Compte rendu, opĂ©ra. Betsy Jolas : Iliade l’amour, crĂ©ation. Le 15 mars, Pars, CNSMDP. David Reiland

IliadeLamour_agendaSCHLIEMANN devient ILIADE L’AMOUR. BientĂ´t 90 ans, – en aoĂ»t prochain, Betsy Jolas rĂ©vise son opĂ©ra Schliemann, crĂ©Ă© Ă  Lyon en 1995, et ici Ă  Paris, le retaille pour une nouvelle offre lyrique en 1h45 et 10 tableaux. L’Ĺ“uvre intitulĂ©e “Iliade l’amour” et prĂ©sentĂ©e dans la salle de concert du CNSMDP en partenariat avec la Philharmonie de Paris laisse dubitatif. MĂŞme resserrĂ©, le livret produit d’inĂ©vitables tunnels d’une inaction bavarde qui finit par ennuyer : de surcroĂ®t le metteur en scène amĂ©nage au risque de plomber le dĂ©roulement des pauses silencieuses qui n’apportent absolument rien Ă  l’Ă©lucidation de l’action ni Ă  son onirisme. D’autant que la figure de l’archĂ©ologue allemand si passionnĂ© par Troie, subit quelques dĂ©formations antihistoriques, rĂ©solument fantasques, Ă  la façon d’une biographie subjective, vue ici – ou plutĂ´t revĂ©cue Ă  travers le tĂ©moignage de sa propre fille, Andromache (fière et Ă©nigmatique AnaĂŻs Bertrand) dont le metteur en scène fait une figure Ă©vanescente, parfois hors scène, telle la narratrice d’une Ă©vocation chaotique, par bribes, au fil rĂ©trospectif.
Dans cette expĂ©rience musicale qui se veut totale, l’oreille a du mal Ă  repĂ©rer d’un bout Ă  l’autre, l’idĂ©e d’une continuitĂ© dramatique, … d’autant que le texte qui reste difficile Ă  comprendre, reste dĂ©cousu et souvent Ă©nigmatique. Le livret a Ă©tĂ© Ă©crit Ă  deux mains par la compositrice et Bruno Bayen dont la pièce originelle “Schliemann, Ă©pisodes ignorĂ©s” a fourni la trame de dĂ©part.
Cependant certaines sĂ©quences prises isolĂ©ment arrivent cependant Ă  captiver telle le duo entre Schliemann et sa dernière Ă©pouse Sophia (palpitante Marianne Croux, scène V), puis la berceuse de cette dernière (scène VI) oĂą en un chant plus dĂ©veloppĂ© et fluide, la jeune femme synthĂ©tise prĂ©cisĂ©ment l’enjeu de l’ouvrage, entre songe et rĂ©alitĂ©, quand elle chante, au bord d’une rĂŞverie finalement dĂ©pressive : “je suis l’Ă©pouse de ton rĂŞve”. Sophia ne semble exister que par les fantasmes de son Schliemann de mari, plus Ă©vanescente que rĂ©elle, elle semble interdite Ă  possĂ©der une vĂ©ritable identitĂ©. Toutes les figures sur la scène d’un paquebot en croisière s’apparentent Ă  des apparitions sans guère d’Ă©paisseur que la musique pourtant suractive de Betsy Jolas finit par Ă©parpiller tout Ă  fait. Le travail sur la langue française (avec inserts d’anglais, de grecs, d’allemand…) focuse souvent sur l’anecdotique et semble rĂ©pondre au fragmentaire très percussif de la fosse. Pas assez abouti non plus, l’Ă©mergence des saillies drĂ´latiques comme l’Ă©pisode “cabaret” avec un enquĂŞteur bègue (Ă©patant Fabien Hyon), oĂą le gouvernement turc cherche Ă  reprendre le trĂ©sor que Schliemann a exhumĂ© sur les ruines de Troie…

 

 

 

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De Schliemann Ă  Iliade l’amour. Les forces vives du CNSMDP crĂ©ent l’opĂ©ra de Betsy Jolas dans sa nouvelle version

