CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015)

MOZART in london ian page cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015). A 9 ans, le jeune Wolfgang entend séduire toute l’Europe grâce à un « tour » général qui passe évidemment par Londres, d’avril 1764 à juillet 1765, soit son séjour le plus long dans une capitale européenne. Piloté par son père Leopold, le jeune prodige enchante les têtes couronnées et les patriciens britanniques, tous émus par ses dons au clavecin principalement. Mais l’impact de ce séjour à Londres se révèle surtout profitable pour la jeune imagination du futur compositeur car à Londres il rencontre ainsi nombre de créateurs déjà adulés et établis dont surtout Johann Christian Bach ou l’excellent symphoniste Karl Friedrich ABEL (proche de Johann Chrisitan) qui signe ici en fin de cd2, un bel exercice tripartite, dans le style fiévreux, frénétique, napolitain (Symphonie opus 7 n°6). Le père d’Abel fut altiste jouant avec JS Bach à Köthen. C’est dire le niveau. Cette Symphonie qui marqua Wolfgang, lui fut longtemps attribuée. Voilà un éclairage qui rend légitime le programme conçu par le directeur musical des bien nommés « MOZARTISTS », Ian Page, actuel champion de la cause mozartienne, outre Manche. Les chanteurs réunis autour du chef britannique auquel on doit d’difiantes restitution des opéras de jeunesse de Wolfgang (déjà critiqués et certains distingués sur CLASSIQUENEWS : Zaide, Il Sogno di Scipione, Bastien und Bastienne ; un récital titre Perfidi de Sophie Bevan, artiste associée de la troupe lyrique… sans omettre Die Schuldigkeit des Ersten Gebots, Mitridate, Re di Ponto (tous enregistrements chez Signum records).

Désormais il y a bien un geste et une sonorité mozartienne en Grande Bretagne car dans ce nouveau recueil, la troupe pilotée par Ian Page apporte d’indiscutable bénéfices. Le double album évoque ainsi à travers arias d’opéras, opus instrumental tout un creuset musical propre à la Londres des années 1760, dans lequel Wolfgang a su façonner par réaction sa propre personnalité artistique (en témoignent ses 3 essais symphoniques KV 16, 19 et 19a) : autant de partitions qui montrent la perméabilité du jeune créateur, curieux de tout et aspirant toute évolution stylistique efficace. Ian Page s’inscrit dans le sillon des Marriner, Pinnock… capable d’une fluidité expressive engageante, d’une vitalité rythmique de belle facture ; à ce jeu des mises en contexte, les symphonies de Mozart et d’Abel se distinguent très nettement par la cohérence du geste collectif et la sonorité euphorique de l’orchestre. Voici à nouveau un opus enthousiasmant à mettre au crédit de la phalange londonienne. A suivre.

 

 

 

 

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CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page, direction (2 cd Signum records). Enregistré à Londres en février 2015.

CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 2cd Signum classics 2012)

Mozart Die Schuldigkeit des ersten Gebots cd critique cd review par classiquenewsCD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 1 cd Signum classics). RĂ©surrection sincère… On ne saura trop louer l’initiative du chef britannique Ian Page, fondateur en 2017 de la compagnie (orchestre et chanteurs), The Mozartists, dont le nom indique l’expression et la rĂ©alisation d’une passion, idĂ©alement maĂ®trisĂ©e, la musique de Mozart : symphonies, cantates, oratorios, etc… et aussi l’opĂ©ra, genre privilĂ©giĂ© pour lequel Ian Page a fondĂ© un collectif dĂ©sormais dĂ©diĂ© « Classical Opera ». Après Apollo e Hyacinthus (mai 2012), voici un drame peu connu d’une poĂ©sie exceptionnelle aux thèmes graves et d’une finesse insoupçonnĂ©e (comme souvent chez Wolfgang). Die Schuldigkeit des ersten Gebots / Le devoir du Premier Ordre ainsi rĂ©vĂ©lĂ© (enregistrĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 2012), fait partie du cycle intĂ©gral dĂ©diĂ© aux oeuvres de Mozart, une collection de performances donnĂ©es en public et objets d’enregistrements jusqu’au 250è anniversaire de la mort de Mozart soit en … 2041. Une OdyssĂ©e qui se construit peu Ă  peu – comme celle dĂ©diĂ©e Ă  Haydn (et rĂ©alisĂ©e par le chef Giovanni Antonini et le label Alpha), et qui nous offre rĂ©gulièrement de superbes surprises : l’implication collective, le sens du dĂ©tail, du drame, de l’articulation en gĂ©nĂ©ral (musique et texte) suscitent l’enthousiasme.
C’est le cas ici de cette résurrection du premier drame composé par Mozart à … 11 ans (1767).
L’oratorio met en scène le Christ qui doute, auquel apparaissent 3 allégories : l’esprit du christianisme, la Justice divine, la Miséricorde divine.
Christianisme et Justice défendent l’impact du Jugement dernier et de l’Enfer pour guider l’âme chrétienne. Mais celle ci succombe aux délices et promesses évoquées par l’Esprit matérialiste. Le Christianisme n’entend pas céder un pouce et comme un docteur, argumente, explicite, accompagne dans ses doutes, puis convainc le chrétien.
La musique des parties 2 et 3 a hélas disparu : il s’agissait des dernières tentatives de l’esprit chrétien pour sauver l’âme qui doute ; comparé à un arbre vert mais stérile, sans fruits, sans foi. Dans la partie 3, l’âme chrétienne a vaincu ses propres démons ; sa vanité et son orgueil : pleine d’humilité et de contrition, le chrétien nouveau repousse les plaisirs illusoires et si vain du matérialisme.
On peut être étonner de la gravité doctorante du sujet qui produit chez le jeune Mozart, tout sauf une musique discursive, aride et ennuyeuse.

