COMPTE-RENDU, critique, concert piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 27 juil 2019. Nicolas Stavy, piano. Liszt, Haydn. 


COMPTE-RENDU CRITIQUE RÉCITAL NICOLAS STAVY, piano, FESTIVAL INTERNATIONAL DE PIANO DE LA ROQUE D’ANTHÉRON, 27 juillet 2019. Liszt, Haydn
. Le pianiste Nicolas Stavy aime aller vers des dĂ©couvertes. Sa curiositĂ© jamais assouvie nourrit sa carriĂšre et comble le rĂ©pertoire pianistique en soi considĂ©rable de partitions oubliĂ©es, injustement dĂ©nigrĂ©es, ou retrouvĂ©es. Le programme de son rĂ©cital donnĂ© le 27 juillet Ă  l’Abbaye de Silvacane donnait justement Ă  entendre une rare version pour piano des Sept derniĂšres paroles du Christ en croix de Haydn.

 

 
 

 

NICOLAS STAVY SUR LES CHEMINS SPIRITUELS DE LISZT ET HAYDN

 

 

NicolasStavy_© RenaudAlouche_27072019-1

 

 
Le cloĂźtre de l’Abbaye de Silvacane abrite comme il peut sous ses voĂ»tes de pierre le piano et les chaises disposĂ©es pour le public. Il pleut des cordes: une grosse pluie d’orage qui s’engouffre dans les gargouilles aux angles du cloĂźtre. Nicolas Stavy joue pour commencer, en pendant Ă  l’Ɠuvre de Haydn, Von der Wiegen bis zum Grabe (Du berceau jusqu’à la tombe) S. 107 de Liszt (1881), et nous sommes heureux d’entendre ce poĂšme symphonique  transcrit par le compositeur franciscain lui-mĂȘme, si peu donnĂ© en concert. L’eau qui dĂ©gringole des gargouilles est bruyante et contraint l’artiste Ă  une lutte ardue pour avoir le maĂźtre mot. Mais bien qu’il ait Ă  forcer le son, cela n’entache en rien l’atmosphĂšre qu’il donne Ă  chaque partie: Le Berceau nait d’une douce Ă©closion sonore, nimbĂ© de sĂ©rĂ©nitĂ©, empreint de mystĂšre. Le combat pour la vie associe ici la lutte du musicien contre les Ă©lĂ©ments naturels Ă  celle de l’homme dans sa vie terrestre. Nicolas Stavy prend une posture hĂ©roĂŻque, n’hĂ©sitant pas Ă  projeter la violence des rythmes obsessionnels, Ă  timbrer les accords discordants dans toute leur brutalitĂ©, ces harmonies audacieuses qui dans la version piano prennent une acuitĂ© particuliĂšre. Le pianiste va au bout du Combat Ă  une conclusion Ă  dimension mĂ©taphysique, dans un trille lisztien de la plus belle Ă©lĂ©vation. La tombe: berceau de la vie future, reprend le thĂšme du Berceau, apaisĂ©, mais transformĂ©, et ferme le cycle.

 

 

NicolasStavy_© RenaudAlouche_27072019-10

 

 

L’orage persiste, et la bataille humaine n’est pas terminĂ©e: les Sept derniĂšres paroles du Christ en croix nous sont familiĂšres dans leur version pour quatuor Ă  cordes, un peu moins dans celle pour orchestre ou l’oratorio, et pas du tout pour piano solo! Une Ă©dition pour piano de la partition intĂ©grale est trouvĂ©e par hasard Ă  Saint-Domingue. Une autre partition manuscrite est retrouvĂ©e Ă  Vienne par Paul Badura-Skoda, qui fort de son expertise Ă©tablit le rapprochement avec l’édition de Saint-Domingue : un inconnu en a achevĂ© l’écriture qui fut corrigĂ©e et dĂ©finitivement validĂ©e par Haydn, puis effectivement Ă©ditĂ©e par Ignace Pleyel. C’est cette partition que Nicolas Stavy interprĂšte. Il en tire le meilleur parti pianistique et expressif. Avec l’introduction il installe le climat dramatique. « PĂšre, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »: cette premiĂšre parole il l’énonce sans imploration, mais avec la force d’une adjuration, par une main droite sonnante, dans un tempo mesurĂ© et juste sur les notes rĂ©pĂ©tĂ©es et statiques de la basse. L’évocation du Paradis (« Aujourd’hui tu seras avec moi au paradis ») est jouĂ©e dans la lumiĂšre de l’apaisement, le chant se dĂ©tachant sur la basse en base d’Alberti doucement enrobĂ©e de pĂ©dale. Le ton est tout aussi juste et posĂ© dans « Femme, voici ton fils, et toi, voici ta mĂšre », puis vire Ă  la douleur dans « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnĂ©? » oĂč le pianiste semble charger les silences du poids du nĂ©ant, soulignant le sentiment de solitude et de doute, et dans le cri de « J’ai soif », oĂč par les notes rĂ©pĂ©tĂ©es obstinĂ©ment, contrepoint et octaves, il accentue la force de la supplication. «Tout est consommé » et « PĂšre, je remets mon esprit entre tes mains » vont vers l’apaisement et l’acceptation: Nicolas Stavy donne une profondeur et une gravitĂ© spirituelle particuliĂšres Ă  ces deux ultimes paroles, qu’il conclut par le choral final dans une Ă©mouvante nuance pp, avant un sublime retour au silence. Enfin « Terramoto » (Tremblement de terre) secoue le clavier de part en part: quel contraste, quelle force! Au point que l’on n’imagine plus qu’il fut Ă©crit Ă  l’origine pour quatuor Ă  cordes, tant les rĂ©sonances du piano sont saisissantes! Elles viennent Ă  bout des vellĂ©itĂ©s mĂ©tĂ©orologiques et le cadre spirituel de l’Abbaye retrouve comme par miracle le bleu cĂ©leste et ses chants d’oiseaux, aprĂšs avoir mis en accord l’ascĂ©tisme cistercien et la fĂ©licitĂ© franciscaine. © crĂ©dit photo : Renaud Alouche