Forme décousue / direction épatante

 

Ceux qui pensaient retrouver prĂ©cisĂ©ment une sorte d’hommage poĂ©tique sur la vie de l’archĂ©ologue allemand, mĂŞlant antiquitĂ© recherchĂ©e/fantasmĂ©e ou une rĂ©flexion sur l’oubli, la trace que convoque la quĂŞte des civilisations et de l’Histoire en seront pour leur frais. MĂŞme le titre “Iliade l’amour” convoquant le principe d’une Ă©popĂ©e amoureuse trompe l’attente : la musique de Betsy Jolas, plus pointilliste Ă©parse que scintillante et miroitante, manque cruellement de sensualitĂ©. L’intitulĂ© est cependant respectĂ©, la promesse d’une lyre amoureuse s’incarnant Ă©videmment dans le rĂ´le de Sophia, quintessence d’une fĂ©minitĂ© multiple, – la vraie quĂŞte ici de Schliemann, dĂ©sireux d’Ă©pouser celle qui incarne Ă  ses yeux HĂ©lène de Troie-; – exigeant un soprano agile et volubile, jusqu’Ă  sa dĂ©chirante imploration lacrymale, sur le corps mort de l’Ă©poux Ă  la fin de l’opĂ©ra de chambre.

Pilote continĂ»ment impliquĂ©, aux gestes aĂ©riens et fluides, le chef belge, dĂ©jĂ  remarquĂ© entre autres comme baguette lyrique Ă  Saint-Etienne, David Reiland sait trouver la justesse et l’Ă©quilibre d’une partition pourtant dĂ©sĂ©quilibrĂ©e dont le flux chaotique installe avec difficultĂ© la notion d’intrigue scĂ©nique. La subtile pulsion et l’attention analytique que sa direction insuffle, parvient Ă  unifier et mĂŞme densifier la texture, en une continuitĂ© dramatique souvent passionnante, en particulier dans la succession des 3 derniers tableaux. Le souci d’Ă©quilibre plateau / fosse, tout ce travail sur la couleur et la rĂ©sonance, l’articulation de la ligne, farouchement recherchĂ©e, identifiĂ©e, cultivĂ©e tempère l’âpretĂ© d’une partition dont la rĂ©alisation théâtrale n’allait pas de soi (et Ă©tait mĂŞme le premier dĂ©fi). A la tĂŞte des forces vives du CNSMDP (classes de chanteurs et de musiciens, tous très engagĂ©s), ce que parvient Ă  obtenir le maestro par ailleurs fin mozartien, relève donc de l’exploit. Chapeau bas. Baguette Ă  suivre.

 

 

 

Iliade l’amour de Betsy Jolas, d’après Schliemann (1995)
Opéra de chambre en dix scènes, livret du compositeur et de Bruno Bayen
Créé au CNSMDP le 6 mars 2016

direction musicale : David Reiland
Mise en scène: Antoine Gindt

Scénographie
Etudiantes de l’ENSAD sous la supervision d’Elise Capdenat

Costumes
Fanny Brouste

Lumières
Ondine Trager

Heinrich Schliemann
Julien Clément

Sophia
Marianne Croux

Andromache
AnaĂŻs Bertrand

Spencer
Igor Bouin

Mr Haak
Fabien Hyon

Nelly
Eva ZaĂŻcik

L’appariteur
Guilhem Worms

Marina Ruiz, Yi Li, sopranos
Adèle Charvet, Lucie Louvrier, mezzo-sopranos
Blaise Rantoanina, Jean-François Marras, ténors

