFOS et réservations privilégiées

 

  

 

Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes »).

degas gallimard decouvertes expositon deags a l opera de apris musee d orsay exposition 23 sept fevrier 2020 classiquenews A76087Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes »). CHANTRE DE LA MODERNITÉ
 PrĂ©sentation par l’éditeur : « «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu», disait Edgar Degas. Illustre, il l’est, par ses danseuses, ses jockeys, ses femmes au bain. Inconnu, Ă©galement, tant ces thĂšmes occultent le reste de l’Ɠuvre, peintures d’histoire, portraits, paysages, tant l’Ɠuvre a dĂ©vorĂ© la vie privĂ©e. Sur une carriĂšre de soixante ans dont Henri Loyrette restitue la richesse et la cohĂ©rence, on dĂ©couvre alors l’insatiable curiositĂ© technique, la constante recherche d’expressions nouvelles, l’Ă©vidente continuitĂ© de la ligne mĂ©lodique ».
Notre avis
 Le fils d’une famille aisĂ©e, de banquiers, doit cependant Ă  son pĂšre (Auguste) d’ĂȘtre encouragĂ© dans sa vocation artistique. Ce n’est pas tant, la ligne (cultivĂ©e toujours selon les prĂ©ceptes de son « maĂźtre et idĂŽle » Ingres), la couleur (digne des Impressionnistes dont il sera toujours trĂšs proche), la puissance de la palette et du trait (qui le rapproche d’un Manet, son ami), que son Ɠil, qui se rĂ©vĂšle dans son cas, dĂ©terminant. Degas mĂ©prise le milieu acadĂ©mique et donc le Prix de Rome : dĂ©passĂ©, conservateur. Il a bien raison. La modernitĂ© n’est jamais venue en peinture de ce rĂ©seau politique formatĂ©. Degas dĂ©veloppe une acuitĂ© de conception hors du commun Ă  son Ă©poque. Son Ɠil dĂ©cortique l’espace (d’oĂč des cadrages et des points de vue inĂ©dits et donc rĂ©solument « modernes »), dĂ©construit la forme, pour en extraire le squelette expressif, l’ossature synthĂ©tique, essentiel (d’oĂč ce qu’il voit et capte dans le sujet des danseuses : des corps qui souffrent, des lignes qui flĂ©chissent, des mouvements qui Ă©reintent et forcent
 au bord du claquage.

 

 

Degas moderne
L’Ɠil dĂ©construit, reconstruit


 

 

danseuses degas

 

Deux danseuses (DR)

 

Beaucoup de scĂšnes de rĂ©pĂ©titions, de gestes et attitudes rĂ©pĂ©tĂ©es, de dĂ©tente aussi (dont mĂȘme des danseuses qui baillent
) Entre rĂ©alisme et familiaritĂ©, jamais cela n’avait Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ© avant lui. De sorte que l’on contemple un autre Degas : non pas le peintre obsĂ©dĂ© par les danseuses en tutu, mais l’analyste qui dĂ©crypte le dĂ©nuement et la misĂšre de jeunes artistes dĂ©munies et souffrantes, qui phĂ©nomĂšne que l’on commence Ă  expliciter, sont les proies des prĂ©dateurs sexuels dans la coulisse.
affiche13_300Degas a conçu tout cela, remarquablement expliquĂ© dans ce petit livre immanquable, indispensable viatique prĂ©paratoire pour l’exposition actuelle au MusĂ©e d’Orsay : « DEGAS Ă  L’OPERA », jusqu’en janvier 2020. Car au juste qu’a peint Degas de l’OpĂ©ra ? La rĂ©ponse est loin d’ĂȘtre Ă©vidente. Car Degas est un crĂ©ateur tout sauf conformiste. On peut affirmer qu’en plein wagnĂ©risme, au cƓur de la France nationaliste, opposĂ©e Ă  l’hĂ©gĂ©monie prussienne, Degas, se passionna pour la Sigurd du marseillais Reyer, le « petit Wagner de la CanebiĂšre » (au point de la voir 30 fois Ă  l’OpĂ©ra le Peletier, Ă  partir de sa crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra de paris le 12 juin 1885). WagnĂ©rien, Reyer dans Sigurd offre une vĂ©ritable alternative française au romantisme musical, puisant aprĂšs Berlioz, chez Gluck, sachant colorer aussi son orchestre par des Ă©clats fantastiques empruntĂ©s Ă  Weber. Les amateurs du Ring, retrouvent certes les personnages de Hagen, Gunter et aussi BrĂŒnnhilde
 Mais si le sujet est empruntĂ© aux lĂ©gendes nordiques, comme la TĂ©tralogie, la conception elle est bien française.
Comme Reyer Ă  l’opĂ©ra, Degas incarne une spĂ©cificitĂ© française, « moderne », antiacadĂ©mique, fonciĂšrement avant-gardiste, entre 1880 et 1910. Un cas Ă  part, et une Ɠuvre Ă  redĂ©couvrir aujourd’hui.