 

 

 

 

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Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.

herreweghe philippeCompte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. Les Sept DerniĂšres paroles du Christ en croix : Nouveau succĂšs du Collegium Vocale Gent et de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es. A l’approche des fĂȘtes de PĂąques, quelle Ɠuvre, autre qu’un oratorio, aurait-elle pu ĂȘtre donnĂ©e, en ce jeudi 17 mars, au ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers ? C’est avec Les sept derniĂšres paroles du Christ en croix de Joseph Haydn (1732-1809) qu’arrivent, sur la scĂšne de l’auditorium, le Collegium Vocale Gent, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et les quatre solistes invitĂ©s par Philippe Herreweghe. Les sept derniĂšres paroles du Christ en croix ont un parcours de vie assez particulier. En effet la toute premiĂšre version de l’oeuvre est purement orchestrale composĂ©e, sur commande de l’Ă©glise Santa Cueva de Cadix (Espagne), par Haydn pour le Vendredi Saint. Il a par la suite repris son Ɠuvre pour en faire un quatuor puis l’oratorio tel que nous le connaissons pour orchestre, choeur et solistes. C’est cette derniĂšre version que nous prĂ©sentent Philippe Herreweghe et ses interprĂštes.

DĂšs l’introduction, Philippe Herreweghe donne le ton de la soirĂ©e; la direction sera sobre, ferme, prĂ©cise. Parfaitement prĂ©parĂ©, le Collegium Vocale Gent donne une performance remarquable d’autant que le choeur est trĂšs sollicitĂ©; musicalement les choristes sont irrĂ©prochables, … et la diction elle est idĂ©ale. En ce qui concerne les solistes, Herreweghe a invitĂ© quatre belles voix, que nous aurions pris plaisir Ă  entendre un peu plus. En effet les quatre solistes chantent par dessus le choeur avec de temps Ă  autre une voix seule. Les deux voix fĂ©minines, Sarah Wegener et Marie Henriette Reinhold, sont solides, plutĂŽt bien chantantes et David Soar fait entendre des graves impressionnants, bien qu’il soit le seul Ă  n’avoir aucune intervention hors du quatuor. Quant Ă  Robin Tritschler, si la voix est belle, elle peine Ă  passer la rampe alors que ses rares interventions se bornent Ă  du rĂ©citatif, peu flatteur pour le tĂ©nor. FidĂšle Ă  lui mĂȘme l’Orchestre des Champs ElysĂ©es accompagne avec bonheur le Collegium Vocale Gent et le quatuor de solistes. La direction ferme, prĂ©cise, souple de Philippe Herreweghe donne un coup de fouet Ă  une Ɠuvre emprunte de foi sereine mais qui prĂ©sage, avec le «terremoto» final, une chute brutale et prĂ©visible de l’humanitĂ© pĂ©cheresse.

C’est, une nouvelle fois, un concert de haute volĂ©e que le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, placĂ©s sous la direction de leur chef historiques, ont donnĂ© devant un auditorium bien rempli. C’est sans doutes aucun, l’une des versions de rĂ©fĂ©rence de l’oratorio de Haydn Ă  laquelle nous avons assistĂ© en ce jeudi soir et que nous espĂ©rons voir publiĂ©e en CD…

Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Joseph Haydn (1732-1809) : Les sept derniÚres paroles du Christ en croix. Sarah Wegener, soprano, Marie Henriette Reinhold, mezzo soprano, Robin Tritschler, ténor, David Soar, basse, Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.