Orchestre du Conservatoire de Paris

Le Schielemann II de Betsy Jolas Ă  Paris

reiland david-reiland-2-412x332Paris, Conservatoire. Jolas: Schliemann II. 12-17 mars 2016. Nouvelle version de l’opĂ©ra Schliemann de Betsy Jolas crĂ©Ă©e initialement Ă  Lyon en 1995. 20 ans après l’avoir livrĂ©, la compositrice affine encore le relief dramatique de son ouvrage lyrique afin de proposer un portrait plus expressif encore de l’archĂ©ologue passionnĂ© par les rĂ©cits d’Homère. Schliemann est le pionnier de l’archĂ©ologie grecque, en particulier mycĂ©nienne, dĂ©couvreur de Troie (1870) et de Mycènes (1874),  et mĂŞme sil dĂ©veloppe des mĂ©thodes de fouilles bien peu scientifiques, son intuition s’est rĂ©vĂ©lĂ©e juste ouvrant après lui la voie Ă  plusieurs gĂ©nĂ©rations de chercheurs passionnĂ©s par la question de l’antiquitĂ© grecque.
Direction inspirĂ©e habitee. Cette manière de rĂ©crĂ©ation est portĂ©e par la direction exaltante affĂ»tĂ©e du chef David Reiland, l’une des baguettes les plus captivantes de l’heure, encore mesestimĂ©e mais son heure viendra assurĂ©ment-, l’Ă©gal des Lionel  Bringuier, Bruno  Procopio, Yannick NĂ©zet-Seguin, Debora Waldman… plus que de somptueux techniciens de la baguette, des tempĂ©raments dĂ©fendant avec une rare passion leur propre vision des oeuvres choisies entre Ă©nergie et acuitĂ© poĂ©tique. Tout au long de ce cycle de reprĂ©sentantations au CNSMDP, les parisiens pourront mesurer la direction Ă  la fois chaleureuse habitĂ©e, prĂ©cise et nerveuse d’un maestro taillĂ© pour l’opĂ©ra et l’explicitation du drame. …

schliemann archeologue heinrich-schliemann-1-sizedBetsy Jolas : Schliemann II version 2016
Opéra de chambre
Livret de Betsy Jolas et Bruno Bayen
Adaptation de la pièce Schliemann ,Épisodes ignorĂ©s de Bruno Bayen (Éditions Gallimard 1982) – DurĂ©e : 1h35 environ

12-17 mars 2016 Ă  20h30
Conservatoire de Paris / CNSMDP – Salle d’art lyrique
RĂ©servations sur le site de la Philharmonie de Paris.

David Reiland, direction
Antoine Gindt, mise en scène

Orchestre du Conservatoire
Julien Clément, baryton – Schliemann
Lucie Louvrier, mezzo-soprano – Jeune fille (ensemble vocal)

Élèves du département des disciplines vocales
Marianne Croux, soprano – Sophia, sa femme
AnaĂŻs Bertrand, mezzo-soprano – Andromache, sa fille
Igor Bouin, baryton – Spencer, photographe
Guihem Worms, baryton – L’appariteur
Eva ZaĂŻcik, mezzo-soprano – Nelly, chanteuse, son ex-femme
Fabien Hyon, tĂ©nor – Mr Haak, dĂ©tective (aussi professeur de gymnastique)

Ensemble vocal
Marina Ruiz, Yi Li, soprano
Adèle Charvet, mezzo-soprano
Aliénor Feix, Hedvig Haugerud, alto
Blaise Rantoanina, Jean-François Marras, ténor
Igor Bouin, Guihem Worms, baryton

Chefs de chant (pour les scéniques piano)
Bianca Chillemi
Flore Merlin
David-Huy Nguyen-Phing
Kotona Sakurai

Avec la participation de Sylvie Leroy, chef de chant, pour la préparation des chanteurs et d’Alexandre Piquion pour la préparation de l’ensemble vocal

Élèves de la direction des études chorégraphiques (DNSP contemporain)
Constance Diard
Isaure Leduc
Mathilde Moreau

Réservation à partir du 15 février au 01 44 84 44 84
Tarif : 18 €

Retransimission vidéo en direct de la représentation du samedi 12 mars sur
le site du CNSMD PARIS. Concert diffusé postérieurement par France Musique.