 

 

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Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes ») – 160 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 125 x 178 mm
Genre : Documents et reportages ThĂšme : arts en gĂ©nĂ©ral /peinture CatĂ©gorie > Sous-catĂ©gorie : Connaissance > Arts en gĂ©nĂ©ral – Époque : XXe-XXIe siĂšcle – ISBN : 9782070760879 – Gencode : 9782070760879 – Code distributeur : A76087 – PremiĂšre parution en 1988 -
CoĂ©dition Gallimard/RMN – Grand Palais. Nouvelle Ă©dition en 2012.
Collection Découvertes Gallimard (n° 36), Série Arts, Gallimard. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

 

Compte-rendu : GenÚve. Victoria Hall, le 6 octobre 2013. Ernest Reyer : Sigurd. Andrea CarÚ, Anna Caterina Antonacci. Frédéric Chaslin, direction musicale.

Ernest Reyer portrait ancienLe Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve frappe un grand coup en remontant, mĂȘme en version de concert, le rare Sigurd d’Ernest Reyer, ouvrage populaire s’il en fut de l’opĂ©ra français, … fer de lance de nombreux grands tĂ©nors de l’Hexagone durant tout le dĂ©but du XXe siĂšcle. Le plus impĂ©rial restera sans nul doute le corse CĂ©sar Vezzani, sur la tombe duquel, Ă  Bastia, figure le texte du dĂ©but de l’air de Sigurd : « Esprits gardiens de ces lieux vĂ©nĂ©rĂ©s ».

 

 


L’épopĂ©e du trop rare Sigurd

 

Un enregistrement radio dirigĂ© par Manuel Rosenthal, avec une affiche prestigieuse (Guy Chauvet, AndrĂ©a Guiot, AndrĂ©e Esposito, Robert Massard, Jules Bastin, et jusqu’à Ernest Blanc parmi les seconds rĂŽles), quelques reprĂ©sentations Ă  Marseille au dĂ©but des annĂ©es 90, deux concerts Ă  Montpellier en 1993 et 1995
 et puis plus rien, ni en France ni ailleurs. Il Ă©tait temps de rappeler Ă  la mĂ©moire du public les mĂ©rites de cette Ɠuvre singuliĂšre, Ă  l’esthĂ©tique trĂšs personnelle, et d’une grande richesse musicale.

CrĂ©Ă© Ă  Bruxelles en 1884 dans son intĂ©gralitĂ©, puis Ă  Paris l’annĂ©e suivante – dĂ©jĂ  mutilĂ© par de nombreuses coupures –, l’ouvrage puise au cƓur de la mythologie scandinave ; elle nous conte la dĂ©livrance de la belle Brunehild par le chevalier Sigurd. Le rapprochement de ce sujet avec l’épopĂ©e wagnĂ©rienne – le nom du rĂŽle-titre n’étant autre qu’une des variantes de celui de Siegfried – fut rapidement fait, Reyer ayant en outre dĂ©couvert la partition du maĂźtre de Bayreuth l’annĂ©e prĂ©cĂ©dant la crĂ©ation bruxelloise.

Mais force est de constater que, mis Ă  part certains enrichissements harmoniques tĂ©moignant d’une Ă©poque dans l’histoire de l’écriture musicale, le style de Reyer regarde bien davantage vers Meyerbeer et Massenet, dans une esthĂ©tique de Grand OpĂ©ra – et un final n’étant pas sans rappeler celui du Faust de Gounod –, et si hommage il y a de la part du compositeur, il tombe « aux pieds » de Gluck et Weber, comme il l’écrit lui-mĂȘme.