La vivacité de l’écriture y est amplifiée par une lecture pleine de vie et d’ardeur (l’activité de l’esprit chrétien électrisé, tenace pour sauver l’âme de celui qui doute). Propre aux années 1760, Wolfgang fusionne la coupe répétitive des napolitains et la nervosité profonde des cordes dans l’esprit de Mannheim. Le souvenir des oratorios germaniques, ceux des fils de JS BACH, en particulier de Carl Philip Emanuel est présent, dans une langue ciselée (récitatif) et l’intensité orchestralement raffinée des arias.

Les solistes s’efforcent tous : engagés à défaut d’être réellement fins et nuancés, vivants sans maniérisme ni surenchère ; car si nous sommes au théâtre, l’église et la dignité morale qui nourrissent l’enjeu final, sont essentielles.
L’esprit du christianisme a la verve discursive et l’ éloquence facile (le ténor Andrew Kennedy, fin, linguistiquement percutant, le plus inspiré de la troupe) ; la Miséricorde souvent associée aux cors majestueux, un rien solennels (Sarah Fox, mezzo) s’exalte, s’enivre… ; l’Esprit matérialiste a toute les séductions trompeuses grâce à la coloratoure sûre de la soprano Sophie Bevan, familière de la troupe fondée par Ian Page (elel chante Zaide et le récital « Perfido! » avec un aplomb spectaculaire : la sincérité et l’intensité du chant font mouche.

Dès son premier air, qui vient en fin de première partie (fin du cd1), soit après l’exposition des toutes les allégories, le Christ ou l’âme qui doute trouve dans le chant du ténor Allan Clayton, une incarnation à la fois vivante et tourmentée, parfois tendue (avec cor naturel obligé), voire raide et légèrement fausse, qui manifeste les doutes, les efforts, la peine et l’inquiétude, les doutes qui étreignent son esprit fragile.
Moins convaincante aussi la Justice divine (Cora Burggraaf au timbre pincé voire trop étroit, acide, voix courte) est plus contournée… donc plus bancale.

Malgré ses petites réserves, nous bénéficions d’une tenue collective très investie qui a le mérite d’aborder l’oeuvre à travers ses climats intérieurs ; le doute étant lové au coeur de son architecture et des caractères de chaque pièce. Ian Page dévoile chez le Mozart adolescent, une maturité, un sens des couleurs, une intelligence dramatique qui force l’admiration. La partition certes incomplète, prépare l’oratorio parfait, La Betulia Liberata (1771)… animé par un souffle permanent, une ivresse d’un nouveau raffinement (l’oeuvre est-elle prévue prochainement dans le planning des réalisations de Ian Page ? A suivre…).

BONUS : le cd2 comprend outre les derniers airs de l’oratorio de 1767, un documentaire vidéo sur les conditions et la genèse de l’enregistrement… A voir absolument pour comprendre la maturation et l’évolution du langage musical du jeune Mozart.

 
 
 

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CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots . Le Devoir du Premier Ordre, 1767 (Classical Opera / Ian Page, 2012 – 2 cd Signum records).

 
 
 

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