Schielemann II (2016) de Jolas

reiland david-reiland-2-412x332Paris, Conservatoire. Jolas: Schliemann II. Les 12,14 et 15 mars 2016. Nouvelle version de l’opĂ©ra Schliemann de Betsy Jolas crĂ©Ă©e initialement Ă  Lyon en 1995. 20 ans après l’avoir livrĂ©, la compositrice affine encore le relief dramatique de son ouvrage lyrique afin de proposer un portrait plus expressif encore de l’archĂ©ologue passionnĂ© par les rĂ©cits d’Homère. Schliemann est le pionnier de l’archĂ©ologie grecque, en particulier mycĂ©nienne, dĂ©couvreur de Troie (1870) et de Mycènes (1874),  et mĂŞme sil dĂ©veloppe des mĂ©thodes de fouilles bien peu scientifiques, son intuition s’est rĂ©vĂ©lĂ©e juste ouvrant après lui la voie Ă  plusieurs gĂ©nĂ©rations de chercheurs passionnĂ©s par la question de l’antiquitĂ© grecque.
Direction inspirĂ©e habitee. Cette manière de rĂ©crĂ©ation est portĂ©e par la direction exaltante affĂ»tĂ©e du chef David Reiland, l’une des baguettes les plus captivantes de l’heure, encore mesestimĂ©e mais son heure viendra assurĂ©ment-, l’Ă©gal des Lionel  Bringuier, Bruno  Procopio, Yannick NĂ©zet-Seguin, Debora Waldman… plus que de somptueux techniciens de la baguette, des tempĂ©raments dĂ©fendant avec une rare passion leur propre vision des oeuvres choisies entre Ă©nergie et acuitĂ© poĂ©tique. Tout au long de ce cycle de reprĂ©sentantations au CNSMDP, les parisiens pourront mesurer la direction Ă  la fois chaleureuse habitĂ©e, prĂ©cise et nerveuse d’un maestro taillĂ© pour l’opĂ©ra et l’explicitation du drame. …

schliemann archeologue heinrich-schliemann-1-sizedBetsy Jolas : Schliemann II version 2016
Opéra de chambre
Livret de Betsy Jolas et Bruno Bayen
Adaptation de la pièce Schliemann ,Épisodes ignorĂ©s de Bruno Bayen (Éditions Gallimard 1982) – DurĂ©e : 1h35 environ

Les 12, 14, 15 mars 2016 Ă  20h30
Conservatoire de Paris / CNSMDP – Salle d’art lyrique
RĂ©servations sur le site de la Philharmonie de Paris.

David Reiland, direction
Antoine Gindt, mise en scène

Orchestre du Conservatoire
Julien Clément, baryton – Schliemann
Lucie Louvrier, mezzo-soprano – Jeune fille (ensemble vocal)

Élèves du département des disciplines vocales
Marianne Croux, soprano – Sophia, sa femme
AnaĂŻs Bertrand, mezzo-soprano – Andromache, sa fille
Igor Bouin, baryton – Spencer, photographe
Guihem Worms, baryton – L’appariteur
Eva ZaĂŻcik, mezzo-soprano – Nelly, chanteuse, son ex-femme
Fabien Hyon, tĂ©nor – Mr Haak, dĂ©tective (aussi professeur de gymnastique)

Ensemble vocal
Marina Ruiz, Yi Li, soprano
Adèle Charvet, mezzo-soprano
Aliénor Feix, Hedvig Haugerud, alto
Blaise Rantoanina, Jean-François Marras, ténor
Igor Bouin, Guihem Worms, baryton

Chefs de chant (pour les scéniques piano)
Bianca Chillemi
Flore Merlin
David-Huy Nguyen-Phing
Kotona Sakurai

Avec la participation de Sylvie Leroy, chef de chant, pour la préparation des chanteurs et d’Alexandre Piquion pour la préparation de l’ensemble vocal

Élèves de la direction des études chorégraphiques (DNSP contemporain)
Constance Diard
Isaure Leduc
Mathilde Moreau

Réservation à partir du 15 février au 01 44 84 44 84
Tarif : 18 €

Retransimission vidéo en direct de la représentation du samedi 12 mars sur
le site du CNSMD PARIS. Concert diffusé postérieurement par France Musique.