RĂ©vĂ©lation avec coupures …

La partition se rĂ©vĂšle multiple, alternant airs sĂ©parĂ©s – souvent courts –, grandes scĂšnes dramatiques Ă  l’avancĂ©e inexorable et chƓurs brillants, dans des atmosphĂšres trĂšs contrastĂ©es mais parfaitement enchaĂźnĂ©es, allant jusqu’à utiliser plusieurs motifs rĂ©currents correspondant Ă  une Ă©motion ou un personnage, garantissant une vĂ©ritable unicitĂ© Ă  tant de variĂ©tĂ© musicale.
Seul regret Ă  dĂ©plorer vivement dans cette exĂ©cution genevoise : de nombreuses coupures qui nous privent de prĂšs d’une heure de musique. Ainsi des reprises disparaissent, qui boucleraient certaines scĂšnes et permettraient un enchaĂźnement plus cohĂ©rent avec la suite ; passe ainsi Ă  la trappe notamment une trĂšs grande partie du combat de Sigurd contre les esprits pour dĂ©livrer Brunehild, moment de grande intensitĂ© musicale si on en croit la partition, coupure qui rend surtout incongru le troisiĂšme appel de cor fait par le hĂ©ros – alors que les deux premiers se sont volatilisĂ©s –.

PrĂšs de vingt ans aprĂšs la derniĂšre exĂ©cution de l’Ɠuvre, on comptait sur FrĂ©dĂ©ric Chaslin, ardent dĂ©fenseur du rĂ©pertoire français, pour restituer la musique de Reyer – lui qui abhorrait les coupures – dans sa quasi-intĂ©gralitĂ©, du moins autant que le permettent les sources disponibles. Sur ce point, avouons notre dĂ©ception.

Nonobstant ce constat, saluons le travail de toute l’équipe rĂ©unie autour de lui, car le rĂ©sultat s’avĂšre tout Ă  fait convainquant, parmi ce qui peut se faire de mieux Ă  l’heure actuelle dans ce rĂ©pertoire. Reconnaissons que les rĂŽles sont trĂšs difficiles Ă  chanter, et sincĂšrement impossibles Ă  distribuer aujourd’hui de façon Ă  rendre pleinement justice simultanĂ©ment Ă  la partition et au style français.

Aux cĂŽtĂ©s de trĂšs bons seconds rĂŽles, saluons la prestation remarquable de Nicolas Courjal, Ă  la voix aussi puissante et percutante que sa diction sonne claire et parfaitement comprĂ©hensible  – on aurait ainsi apprĂ©ciĂ© le second couplet de sa chanson, d’autant plus qu’elle conte l’histoire de la Valkyrie –.
Belle surprise pour la Uta de Marie-Ange Todorovitch,  sonore et corsĂ©e, toujours d’une soliditĂ© Ă  toute Ă©preuve, au grave gĂ©nĂ©reusement poitrinĂ©, Ă  l’aigu riche. L’élocution de la mezzo reste un modĂšle du genre, trouvant un Ă©quilibre entre ampleur de la voix et comprĂ©hension parfaite du texte.
Sur ce point, la comparaison s’avĂšre cruelle pour la Hilda pourtant trĂšs investie et dramatiquement engagĂ©e d’Anne Sophie Duprels. La soprano française dĂ©ploie Ă  l’envi son instrument lyrique, mais la voix semble manquer de concentration et de focus, trop basse de place, et aux voyelles ouvertes sonnant donc trop assombries en voulant ĂȘtre arrondies. La qualitĂ© du matĂ©riel est de toute beautĂ©, et gagnerait encore en rayonnement avec plus de libertĂ© dans son Ă©mission. Face au Hagen percutant de Tijl Faveyts, le baryton russe Boris Pinkhasovich impressionne en noble Gunther. Si sa comprĂ©hension de l’esthĂ©tique musicale française demeure Ă  peaufiner, il emplit facilement l’espace par son organe ample et mordant, dans la grande tradition soviĂ©tique.
Presque tĂ©norisant Ă  force d’éclat solaire dans l’aigu, il dĂ©ploie une vraie arrogance vocale, qu’on suivra avec intĂ©rĂȘt.
On craignait la prise de rĂŽle d’Anna Caterina Antonacci en Brunehild, authentique soprano dramatique Ă  la française, on a Ă©tĂ© agrĂ©ablement surpris. A nos oreilles, ce rĂŽle prouve combien la chanteuse italienne reste indĂ©niablement davantage soprano que mezzo – mĂȘme si la largeur de certains passages la pousse dans ses retranchements –. Dans cette Ă©criture plus tendue que ses rĂŽles habituels, la cantatrice remonte la place de sa voix, Ă©claircit son chant, accroche davantage ses sons, et ainsi le vibrato se resserre, s’assainit, pour un rĂ©sultat sonore rajeuni et une luminositĂ© qu’on ne lui connaissait pas. L’attention aux mots demeure celle d’une grande tragĂ©dienne, oĂč chaque inflexion se fait audible et palpable, et c’est avec les honneurs qu’elle vient Ă  bout de cette Valkyrie amoureuse.
Reste le rĂŽle-titre, Ă©crit pour un fort tĂ©nor, Ă  la fois hĂ©roĂŻque et exigeant un vrai legato, appelant un mĂ©dium nourri et un aigu conquĂ©rant, vĂ©ritable javelot sonore. Et tout cela avec la grande dĂ©clamation propre aux hĂ©ros français. Autant dire que personne, Ă  l’heure actuelle, ne  correspond Ă  cette dĂ©finition.
Grand respect donc pour le travail rĂ©alisĂ© par l’italien Andrea CarĂš, pourtant peu habituĂ© Ă  ce rĂ©pertoire, et qui se tire vaillamment de cette Ă©criture impossible. Si l’extrĂȘme aigu sonne tendu et prudemment tenu, le chanteur rĂ©alise une excellente performance, affichant un mĂ©dium sonore, des notes Ă©levĂ©es de belle facture, un louable souci de la ligne et une diction tout Ă  fait correcte. L’hĂ©roĂŻsme chevaleresque semble lui demander des efforts, mais il se donne avec franchise et sincĂ©ritĂ©, et c’est Ă  saluer.

Un grand bravo aux chƓurs, d’une prĂ©cision rarissime dans le rendu du texte et d’une puissance enivrante.
Rutilant d’éclat et d’enthousiasme, l’Orchestre de la Suisse Romande enchante par sa pĂąte sonore somptueuse et la qualitĂ© de ses soli. Sorti de la fosse problĂ©matique du Grand ThĂ©Ăątre, il dĂ©montre sa place Ă©minente parmi les orchestres europĂ©ens. La direction de FrĂ©dĂ©ric Chaslin n’est pas en reste, le chef apparaissant heureux de faire briller cette partition et soutenant amoureusement les chanteurs.
GrĂące Ă  la beautĂ© de la musique de Reyer, servie par un chef passionnĂ©, un orchestre des grands soirs, des chƓurs gĂ©nĂ©reux, des solistes tous engagĂ©s dans ce travail de redĂ©couverte, le Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve aura marquĂ© les esprits. A quand maintenant une recrĂ©ation scĂ©nique, avec la partition dans son intĂ©gralité ? A vos responsabilitĂ©s, messieurs les directeurs !

GenĂšve. Victoria Hall, 6 octobre 2013. Ernest Reyer : Sigurd. Livret de Camille du Locle et Alfred Blau, d’aprĂšs La Chanson des Nibelungen. Avec Sigurd : Andrea CarÚ ; Brunehild : Anna Caterina Antonacci ; Gunther : Boris Pinkhasovich ; Hagen : Tijl Faveyts ; Hilda : Anne Sophie Duprels ; Uta : Marie-Ange Todorovitch ; Un prĂȘtre d’Odin : Khachik Matevosyan ; Un barde : Nicolas Courjal ; Rudiger : Nicolas CarrĂ©. ChƓurs du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve ; Chef de chƓur : Ching-Lien Wu. Orchestre de la Suisse Romande. Direction musicale : FrĂ©dĂ©ric Chaslin.